‹ Les roués innocents (volume 4)Chapitre 2 sur 2 · OUS · texte numérisé non relu

OUS

— J'eapère.dit Rudolph poursuivant la conversation à .travers le bruit des roues et les piétinements des chevaux, que tu feras le plus mauvais usage possible de CCS documents?

— Sojez tranquille, dit Aminé.

Gomme on était assez loin, ou dit au cocher de toucher vers Paris, et la voiture redescendit l'avenue des Champs-Elysées au petit pas des chevaux, la nwde étant d'aller doucement, mode assez sage dans ce dédale mouvant de phaétoos. de tilburjs, d'américaines, d'escargots, de broughams et d'équipages de toutes sortes.

Rudolph eut fort à (aire de saluer toutes les beautés de sa connaissance reucoanées dans l'angle d'un petit coupé, en compagnie d'un Klng's Charles ou d'un énwme bouqu^.

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Floreoce déposa Dalberg près des cberaux de Haiiy, et reconduûrt Âmiiie chez eUe. -~ Pour Rudolph, il rentra dans son entre-sol de la rue de Provenc*;, el, après diner, comme il n'avait rien à faire, il joua quatre heures de suite ù la bouillotte des parties sèches, c'est-ù-dire où aucun argent n'était engagé, avec des amis curieux comme lui de ne rien perdre de leurs forces.

Dalberg, qui devait une visite de digestion ik H. Desprez, était allé changer de toilette, — se trouvant trop bien mis ; — sa diemiso, bi'odéc et ornée de transparents çrétenlieui, fut ri'mplacéc par une aulre très-nue, mais plus simple; à son gilet un peu flamboyant succéda un gilet d'une nuance modeste et plus assortie à la grarite d'une maison d'einotaire, naturellement amoureux d'babits noirs et de couleurs sombres.

En déposant ses Têlements de lion, DalbcK avait repris son ancien caractère, et quand il entra dans le salon de M. Desprez, à sa mise simple, naturelle el modeste, l'on n'eût pas reconnu le jeune h.Hnme qui se promenait chaque soir, au bras de Rudolph, sur . le boulevard des Italiens d'un air si crâne et en soufflant au nez des femmes la fumée de son cigare.

Ce n'était pas de sa part dissimulation, mais retoni' i la vérité.

(Jnand il alla saluer Caliile. occupôo de quelque ouvrage dans l'embrasure de la croisée, il se sentit embarrassé malgré le sourire amical et l'accueil plein de bienveillance de la jeune fille. La conscience de n'avoir plus le médaillon le lounneiitait; il lui ^mblait que Galiite devait deviner par intuition magnétique la perte de ce doux gage d'amour et de confiance, et par un mouvement puéril sans doute, mais que comprendront ceux qui ne rient pas des poétiques supeist^ons de l'âme, il croisa sou habit, nitei'p<êant

LES ROOËS INNOCENTS. tS

ainsi un vojlede plus entre sa poitrine et le regaiilde

— Henri, je crains bien que tous n'ayez un rival, dit en riant la jeune fille à Dalberg ; — j'ai tu hier au soir, sous ma Feiiélre, un personnage mysté-

— Ud joueur d'orgue, dont la lausique faisait hurler tous tes chiens du quartier ?

— Non pas... mais un cavalier enveloppé d'un manteau couleur de muraille, et le feutre enfoncé sur les yeux, qui doit être fort enrhumé aujourd'hui, car il ne faisait pas chaud. Je vous conseille d'aller l'attendre demain et de le pouriendre de votre bonne lame.

— Je m'en garderai bien, reprît Dalberg.

— Et moi qui avais cru éveiller votre jalousie jrar cette confidence!... Je vois que je n'y réussirai jamais.

^ Non, Galiite; j'ai en vous une confiance san« borne, dit Renri, car je vous aime, et de toute mon âme.

— Je le crois , répondit Caliite en plongeant dans '"" '-"i d'Henri sou'regard lumineui et pénétrant.

Igure de Calîxle. naturellement charmante, blimeencet instant; on eût dit que le jour émanait d'elle. Son âme jetait de si vifs rayons qu elle était devenue visible sur ses traits par une sorte de pilleur lumineuse.

— Je sens que je ne puis vivre sans voUs, dit Henri eu s'inclinanl sur la raaln tiède et moite que lui abaniloimait Oaliite. — Voulez-vous de moi pour niaii, si votre pOre m'aceepleî

Cahite ne répondit pas; mais elle laiss:i toad>er sa télé sur l'épaule de Dalbei^, et quand elle la rcluta. ses beaux yeux étaient baignés de larmes...

M. Desprez, qui était entré A pas de loup, surprit ce groupe duimant, et ne se conduisit pas eu pèra

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li 8|jur

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de comédie. D ne roula pas de gros yeui, ne fronça pas le sourcil d'une mamère olympienne; un sourire plein de bonhomie éclaira son visage jorial, car il attendait depuis longttimps ce résultat, et il s'avança lers sa fille et Dalberg en se frottant les mains.

Ilenri vînt à sa rencontre, et, le prenant à part, lui dit : — Monsieur Desprez, il faut que j'aie un entrc-

— Quand vous voudrez, mon garfon ; je me doute hien de ce que tous avez !t me dire ; mais vous êtes bien jeunes tous les deuï, nous avons le twnps, repli- . qua M. Desprej.

... Quelques amis de l'cvuetaïre arrivèrent, et l'on se mit à jouer au boslon, comme dans le salon cris deC...

A dix beures, Henri se retira le paradis dans le iwur; il ne s'était jamais autaut amusé que ce soir-là.

En rentrant chez lui, comme il passait devant la loge de son concierge, un bras sortant par le vasistas luit^it une polîtc lettre; il l'ouvrit, et y trouva

« Venez me prouver ce soir que vous n'aimez pas CatixU, et je vous rendrai un portrait qui n'aura plut de prix pour vous, a

— Quelle heure esl-il, Annetle? dit Aminé en s'étirant sur la chaise longue où elle était à demi coiidiée ; je ne vois pas la pendule d'ici.

' — Hinuit bientôt, madame, répondit la suivante

.....Coogic

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après avoir consulté un cadran niella de fort bon goût.

— Il n'est pas tard, il peut venir encore; — pourvu que Rudolph ne l'ait pas cmmeDé jouor an Cercle I se dit Aniine à eDe-méme.

— On a bien remis ma lettre? demanda Aminé une demi-heure après.

— Oui. madame; c'est Toby qui l'a portée.

— C'est singulier comme l'attente me rend nervf^usc ! Faites-moi un verre d'eau et mettez-j trois gouttes de fleur d'oranger.

Annette obéit et posa devant sa maîtresse un plateau garni d'un verre à patte et d'une caraté en cristal de Bohême magnifiquement taillé et doré.

Aminé but i peine une gorgée, et, dominée par l'impatience, elle se leva, alla à la fenêtre, et appuyant son front moite à la vitre, regarda dans la rue raiblement étlaii-ée par des réverbères qui avaient trop compté sur la lune , ou par une lune qui avait trop compté sur les réveriières. Chaque ombre qui passait la faisait tressaillir, espérer et désespérer.

Un roulement de voiture, suivi d'un temps d'arrêt «1 d'un grinc^nent du bouton do la sonnette que le silence de la nuit permettait d'entendre, lui causa une telle émotion qu'elle fut obligée d'appuyer la main sur son cœur pour en comprimer les batlemenls.

C'était une femme de la maison qui rentrait.

On s'étonnera peut-être de cette vivacité de sensations dans une (emme blasée comme Aminé , mais c'était une de ces natures que l'obstacle irrite. Dalberg serait venu, elle j aurait à peine fait atti-ntioii, il ne venait pas, elle eût tout donné pour le voir. Aminé avait la fantaisie de l'impossible. Dalbei^ , amoureux d'elle et libre, ne lui eût rien inspiré; amoureux d'une autre . il lui paraissait l'homme lu plus séduisant. So substituer ï une chaste image, i

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un rare longtemps caressé , faire tourner la tétc â (juclqu'uu (|ui la détestait, était une de ses plus acres puissances ; elle voulait pour sa statue le socle d"unc idole renversée et pour sol !t son temple le» décombres d une passion.

Tout amour pour une jeune DUo vertueuse . pour une femme du monde honnête, excitait chez elle une jiilouse fureur, soit qu'elle se r^aidàt comme dédaifinéc tacitement par un choit de cette espèce, soit qu'elle pi'essentit daiis de telles amours de pures délices, de chastes voluptés, de séi'3phî(|ues extases qui lui étaient à jamaé interdites et qu'elle regrettait confusément.

Paire trahir Calixte par Dalberg eût été peur elle le triomphe le plus flatteur, et au trouble mal déguisé du ieunu homme, Iwsqu'il était venu chercher le médaillon, elle avait cru y réussir, et peut-être i-ùt-ellc accompli sou pi'ojet sans l'arrivée de Florence.

Pendant qu Aminé s'Impatientait. Dalber», de sou côté, était en p(-oie i la plus vive aniiéte. Lu nom do Calixte. souligné avec anectalion par Amioc , présageait de la part de celle-ci toutes sortes de malices diabrdiqncs; et d'abord comment avait-elle pu te savûr?

Calixte ne sortait que rarement, n'allait que fort peu au spectacle, et devait être aus^ mconnue dans lu inonde où vivait Aminc que si elle eût été ensevelie nu fond d'nn cloitrc ou d'un harem, en Portugal on en Turquie. ^ Il y a souvent mille lieues d'un quaitier de Paris à l'autre, et Trai ne rencontre pas plus certaines espèces hoi's de certains milieux qu on ue voit du [MHSsons nageant sur les grandes routes. Jamais Ammo n'avait mis le pied à Saint-(ieiinaiiides Prés ni au Luxembourg, seuls endroits fréqueoti's (tar Caliitc. Jamais il n'était arrivé à l'clégante cour* tisane de traverser la rue de l'Abbaye, où elle aurait

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pu enlreToir derrière la vitre le délicat profil de ta jeune filie traTaillant à quelque ouvrage de filet.

Il fallait dooc que ce nom lui eût été dit par quetqit'un. Mais pr qui?

Les cinq ou six personnes qui allaient chez H. Desprez étaient des gens da dnquante à soiiaute ans, d'anciens avoués retirés, des ex-nobires, hommes graves, mariés, pères de famille ou vieux garçons à gouvernante , oui ne dépassaient les ponts que dans les occasions solennelles, et n'avaient aucune accointance avec les princesses d'Opéra et de petits tbéâtres.

Le mjEtère restait donc impënétrabJe pour lui. D ne pouvait avtùr été trahi par aucun confident, csr il s'était caché de son amour plus que d'un crime , comme d'un ridicule : ce n'est pas i Rudolph, k Demarcy, â Chàteauvieux qu'il eût été se vanter de son amour platonique pour une petite fille de proviuce; — ces messieurs, qui professaient des doctrines tt^positives sur cette matière, eussent poursuivi de rires ineitinguibles et crihlé de sarcasmes et de quolthets le malheureux coknej capable de sentiments si bourgeob.

Cependant le portrait de Galixte n'en était pas moins dans les mains d'Aminé, et Dalbei^ la connaissait asset pour s'attendre i quelque scandale au cas que l'alteniativc posée par la lettre resterait sans

La situation était des plus embarrassantes. — Ne pas aller cbei Aminé, c'était s'exposer i toute la rancune de son orgueil blessé; y aller, c'était trahir Cahile, cette chaste en&nt dont tout à l'heure encore il pressait la main confiante. Que faire?

Il hésita longtemps. Un véritable roué se Kit décidé tout de suite, sauf k établir en cas de besoin une distinction subite entre l'âme et le corps, entre les passions du UEur et les caprices de l'esprit.

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— Allons , je reste, s» dit-il en se déshabillant, quand Rudolpn saura cela, c'est pour le coup qu'il se moquera de moi; mais je pensei'ai }i Caliile, «t ses plaisanteries glisseront sur moi comme la pluie siirune twiae imperméable. Demain, — je ra'eicuserai auprès d'Aminé d'une façon quelconque , — j'aurai passé la nuit i, jouer, je ne serai rentré que le matin, je l'amuserai quelques jours, et quand je serai marié, je n'aurai plus rien à redouter d'elle. L'original me consolera d'avoir perdu la copie, et si elle veut faire nuelques noirceurs, j'aurai le droit de défendre ma femme.

Un peu rassuré par ce raisonnement, Dalberg se coucha et finit par s endormir d'un souimml peu profond et traversé de rËTGG où l'image d'Aminé , C'ceil languissant , les joues colorées d'une légère vapeur ' rose, le coude nové dans un oreiller de dentelles, lui présentait le médaillon de Galiite.

— Gomment me troures-tu, Annette, disait de son c6té Aminé i sa femme de chambre , suis-je vieillie, ■i-je quelque ride , quelque tache , quelque dédut dont je ne jite sois pjs aperçue '/ Tu peui être franche.

— Madame n'a janMis été i^ bien que ce soir, répondit Annette d'un ton admiralif. Je lui trouve les jeuï d'un lumineux particulier.

■ — Cestlefeudelafiètre; l'impatience, la colère... Deui heures ! U ne viendra pas... je n'y conçois rien. Pourtant ce matin, sa voix tremblait, il rougissait, il glissait. — Il me trouvait belle , j'en suis sûre !... Dh ! quelle idée me traverse l'espnt ! si ce langoureui personnage à médaillon ne couchait pas chez lui, N j'avais deux rivales au lieu d'une à combattre! — Deux, c'est trop facile, — l'amour exlusif est donc une chimère? Ce petit Dalberg me déplaît déjù l'eaucoup. — faavre Caliitej j'ai bien envie de le lui laisser pour le punir d'un tel choix. Si Budolph ne

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LES BODfiS IRHOCENTS. U

me l'avait reeoniraaDdé , je ne m'occuperais plus aujourd'liui de ce joufenceau ridicule..'.

Au hout de ce monologae , Aminé Ee fit mettre au lit , et tourna Donchalammeiit les premiers feuillets d'un romaD nouveau, mo]en eOicace qui ne tarda pas à produire «on ellèt.

Le volume roula bientôt sur le tapis; en dire le titre serait une cruauté inutile.

LelendonaiuRudolph viot voir Aminé, qu'iltrouva d'assez mauvaise humeur : elle avait envoyé le matin Tob; aux inronnations , et le résultat du rapport de rinlielli^eDt émissaire était ijue Dalbei^ avait reçu la lettre et dormi vertueusement dans son domicile authentique.

— Il me dédaune pour une petite poupée de pensiramaire. Quel ^^iodale! dit Amiiio, en coquettant devant une grande glace où elle pouvait s'admirerdes pieds à la tète.

— C'est une conduite de tluron, et que tu lui feras payer cher, répondit Rudolpb.

— 11 m'a manqué... gravement, il est naturel que je me vensc ; mais vous , quelle raison avei-vous de lui eD vouloir? Vous lui vendez vos chevaux fourbus; — quand vous avez besoin d'argent , vous jouez une partio avec lui; — vous lui metlei sur les bras tes liâmes qui vous eimuient. — C'est un vrai Pyladel

— Je ne lui en veux pas... mais la vie que je mène me fatigue , et je sens le besoin de devenir un homme sérieux, et mademoiselle Desprez , désillusiniinée sur le compte de Dalhurg, pourrait (aire la fortupe de quelque garvon spirituel...

— Hais incapable d'être député... de vous, par exemple.

— Poui^iuoi pasï Je suis iiiùr pour la politique i

— & vous devene» chauve. Hais vous ne m'aviez

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n LES ROUES INNOCBHTS.

|HS dit que TOUK comiauBi« particulièraaent H. Des

prez et «a liUe 1

— JeBuis allé cinq ou sa. fois chez H. Devrez pour aObiras, mais Dalberg n'en sait rien. H. l>esiH«z , BOUS des appai'encM très-modestes , est très-ridie. Caliile aura cinq cent mille Irancs de dot.

— Peste, le chiiïrc est gracieux! Je ne m'étonne plus que Dalberg ne vienne pas aux rendez-vous qu'oa lui assigne. Son inaocence l'emporte sur Totre rouerie. Une dot d'un demi-million tous a-t-elle jamais doDDÉ son polirait?

— Hélas noD ! je n'ai pas assez de poé^e pour les jeunes héritières; mon pathos est trop hmpide, cela me nuit.

— Et TOUS éles-Tous posé comme prétendant?

— ITon pas, je me serais (ait haïr subitement tout TÎf. J'ai safué froidement Caliite, qui ne me reconnai- Irait pa«, j'en suis sur. — Il ruUait d'abord détruire le Dalberg.

— Homme profond, je comprendsmaintcaant pourquoi TOUS m'engagiez « à l'altarher à mon char, > comme dirait un galant du Directoire , — tous toullez le déconsidérer, — c'est flatteur pour moi; merci de la préférence.

— J'aurais eu soin de préparer quelque reni»ntre... fortuite. H. Desprezetsa Tille se trouTantnezi nez avec H. Henri Dalberg en compagnie de nudemoiselle Aminé... quel tableau enchanleuT!

~ Et peu conjugal.

— Le portrait nous évitera tous ces [rais de mise en scèDe.

— Oui... je TOUS serrirai tout en ine Tengeant,j'ai maintenant un vif intérêt dans raiïairc.

— El ai j'épouse Caliite Desprez , mademoiselle Aminé receTra pour son billet de taire part vingt-cinq dûlTons de papier signés Garât.

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Amioe et Rudolph étaient bien faits pour s'enlendre. et le marché fut aussitôt conclu.

Ils s'étaient aimé^ jadis, — si ce n'est pas |)roiiiner un tel mot, — pondant six nioiE; mais Rudolph 3Tait ccHnpris qu'il ne pouvait être qu'un épisode dans la Tie d'une femme comme Aminé , et il s'était spirituellement elfiicé devant les notabilités financières et . diplomatiques tour à lour on simultanément honorées des bonnes grâces de la jeune actrice.

Il avait survécu aux différentes dvnasties de Hondors , et SCS libres entrées auprès ae la divinité du lieu lui étaient toujours conservées , quel qu'eu fût le pontife.

Ruddpb ptafait l'ai^eiit d'Aminé , et sur les nouvelles qu'elle surprenait aux agents de change et aux pwsnnnages — bien situés pour tout savar — qui

Kpillonnaient autour d'elle , îl faisait des coups de une et réalisait des gains dont il avait sa part. Amioe ne disait rien sans ses conseils ; il l'avertissait des déconfitures prochaines qu'il flairait avec un admiraUe instinct, et la rupture précédait toujours le desastre. Il opérait les racconunonemcnts nécessaires, blâmait les caprices nuisibles ; il ébit, si l'on peut s'exprimer ainsi, < le directeur de cette conscience, s Il ne Ëudrait pas croire, d'après cela, que Budolph tilt un chevalier d'industrie , — pas le moins du monde ; son titre de baron, bien qu'il ne remontât Ms aux Croisades, lui appartenait bien réellement. On n'aurait pu citer de lui une escroquerie notoire... Seulement, il vivait sans fortune comme s'il eût été riche, et gagnait son argent à ce qui le fait perdre aux autres. — Le plaisir de tout le monde était son travail à lui. — S'il jouait, il fallait qu'il gagnât, et il gagnait presque toujours ; non qu'il eût recours, pour corrigerle sort , k ces filouteries d'escamotage . i|jnoble ressiHirce des grecs vulgaires ; il n'avait pas tncbé

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une seule fiùs dans sa TJe; mais il était, au wliist, de la force de H. Deschapelles i aux échecs, il edt tenu tète i H. de Lalmurdonnais. Tous les jeux avaient été de sa part l'objet d'études profondes, de caleuls mathématiques i elfrayer un astraaoaie cherchant l'ellipse d'une comète. — En outre, comme vous l'avez vu, Sflua prétexte de gastrite, il restait sobre et conservait sod sang-lroid dans les soupers les plus turbulents. — En fait de chevaux, il était si bon ecujer et si fm connaisseur, qu'il aurait pu en remon> trer aux jockejs et aux maquignons les plus rclois; aussi pariait-il i coup sûr. — En fait de courage, il dessinait un six, un sept ou un huit dans une carte blanche, cassait la petite boule qui danse en équilibre au bout du jet d'eau, mouchait une bougie sans l'éteindre, et coupait uni; balle sur une lame de couteau i lingt-cinq pas, PourTépéc, Grisier, Pons etGatechair avaient déclaré n'avoir plus rien A lui apprendro. Son tailleur lu consultait en tremblant, et, loin de lui demander de l'argent , lui en eût oETert, s'il l'eût osé. pour ^rter les habits qu'il Im faisait. Ses galanteries ne lui coûtaient que des bouquets , des loges de spectacle, des recommandations aux journalistes de sa connaissance . et autres bajiatelles de ce genre. — Le petit détail suivant pebdra l'homme : dans son budget, il comptait son leu pour cinquante mille bancs de revenu... Et ainsi du reste.

On des plus grands plaisirs de Bndolph était de couler des jeunes gens. Faire estropier en duel, ou par une chute de cheval . quelque acbutant dans U carrière de la vie élégante ; lui suggérer des idées inexécutables ou fatales, tout en ayant l'air de s'intéres* ser patemeilement à lui, semblait à ce Uéphistophélès du bouleTard de Gand nue jouissance délicate et raflinée digne d'un esprit supérieur. Il fallait voir les condoléances ironiques, les seiTements de mains ull'ee-

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tueui qu'il prodiguait aux victiinea après la catastrophe ou la ruine 1

Une douzaine de jeunes gens beaui. nobles et riches' avaient déjà sombre autour de lui. Cependant les conseils ^u'il leur donnait étaient excellents : mais pourquoi ^uer quand on ne ctHinait pas les cartes, spéculer quand on n'j entend rien, faire le gentlemanrider sans Bavoir l'ëquitation, et le raDîne en n'ayaut jamais touché une épée ou un pistolet? — Il fallait , selon Rudolph, qui avait raison en cela, pour être ce qu'on appelle un lion, des dons nalurcls cultivés avec soin; un grand Tivenr étant aussi rarequ'un grand poète.

Rudolpb, en traversant le salon ^r sortir, rencontra le luonsieurroétéorologique, qui attend aît,selon son habitude, qu'Araine voulût bien le recevoir; il avail l'air plus rêveur qu'à l'ordinaire.

— Qu'avez-vous donc , mon cher ? lui dît Budolph en lui prenant le bras et en l'emmenant pour en délivrer Àmine, je vous trouve le nei méUncoliiue aujourd'hui.

— Vous ne savez donc pas que le grand Arago a prédit un été froid et un hiver chaud ! — Décidément, comme le disent les fouriéristes, les climatures sont détraquées...

Amine sonna et se Rt habiller pour aller rendre i Florence sa visite, ainsi qu'elle le devait, car daiu la bohème la parodie des usages du monde se fait avec beaucoup d exactitude et de rigueur.

Florence habitait, rue Saint-Lazare, un vaste appartement d'un luie sévère et d'un goût qui sentait sa grande dame. Point de futilités rumeuses, point d'étagères suEi-hargées de petits dunkerques encombrants; d'épais tapis de nches tentures, des bromes antiques ou florentins , — voilà tout.

Quand Amine entra , Florence repoussa vivement le tiroir d'un cahûiet de laque qui renièrniait quel-

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M LES ROCËS INNOCENTS.

ques papiers maculés et noircis , et se lera arec un nMniTemait j^n de grâce et de dignité pour aller mi'derant de la risîteuse.

Après réchange de demandes et de réponses banales par où débute toute conTersation , Floreace dit d'un ton détaché :

— A pn^KM, que fàitee-vous de H. Dalber^?

— Hoi? rien, répondit négliaeniment Anune.

— Je croyais aue c'était un de vos adorateurs...

— La blonde du mëthillon , mademoiseUe Caliite , occupe son cœur tout entier.

A ce noiii , Florence tressaillit et pSlit si «isibleinent qu'Aminé s'en aperçut,

— On'aiez-vous donc , chère belle? tous changez de couleur !

— Ce n't'St rien ,; une émotion dout je u'ai pu me défendre. Ah! elle s'appelle Caliite?

— Caliite Desprez. — Hais quel intérêt tout cela peut-il SToir pour vous?

— C'est vrai, je suis folle... aucun.

— J'avais écrit à Dalberg de ïeiiîr chercher le portrait k des conditions qui n'étaient pas trop féroces. Il n'a pas paru.

— Il Tanne donc bien? dit Florence avec un soupir.

— Comme vous dites cela ! est-ce que, par hasard, TOUS auriez pour Ucnri... un caprice... une passion?

— Eh bien! oui... répondit Fforence avec uneeflnsion que , » elle n'était pas sincère , eût bit honneur à une comédienne consommée.

Elle cDurrit sa belle ligure de ses deux mains, comme pour cacher sa rougeur.

— Oui , je l'aime... C'est plus fort que moi. C'est la jalousie oui me conduisait nier chez tous.

— 'Ah! Wde Florence! tous voili donc atteinte la flamme ! Il n'y a pas de salamandre qui ne lisse par se brûler.

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LES ROUÉS I.NNOCENTS. n

n cœur disputé par

— Par le vice et la vcHu , dit Aminé; tous voilà bien tombée, pour une friis que tous êtes amoureuse !

— Oh ! si je possédais comme vous ce médaillon , je le briserais, je le (buler.iis aux meds!

— Ce sont Ifi vos foçons ? peste ! je suis plus cabnc. moi . je lu g;irde précieusement pour apprendre à vivre â Dalberg ; ce n^est |>as q^uc je tienne lu moins du monde à ce bellâtre de province. ,,

— Je vous crojais du goût pour Dalberg , je me ti'ompais donc ?

— Hoi, i'djfiio l'amour qu'il a pour une autre, — quairt â lui, il me déplaît.

~ Cette Caliite est donc bien jolie?...

— Entre nous ..oui... mais il nefeut jamais convenir en public de la beauté d'une fille sage et d'une fcimne honnête. Qu'est-ce qui nous resterait donc alors?

— Il ne me quitte pas; mais, après les si^ntiments doni que vous venez de manifester, je vous le montrerai... de loin,

Florence étendit vaguement la main, puis la laissa retomber, voyant Amme sur ses gardes...

— Quelle sérênilé d'azur dans ce regard et quelle candeur virginale sur ce beau front! diUelle avec une expression plaintivemeDt admiralivc,

— Elle ne sera pas si calme tout à l'heure, je voue CD réponds, et je vais lui faire joliment rougir les veux I avant une neure, mademoiselle Calixte Desprez haïra mortellement H. Denri Dalberg. — Notre rivale écartée , il ne restera plus que nous deux sur le champ de bakiille , et vous n'aurez pas de peine à remporter la victoire,., car, je le sens, je suis un adversaire indigue de vous.

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Ayant débité cette tirade d'un air de malice triomphante, elle salua Florence et sortit.

Florence k regarda s'en aller et parut réfléchir profondément.

— Ce n'est pas ce que je cropis. Je sens Rudolpb dHrière cette intrigue... — Anûne est sou âme damnée...

Mademoiselle Desprez, comme si elle eùl eu le pressentiment de ce qui allait arriver, était triste et

Le matin, elle avait été à Saint-Gennaia-des-Pri Son cucelogc renfermait une lettre qui fut lue et brûlée avec le mSme soin que les autres. Cette mystérieuse correspondance semblait n'apporter à Caliite que da mauvaises nouvelles et d'amâres pensées , car toutes les fois que la boite de la chaise avait reçu ut de ces billets énigmaliques , la jeune lille restait ab' serbée des beures entières dans une méditation dou. loureuse. Hais iamais elle n'avait clé plus abattue que ce jour-là. — bes yeui marbrés, bien qu'elle les eût lavés plusieurs fois avec de l'eau fraicbe, témoignaient qu'elle avait j)leuré longtemps.

A peine si l'arrivée de Dalbcrg, que H. Desprei avait invité à dîner la veille, put ramener un pâle sourire sur ses lèvres, dont le rose vîf avait disparu. — Benri lui-même était loin dêtre tranquille, et, bien qu'il aRectàt la gaieté , il dissimulait mal une

K'éoccupation rebelle. Sans la jovialité insouciante de . Desprez, le diner eût été morne comme un repas suprême. Le brave bomme jetait seul un peu de vie et d'animation dans cette mélancolie. Il attribuait d'ailleurs ce silence aui contemplalions de l'amour heiireui et aui pensées graves inspirées par un mariage prochain ; car Henri lui avait Ebrraellement demandé la main de Galiite.

Après le diner mi fit la bosUin sacramentel. La

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LES RODÉS INNOCENTS. W

soirée s'antnfail. Henri semblait repraidre son ssng- (Niïd, et Calixle respirer pins librement.

— Peut-être, munnura-t-elte pendant que la pendule sonnait dîi heures , le danger est-il passé.

An même insUnt les portes du salon s'ouvrirent avec fracas, et un grand^ laquais, tMu d'une lirrée

3ue Daibng reconnut aussitôt, s'avança vers le père e Caliite, tenant une boite et une lettre , et dit d une Toix retentissante :

— Pour remettre â M. Desprei en main propre de la part de mademoiselle Aminc de Beauiilliers.

— Le mauvais aoge l'emporte, soupira Caliite en reorersant sur le bord de son fauteuif sa tête déco-

Le laquais, impassible au milieu de la stupeur générale, se dirigea, avec une perpendicularité roide et maintenue par drs ellbris héroïques, vers H. Desprez, qui s'était ilétachii du groupe.

Son front moite de sueur, ses veux troubles et sa face cranwisie attestaient de nombreuses et récentes libations; mais il ae nécbissait pas, et son altitude respectueusement insolente n'avait rien perdu de sa correction.

— Hadcmoisellc AminedeBeauvilliers! dit H. Desprez en ajant l'air de chercher à rassemUer ses souvenirs, que peut-elle me vouloir? C'est \» première fois que j'entends prononcer re nom.

— Mademoiselle est cependant très- connue dans Paris, répondit le laquais avec un aplomb ironique.

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M LUS RODÉS INNOCENTS.

PenclaDt ce court intcrratle , Dalber^ avait plusîeura fois changé de couleur, et sce traits exprimaient l'euiété la plus profbflde.

Caltite, immobile et froide comme une statue, sem- Uait ne plus appartenir k ce monde.

Incertain entre la boite et la lettre, M. Desprez se décida k rompre d'abord le cachet de cette dernière.

A peine eut-il lu quelques mots, qu'à sa surprise BuccMa b plus tIto indignation ; il lança è sa fîire un regard irrite, qu'il reporta ensuite sur Dalberg chargé du mépris le plus écrasant.

La lettre, »^te d'un stile qui, pour ne pas valoir celui de madame de Sévigné, n'en produisait pas moins son effet, coutoiait ce qui suit :

a Monsieur,

s Vous avez une fille charmante, mais qui a le début d'être [Htidigue de son effigie. Vous b'ouverez dans ce petit catFre une mioiature qui devrait être au cou de H. Daiberg. Bendez-la de ma part à mademoiselle Caliile, pour qu'elle la remette où je l'ai prise ; ce léger incident ne désunira pas, je l'espère, un couple SI bien fait pour s'entendre.

« Agréei, monsieur, les compliments de voire servante.

a AviNE DE Beadviluebs, coryphée et rentière. »

Ne pouvant croire D tant d'audace et supposant quel-

Sue mystification, H. Desprez lit convulsivement jouer : ressort de la boite, et put se convaincre de la véi-itd des assertions contenues dans la lettre d'Aminé.

Le portrait de sa fdle souriait Heu, dans sa fraîcheur virginale, sur le velours rouge qui doublait la boite.

— Messieurs, s'écria l'ex-notaire d'une voii brève et saccadée, vous êtes mes anciens amis. .. j'ai con*

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LES RODÉS INnOCËNTS.

fiance en TOUS... je tods dirai tout plus tard; faut que tout ceci s'explique sans témoins...

:ci s'explique

,. revene»

, , , aujourd'hui je ne répon-

drais pas de la portée de mes expressions... Vous, Dalberg, et Calîxte, restez.

IjCS amis de M . Desprez se retirèrent tout inouiets et tout émus. Que pouvaient donc contenir cette lettre et cette boite pour troubler è ce point et mettre dans une si véhémente colère un bouune ordinairement d'une tranquillité et d'une douceur peut-être exces-

Le laquais les regarda sortir processionnellement, et, quand ils eurent tous disparu, il s'approcha de H. Oesprez et lui dit :

~ HonMeur, j a-t-il une réponse?...

L'ei-notairc lui montra la porte d'un geste si impérieux et si violent, que le laquais, malgré son audace et sa grande taille, fit un brusque demi-tour et s'esquiva, craignant d'être jeté par la fenêtre s'il tardait une minute.

H. Desprez se promena de long en large, comme s'il eiM voulu bisser aui vagues folles de son indignation le temps de tomber; nuis, devenu plus calme, il lendit silencieusement U ooite à sa fille et la lettre â Dalbcre.

— Ha lîlle, dit-il après une pause, je ne vous ferai pas de reproches, -^ Bien qu'une jeune fille ne doive |ias donner, même ï un fiancé, un gage dont vous voyez maintenant tout le danger. Votre faute est en quelque sorte excusable et vient d'une âme noble... Vous avez cru à la foi jurée, i lasainteté de l'amour... Démontez dans votre chambi'e, je ne vous en veux pas... je vous plains. Quant !i vous, Dalberg, qui n'avez pas craint de laisser profaner c« chaste portrait par des mains impures, et de livrer l'honneur et le nom de ma fille 1 des rancunes de courtisane, vous

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61 LES nODÉS INNOCENTS.

lentei que tous rapporU dmmit être bns& désonniis entre nous, et j'Mpère qn'è dater de ce soir tous ihkis épargnerez vos TiRitea.

C'eet en Tain que Dalberg essaya de balbutier quelques eiplioitioiu. H. Dosprez l'arrêta dès les premières paroles et lui dit :

—Ne TOUS déshonore! pas par des mensonges inutiles. — Ajez au moins le courage de Totre conduite. — Ahl je n'aurais pas cm cela de tous 1

Et il laissa Dalbeù seul dans le saisi.

Le pauTre jennebumne sortit morne et désespéré de cette maison oâ il était entré plein de projets de bonheur.

Avant de s'éloigner, — comme Gahite était rentrée dans ia chambre, — il se retourna vers la fenêtre éclairée, ^us triste qu'Adam chassé du paradis terrestre, et, après quelques minutes de muette contemplation, il se dirigea vers l'autre rive de la Seine, méditant toutes sortes de vengeances contre Aminé et celui qui lui avait détoilé le nom et l'adresse de CaUite, vouant aui dieux inremaui H. Dcsprez, qui ne voulait pas reconnaître son innocence, et dans un état d'ciasnération facile à s'imaginer, car, au fond de l'âme, il adorait sa cousine et avait un cœur d'or, malgré ses rodomontades de lionnerie.

Le grand laquais, dont le cerveau s'obscurcissait de plus en plus sous les fumées du vin, faisait des effort» incrojab^cs pour rejoindre la rue Joubert et aller rendre compte à sa maîtresse du succès de sa mission.

Certes, Georges était prodigieusement iti'ogne, il faut l'avouer; mais il avait une telle habitude de la boisâon, qu'il ne s'enivrait pas, visiblement du moins. Hais, ce soîr-lï, il trébachait et battait les murs.

En sortant de la maison, charaé de la boite et de la lettre, il avait renc4»itré le cocher et le palefrenier de Florence, événement qui parut mériter d'être celé-

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LES RODÉS INNOCENTS. «

bré par quelqueg libations. Les bouteilles avaiait succède aux bouteilles, le vin blauc au rouge, le cachet vert au cachet noir, le rhum à l'eau-de-vie, et les trois gredins buiaieat toujours. Les deux domestiques de Florence ne se lassaient pas d'offrir, de verser et de payer. — Georges les dédarait des amis incomparables, et quand il se levait pour s'en aller, l'apparition d'une nouvelle liqueur le forçait de se rasseoir... Cette violence était douce au cœur de Georges; cependant on le régalait avec un tel acharnement qu'il conçut quelque vague soupçon qu'orTyoulait le griser; cette idée lui sembla puérile et saugrenue, et venant de gens qui ne l'appréciaient pas ik sa juste valeur. Tféanmoins il se tint sur ses gardes, et obligea ses compagnons à lui rendre exactement ses rasades ; et, Aa peur de quelque mauvais tour, il boutonna son babit, après avoir serré la boile. et la lettre dans sa pocbe de càté.

Au bout de deux beures, le cocher et le i>al^eiiier dormaient l'un sur la table, l'auti'e dessous.

Georges, grâce k l'épaisseur de son crâne et à la vigueur de son estomac, avait pu s'acquitter de sa commissioa et faire dans le salon de H Desprez cette Iriomphaute apparition que vous savez.

— Eb bien i Georges, dit Amïne à son laquais, qui, moyennant une séance d'un quart d'heure sous le robinet de la pompe, avait retrouvé tout son sang-froid, rends-moi compte de Ion expédition.

— Mademoiselte, ils étaient là une demi-douzaino de vieux, les uns décorée, les autres décorés, tous décorés, — quoi! — linge blanc, habit noir; — des gens respectables enfin! et qui ouvraient des jeui cemme des portes cocltères; mon physique les emotionnait, ces bourgeois! Quand j'ai donné ta boite et la lettre, et dit que je renais de votre pari, M. Dalberg et devenu rouge comme un haoïard, la demwselle a

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W LES RODÉS INNOCENTS.

pili, et le père m'a touIu jeter par la (t»ètre, mais je nie serais mis en travers. — Un laquais genre heîduque au senice de mademoiselli! Aminé, (a ne se casse pas coinme ç».

El Georges fit un daudinement plein de fatuilé.

— Tu es la brute la plus ÎDlellucnte (|u'on puisse voir, dit Aminc en ji'Lint un douDlc louis ù Georges, voilà puur boire i ma santc, — aprËs demain, car tu uic pai'ais suIGsauunent gris comme cda ; — routii! daos ton cbenil.

Le cocher et le palefreujer de Florence fuient ramenés irres-Dorts i l'hôtel; mais cette escapade uo leur valut aucune réprimande de la part de leur nuitresse, ordinairement très-sévère sur les délits de co Senre, bien qu'elle eût été obligée, ayant à soitir, 'envoyer chercher une voiture de place.

Pour que rien ne manque i la rdation des événements de cette soirée, nous dirons que le joueur d'or- Sue vint donuer sa sérénade babiluelle sous la fenêtre e Caliite. et qu'un gros sou enveloppé de papier roula devant luisarlepavécommeàrordinaire.

A ijui pouvaient s'adresser ces lettres blanches? et quel était donc l'intérêt de cette correspondance que les préoccupations les plus tristes, les chagrins les plus vifs n'interrompaient même pas? Gomment setait-eUe établie et continuée? Ce n était pas à Dalberg que Caliite écrivait, et des lettres de parentes ou d'amies n'eussent pas exigé ces précautions mystérieuses. — La supposition d'un autre amant ne pourait s'adntetti'e. — Il suflîsait d'avcnr vu une fois Caliile près d'Henri pour la rejetei'.

I>!S ctisti^ces les plus claires ont leui's coins ténébi't'ux; les poëmes les plus intelligitdes, leur passage indécbiFTrabk !

— Quelle mine de déten-é vous avei! dit Rudolpb à Diilbei'g, qu'il rencontra sous un bec de gaz du bou-

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leTard des Italiens, fumant un cigare éteint depuis longtempE?... Vous loili bien tous, tous autres jeune» gengl 11 f^ut s'amuser, mais non pas se tuer... Vous buvez sans méthode, vous mangez sans philosophie, TOUS mélangez des «ces qui ne s'accordent pas. D'où sortei-TOUBÏ...

— Mon cher Hudojph, je n'ai manqué en rien à l'hygiène, quoique j'aie la ngure toute bouleversée et que je sois de fort mauvaise Lumeur.

— Vous avci perdu... dit Buddph : — vous n'ites pas assez froid devant les cartes.

— Je n'ai pas perdu... au jeu du moins.

— Quelque spéculation qui n'a pas tourné corame TOUS l'espériez?

— Non... je n'ai pas de capitaux engagés.

— Alors c est donc quelque peine morale... quelque désespoir amoureui... une jolie tigresse s'amuse i se repasser les griffes sur votre cŒur?

— Vojons, Rudolph, ne plaisaolei pas.,, je suis . sérieusement aTTecté. J'ai aes idées noires, ie me

sens un découragement mortel ; la vie m est i chaîne.

— Diable ! n'allez pas devenir un poêle romantiqne. Vos doléances puent l'élégie de beaucoup de kilomètres à la ronde.

— Vous êtes cruel, Hndolph. Laisses Tob« ricanement pour linéiques minutes.

— Me Todi aussi grave que possible; et, puisque TOUS avez un véritable chagrin, j'y compatis de tout mon cœur. — De quoi s'agit-il ?

— Vous ne raillerez pas?... reprit Dalberg avec un air de doute.

— Pas le moins du monde... Gwamencez votre complainte.

— Aminé m'a joué un tour abominable...

— Je la wojai» très-bien disposée à votre endroit.

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« LES ROCËS INNOCENTS.

— Vous MTei le f)OTtr*il qu'elle n'a dérobé an Mnper, pendant que je dormaie : elle l'a ^voyé, arcompagné de la lettre la plus scélérate du monde, au père du modèle.

— Lequel a dû prendre une idée doploraUe de tos iDCBUn... — et TOUS mettre très-probablement à la porte de son domicile patriarcal.

— (jui » pu dire â cette enragée créature le nom de Calitte... et l'adresse de M. Desprez?

— C'est bien difficile 1 et vous êtes d'une ingénuité rare... Depuis le jour du steeple-chase. Amiueapour TOUS un capncc marqué ; elle tous a iait à table des (âllades terribles, malgré la présence réfngéraote de M. Oemarc;. Vous ne lui répondez que mollement. Le médaillon tous révélait amoureux ; il n'a fallu qUe vous &ire suivre deux ou trois jours par un simple mouchard pour savoir que vous alliez très-souvent rue de l'Abbaye. Et dans cette rue, sans la vouloir calomnier, il doit bien y avoirun portier bavard et même deui^ C'est limpide coomie du dirch, personne ne TOUS a trahi que vous-même.

Ce que disait Rudolph était tellement vraisemblable, que les vagues soupçons qui avaient pu traverser l'esprit de Dalberg s'ëvauouirent tout à lait.

— Amtne a sans doute posé au rachat du portrait des conditions eurbitantes.

— Pas trop... en vérité. Hais j'étais ensorcelé, j'aurais cru commettre un crime...

— Vous avei fait la bégueule... et joué en paletot la scène de Joseph.

— A peu près.

— Aroine est dans son droit, ^e se venge de tos dédains. Ce dépit prouTe de l'amonr. Si tous m'aricE consulté, je ne tous aurais pas laissé Êiire cette sottisp-li) . L'(H)eueil des femmes est implacable.

— Me Toilà renvoyé par M. D>>sprez, haï par Caliite.

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— Tout cela pour atoir dormi sur un au lieu de danser, comme c'était votre dcToir.

— Riez; mais je euis trës-nialheureui...

— Par Tolrc faute... Fallait-il mutlru tacit de mystère à U chose la plus naturelle du monde, à bire la cour à une jeune hlle « pour le bon motifs » comme disent les cui^ères? — Pourquoi, diable, lorsiiuo tous faites le mal à la clarté du soleil, vcus cachezvous pour commettre une action vertueuse? — Si vous aviez dît que vous étiez un jeune fiance, l'on aurait respecté votre candeur; les femmes auraient gardé leurs doui regards et leurs [rais sourires pour des mortels libres de tout engagement. Aminé aurait porté sa bienveillance ailleurs, et rien de tout cela ne serait arrivé. On ne vient pas faire te gardon quand ou est un hotmne presque marié.

Dalberg, qui sentait la vérité de ce raisonnement, baissa la tête.

— All(His, il n'y a pas tant de quoi se désoler. Vous vous marierez plus tard avec une autre... Il £iut vous garder cette ressource pour le jour où vous serez

— Gelixte ne peut être remplacée.

— Je no veui pas vous contrarier là-dessus ; mais, permetlez-moi de vous le dire. Aminé est aussi jolie

fjur le mùns que Calîite, — à la vertu près, — d lorence est plus belle. Celle-là enuu'e tous regarde de trois lieues d'ici, comme disait le marquis Turlupin de MoliËrc : — Vous avez Je quoi vous cons<dcr,

— Je ne me consolerai jamais.

— Le beau malheur après tout ! Eh bien ! vous ne serez pas obligé de rentrer tous les soirs à neuf heures et de rendre compte de vos feuilles de papier à lotti'e. Vous n'aurez pas à quarante ans de grands gaillards moustachus et barbus qui vous diront papa, et vous fei'ont paraître seiagénaire; l'obésité ne vous

sa LES ROUÉS INNOCENTS.

viendra que dit ans pli» tard; tous pourrei voltiger d« la bnue i la blonde et loi^ner les remmes au spectacle sans TOUS Gûre pincer le bras jusqu'au san^.

Daus UD autre moment, ces consolations Karcastiques eussent éveillé chei Dalberg ce sentiment de va- DÎté et cette crainte du ridicule, si puissants sur lui ; il eût fait un effort pour rire du tableau grotesque esquissé par Iludolph, et il eût voulu y ajouter lui-infme quelques traits; mais, dans ce moment, sa douleur réelle et profonde avait fait disparaître toute son aHeC' tation de rouerie. — Cette idée houTgeoite de voir rompre son mariage avec une jeune fille pure et charmante, qu'il aimait depuis 1 enfance, lui navrait le cœur. — Rudolpb vit (|u'il fallait changer de ton, et ee fit dimner, ]râr le trop naif Dalberg. tous les détails possibles sur le caractère de Galiitc et sur celui de H, DeB[H«z.

Henri, mis en confiance, raconta de point en point l'histoire de ses amours, à laquelle Rudol^h eut l'air de s'intéresser vivement. — Il déroula devant ce roué le chaste et mystérieux poëme du premier amour. Rudolph fut surpris de ces trésors inconnus, de ces richesses immenses qu'il ne soupçonnait même pas. Dalberg le dominait complétemenl par cette éloquence vraie, naturelle, et jaillissant du cceur comme une source vive. Jamais Budoipb n'avait entrevu même en rSve ces paradis d'azur, ces campagnes féeriques, ces éblouissant:» perspectives de l'amour pur.

Cet homme ébloui, fasciné, comprit que lui, le roué, l'usé, le blasé, n'avait jamais vécu. Oe la femme il De connaissait que le spectre, de l'amour que l'ombre, et il se sentit pris d une amère tristesse en écoutant les strophes désordonnées de cet hjmne de passion.

il devint envieux de Dalberg comme l'ennuque l'est du sultan, le critique du poète, la vieille femme de la jeune fille et le pauvre du ridie.

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LBS RODES innocents. «9

■ Comment se b'A-i\, se didaJt Hodolpta, que les

S lue charmants visages et les plus divins cmps. passant erant mes ;eui i travers un ruiss^emeni de pierreries, d'or et de fleurs, ne m'aient jamais produit une impression pareille? >

— Puisqu'il en est ainsi, et que vous ne pouiei liire séparé do Catixte, j'irai voir le papa Desprei, qui ne ni a pas l'air, d'après ce que vous lac dites, d'un gaillard de trop brouche approche, et je lui raconterai l'afbire comme elle s'est passée. Je jetterai une gaze EUT les détails pour ne pas laire rougir ses cheveni gris, et peut-être les choses s'arrangerout- elles mieui que TOUS ne le pensez. — Maintenant il est près de deux heures du matin, et nous avons parcouru deux cents fois l'espace qui sépare le café de Paris de la rue du Hont-Blaiic; je ne suis pas amoureux comme vous, et quelques heures d'boniontalité ne me feraient |ias

Peu après la ecène que nous avons eit^uissée au commencement de ce chapitre, H. Dcsprez, mouiet de la santé de sa fille, entra dans la chambre de Caliite, qu'il trouva calme et oSle. les yeui fixés snr le bouquet de pavots «t de bleuets, signé du nom cachépar le cadre, dont il a été parlé au début de cette histoire.

Il lui prit la main et lui dit d'une voix anbctueuse :

— Ne te chagrine pas trop, ma pauvre petite, et tàdie de l'oublier.

— Jamais je n'oublierai Ileari, et jamais je n'aurai d'autre époux, répondit Calîxte en fixant sur son père son regard ferme et bleu, plein d'une décision mébranlable.

— Mon eniaiit, je ne suis pas un père de mélodrame, je ne te ferai pas enfermer dans un couvent et je n ai nulle envie d'employer envers toi des moyens violents; mais la conduite de Dalberg est celle d'un misérable. — Il est indigne de toi.

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n LES ROUES INNOCENTS.

— Non, moo père, — Henri n'a pas cessé d'élre digne de Totre fiUe ; — je crois en son amour comme CQ Dieu. — S'il ne m'aimait plus, mon âme le sentinit ; quelque chose se briserait en moi : — je n'ai été avertie par rien.

La figure de la jeune fiUe rayonnait de U plus pure confiance et avait une expresùon sublime.

— Et ce médaillon, renvojé par la plus vile crcatm%, à qui Dalbers t'avait sacniiee?...

— Il a été perdu ou volé.

— Quel aveuglement ! le trouble d'Uenri l'accusait assez, comment se rduser à une telle évidence 7

— Mon père, je ne vous désobéirai en rien... Vous ra'avei défendu tout à l'heure de voir Henri, je nw conrormerai i vos ordres; vous me diles quil est coupable, je suis sûre du contraire; — vous l'avez trouvé pendant dix ans honnête, pur et loyal, il est toujours ainsi, et vous revicndréï bientôt de volro premier jugement. — Je uc sais rien de la vie, hors l'imour; je n'ai pas reipéricnce, mais i son dé^ul la loi m'éclaire.

— Chère enfant, je voudrais bien partager ton illusion ; mais vous autres, qui vivez à i'écart dans do petites chambres blanches, et ne voyez le £aucé qu'un bouquet i la main, mi genou en terre et fraichcmenl frisé, vous TOUS faites d'clranges chimères sur les choses du monde ; — vous croyez que tout est rose et bleu de ciel, qu'il n'y a point de loups dans les bergeries. Hélas, chère enfant, l'idéal rât souvent menteur; et si tu savab tout ce que Dalbei^ tàilàParis. si tu pouvais le suivre, ayant au doigt l'anneau qui rend invisible, tu changerais peut-être de langage.

Va sourire presque imperceptible voltigea sur les lèvres de Galiite à ces paroles du H. Uesprez; mais ce ne fut qu'un éclair.

— Tu sens bien, dit l'ei-notaii'e eu mettant un

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LES RODES INNOCENTS. Tt

baiser sur le front de sa GIIp, que je pardonnerai tout i un jeune bomme, duels, drltes, folies de toiili^ Mrtc. excepté d'avoir profané le portrait de mon rnfaut.

Eli disant ces mots, il prit sur la table le bougeoir d'argent qu'il j avait laisse, et se relira chei lui, niandissant Henri et surtout mademoiselle Amioe de Reau-

La douleur d'IIciiii, quelque grande qu'elle fAt au rooment de la catastrophe, s'était encore au^ekitée au bout de quelqnesjoiirsparla privation de voir Caliite. Le retranchement de celte heure passée chaque soir prËs du métier à broder d'une jeune fille avec laquelle il n'échangeait pas vingt paroles foisait dans ■a jouinée un vide immense qu'il ne pouvait remplir : sa vie n'avait plus de but. Attendre te moment de sa Tisite ches Cahite, t rêver lorsqu'elle était terminée, tel avait été jusqu'alors l'emploi de son temps ; il se sentît misérablement désœuvré. Il lui sembla qu'une vaste solitude s'était faite autour de lui ; que le soleil était noir et le monde frappé de mort. Tout cela parce qu'il n'allait plus rue de l'Abbaye, dans une maison triste et froide, chez un notaire ennujeux.

Faisant taire son orgueil, car l'amour sincère est bumble, il avait employé tous les moyens possibles pour s'eicuscr et reuber en grâce auprès de H. Desprès, mais ses lettres étaient restées sans réponsesi elles contenaient pourtant les justifications les plus convaincantes d tes plus explicitée; des personnes

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n LES ROGÉS INNOCENTS,

tierces, dépuléeg dans des idées conciliabiceg, n'avaient pu oblenu plus de succis : H. Desprez ne voubil rien entendre. C'était un de ces hoinineE Irèsdouiet trèf-opilliitres, qui,br»]u'its ont pris une fois une résolution, ] tiennent eicessiremenl, sans doute à cause de la rareté du &it. D'ailleurs il arail été blessé par Dalberg i son endroit le plus sensible... dans son aTnour pour sa fille. Plus il s ébit confié aTeu^lément à son honneur, plus il était indigné de satrahiMii. En outre, comme tous les gens faibles, la peur de parai- Ire aianquer de caractère le rendait entêté.

n Ëiui dire aussi qu'il avait pris bous main des infiKTnations dont le r&ultat ne pouvait qu'élre défavorable i Dalberg ; il savait maintenant qu'il fréquentait lee coiilisBee, jouait, s'enivrait et vivait dans une société d'hommes de plaisir et de'femmes d'une morafitéau moins légén:; tout cela n'était pas trop propre i bien poser un Jeune homme dans 1 esprit d'un exnotaire, et H. Desprez s'estimait heureux que l'eaclandre causée par Aminé fût arrivée à leraps pour empêcher le mariage.

— Qui âui-ait dit cela, disait H. Desprez, à voir cette physionomie honnête, ces manières timides, ce ton doux et mesuré, cet air de jeune fille déguisée en gar^ou? Ce Dalberg est un drôle complii:|ué; à la débauiiie, il joint l'hjpocrisie. Il reluquait la dot pour pajrer des parures à ces demoiselles. — Joli calcul ! .— S'il reraetlait les peda ici, je le recevrais de la belle manière.

Rudolph. faisant semblant de compatir au désespoir de Dalberg, s'était rendu chei H. Desprex pour plaider la cause de son ami ; il l'avait plaidée en effet, mais de manière à corroborer H. Desprez dans son opinion.

Henri, selon Rudolph, n'avait rien de grave à se reprocher ; c'était un garpHi aimable, beau joueur, cm*

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LES DOUÉS INNOCENTS. Tt

vive joyeux, aimant les dieiaiii et les femmes, chose bien naturelle â wa i^. Quant i l'afTaire du médaillon, il y voyait, lui KuJolph, plus d elourderie que de noirceur : c'était à un souper, au cabaret, avec des lorrettes et des figurantes, — l'abandon du porb'ait pouvait so mctti'e but le compte du viu, car Henri se giisait queltiuefois, et il était ivre ce «oir-là comme un membre du parlement ; — il acait sans doute craint d'eïciterla jalousie ou la colère d'Aminé, personne b'ès-vinlente, qui crovait avoir des droits sur son cteur. Dans tout cela, il n'y avait pas de ()Uoi fouetter un banneloo, et H. Desprez se montrait un père vraiment rébarbatif !

De pareilles excuses ne persuadaient nullement le brave M. Oegprez, ([ui persistait i regarder Dalt>trg comme un drôle indigne de pitiÉ et de pardon.

Aussi Rudolph, lorsqu'il vint rendre compte de sa mission t Dalbei^, sans lui enlever tout espoir, lui fitil comprendre que M. Desprez serait long et difficile à ramener, et qu'il faudrait de nombreui entretiens

Kur obtenir la rentrée en grice d'un coupable contre |uel s'élevaient de si fortes préventions.

Il se ménageait ainsi les moyens d'aller souvent cbezH. Desprez, sauscici ter les soupçons de Dalbeiu.

Si VOUE eussiez vu lludolph se rendant rue de l'Anbaye, tous ne l'eussiez pas reconnu. — Il se faisait, pour ces occasions, une figure de ûrconstance. Le raffiné disparaissait complètement; ses moustacbcs aiguës perdaient leur férocité ; son œil de faucon a'éte^nait; une tranquillité pleine de bonbomie endormail sa face liabituellement agitée de tics nerveux; des bettes plus larges, des gants moins justes, des vêtements d'une ampleur sans prétention, une canne toute simple, lui donnaient cet air de rapeelabitilé qui (ail dire aux parents : ■ VoiU un bomme séneui et capable de [larveair à tout ! >

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Tl LES RODÉS INNOCENTS.

Il causait arec H. Desprez i'éconoaùe politique et de toutes sortes de sujets graïes, sans pédanterie, mais avec connaissance de cause. L'et-notaire lui trouvait de l'instruction, des idées justes et pratiques. 11 s'étonnait qu'un homma si mùr et si raisoonaUe pût se plaire dans la société de jeunes Tous, à quoi le baron l'épnniait qu'il était sans ramille, et que, privé des joies du fûjer, il lui allait bien quelques distractions extérieures, ce dont H. Despi'ez tombait d'accord; Budoljib, pour acheverdestsmettrebienavecM. Dssprez, lui indiqua quelques aflâires où celui-ci réalisa des bénéfices considérables. A dater de U, Rudolph pandit singulièrement dans l'estime de l'ei-notaîre; il ne jurait plus que par lui. — Aux objectiras qu'on pouvait lui faire que ce personnage si pme, si froid, avait des maîtresses, soupaîl et jouait; il répondait que, n'ayant pas d'engagement, il était libre de faire ce qui l'amusiit, pourvu que les convenances fussent respectées.

Comme beaucoup d'autres gens vertueux, H. Desprcz avait plus borreur de ce que coûtaient les vices que des vices eux-mêmes. Des fils de famille qui ga-

Îneraient toujours au jeu, dont les chevaux obtienraient tous les prii et à qui leurs maîtresses apporterais de l'argent, trouveraient beaucoup de bénignité, mêmi; choi les pères les plus rigoristes et les oncles les plus furieux.

Telle était à paa près la uosition de Rudolpli. Il n'y avait dans sa vie aucun désordre apparent, point de dettes criardes, point de liaison atTicnée, pas de duel scandaleux, rien qui eût attiré l'attention; et, depuis quelque temps, on le voyait beaucouj) moins dans les coulisses, au club et au café de Pans. Il se rangeait iusenûblement, donnant pour prétexte que l'on ne démit pas se permettre ceruines folies au deli de trente

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Pour Caliite, à dater de la conversation où elle avait nettement signifié à son père qu'eUe croyait Henri buKenl et n aurait jamais d'autre époux, elle semblait ne plusse souvenir d« ce qui s'était passé. Elle n'avait pjs prononcé te nom de Dalberg une sede fois; bien que H. Desprez, qui aimait assez la controverse, lui en eflt donné de nombreuses occasions par des allusions plus ou moins Iraosparcotes, elle s'était renfermée obstinément dans une réserve silencieuse.

Une résolution immuable donnait à ga figure une expression de majesté et de tristesse sereme dont l'ceil le moins intdligent eiU été frappé. De jolie elle était devenue belle; — la douleur l'avait ennoblie. Une pSleur rosée remplaçait sur ses joues ses vives couleurs de pensionnaire. Ses lèvres, vermeilles autrefois comme la grenade, avaient l'air de deux feuilles de rose tombées sur du marbre : elle avait maigri, cl ses mains effilées et veinées d'azur témoignaient d'une sou&ance morale contenue par la volonté.

Du reste, elle était d'une douceur résignée, et d'une soumission mélancolique qui remuait plus li; cœur de H. Desprez que n'auraient pu le faire des larmes et des plamtes ; il ne pouvait s'empêcher d'en être attendri, bien qu'il appelât entêtement romanesque de Betite fille la lidélïté de Galixle i, va vaurien tel que aUiei^. tlle n'en parlait jamais, parce qu'elle v pensait toujours.

Le soir, surtout à l'heure où Dalberg venait autrefois faire sa visite quotidienne, un abattement profond s'emparait de l.aliite; ces moments, si heureui alore, avaient une amertume double. Elle ne pleurait pas, mais une lueur Lumidement brillante luistrait le globe d'argent de ses jeux.

Une remarque, peut-Ëtre singulière après ce que nous Tenons de dire, c'est que (Jaliile ne paraissait

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Tl LES RODÉS INNOCENTS.

pas chercher à ériter la présence de Rudolph ; quand il aniviit et qu'elle se trouTait au salon, elle ne se retirait pas dans sa chambre, comme elle faieail d'ordinaire s'il surrenait ((uelque visite. Elle semblait jcsouter avec intérêt les entretiens du baron et de H. Deiprei. Vojait-eile en Rudolph un ami de DalbergT Espéraît-ëlle ^u'il parlerait en sa faveur h H. Desprez et le ferait revenir de ses préventions ? On bien la conversation brillante de Rudolph apportait-elle une distraction passagère à ses ennuis? C'eut ce que nous ne saurions décider.

Lorsqu'elle était M, le baron, abandonnant les su-

t'ets un [leu lourds <ju'il traitait habituellement avec 'ex-notaire, déployait Imites les ressources de son esprit, et il en avait beaucoup, de naturel et d'acijuis, et, sans galanterie trop nian|uée, trouvait toujours mojm d'envoyer jt l'adresse de Caljxle quelque phraiii' ftatteuse et quelque compUment de bon goAt.

Quelquefois, lorsque la jeune fille avait ta tête fournée et que M. Uesprez développait compendieneement quelque prohlËme d'économie mrale. le Ikiron lançait sur elle un regard furtif et plein de Bamme qui contrastait étrangement avec la blaneheiir morte de sa figure.

Ce regard n était pas étudié, puisque personne ne devait le voir. Il exprimait donc les vérilablcs sentiments qui agitaient l'Sme de Rudolph. Or jamais œil d'écoher de vingt ans ne décocha un rayon plus chargé de flamme magnétique, plus fiilsurant de passion que celui du complice d'Aminc; le plus ardent amour t scintillait en traits phosphorescents. Certes, ridée d une dot de cinq cent mille lignes n'entrait pour rien dans ce regard désintéressé comme l'amour

Il s'était fait dans Rudolph un changement complet depuis sa promeaade nocturne avec Henri sur le bon-

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LES ROCÉS INNOCENTS. Tt

lerari de Gaod; les confidences de Dalbere luî avaient rëTèlé tout un mnnde nouveau, un paradis où il n'était jamais entré. Dans sa tie consacrée ù la recherche ou bouheur, il n'avait renconlré que le plaisir, et bien rarement encore. Salbure était plus fort «fue lui ; du premier coup, il avait obtenu cette émotion profonde et poignante qui est le rêve de Ions les don Juan, et que les empereurs romuins poursuivaient de toute l'impuissante fureur de leurs &ntaisies monstrueuses.

tl examina plus attentivement Catiite, que jusqu'alors il n'avait considérée que comme représentant un certain nombre de billets de banque, et il se coavainouit do cette vérité, que le pli di-oitde la plus simple robe tombant sur un corps chaste a une force de séduction et une puissance irritante que n'ont pas les plus folles toilettes de couitisanes. Le moindre froissement de cette jupe, qui laissait & peine voir le bout du pied, lui faisait afDuev tout le sans au ctenr; ce corsage, recouvert d'une guimpe de religieuse, te brûlait, le rendait fou, lui qui naguËrê, tout en fumant son cigare et en oailaiit de cbevaui, caressait de h main, avec un sang-lroid parfait, les épaules les plus satinées de Paris. Lui ^ui se crorait bronzé, invulnérable, à l'abri désormais de toute sumise, fut vaincu Fans même combattre; en général habile, il sentit sa décile avant d'engager la bataille, et reconnut vis-ivis de lui-même l'inutilité de la lutte. Ce désir d'innocence dont sont prises, à une certaine période de la vie, les Inies cjui connaissent tout, s'était empare de [tudolph. Il avait soif de candeur, de pureté; la vertu était le seul rafEîneraent qu'il n'eût pas encore pratiqué. Qumque peu âgé encore, il fut atteint de ce terrible amour qui pousse les vieillards vers les toutes jeunes filles. Comme il n'avait ni foi, ni croyance, ni illusions, ni fraîcheur d'ime, ni beauté de corps, ni ri-

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Tl LES RODÉS INNOCENTS.

cheHe de cœur, il voulut posséder tout cela dans Caliile. — Il n'oubliiiit qu'une chose : c'est l'anionr de ]■ jeune fille pour Dalberg, amour qu'il se flattait de détruire peu à peu, se Bant i son adresse. Il se trotn-

Giit en cela ; celte faute est celle de tous les gens haies trop poilcs h mépriser des adrersaii'cs naifs. comme si la gaucbrrie n'était pas (|uel()uerois la suprèine rouerie, suitout en amour. L'homme le plus lin de la terre et le plus eipert en intrigues sera battu par nn adolescent tiéte, mais aimé.

Rudolph, entré dans la maison Je H. Deaprez en coureur de dut, n'y songeait plus. Galixte eùt-elle été nunée de fond eiï comble, il ne s'en serait pas inquiété un instant.

Pendant tant cela, que Taisait Amioe? — Elle avait Kiidemmenl jugé qu il (allait laisser à la première fureur de Dalberg le temps de s'abattre; elfe s'était tenue à l'écail, mais elle n'avait pas abandonné ses projets.

Quand elle pensa que Dalberg s'était suffisamment désespéré, elle résolut de tenter un coup hardi.

Un jour Henri, en rentrant cbez lui, aperçut une [ènime installée dans un fauteuil, et lisant des brochui'BS avec le plus beau sang-iroid du monde. Il ne la reconnut pas d'abord, car la voilette de £on rhapeau baignait d'ombre le haut de sa iigure, et son menton était caché par le cahier ouvert (qu'elle tenait à la main ; mais ta petitesse du brodequin, la fraîcheur du gant et le souple abandon de la taille annontaient une jeune et jolie femme.

Une pensée folle traversa un instant la tète de Dalberg : il s'imafiina que sa hien-aimée Calitte, ayant enlin regu une des énitn» passionnces où il lui proposait de l'enlever et de fuir dans un antre hémisphère les rigueurs d'un père barbare, s'était décidée à le rejoindre; il allait s'écrier :• Vour ici, Osintel »

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LES ROUES INNOCENTS. n

lorsque l'inconnue, relevant son voile et jetant de c«té lu joarnal qui lui servait de mas(|ue, aécouvrit aui jeux Btupéuits de Dalberg un minois chiffonné qui, pour ne pas valoir la beauté virginale de Calixts, avait c«peadant bien son prix .

— Aminé ! chez moi I s'écria-t-il en reculant de trois pas, atlerré de tant d'audace.

— Eh bien ! oui. Qu'; a-t-il là de si étotmant? répondit-elle en s'appuvant sur le dos du fauteuil avec un gesle plein de résolution.

— Après le tour abominable que vous m'avez joué!

— Vous n'èles pas mal ici, reprit Araîno. — Tiuusl voili un Diaz ravissant: voulez-vou9 le changer contre mon Delacroiï? un Amour contre un ligre !

— Il faut que vous comptiez beaucoup sur votre

— Certainement j'j compte, dit Aminé en se débarrassant de son châle et en jetant sur un cauapi son chapeau, frais chef-d'œuvre sorti le matin des mains fées de madame Gaudrant, avec autant de négligence qu'une faneuse lance son chapeau de paille sur une meule de (bin.

El elle s'avanfa vers Dalbei^, forte de toutes les pièces de son nrmuTC qu'elle avait déposées. .

Un rajon de soleil, filtrant à travers les rideaux, rdiuminait de la tâte aui pieds, et faisait petilki mille Gis d'or dans ses cheveux d'un chîtain opulent. — C'eût été, pour une femme moins fraîche et moin^ jeune qu'Aminé, un secours perfide; mais elle avait utie tête k défier toute clarté.

A la vue de cette jolie créature toule dorée de lumière, ondulant comme uue vipère sur le bout de si queue et le provoquant de son insolente beauté, Dalhcrc s'arrêta incertain et déjà fasciné.

Sud indignation contre la noire action d'Amin.t ii'élail pH moins vive ; mais, malgré lui, il cédait à

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•0 LES HOUËS INHOCENTS.

l'ascendant de ix charme fatal dont les cœurs les plus

froids n'étaient pas à l'abri.

— Commencez donc votre harangue, dit Aminé CD lui frappant les lèvres du bout de son gant, qu'elle avait retiré. — Allons, faut-il que je voussoufDe? — Aminé la perverse, la scélérate, 1 infâme, la femme sans cceur, ce doit être dans cette veine probablement que vous auriez choisi les épitbèl£S de ma litanie.

— Vous avez &it le malheur de ma vie.

— Ceci n'est pas prouvé; peut-être me remcrcicrez-vous plus brd.

— ... Srisé le cœur d'une pauvre en^t.

— Elle se consolera, si ce n'est déjà fait.

— Pourquoi avei-vous envoyé ce portrait?

— Pourquoi n'ètes-vous pas venu le reprendre?

— Méchante ! Le pouvais-je?

— fngrati Je vous inspirais doue une horreur bien iosurmonlable ?

— En toute autre drctustance, votre hillet m'aurait rendu le plus beureui des hommes.

— Jugez de ma colère : — je me suis crue dédaignée, méprisée ; j'ai pensé que vous me trouriei laide; } ai douté de mon pouvwr : c'était ma première défaite'

— L'amour le plus violent, le plus pur, occupait

— C'est ce qui me rendait si malheureuse. Oh! que j'enviais cet amour qui tous était inspiré par une autre! Comme j'étais misérablement jalouse de cette Caliite ! Gomme j'aurais voulu pouvoir l'étudier sans qu'elle me vit et lui prendre ce qui vous charme en elle ! Que j'ai regrette la gracieuse gaucherie do l'innocence! Si vous saviez quels efforts j'ai &its pur donner à mes bandeaux cette ondulation virginale, à mes l'égard! cette lueur timide que j'ai remarqués dans lu médaillon! Que de robes blanches j'ai es-

...C.ooglc

LES RODÉS INnOCENTS. SI

sajfceB avw des ceintures tout unies, pour avoir l'air, moi Ausd, d'une peiisioanaire !

Aininc pariait-elle sérieusement ou voulait-elle se jouer de la crédulité de Dalberg? C'eût été une question difficile â résoudre. Sa voix, son regard, sou goEt*:, tout uvail pourtant l'accent de la vérité.

— La jalousie qui m'a (^it envoyer le portrait de Calitte à H. Desprei m'a bien mal inspirée, puisqu'elle me vaut votre haine, reprit Amine avec un

soupir savamment modulé: ' " ""'

l'oui à ce point, je n'aura uu OBur trop bien gardé, bélai

Nous devons avouer que Dalberg, à qui. depuis six semaines, Calîite n'avait duune aucun signe de rie, et qui ne s'était pas même laissé apernjvoir derlîËre son rîdeaa, nu trouvait pas en cet nistaiit Aminu si inonslrueuseinent perlide qu'elle lui avait semble d'abord, tant l'homme pardonne aisément les actions les plus coupables quand elles flattent son ainourjH^Ilire par quelque cété.

— Ce qui est fait est (ait, et vous devez avoir perdu tout espoir de rentrer dans les bonnes grâces de Ca- Uite et de H. Dcsprei. — D'ailleurs, Galiite ne vous aimait pas; a-t-elle fait le moindre effort pour vous rev«r7 Vous a-l^lle écrit un mol seulement? A-t-elle eu la moindre pilié de votre douleur? Ces |H^las filles dévotes oi des rancunes diabobques; jamais elle ne vous pardonnera.

Déjà IblberE s'était dit pinceurs fois tout bas ce qu'Aminé lui disait tout haut. Caliite lui paraissait, méine en faisant ki part de sa colère légitime, obéir bien ponctuellement aux injonctions paternelles.

— Gombie'n de temps contrnuerez-vous à promener par la ville l'élégie de votre figure et de votre peramne? Votre moustache est mal taillée, vos cheveux ne frisent pas, vous avez un gilet de deux mois.

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■a LES HOUÉS INNOCENTS.

— Sigiiu de proetratian morale. Vous abusez dti droit

3u'ont les amoureun ei^ukés d'être mal en point ans leurs habits. — D'ici à huit joure, vous serei ridicule, je ïous en avertis.

Dalberg jeU un coup d'oeil sur une glace qui se trouTail près de là, et s aperçut, en effet, de plusieurs infractions à l'élégance dans sa toilette.

— Galiite pi-end mieux son parti (pie vous. ElUe est déjà toute consolée.

— C'est impossible ! s'écria Dalheru.

— Avci-Tous l'amour- propre naïf! Et l'on peut mérae déjà prévoir quel sera ïotre successeur auprès de cette chaste et vmdicatÎTe personne. H. Doserez n'a pas enrie. comme vous le pensez bien, de taire coifter sainte Catherine à mademoiselle Calixte. Vous n'êtes pas le seul gendre de la création. Puisqu'on vous oublie, oubliez. Vous allez encore dire que je suis méchante; nuis, à vous voulez venir avec moi a l'Opéra, outre le ballet nouveau, je vous ferai voir un spectacle qui vous (guérirait de votre passion matheureuse, et vous délierait des serments de fidélité que vous avez pu faire jadis ou récemment à TOlre belle.

— Que ïoulez-ïous dire? — Vous m'alarmez.

— Ëhqiuâ! vous n'avez pas dIus de confiance que cela dansramour d'une jeune fille honnête, élevée au couvent, avec laquelle vous échangez des médaillons et des boucles de cheveuï ? Vous tremblez au premier mot qu'on vous dil, tous reculez dciant l'épreuve.

— Oui, j'irai, répondit Dalherg.

— Allons, je vais passer une robe et n

Iuelque chose dans les cheveux. Je viendrai i re tout i l'heure ; soyez prêt.

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LES ROUÉS tntJOCENTS. 8S

Au bout d'une heure, Toby mouta dire que mademoiselle Aminé était en bas, dans la voiture, qui attendait.

Aminé avait une toilette d'uue IrgÈreté féerique, un brouillard de tarlatane enveloppait son corps svcHe et souple. Une couronae de volubilis aui Teuilles diamantées, aux calices d'un rose idéal, ceignait sf s tempes tniDEparentes ; elle était adorable, et Dalberg luimâme ne comprit plus qu'il eût tenu rigueur à tant de grâces. Les femmes, quand il s'agît d'en désespérer une autre, trouvent des beautés inconnues, et qui ne , servent que pour ces jonrs-lè.

A peine Dalbere s'était-il assis derrière Aminé dans b baignoire qu'elle occupait à l'année, que la porte d'une loge de première galerie, située en lae«, s'ouvrit avec fracas. — Dalberg vit entrer deui hommes et une jeuno Qlle velue de blanc, avec un gros bouquet de violettes au corsage et des fleurs pareilles dans les cheveux. Le plus âgé des hommes était M. Uesprez. l'autre Rudolph, et la jeune fille, Caliite.

C^<ét»t bien elle ' Sa nAie, un peu moins monbnte qu'A l'ordinaire, laissait voir un commencement d'épaules d'une blancheur éblouissante. Sans cesser d'être virginale, sa toilette avait fait iinx exigences du monde les sacrifices indispensables. Ainsi dégagéi's des voiles dont les surchargeait une pudeur peut-être trop susceptible, les Tonnes graciiHises de son buste retwrtaient dans toute leur harmonie. Sa tête jouait

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U LES RODÉS INNOCENTS,

plus librement sumncou dootrien n'interrompait les tifoes antiipieB, excepté une imperceptible chaine de t^ise, mince cooime un cheveu, qui soutenait une petite croix de diamant.

Elle occupait aiec M. Desprei, le derant de la li^e. Rudolph se tenait debout dans le fond.

Tontes let lorgnettes étaient braquées sur Calîile. Chacun se demandait : a Quelle est donc cette char* mante personne, si jeune, si jolie, d''ine grâce si naturelle, d'une dignité si modeste, qui écoule sans étonnement et sans indifférence, et n'a pas l'air de se douter qu'elle est le point de mire de cette foule? > ,

— Comment se Éit-il que Rudolph soit dans sa loge? ajoutaient ceux qui connaissaient ce dernier. — S'il sort dans les entr'actes, nous saurons de lui le nom de cette naissante étiHle de beauté. .— Leur attente fut trompée, car le baron tint fidèle compagnie àCalixtectà M. Desprez.

Jamais Dalberg n'avait tu sa bien.aimée si belle : — il ne la connaissait pas sous cet aspect de grâce sérieuse et de mélancolie sereine. Jusqu'alors, chei Caliite, le côté pensionnaire et jeune Rlle avait prédominé; Dalberg, au lieu d'une entant, retrouvait une Temme ! Ses regrets, un instant assouiHS, se réveillèrent avec une vivacité extraordinaire; un immeose dësesptHr s'empara de lui, mêlé d'un tel accès de rage contre Aminé, <jue, s'il eût eu un couteau sous la main, il l'aurait certamemcnt poignardée.

Aminé, s'élant retournée, vit la figure de Dalberg tellement décomposée, et d'une pâleur si verdàtre, que la fraveur s'empara d'elle, et qu'elle se recula jusqu'à l'autre angle de la baignoire, en ajant soin de se mettre en vue. de peur de quelque violence de la part de son compagnon.

Faute de mieui, Dalberg déchiquetait un de ses gants. Jusqu'à présent, il n avait éprouvé que les tris-

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LES B0UÉ8 INNOCENTS. 85

tesses de ramant exilé, maintenant les dents de rat de la jalousie lui mordaient le œur.

Aminé aussi avait changé lie couleur. D'aprÈa le

Krtrait, elle ne s'était pas figuré une semblable per- ^ion : car les femmes île la sorte ne croient pas ordinairement à la beauté des filles Tcrtueuses, qu'elles se représentent valonticrs comme gauches, disgracieuses, bossues ou mal habillées. Elle s'expliqua la conduite d'Henri, qui jusque-là lui arail paru incompréhensible, el un soupir de dépit, qu'elle élouffo dans son bouquet, sottit de sa poitrine oppressée.

— Allons, se dît-elle tout bas, c est le moment d'être belle ou de mourir.

Et par un appel désespéré à la réserre de ses charmes, eUe réunit une telle somme de beauté, qu'elle en devint comme phosphorescente.

Elle trouva une pose incomparable, — un regard qu'elle n'eut que cette ibis, une expression qu'on ne reverra^Jus.— Cepoëme sublime ne fut pas écrit malheureusement, car ni H. Inp«3~ni Pradier n'étaient là. (Jue faisiez-TOUs en ce moment, artistes eouve-

— Qu'adonc Aminé aujourd'hui? elle éclate comme un bouquet de feu d'artifice , se demandèrent plasieurs lions étoimés.

— Courage, Ilenri, disait Aminc à Dalbirg, ne leur donnez pas la salisfaction de vous loir pâle et défait comme un condamné à mort; Caliile est regrettable, c'est vrai ; je sais quand il iàut convenir de la beauté d'une autre; mais suis-je É dédaigner'/ Regardez comme tout le monde m'admire! il suffit d'une étincelle tombée de mes veux, au hasard, pour allunKr une flamme qui ne s'éteint pas. Les plus beaux, les plus illustres, les plus riches se précipiteraient pour ramasser mon mouchoir. Voyez comme toutes ces duchesses, toutes ces iemraes de banquiers tâchent de

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H I:ES ROVËS INNOCENTS.

d^loumer l'atteDUoci de leurs aciaotii; elles earent bien que si je les loulais à mes pieds, mant une heure ils y seraient. — Cette place près de moi, où tous paraissez i la torture, et où vous vous lordez comme un luea sur le gril, tous rend l'objtitdc l'enTie génàale. Chaque homme se dit : Heureui Dalbei^ ! — Chaque femme me cherche une tache, un dëfaut à travers le (^ssissemcnt (le sa loi^nette.et, ne trouvant rien, se retourne furieuse pour quereller son mari.

Dalberg lit un eflbrt sur lui-même, remit à peu près en place les muscles de sa ligure, et prit des apparences plus tendres et plus intines avec Amioe, dans l'espérance de rendre ainsi i Calixte le chagrin qu'elle lui causait.

Pendant l'entr'acte, Caliite promena ses yeux vaguement autour de la salle.

Quand son regard tomba sur Aminé, il y eut comme un choc électrique; mais la courtisane se sentit intérieurement vaincue. Elle fut anéantie par ce regard luraineui, froid, presque distrait, écrasant d'indiflërence, et s'aflàissa sous lui comme le démon sons te pied de l'archange.

Pourtant Dalberg, penché vers clic, semblait lui tenir quelque tendre propos ; la bouche du jeune homme effleurait presque sa joue.

Rien n'avait tressailli sur la figure de Galiite; ni pileur, ni rougeur; sa prunelle avait tranquillement achevé son tour, et, son inspection terminée, la jeune fille s'était retournée vers Rudolph pour lui demander le prograu'me.

c Elle &it si peu cas de m<H, se dit Aminé, qu'elle épouserait Dalberg demain, quoiqu'elle l'ait vu avec moi ce soir, en loge grillée, i l'Opéra. Je ne suis pour elle qu'une levrette, un colibri, un pûsson rouge, un être de race inférieure et indifférente.»

Rndolidi, tout lui qu'il étaii, ne jugea pas le ealme

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LES HOUÉS INNOCENTS. «T

de Calîxte aussi sainement qu'Aminé ; il l'attribua à d'autres causes : — au refroidissemeut de U jeune iille pour Dalbcrg, et peut-être aussi à une liieuTeillauce naissautc pour lui.' — Rudolph, amoumui, n'était plus clairvoyant, le bandeau lui desc^aît sur les yeux comme aui autres...

— C'est sans doute cette coquine de iiiadeiiK)i«elle Beauvilliers qui est là en bce dans celte baùooire arec ce aredin d'Henri Dalberg? dit très-bas H. Desprez

— Oui. répondit Hudoljdi ; ils ne se quittent plus mainleuant.

— Prètez-moi donc un peu >otre lorgnette, que je la regarde... un jku en dét:iil... continua le notaire.

Si jamais surpnse se manifesta clairemenl sur une iàce humaine, ae fut sur celle de M. Desprez. après

Îu'il eut contemplé quelque temps Aminé au bout des eui éniHines tubes d'iroîre. Le brave notaire n'avait aucune idée de l'éiégance parfaite et du comme il faut extérieur où arrive la corruption dans un certain monde. Aminé lui lit l'effet d'une marquise en bonne fortune avec son couûn. Elle lui parut ce (ju'clb était, ravissante... Sa mise, d'une simplicité si gracieuse, et où la modestie de Caliite n'eût rien trouvé à repr.ndre, renversait toutes les idées du boubomine.

Selon lui, une espèce de ce genre devait porter des plumes de toutes couleurs, des robes ponccau ou jon-

auille, brodées de clinquant et de paillon, des chaînes 'or ù trois tours et des pendeloques do strass. Son érudition sur celte matière remontait à des souvenirs de jeunesse. Lorsqu'il n'était encore que petit clerc, il avait admiré en attirail de ce goût ce qu il appelait tréaluTn, dans les galeries de Eeis du Palais-Royal, et il crojfait qu'il en était loujourg ainsi. La date éloignôe de ces renseigiicinciits faisait l'ologe de la moralité de l'ei-uotaii'e.

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Li toilo Be releva, et In billet coatÏDuï, accocopagné d'applaudissemeats et de choeurs de cannes : Carlotta dansait. De temps à autre, Galixte se i'ct«urnail k demi vers Hudalph pour lui dcinaader l'explicatioii de quelque chose qu'elle ne compreuait pas ; Hudolpli, habitué du l'Opéra depuis maintes années, traduisait couramment la pantomime; la chorégraphie n'atah pas de mystère pour lui. Dans c«tte position, la jeune Bile repnisentait un de ces délicieui profiU perdus, si chers aux grands peintres, et où les dessinateurs mettent toutes leurs finesses.

La fureur de Dalberg, à la <ue de ces bmibantés insignifiantes en tout autre cas, ne <loit pas étonner quiconque a clé jaloux; il lui prenait 'des envies de DionEw à la loge de H. Desprez et d'insulter Ru-

Caliite lui paraissait un monstre de periidie, une misérable, une infâme. A côté d'elle, Aminc, qui au moins ne trompait personne, était l'innoc-ence même. Il ne comprenait pas comment on pouvait cacher un cœur aussi !»a\ sous de telles apparencesde sincérité. Qui eût jamais pensé cela ! ^ Elle se laisse Faire la cour par ce Hudoiph pour rae rendre fou de rage ! — Les femmes, hoonétes ou non, ne connaissent donc pas d'autre moyen de vengeance que de se déshonorer ou se compromettre?

— Pensez-rouE maintenant que mademoiselle Des-

Srez mourra de chagrin de votre perte? dit Aminé e savoiiffittée et railleuse au pauvre Dalberg, qui se déchirait la poitrine sous son gilet. Voilà votre conscience décoargée d'un grand poids, et désormais TOUS pourrez sans remords accordnr quelque attentioa à votre humble esclave.

A la sortie du spectacle, les deux groupes se rencontrèrent sur l'escalier où l'on attend les voitures. CalUle, qui donuait le bras à son père, diSeura de

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LES ROVtS IKNOCENTS. 89

son manteau de cachemire le boarnons blanc d'Aminé: Budnlph, en avant de quelques p»9, cherchait à recon> naître son Talel de pied parmi les livrées de loulea couleurs qui encouiciraicnt le «estibule.

La foule était compacte, et, pendant quelques secoodes, Aminé et Dalberg, H. DespreE etsa Elle, fDTent obligés de stationner sur la même marche Celle minute parut un siècle i Dalberg. Pour Aminé, elle prit ta revanche du regard de Caliite ; elle se composa une ^TSionomie si rayonnante d'amour, s'appuya au bras d'Henri avec une cilineric si voluptueusement pudique, se serra contre lui d'un air si confiant dans sa Ctection, car le tlot de la descente faisait chanceler groupes slationn aires, elle l'enveloppa si bien de caresses invisibles et en prît si complètement possession, que Caiiite, qui vit ce manège â son aaresse, bien qu'elle eût la t£te tournée de l'autre côté, eut l'Ame traversée par un doute, — le premier, le seul! — ce ne fut qu un éclair ; mais la douleur avait été si atroce que Canite se sentit subitement baignée de sueur dans son corsage.

Heureusement Rudolph revint; Dalberg lui jeta un coup d'osil ai plein de mépris, de haine et de fureur, (me Caliite, au milieu de l'épouvante que lui causait I imminence d'ime provocation publique, car de tels regards équivalent a di's souQletà, éprouva un sentiment de bien-itre délicieux : — Herai l'aimait toujoura!

Comprenant ce ou'une pareille scène, en pareil lieu, aurait o'odieux et ae ridicule, Dalberg se contint, recouvra son sang-froid, et couvrit sa colère d'un mas- Ïie de dédain glacial. La foule s'écoula. — RudoliA, esprez et Cahxte montèrent en voiture, et Dalberg reconduiàt Aminé chez elle.

A peine montée dans sa chambre, Gallite, sans se déshabiller, sans même prendre la peine de fermer sa

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M LES RODES INNOCEDTS.

porte, prit uiie feuille de papier, écriiit rapidement quelques mots dessus, en piijuant la plume dvns la pulpe du citniu qu'on mettait cbaque soir près du Tetre d'eau iiu'ello avait l'habitude de boire, et courut i la penaule.

— Dieu soit loué ! il est encore temps.

En eftet, le ballet, précédé d'un acte du Serment, s'était terminé peu avant dans la soirée. Les chevaux de Rudolpb allaient vite, et !a vieille horloge de Saint- Germairïes-PTéB tinla onze coups avec une lenteur solennelle.

— Le joueur d'orgue va passer !

Ed effet, un air de pcdka, entremêlé d'assez dusses Dotes pour dire hurler tous les chiens du quartier, détonait dé^it à l'autre eitéimté de la rue et se rappiiKhait rapidement.

U s'arrêla sous la fenêtre, et Caliite, sans s'inquiéter de ses bras nus et de sa pùtrine découverte^ pendia son corps dans la noire fraîcheur qui régnait au dehors, et tança au joueur d'orgue sa bourse enveloppée d'un papier stigmatisé de signes mystérieux.

Le pauvre Dalberg passa une nuit affreuse. — Li pensée d'avoir été vu par Caliite, qui devait le croire perdu de douleur et de regrets, eu compagnie de celle i^ui avait trahi le chaste secret de leurs amours et livré l'image adorée aui ricanements d'une troupe de courtisanes et d'imbéciles, lui donnait des transports de rage. Maintenant, se dîsait-il. elle aura raisou d'écouter Rudohib ; ne l'ai-je pas justifiée d'avance par ma conduite? Et moi, qui confiais à ce traître le soin de ines inlérèls, et le chargeais de parler pour moi i H. Desprez! tripla sot que je suis! — Comme il doit se nwquer de moi, comme il doit rire de ma crédulité stnoide !

Je saurai Dieu trouver les morens de le rendre sérieux ; je le i«ovoqaeni en duel ; il faudra qu'il rë<

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tracte ses inOmes caltHDnies deTint Caliile et H . Desprez, ou je le tuerai.

Le lendetDaiu, dès l'aurore, Dalberg, qui n'avait pas dormi et qui ne pouvait trâiir en place, tirait de toutes ses farces le pied de biche ferré d'argent suspendu D lu porte de Hudolph.

Un valet i moitié eadormi et recouvert i feinc des tétements les plus indispensables vint ouvnr au bout d'une decni-heure, et dit à Dalherg d'un air fort gro< gnon et fort bourru :

— Que diable! on ne vient pas chez les gens une heure après qu'ils sont couchés ; repassez tantôt.

— Il faut absoluihent que je parle i votre tnaitre pour une affaire qui ne souffre pas de retard.

— Si c'est pour de l'argent que vous venez, vous avez tort de vous déranger si matin... M. le baron ne paye que le soir.

~- Allez porter cetle carte à votre niaitre.

— Je n'ose... il dort de toute la force d'un premier somme. Mon maître a le réveil brutal.

— Trêve de réflexions. Marchez devant moi, je

Le ton d'Henri était si impérieui que le domestique ne iit point d'objections.

— C'est vous, Henri, dit ie baron, enveloppé à ta hlte d'une robe de chambre algérienne, en étendant les bras It se faire craquer les jointures et en bâillant à se décrocher la màclioire. — Du diaUe! si je vous attendais. - Il est bien matin pour nie parler de vos amours. La soirée d'hier n'a pas arrange vos af&ires. Vous n'avez pas de chance, vraiment, et moi qui metna'is à vanter votre belle conduite D H. Dcsprez! Caliite vous en voudra six mrâs de cette rencontre sur l'escalier.

— Assez de mensouges, de trahisons et de perfidies

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H LES BOUES IHNOGBNTS.

cODiine cela, ■^— monùeur! — faiteft-moi l'honneur et

le plaisir de ne plus me prendre pour un sot.

— Sur quelle herbe avei-tous marché aujourd'hui, mon cher âeuriî Je passe à votre déseepoir amoureux des libertés qui seraient fort mal venues de la part de tout autre.

— Je vous remercie de votre magnanimité, baron; ràchez-Tous, cela me fera plaisir. — Prenez mes paroles dans le sens qui tous déplaira.

— C'est un duel que tous voulez?

— Oui ; un de nous deux est de trop sur terre.

— Vous parlez comme un cinquième acte de mélodrame, mon dicr. — Tout cela n'a pas le sens commun, il n'y a pas entre nous le plus léger motif de querelle; on vous chasse d'une maison pour une histoire de portrait qui (ait prendre la mouche au pèro et i la fine. — Suis-je pour quelque chose là-dedans? — Vous m'envoyez plaider votre cause ; j'explique comment tout s'est pa^sé, je tais votre éloge. M. Desprez ne veut plus entendre parier de vous sous aucun prétexte; il prétend que vous êtes un joueur, un débauché, un chenapan. — Hademoïsetlc Galinte conserve le plus vif ressentiment contre vous ; elle vous croit l'amant de la BeauviUîe^ et ne vous reparlera [dus de sa vie. Qu'j puis-jc faire?

— Je veux que vous ne remettiez plus les pieds d>ez H. Dosprez, et je vous déFeiids de vous occuper de Calixte.

— Mon cher, vous délirex. Avez-vous la prétention que mademoiselle Calixle passe le reste de sa vie à regretter dans la solitude l'amant heureux d'Aminé, cl comptei-vous pourfendre tous les gens qui lui ferwU la cour?

— Ce uc sera pas du moins vous qui la lui ferez !

— Pourquoi pas? — Dès que vous êtes hors de cause, le champ est libre, mémo pour moi. Si vous

LES RODES inNOCENTS. U

étieï encore reçu dans la maison, bien ïu de la jeune fille, et que j'eusse essayé de vous supplanter, je concevrais Totre colËre, qui m'étonne l)eaucoup dans les conditions où tous èt^.

— Je saurai bien tous forcer k vous battre avec

— J'espère gue non... à moins d'une insulte pu- Uique et ^ssière... Hais vous pensez peut-être que ma bénignité «ienl d'un manque de cœur : j'ai fait mes yrew/e», et je rais vous prouver qu'un duel ne peut avoir rien d inquiétant pour mui. — John, apportei les pistolets à capsule et placez la plaque de tôle contre le mur.

Jobn obéit avec un sang-rroid pardit.

— Le pistolet est-il cfaargé? demanda Hudolph.

— Oui, monsieur le baron, répondit le domestique.

— Je rais me faire un but, dit Rudolpb en cdiant un imperceptible pain à cacbcter sur la plaque.

H tuTi sans presque ajusler. Le pain à cacheter avait disparu.

Cette épreuve fut renouvelée douze fois de suite avec le même succès. — Toujours la balle s'aplatissait sur le point blanc.

Il se fît ensuite suspendre un plomb au bout d'un m, et à chaque coup le plomb tombait.

Henri re^rdait en silence.

— Je SUIS plus foil à l'épée, ditBudotph.

— Eh bieni vous me tuerez, vûlà tout; mais je saurai bien vous forcer k vous battre, répliqua Uenri.

Et il se retira après un salut cérémonieux.

En effet, le baron Rudolph, qui dînait an café de Paris, reçut, le swr même, un verre de vin à travers la fi^rc, de la main de Dalberg, asûs à une table vuisme.

L'adresse de Rudolph à l'escrime et au tir était ti connue, qu'après cet aETrtHit Dalbei^ fut regardé

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ctHnme mort, et qu'on en parlait déjà à l'aoriste. — Depuis loaglemps Rudolpn do se battait plus, par Euilc d'un scinipule analogue A celui qui empêche les précots de salle d'avoir des duels avec les bourgeois. L'insulte était si publiqui>, que l'alTaîre n'ëtail pas arrangcable. Chacun des deux adversaires avait là des amis qui ne purent refuser leur assistance comme témoins, et le rendez-vous fut pris pour le matin suivant i dit heures, au boïe de Vinceniies, dans l'allée des Uiniracs.

— Le tcm,)S me semble incertain, objecta le personnage barométrique que nos lecteurs n'ont sans doute fas oublié, et qui était l'un des témoins de Rudolph, il pouri'ait bien tomber de Veau demain.

— Eh bien ! répondit Rudolph, nous uous battrons le parapluie d'une main et le pistolet da l'autre. . ce sera un duel à la Hobinson Crusoé.

On se sépara après s'être donné rendei-vous i la barrière du Ti'ônc. DaUicrgsu relira chez lui, St quelques dispositions testamentaires, écrivit deux ou trois lettres, et alla rue de l'Aldiaye jeter un regard, peutêtre le dernier, sur la fenêtre ae Gali:ile.

I^tait-ce une illu»on ou une réalité? il lui sembla que le pli du ridcan si soigneusement fermé depuis la soirée qui avait vu la ruine de ses espérances, avait bongé un peu, et s'était écarte un instant.

Se croyant pn«quu pardonné, il s'était retiré le cceur

Slein de joie et de desespoir, sans plus songer à son uel que s'il n'en avait jamais été question. Il était

Pour [tudolph, il était assis dans son cabinet sur une dormeuse, et tenait ii la main un papier qu'il examinait et retournait en tous sens, comme pour j trouver un indice. Co papier no contenait sans douté rien d'agréable pour celui qui le lisait, car Itudolph frnieût les sourcils et se mordait les lèvres jusqu'au

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LBS R0OË8 INNOCENTS. «

sang. Une pUeur liiide couvrait sa face, et ïl paraiseail en proie i la plus horrible aiaiété...

— Allons, dit-i1, après une longue pause, il bal se soumettre. Od ne rémte pas i des conditions posées ainsi; mais d'où cette lettre diabolique peut-elle Tenir... l'écriture est éridemment coutretaile .. Jobn, arez-vous tu la personne qui a remis ce billet?

— Ron, monsieur, on n'a pas apporté de lettres depuis hier.

— C'est étrange, dit le baron en retombant dans sa râverie.

Le lendemain, à l'heure marquée, les champions, assistée de leurs témoins, se trouTaient en pr&ence dans l'allée des Minimes.

— Messieurs, dit le baron, si M. Henri Dalberg veut me faiie des eicuses. j'oublirai l'insulte au'il m'a faite hier, ({uelque grossière qu'elle soit. Ma supériorité bien connue au pistolet et à l'épée, les nooibreuT dueU dont je suis soiti vainqueur, me permettent cette modération, qui ne peut faire suspecter mon courage.

Dn murmure d'apfM'obatiiin accueillit ces paroles, qui furent trourées de bon goût.

Henri se refusa à toute concession.

On mesura le terrain, on plaça les adversaires en face lun de l'autre, à trente pas.

« Que Tais-je faire? disait Hudolph. Si ie tirais en l'air ; mais cet enragé, tout maladroit qu'il est, pourrail ra'attraper... Allons, une blessure l^re... c'est ce qu'il y a de plus sur. » Il abaissa le canon de son pistolet. A titre d'insulté, il avait le droit de laire feu le premier, et il tira si vile, que le deuiièuie coup du signal n'était pas encore frappé, lorsque la détonation de son arme se St entendre.

Dalbeig était atteint au bras droit.

11 tira I flou taur, mais d'une main mal assurée, et

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9« LES R0D6S INROCENTS.

u balle passa i trois pieds au-dessus de In télé de Bu-

L'os n'était pas fracturé, et, iguoiqu'elle le fit souffrir beaucoup, sa bleesui-e n'était pas dangereuse) cependant le combat ne pouvait être poorsum.

H essaya de se tenir debout et de mardier, mais il ne put y parrenir; les forces lui manquèrent, et on le porta éianotii dans sa voiture.

Quand il revint i lui, il était dana sa diaubre, et sur son lit se pencbait une diannante tête de femme qui épiait ton retour ik la vie.

— Florence! murmura Palbei^ d'une Toix que la faiblesse et l'émotion rendaient trembUnte et en iMimant vers la jeune femme un isil plein de reconnaissance... vous ici!

— Oui. moi ; je vous eipliquerai tout plus tard ; maintenant tScbez d'être calme. Le médecin m'a donné sur vous de pleins ponvoirs de garde-malade. Dormez, je vais lire.

Et la jeune femme, posant sur ses lâvres vermeilles un doigt efSIé où brillait un ongle d'agate, lit signe au blessé de ne pas parler davantage.

Ilenri, malgré les souHrances qu il éprouvait et l'iujunctton qui lui avait été &itc de dormir, euminait atec admiration, à travers les cils de ses paupières demi-fennées, le profil idéal du jeune ange gardien assis au chevet de sou lit.

(In nyot de Inaûèr* découpait le contour eitérieur

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de celte belli! figure par uiie mince ligne d'or. La joue et le CAU, baignes d une ombre transparente, recevaient, des feuillets du litre et des draperies blanches du lit, des reflets de nacre et d'argent à ratir un coloriste. Il était impossible de rêver rien de plus pur conime forme, de plus suave comme couleur, de plus chaste comme expression. On eût dit une sœur pris de son frère malade. Cette jeune femme, seule dans cet intérieur de garçon, avait une réserve si virginale, une tenue si parfaite, que nul n'aurait osé malintcrpréter sa présence.

Dalberg. qui avait toujours eu pour Florence une admiration mêlée de respect, tant elle était visiblement supérieure à la sphère qu'elle occupait, se demandai! â quel titre il avait pu inspirer un tel intérât à celle belle et noble créature : des rapports jcu fréquents, décousus, sans intimité, n'expliquaient pas suffisamment cette marque d'afléction qu'on aurait pu tout au plus attendre d'une maîtresse ou d'une

mais Dalberg n'était pas fat: il ne tira pas de cette induction la CMiséquence que Florence tùt amoureuse du lui, et il attribua it une simple bonté de cœmr celte démarche, que tout autre eût trouvée significative.

Quelle qu en fût la raison, il accepta son bonheur sans plus chercher à l'expliquer, et, ses soufiVances s'apaisant un peu , ses paupières alourdies finirent par se fermer tout à fait.

Il fit toutes sortes de rêves incohérents et bizarres, parmi lesquels un le frappa vivement : il lui semblait ((uc Calixte, par un capni:e de jeune fille curieuse, avait voulu visiter sa chambre et saisi, pour satisfaire cette Emiaisie.un jour qu'il était absent. — Bien ([ue, dans son revu, il filt hors de son logis, il n'eu voyait pas

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M LBS BODËS INNOCENTS.

moioB U jeune fille qui «uitillait $à et li, regardant

les aquarelles, toiu^haiit à tout, aux armes, aui nar-

Kilbés, aux hou kas, prenant, les unes après les autres, canneE de Verdier et de ThomassiD. remuant les bi|onK et les cachets dans le ba^icr, ouvrant les tireurs et furetant partout avec une pétulance joveus:<. Son apparition soudaine avait fait fuir la jeune fille... A cet endroit de son rêve û se rëveilla en sursaut. Cne forme blanche et svehe, — celle de Catixte, à ce que crut Dalberg, disparut rapidement, et la porte se tenna sans bruit sur un pli de robe.

— Qu'avez-vons, Henri? dit Florence en s'incliuant sur l'oreiller du malade. Est-ce rjue votre blessure vous fait beaucoup souffrir? Voulei-vous que je tous donne à boire?

Le r^ilade parut suipris de ne mrque ^orenre dans la chambre.

c Bab ! se dit-il ù part lui , jo rêvais encore ! Caliite ici! est-ce vraisemblable? La fièvre me trouble la cervelle et me donne des hallucinations. >

1^ médecin vint, leva l'appareil, et déclara qu'une quinzaine de jours suffiraient à cicatriser la plaie.

Le soir même du combat, Aminé, qui, après avoir attendu Dalberg tonte la journée, s'était informée de lui nt \û voyant pas paraître, et avait appris le duel i son insn, vint rendre visite au blessé.

En entrant, elle aperçut le cachemire .'été sur le dos d'un fauteuil et la canote suspendue i la patère dn rideau avec ce coup d'œil peri^nt de la fctnnie, qui surpasse, pour la rapidité, celui de l'huissier ou dn commissaire-priseur.

Sa figure prit une ci[«'ession de dépit, ses petites narines roses se gonflèrent.

— Je suis distancée, dit-elle en empruntant une

Chraso au style hippique, dont ses relations léonines li avaii>nt donné lliabitiide. — Est-ce que par lin-

LES nOUËS INNOCENTS. M

saitl cette petite bégueule, qui laî^iait tomber sur moi l'autre soir, comme une douche i la glace, son regard froiil, serait ici aujourd'hui? — Vertu, ce sont là de tes tours !

Florence, qui était ailée chercher quelque chose dans la chamfire voisine, lit cesser ce doute en reparaissant.

Les deux femmes se toisèrent un instant en silence du l'air le plus dédaigneux du monde.

Aminé rompit l'arrêt la première, et, s'approcliant du lit de Dalbcrg, elle lui dit :

— Je venais, mon bon ami, tous offrir mes serrices de ^arde-nialade, mais je vois que Florence m'a devancée. — (Test d'une belle âme. Je relèverai madame quand eUc sera fatiguée. — Êtcs-vous né sous une heureuse étoile ! — Vous vous battei avec Rudolph; TOUS n'èti'â pas tué, ce qui ne s'est jamais vu; TOUS en êtes quitte pour un blessure d'agrément qm vous fera porter un mois le bras en écbarpe et vous rendra intéressant aux. yeui des femmes. Aminé et Florence se disputent le plaisir de passer la nuit à TOtre chevet : je ne vous conseille pas de vous plaindre !

Ayant débité sa tirade. Aminé s'installa carrément dans un fauteuil comme quoiqu'un qui veut fiiire une longue séance.

Morence aTait repris sa place au cheret du lit et continuait sa lecture.

Henri regardait ces deux femmes si charmantes Tone et l'autre, et si dissemblantes pourtant. La beauté de l'une aTait quelque chose de perfide, de cruel, de daiuereui '. grâce de chatte, charme de si> rèno, attrait de fleur vénéneuse ; — ou s'alarmait de l'aimer. — La beauté de l'autre était franche, ajmpathique, pleine de nobleese et de générosité; — on sentait qu'on pouvait sans crainte lui confier son amw)r

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et «on honneur. — Telle eût élé la femme que Dalber^ eût choisie s'il n'avait pas aimé Calîite.

Aminé, qui sentait la fausseté de cette situation, prit la parole, résolue à en sortir violeaunent.

— Allons-nous rester encore longtemps à nous faire les jeux en dessous et les griffes allongées comme des sphinx en arrgl?... Je trouve que nous avons assez posé, madame et moi.

— Que Toulei-Tous dire, Aminé? répondit Dalberg; je do tous comprends pas.

— C'est pourtant bien simple.

— Eipliguez-Yous, de grâce !

— Je vais dessiner notre situation respective en trois mots : Galixte vous hait; nous vous aunons toutes deux. — Ghoisissci.

— Florence m'aime ! est-il possible? s'écria Dalbera.

Et, daus l'ëtonnement de sa joie, il tourna vers la jeune femme, interdite et rougissante, de; jeux plein d'interrogation et de Qamme.

— Ce n'est pas moi qui ai ta pomme, dit Aminé en se levant. Je vous laisse, heureux couple, vous avez besoin de solitude, et |e vais chanter votre épithalame dans tout Paris. Adieu. Datbei^, tous ne serez jamais gu'un sol ; adieu, Florence, c'était bien la peine de faire la prude si longtemps !

Quand la complice de Rudâph fut partie. Florence, suppUêe par Dalberg, avoua que depuis longtemps elle éprouvait pour lui une tendresse qu elle avait tâché de combattre, le voyant occupé d'autres soins; que c'était cet amour qui l'avait bit aller chez Aminé le jour de la promenale au bois de Boulogne, se désespérer k la vue du médaillon, et courir éperdue sur le lieu du combat.

— Hais, ajouta-telle, ie sais que votre cœur est à (ine antre, et, malgré I aveu que je viens de vous

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faire, vous ne troUTereî en moi qu'une ainie. Ce n'ert pas Aminé que je redoute, je tous prie de le croire, ail«lle en re1e<ant la tète avec une fierté charmante. Toute la semaine Florence vint passer )'aprë»4ntdi près du chevet de Dalberg.

Dalberg n'oubliait pas Caliite, mais il y pensait avec une amertume moins acre, et les channes de la consolatrice allégeaient beaucoup sa douleur.

Lorsqu'il put sortir, sa premiâ^ visite, comme vous le pensez bien, fut pour Florence, qui le reçut avec cette familiarité nonle, cet emprcBsement affectueux et cette prévenance gracieuse dont elle avait le se-

Dalberg revint le jour suivant et resta plus longtemps que la veille. Hors lc« momuits qu'il passait avec Florence, la vie lui semblait d'une Iristcsse affi-euse. — L'image de tialiïte le repoussant, le regret de sa félicité perdue, le jetaient alors dans les plus noires mélancolies. — Près de Florence, il croyait k la possitulilé de l'ouUi, i l'épanouissement d'un nouvel amour; il faisait des paradis en Espagne, et, sur les ruines de son bonheur, il voyait déji s'élever un édilice doré par le soleil. La beauté si parfaite de la jeune femme le fascinait malgré lui par ses enivranles promesses ; sculpteur, il l'eût divinisée ; po^e, il l'eût chantée; suhan, il l'eût pajée de tout son trésor; son esprit délicat et lin le ravissait, et les heures s'envolaient cnnune des minutes lorsque, as^s à ses pieds, il avait avec elle une de ces conversations ailées qui (ont le tour du monde et de l'âme.

Rudolph, pendant ce temps-là. avançait de plus en |)lus dans les Mnnes grâces de H . Dcsprez ; sa modération dans son duel avec Dalberg lui avait fait beaucoup d'honneur. — GaliiteneténHMgnaitpasderépugnance formelle i son endroit, soit que ta passioD vraie et profonde du baron, plus amoureux que jamais, l'eût

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«a LES RODfiS INNUCEMS.

réelleiueut touchée, soit qu'elle voulût se leiiKer ainsi (le la conduite de Dalberg; on [larlait même a uq projet de mariage entre Rudolpli et nuidemoiselie Des-

Hcnri, voy)nt qu'il lui (allait renoncer définitivement i la cbère espérance de fléchii' un jour le cœur vbdieatif du Caliite, avait pris une résolution violente, et s'était démontré qn'ii devait adorer Florence ; jamais fureur du déaespoir ne ressembla plus à de la passion ; Salbeig s'; trompa, et crut aimer... comme si on aimait deui fbù.

1! ne quittait preaq^ue plus Florence, qui pourtaut lui opjxûait une résistance invincible et smgulièrc après l'aveu qu'elle lui avait fait. Son amour était devenu nnefiâvre, undélii'e, qui semblaient quelqueibis gagner Florence ; mais, au moment où Dalberg croyait qu'elle allait tomber dans ses bras, elle sesauvail à I autre bout de la chambre, et là, droite et fière, elle lui criait en tendant les mains pour l'em- ])échef d'approcher : t Laissez-moi, laissei-moi, vous aimez toujours €alixte!»

Le pauvre Henri avait beau ^ jeter à ses pieds, la supplier, lui î»ke les prolestalions les plus véhémentes, répandre son ime en dithyrambes enthouitiastei, l'entourer des brûlautes eÉuves du désir et de U volonté, Florence répétait avec force et d'une voix entrecoupée : s Non, non; je ne sens pas que vous soyez à mu; rien de ce que vous me dites ne me persuade... faites-moi ivoire que vous m'aimez... et je serai à vous, b

Ues scènes se renouvelaient souvent et avaient toujours le même résultat.

Un soir, Dalberg trouva Floi'ence plus ti'iste que de coutume, el il lui en demanda la l'aisou.

— Cet i>|ipartement me déplait, interrompit- elle, -J'y ai vécu, il y a deux ans, avecM. deTuîqheim,

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LES BODÉS INNOCENTS. «î

mon «eul amant, ffest-ce pas une chose horrible du receroir quelqu'un, d'écouter des paroles d'amour entre des murailles qui gardent ïécho d'une autre Toiï, sur des meubles où s'est reposé celui qu'il remplace? ^c Taisons-nous pas là tous deux un métier répugnant? Qui m'eût dit que moi, Florence, j'admettetis l'amant de Galixto dans l'appartement de M. de Turqheira?

Cette phrase de Florence fut comme une révélation pour Daloerg. — Il s'étonna de ne pas avoir eu plus tôt cette délicatesse; et, sans en rien dire, ilai^heta, dans une des niesmii avoisinent les lihamps-El^ées, un délicieui petit nàlel enfoui dans des mas-^ifs do (leurs et de feuillages.

lîet hôtel avait été bâti pour servir de pied-i-terre à un grand seigneur étranger qui en avait un semblable dans toutes les capitales de l'Europe. Lori W"' était mort, et ses héritiers n'aYaient pas jugé à propos de conserrer cette maison, qui fut payée cent mille francs ^r Dalberg.

Une jolie façade sculptée et couverte d'ornements dans le goût de la Renaissance souriait gaiement au soleil du midi, et détachait sa blancheur étincclante sur un fond de fraîche verdure, — La cour était petite, mais deux portes symétriquement percées donnaient ani Toitures la focilité d j tourner. Le jardin, de peu d'étendue, s'agrandissait des ombrages voisins et gagnait en perspective ce qui lui manquait en espace....

La distribution de l'hôtel était confortable au nossible et ménagée avec une entente supérieure ae la ne. — Deui amants ou deux jeunes époux n'auraient pu cboisir un nid plus charmant pour leur bonheur.

Dalbcrg , aidé du phis habile tapissier do Paris, ' meubla son acquisition avec la plus ingénieuse recherche; il fit de chaque pièce un chef-d'œuvre d'él^-

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lOt LES ROUÉS INHOCEHTS.

gancc et d'appropriation. Sans tomber dans ces sur^ charges et ces cmpâlcineiits de luic, qu'il satait déplaire à Florence , il éleva la richesse jusi{u'i) la

La chambre à coucher, surtout, était admirable île simplicité chaste et de ^uiiitude rêveuse. Aucun ton dur, aucun or criard, rien qui attirât l'œil. Cétait IraÏB et suave comme l'intérieur d'un lis, et Titania n'aurait pas dédaigné d'y dormir.

Tout cela fut pajé cinquante mille Francs : ce n'était pas cher.

Un jour, Dalberg remit à Florence une petite clef, et lui dit ; * Cette petite clef est celle d'une maison qui TOUS appartient, t

Dans les armoiries de l'bôtel devenu le sien, Florence trouva un trousseau digne d'une jeune princesse

Sur la cheminée de sa chambre, une délégation de Dalbera sur son banquier pour prendre tout l'argent dont elle aurait besoin.

Lorsque Aminé apprit ces inagoiâcences, elle émit cette rcfleûon proibnde : « Décidément il me manque un cice, l'hypocrisie I s Hais elle u'ùa [ut pas moins navrée au coeur. — Elle crut Dalberg cperdnntent épris, la somme d'amour se calculant dans un certain monde sor la somme d'ai^ent dépensé. Et sa haine instinctive pour Florence s'accrut d'autant.

Une chose qui aurait beaucoup surpris Aminé et lui eût semblé le plus haut raffinement de rouerie possible, c'est que, malgré toutes ces profu^ons, Dalberg n'en était guère plus avancé avec Florence

2u'au premier jour. Un baiser sur la main ou au front tait tout ce qu'il avait pu obtenir d'elle, et, cepen-

■ ■ ■ ■ ■ ubi- ■ ■

dant, à voir les regards brûlants et profoiids que Florence attachait quelquerois fur lie ' '■ - ■ qu'elle l'aimait, ou jl ne [aul plue

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LBS ROUES INNOCENTS. l«s

qui jiii)li( des yeux et k l'expreEsion du visage bu-

— Ah I comme tous l'aimez I répondait-elle i Henri lorsqu'il lui avait dit quelque chose de tendre et de pasEionné ; vous pensiez à elle dans ce nioment-li, et voilà pourquoi votre œil avait de la flamme, votre voix de l'émotion et votre phrase de la poésie. — Vous disiez Florence et vous pensiez Caliite.

Ualbera avait beau se confondre en protestations, Florence demeurait iofleiible.

En lui-même, il sentait Qu'elle avait raison. Au moindre signe de mademoiselle Sesprez, il serait accouru, tremblant, éperdu, plus amoureux que jamais, et ne se serait pas souvenu que Florence existât. — C'était pourtant la personne qu'il aimait le plus au monde, — après Catixte; — mais en amour il n'y a pas de seconde place.

Ne pouvant fa convaincre, il tSchait de l'éblouir, de flatter sa vanité par de riches présents ; tous les jours c'était quelque bracelet. Quelque bague, quelque parure nouvelle ou bitarre, aes fleurs rares, une voiture à la mode ou une paire de dievaui neufs. Depuis qu'il avait commence à monb-e à mfime son capital, il V puisait à pleines mains, comme s'il eût eu le trésor d'AbouIkasem. — Florence ne feisait aucune observation sur ces dépenses folles, soit que, habituée i un luie prinder, elle ne les remarquât pas. soit qu'elle crut Dalbcrg beaucoup plus riche qu il ne l'était réellement. L'idée que Florence fiU avare ou rapace ne pouvait venir à personne. D'ailleurs ces parures, qui eussent fait délirer de joie presque toutes les femmes, elle les mettait i peine une tois et plutôt par attention pour Henri que par coauetterie... Le colher, admire un instant, rentrait oans l'écrin et n'en sortait plus.

11 n'y avait plus diex Florence une épmgle qui ne

4*1 LES KOOËS IMNOCBNTS.

datât de sa liaison avec Dalberg. Hais il est plus aisé de détruire des tëmoi^ages matériels, de tirer une existence de son milieu, de faire disparaître toute trace d'antériorité, que de vaincre un doute dans une ime Jalouse, et Dalberg ne pouvait parienir à rassurer Florence. Ausù, gagaé par une espèce de lertige, fou de déûrs, eialté par cette contradiction irritante, en était-il venu è maudire Caliite, qui trouvait le mojen de le rendre deux fois malheureux.

Un matin, tlorence, de l'air le plus naturel et le plus dctaclié du monde, dit à Dalbe^ qu'ayant envoyé chercher de l'argent chez son banquier, celui-ci lui avait répondu qu'il n'avait plus de fonds.

Le banquier ne possédait plue de capitaux de Dalberg. 11 ne restait plus i notre héros que des terres heureusement inaliénables et la perspective d'un héritage d'oncle très-bien portant.

Il se procura de l'argent 1 des taux usuraires, et s'il ne reçut pas de chameaux rivants, de crocodiles empuiliés et de earniturc de lit en serse d'Aumalc, comme les lils de famille du temps de Molière, on lui fit accepter des lettres de change à des échéances assez courtes, et qui furent protestées faute de paye-

De ces embarras, Dalberg ne dit pas un mot â Florence, qui les ignora ou ne voulut pas les deviner, et coi^nua ses dépenses, si tnen qu'un beau matin, le soleil étant inconteslablement levé et brillant dans un del du çhis limpide azur, llenri Dalberg fut délicalo- . ment saisi par quatre bdividus à mines hétéroclites, i vêtements soidides, à griffés crochues, et ti'ansport^ avec tous les égards possibles dans la prison pour dettes.

Dalberg, bien qu'à regret, se décida à faire connaître sa position ï Florence, ne doutant pas qu'elle ne vhit auseilât le secourir. Il lui écrivit une lettre où

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LES ROUÉS INNOCENTS. lOT

il lui racontait les tnoûh de son arrestation et lui indiquait la somme nécessaire pour le déliirer.

Au bout de quatre ou cinq heures le geôlier vint dire à Dalberg qu'une dame demandait aie voir.

L'idée que ce put être une autre que Florence ne vint pas au prisonnier , et sa surprise fut au comble ouand, au heu de celte qu'il attendait, il vil entrer dans sa cellule, devioe; qui : Aminé !

Ses yeui pétillaient d'une joie maligne; ses pitites narines palpitaient; toute sa figure rayonnait de mécliancelc satisfaite ; elle était jolie et scinliltuntc comme une lipâre en belle humeur.

Elle s'aran^ vers Dalberg avec dos oadulati'jns serpentines, et lui dit d'un ton de câUnerie perfide :

— Eb bien . mon pauvre Dalberg , vous voilà donc chamb;'é et mis à l'ombre pour quelque temps ; je viens vous tenir compagnie et voue consoler. C'est dans l'infortune que les vrais amia se connaissent , et vous savez que mon afîtsction vous est acquise.

— Nu raillez pas , Aminé ; ce n'est ni le moment

— Je suis parfailemenl sérieuse. Il ne vous manquait, pour être tout à fait du bel air, que d'aller en villégiature à Clicby , un mauvais sujet comme vous se devait cela. Vous avez rairché roudement, rràce à Florence, une fine mouche que j'admire... fespèro que vous serez guéri désormais d'aimer des verlui ; c'est trop cher. Avec moi, vous auriez duré trois ans, et je vous aurais appris une foule de calecnboure et de plaisanteries toutes plus drâles les unes que les autres , qui vous auraient rendu agréable en société pour le reste de vos jours.

Dalberg Gl un geste d'impatience.

— Ne froncei pas les sourcils , cela vous fera venir des rides entre les yeuï , et recevez gentiment une jwnne GUe sans rancune qui vient vous app^irter des

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cigares, du Tin de Champagne et des téuilletons pour TOUS disb-aire. — A propcw , vous sarei sans aoule que Caliite se marie aTccRudolph?

Dalbeig boadit sur sa chaise et cria d'une voit rauque, étranglée parla colère :

— Tumem!

— Je dis la Térilé... Les bans Tont être publia, j'iU ne le smtdéjâ. Vous pSIissez, tous y tenez donc toujours à cette Caliite ? Elle aime Rudolph...

Dalberg couvrit sa figui'c de ses deui mains et ne répoDditpas; mais bientôt des larmes jaillirent par l'inlerstice de ses doigts.

— El Rudolph le lui rend bien ; — ce sera mi ménage de colombes. — Ils sei'ont heureux et auront beaucoup d'enfants comme dans les contes de fées. — ■ Tiens 1 vous pleurez ! quelle bêtise ! dit Aminé en ëcaitant une des mains de Dalberg; il &udra pourtantbien tous habituer à cette idée-U. — Je viendrai TOUS avËi-tir du jour précis de la noce, car il n'est pas

Eobable qu'on vous envoie un billet de laire prt à icby. — Adieu, mes amitiés à Florence.

LorsqiH Aininc fut partie, Dalberg tâcha de se pei'suader qu'eUe avait versé cette fausse nouvelle sur sa douleur comme du vinaigre sur une blessure . et que le mariage de Rudolph et de Caliite était une pure

Cette idée lui rendit un peu de calme.

Hais que devint-il lorsqu'il aperçut sur le journal

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Les HOUÉS INNOCIitJTS. l<Ki

qu'un des détenus lui avait prêté la [lublicutiaii de bans qu'avait annoncée Aminel

Il Q } avait plus mo]|eii de douter.

On peut se Eure aisément une idée Ju désespoir mêlé de fureur qui s'empara de Uslberg. Ësl-if au monde une positjui plus propre ù exciter la rage que d*â^ retenu prisonnier quand celle qu'on aune va ' épouser un lital? C'est à se briser la tète contre les murs, ï se pendre aux Larreaui de sa fenêtre, ou, si l'on a le génie des évasions canme Latuile et le baron de TreniS; , à creuser avec une épiiigle des couloii-s souterrains de quatre-vingts jiieds de long.

Il admettait, à la rigueur, que Calixtc, blessée au vif par l'aventure du médailfon , cDm)>liquée de la fatale lencontrc à l'Opéra , ne voulût pas [ui pardonner et le punit par un eiil utèine cteniel. Mais il ne concevait uas qu elle poussât à ce point l'oubli des souvenirs et des serment. — Il eût peut-être consenti à ne jamais la revoir, pourvu qu'elle n'appartint pas à

(Cependant il eût ioui de sa liberté quo le mariage !X fùl également acnevé; il n'y pouvait apprtei' aucun empêchement. Son duel precédecit le privait de la ressource de provoquer Hudolph, et tout essai de ce genre n'eût abouti qu'à une esclandre inutile. — Le conseutement de Caliite à ce mariage rendait toute tentative pour le rompre superflue. — 11 ne s'agissait pas ici d'une jeune tille %3inéc de force à l'autel par tes ordres d'un père barbare, puisque mademoiselle Desprei, comme l'avait dit AmJue , adorait Rudolph.

Dalberg ne se rendait pas compte aussi nettement que nous le faisous de ces impossibilités ; il lui semblait que, si on lui eût levé son écrou, il aurait trouvé i l'inriant déciâf quelque moyen suprême , qu'il lui smiit veau du ciel qudque illumiiutiou subite, et

......Coogic

m LES noue» INNOCENTS.

que It' sacrifice ne se serait pas accompli : — un de ces raisonnements de condamnes à mort qui espèrent, on allant de la prison à t'cchabud, qu'une révolution, un b'einblemenl de teire, un cataclysme quelconque, viendront les délivrer.

Maintenant l'on s'étonnera peut-être queCalixtc, après la d^daratîon qu'elle avait (àitc à M. Desprez de fCMie jamais qu'A Dalberg , n'eût pas résisté plus obstinément aux volontés pat<tmelles.

Cette foi à vive dans 1 amour d'Henri s'était donc éteinte , c^ cntèlemenl sublime à croire innocent cdui que tout accusait était donc enfin vaincu '. — l<a beauté d'Amiuelui avait-elle donné la certitude d'une trahison?. .. Savait-elle la liaison d'Henri avec Florence, et juguait-elle que, reh'ité par les obstacles, Dalberg avait eniin pris son parti?

C'est ce que nous ne saurions décider. 11. Desprei, de plus en plus entiché de Rudolph, avait tant persécuta Caliite, qu'elle avait fini par lui répondre qu'elle consentait à ce mariage , mais qu'elle était sûre que lui, H. Despreï, la suftpberait bientât de ne oas l'accomplir, a Alors je puis, dès aujourd'hui , t appeler madame la baronne Hudolph, s'écria l'ei-notaire en se frottant les mains , car il n'est pas probable que Je cbange d'avis. — Ton Henri est maintenant amoureux d'une autre créature : quel gaillard, et quandjc pense qu'il a failli être mon gendre ! n

Caliite ne répondit rien et retomba dans sa mélancolie sereine. Rudolph ne savait i^ne penser de ce calme, et il s'étonnait, tout eu attribuant cet effet à SCS mérites, de ce que l'amour que la jeune fille avait eu pour Dalberg se fût si fucilument déraciné. Parfois il lui semblait que l'teil de Caliite prenait, en le regardant, une expression étrange, et qu'il y avait une ironie contenue dans son sounre ; de loiu en loin, la lueur d'une arriérc-pcnsée colorait d'un éclair

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rapide le masque pâle de résïgnatioa posé sur la fi^re <le la jeune mie, et Ruilolph se eentait, malgré lui, pris de vagues terreurs, comme i l'approcbe (l'une catastrophe. ~ Cependant, comme les premiers bans élaienl publiés , Rudnlph aiaît Ttiii par se ras- La journée senJjla bien longue à Dalberg; les heui-es lui paraissaient des éternités et les secondes des siècles. La lettre qu'il avail écrite à Florenc« n'avait pas encore reçu de réponse; il s'était attendu jt voir la jeune femme accourir aussitôt pour le délivrer, et il ne concevait rien à ce relard meiplicable... Les phis horribles soupçons lui traversèrent l'esprit : fl Florence, se dit-il, ne serait-elle qu'une Aminé plus rouée?ma ruine l' aurait-elle éloignée de moi? était-ce une rapacité sordide que cachaient ces simagrées de ï';rtu'.,,.Oh! non, je ne puis le croire; peut-être Tait-elle les démarches nécessaires pour me lirerd'id, et vais-je la voir bientôt paraître.... Hais je crois entendre craquer un brodequin de femme dans le corridor I C'est elle!.., »

[In pas vif et léger, accompagné d'unTràlement de robe de soie, annonçait en cITet la présence d'une visiteuse ; mais ce n'était pas Florence.

Elle ne vint ni ce jour ni le suivant, Dalberg, eiaspéré, se livra contre les femmes i des imprécations dignes de Jn vénal. Il les maudit toutes, Calixtu, Aminé, Florence, sans distinction, la meilleure comme la pire. — il jura de ne plus croire ni }i l'amour, ni il 1 amitié, ni à rien . et recita sans le savoir ttiutes les tirades du Timon d'Alhènet. de Shalispeare ; le monde lui semblait une caverne de brieands et de filles perdues. Use voyait joué, dupé, volé, miné; — avec la dernière |Hèce d'or commençait l'abandon, et l'on ne venait fas même au convoi de sa richesse ! — Il se promit bien pour l'avenir, si jamais il se recon-

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Hi LES aonfcS INNOCENTS.

Btruisait une fortune, d'Être plus ErifTu, plus buveet pliia déliant que ces avares de (Justin MetsTB qui allongent leurs phalanges décharnées sur des piles dr' quadruples.

Il en était là de sa diatribe lorsque Florence entra. Elle lit, à la physionomie décomposée île Dalberg, ce

êui se passait dans son âme , et resta debout prè^^ de i porte comme attendant l'invitation d'arancer. Dalberg gardait un làrouche silence.

— Eh bien! dit Florence avec un sourire doui et triste, pourquoi vousretenez-Tous? dimnez-moi tout haut les épilhèles que tous m'appliquez sans doute tout bas; appelez-moi perfide, ingrate, Temme sans cœur!... Vous arez donc pu croire un instant, ajoutât-elle après une pause, quejc TOUS abandonnais... Ab! comment ai-je pu être  ce point méconnue ! J'avais l'ambition de vous avoir inspiré une [dus haute idée (le moi... Tout à l'heure , car lemommt est venu. vous apprécierez mieux Florence; et d'abord , dit-elle en posant sur la table un petit cahier de billets de Itanque. voilA de quoi vous délivrer.

lleoTÎ fit un geste de dénégation, et une noble rougeur couvrit son front.

— Oh! TOUS pouvez accepter cet argent, repril Florence, c'est le vôtre : vous n'êtes pas ruiné.

La plus vive surprise se peignit dans les leui

— Vous êtes même plus riche que tous ne l'étiez ; les sommes qne vous avez cru follement dissipées ont ét^ placées dans d'heureuses entreprises par un vieil ami de M. Turqheim qui m'a conservé de l'afTection et en qui j'ai toute confiance ; vos capitaux ont fructiGë par ses soins et vous rapportent des rentes dont vous trouverez les titres à l'hôtel qui est i vous maintenant et dont voici la clef, carjf n'y rentrerai pas;

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nu missioD est accomplie , et tous ne devez plus me rcToir,

— Que Toulez-Tous dire , chère Horence ? s'écria Dalberg, qui ne comprenait rien à ce revirement soudain de situation et i cette résolution étrange.

— Cali\le vous aiine encore... — Adieu, Henri , adieu pour toujours.

Bt Florence posa ses lèvres sur le front du jeune iinmme ; puis elle disparut en tirant la porte sur elle si brusquement queDalberg ne put la rejoindre

Quand il arriva à la porte extérieure, d entendit le roulement de la voiture de Florence qui s'éloignait; pour sortir, il fallait qu'il remontât chercher ses billets de banque. Tout espwr de la rattraper était donc peràu.

Le premier usase qu'il fit de sa liberté . ce fut de courir i rhôtel redevenu le sien, espérant y trouver quelque indice. Les gens de Florence ne savaient rien : leur maîtresse était sortie le malin et n'avait pas reparu. Il alla rue Saint-Lazare, à l'ancien appartement qu'elle occupait ; tout était fermé. Les précautions de Horence étaient bien prises, et les recherches de Dalberg furent inutiles.

A présent, il faut que nous expliquions nous-mêmes au lecteur cette énigme, dont Hairi n'eut le mot que longtemps après.

Florence avait été élevée dans la même pension que Caliite ; les deux enfants avaient contracte l'une pour l'autre une de ces amitiés si vives et si pures qui ne sont possibles qu'à cet îge heureux : le temps seul des classes les séparait, car Florence, âgée de denx ans de plus qne son amie, était Daturellemeat plus avancée dans ses études. — Hais.auirccréatiMK, on était sur de les trouver se promenant cdte à côte sous l'allée de tdleuls au fond du jardin, épanchant leur âme et faisant sur toutes cboees des conversa-

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III LKS KOUËS INNOCENTS.

lioiK iulmieE. Caliite , pour rester cuDtinuulleatenl arec son unie, était parreDue à sauter deux classes j force de Iravait et d application. — Florence était fiUe d'un officier de luanne mort de lu fiëTre jaune à Saint-Domingue et d'une créole accoutumée à U vie spleodide des colonies et au faste des grandes habitations , qui dissipa vite le peu de fartuoe laissée pai' l'officier, de bcon qu'au sortir de la pension où elle avait reçu l'éducation la plus brillante, Florence, revenue à Paris, trouva chez elle U misère du luxe. la plus triste de toutes les pauvretés. Bientôt après

<lcs humbles iiutusmes qui peuvent laire vivre une l'uinme ne fut dédaignée de Florence; mais elle était li'op souverainement belle pour que l'on pût croire de sa part à un travail sérieux ; de si blanches mains ne devaient pas toucher l'aiguille, elles étaient modelées pour s'étaler, sous le scintillement des jojaui , aui rebords de velours rouges d'une loge d'avant- scène; son outrageuse beauté la fit renvoyer de partout ; aucune maîtresse ne voulait d'elle, de peur d'être sa sei'vante. — Elle teuta d'aboi-der le théâtre , car elle possédait une voii magnilique; mais à l'Opéra comme aui scènes de vaudeville on la repoussa pour ciimc de perfection sans circonstance atténuante. — La nombreuse armée des laiderons était contre elle. . Enfin , M. de Tarqheim , attadié i la légation de Prusse, la rencontra et sut l'apprécier ; comme c'était un homme d'infiniment d'esprit , il ne se laissa pas effrayer et contracta avec elle une liaison qui dura

I'usqu'à la mort du diplomate, arrivée d^uîs un an à 'époque OÙ se passe notre action. Aucune mauvaise langue n'aurait pu nommer le successeur de H. Tur- <[lieim.

Telle était la bcoii dont avait tourné l'atoie d* mademoisdle Galitte. Celle-ci avait toujours cooservé

pour son amie déchue la même alTection qu'aupûa* Tant. — Bien que H. Scsprez lui eAt enjoint Je ne {dus conserrer aucun rappm-t arec elle, de ne vu h ■alaer si par hasard elfe la renconlnjil , et de ne jamais prononcer «on nom , car Florence était une de CM fenunee qu'une jeune personne ne doit pas connaître, il est douteux que Calixte eût suivi dans toute leur rifj;uenr les ordres de son père.

Peut-être, dans sa naÏTeté ïii^nale, Cilixtc ne comprenait-elle pas bien toute l'étendue de la faute de Florence , ou bien aTaît-elle l'indulgence de la vertu heureuse pour une belle âme tombée, mais non Mwillà'.

Lfl bouquet de bleuets et du parots peints par Floi-ence ticcapait toujours sa place au-dessus du piano. et si quelques lettres manquaient au nom de la proiierile, à demi cariié par la bordure , ou eût pu le lire (ont entier dans le cœur de son amie (Jaliite.

Sous une apparence de légèreté enfantine, elle avait im caractère ferme et ne cédait paît nisément 1 des ■idées qu'elle trouvait injustes. Ainsi Florraice, condamnée par tout le monde, ëtait absoute par elle.

Elle ronnaissait trop tous tes trésors de cette Urne gënà-cuse, elle avait trop échangé de confidences avec ce pur et noble esprit pour crure jamais ik sa dégradation.

Elle plaignit un malheur inévitable, et se dit que nulle autre dans une situation pareille n'eût lutté ;jus

ongtcmps.

; s'étaient sans doute rencontrées par hasard depuis la venue de Caliite fi Paris, et, ne pouvant se voir, étaient convenues entre elles du

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(le LBS noués innocents.

Sunt-fiemuin-dei-PréB, et Galiite lui répondait jur l'eatreniise du joueur d'orgue, qui renieltait à FloreDce )e papier écrit en encre sympathique.

Depuis quelque temps cette correspondance avait été plus active qn'i l'ordinaire. Gatiite, avertie par Florence, savait qu'Henri s'était laissé entraîner dans une société dangereuse pour lui; elle ne doutait pas de son amant, car le caractère de Caliile était d'avoir une confiance inaltérable dansl'àme qu'elle avait une fois jugée d^ne de la sienne; mais elle craignait qu'on n'abusJt de sa noble nature et qu'un orgueil mal entendu ne fit gauchir ses belles qualités naturelles. Elle pria donc son amie, i qui sa position per< mettait de suivre Dalberg dans le monde d'actnces, de roués et de viveurs où Rudolph le poussait, de le surveiller, non dans un hid de jalousie mesquine, mais par une scNle de sollicitude matemelle.

Florence accepta la charge de servir de Uentor à ce Téléinaque, avec recoRunandation ^crète de le précipiter la tète dans l'onde amère s'il s'acoqnmait trop longtemps dans quelque île de Giiljpso.

Chaque semaine la boite de Saint-Germain-des- Prés contenait un bulletin sommaire, mais exact, de la conduite de Dalberg, qui était à mille lieues de soupçonner que, du fond de la rue de l'Abbaye, une

t'eune fille ne sortant jnmais, cicepté pour aller b 'église, sAt tous les détails de son existence de lion.

Si l'on trouve cette curiosité blâmable de ta part d'une jeune personne, nous répndrons qu'Henri devait être l'épout de Caliite, et que la légitimité du but sanctifiait les moyens. C'était du bonheur de leur vie qu'il s'agis°ait. — N'est-ce pas aussi une portion bien atroce ^ue cdie des jeunes lîUes ]prisonnières dans une maison ouverte et qui ne peuvent rien savoir de ce que fait en dehors celui dont leur eiistence entière di'pend? Nous allons citer ici trois ou quatre

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àe ces billets qu'on a pu remarquer dans le tiroir du Florence, tout maculéB de poudre Doire destiitée i ea faire reseortir les caractères.

« On lui a pris mon portrait, dis-tu, — une mauvaise Temnie bien effrontée 11 donnait, car il

n'est pas accoutumé à veiller si tard, ce pauvre Henri... Tu crains que je n'aie "été reconnue. Par qui'^ Ce n'est pas possiiblu. Je ne ctniDais personne i Paris, et surtout parmi ces gens-Ii Comme il doit être contrarié! i] j tenait tant à ce portrait!... c'était cepoulanl pour tm que je l'avais peint. — On le lui rendra sans doute bientôt, car on n en peut rien faire. — Il voit donc beaucoup toujours ce H. Rudolf, que je déteste et que je me représente comme le Héphistophélés des illustrations de Faust. Tâche de l'en empêcher, si tu peux. — (juel plaisir les hommes peuvent-ils donc trouver i fumer, i boire et à jouer toute |j nuitï Je suis sûre de I<alberg, mais je serai bien contente le jour où nous retournerons àC"". »

• Ce que tu avais prévu est an'ivéj la manvaise femme, vojant qu'Benri la dédaignait, a renvové le portrait avec une lettre iatime. Si tu avais vu la colère de H. Desprei, il t'aurait bit peur. Dalberg, lui qui est si brave, tremUait comme la feuille; mon père lui a dit de ne jamais se représenter chei lui ; — quel malheur t au momeiii où nous allions nous marier, car tout était convenu ; — il faudra bien longtemps pour faire revenir mon père à des sentiments plus doux. Dans ma douleur, j'ai éprouvé un plaisir :

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Ht LES nOUÉS'lANOCENTS.

c'est de peuer qu'Henri m'aime toujoure ; autivincnt. cette ileinoiseile ne m'aurait pas joué ce tour indigni'. ( Haintenanl qu'il ne pourra plus venir à h maison, il M bien Bennuyer; Rmlol^b le fera jouer et remmènera à ces rilains soupers d où l'on ne sort que

Iuand les honnêtes gens déjeunent; tu dis que cette mine est paie, est-ce possible avec une âme si laide? Veille bien sur Henri. Fais en sorte de le trou- Ter BouTent avec lui, ce sera un peu comme s'il était avec moi. car nous avons été trop unies pour qu'il nr reste pas beaucoup de l'une à l'antre.

t ^ai dit nettement à mon pèreque je n'aurais jamais d'autre maii que Dalberg. Il m a répondu que Je pariais comme une petite sotte qui ne savait rien des choses du monde. I>ar il ne me croit pas. à beaucouji près, si bien renseignée. >

« Jesuis allée hier à l'Opéra avec mwi père t'tU. Rudoiph, qni rient très-souvent cbei; nous maintenant, car il me Tait la cour et veut m'épouscr. C'est lui qui aura dit mon nom à cette méchante Amiuc et a machiné avec elle toute cette odieuse intrigue. Je me uiis souvenue, en le voyant, qu'il avait eu autrefois quelques rapports avec mon père. Dalberg était en face de nous dans une baignoire avec cette 611e; j'aurais voulu la trouver laide. Hais tu as raison, elle est jolie... très jolie, — et doit être dangereuse : il £iut empêcher Dalh^ de la voir..... Si tu savais quels veux Henri a faits à Rudolpli sur l'escalier... Os vont se battre, bien sûr. Pourvu qu'Henri ne soit pas htessi> ou tué ! Trouve quelque moyen d'arranger cda, ma bonne Florence. ..préviens la police, ctIVaye Rudotph. mais surtout détourne Henri iT Aminé, dusses>lu pour

......Coogic*

LKS ItOUËS INNOCENTS. KH

coU taire un peula coquetle; je te doiiii« carl« blaiiïlie, etjume heà toicomplétomoit. s

Oommc TOUS Tarez pu voir, Flort^nc^ s'était conformée aux iotentions de son amie avec un dévouement et une abnégation rares. — C'était elle qui avait essayé de faire griser par ses domestiques le laquais d'Auiine, pour lui reprendre lo médaillon; qui avait envoyé à Rudolph la lettre mystérieuse à laquelle Dalberg devait la vie; pour servir son amie, elle s'étail faite la rivale dWmiDe, et Dalberg, retiré par elle des désordres vulgaires où sou désespoir l'eût poussé, arrivait au dûnoûment pur de toute faute.

Quand le premier éloonemeot causé à Dalberg par la disparition de Florence fut passé, l'idée du mariage de Calixte avec Rudiilph se représenta à son esprit avec plus de force que jamais... et à la poignante douleur qu'elle lui causait il sentit qu'il serait incapable de survivre à une telle catastrophe.

Il courut comme un fou chez H. Desprez pour le liupplier de lui pardonner et de revenir sur cette ré~ solution fatale, décidé à se traîner à genoui, à descendre aux plus licbes prières; H. Desprez était siirti, ou ne voulut pas le recevoir. Benri erra plus d'une heure devant la porte, espérant que l'ei-nolairc rentrerait ou sortirait. Il passa plus de deux cents fois sous la fenêtre de Caliite, tadiant de la deviner sons la transparence du rideau; rien ne bougeait.

Il n'y avait pourtant plus de temps S perdre ]Hiur obtenir cette explication suprême, car le contrat devait se signer le lendemain.

Harassé de fatigue morale et physique, il prit une voiture, s'en retourna à la maison des Champs-Elysées, et se jeta sur un divan dans un état de prâstràtton complète.

Il élait plus malheureux que jamais ; Caliile allai t

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IM LES ROUÉS INNOCENtS.

être irrérocaMement perdue pour lui. et il n'amit plus Florence.

Des deui anges de sa ne, il ne lui en reBUil pas on. Le démon triomphait.

Il resta ainsi bien longtemps, lu tête entre ses dcui mains, étourdi par les mille projets extravagants qui bourdonnaient confuscuiunt dans son correau.

La nuit Était venue, et quand on apporta Les bougies. il ancrfut un paquet assez volumîncui dépose sur la table, et que dans sa préoccupation il n'avait pas d'abord remarqué.

Il déchira t'enveloppe et trouva d'abord un billet qu'il reconnut aus»tôt pour être de récriture de Florence, puis une lettre chargée. Le billet contenait ces lignes :

« Uon dier HL'nri, ■ Vous n'aurei qu'à voua présenter demain chez M. Desprez, à l'heure de la signature du contrat ; — habîUé de ncnr, ^té de blanc, en traïue de marié. Galiitesait que vous devez venir; elle tous attend; elle vous aime et vous pardonne... des fautes que vous n'avez pas com^liB:^s d ailleurs... Ruddph ne viendra |ias... j'en ai la certitude. Vous donnerez à M. Uespreu le pli ci joint et vous le verrez immédiatement changer d'avis 6ur ce précieux baron dont il était tellement engoué. — Faites ce que je dis, vous pouvez TOUS fier i moi. Dans le cabinet de laque rouge vous trouverez les diamants, les parures et les bijoux dont vous m'aveï tait présent, là corbeille de mariage esl toute prête. »

Henri croyait rêver, et il regardait d'un air maclù' nal cette enveloppe, au milieu de laquelle s'épatait dans un énorme disque de cire le blason compliqué d'une diancellerie étrangère.

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Son sort était enfermé dans ce carré de p

M. Desprei était radieux ; il avait mis dès l'aurore une énorme cravate blanche très-empesée, Bur laquelle la chair de sa figure, un peu amollie par lâge, débordait en plis rougeStres ; son habit, dun très-beau drap et d'un unir magmBque, avait une ampleur cossue qui sentait son homme éli^ble; une grosse chaîne allait de l'ouverture de son ^let à sa poche, et dans ses doigts badinait une tabatière d'or. — M. Desprez, ainsi ^it, était l'idéal du beau-père, et le gendre le plus difficile o'e&t pu en rêver un plus convenable.

Il allait et venait, repoussant du pied les Ëiuteuils (|ui n'étaient pas bien sfroétriquemeut i leur place, regardant par la croisée à chaque minute, quoiqu'il ne fïlt pas encore l'heure marquée gour la signature du contrat, et tambourinant sur les vitres des mardies triomphales.

nite H. Desprez: — il était sincèrement flatté de voir sa fille épouser un baron... L'idée que les panneaux de la voiture de Caliite pourraient désormais porter le cercle entouré de tortil de perles lui causait une Batisfaction intime. Cependant H. Deiprcx faisait [HDfcssiou de sentimenla hbérani, et se prétendait libre de préjugés gothiques; i la Chambre, il eût

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siégé sur les bancs exb^mes du centre gauche ; explique qui voudra cette contradiction. Le blason a du cliarmc, roâme pour les républicains, et dans presque tous les romans à tendances démocratiques, l'Héroïne est une duchesse aimée par un homme du peuple.

Caliite n'était pas, à beaucoup ^rée, aussi rayonnante que son père, et la perspective d'être appelée bientôt madame ia baronne ne semblait pas exciter une joie bien vive dans son âme.

Elleavaitpeudormi.et sa tigure, ennobUepar une pâleur délicate, trahissait sous son mie d'indiilercncc une certaioe anxiété et comme l'attente d'un événe-

Cert«s, elle avait toute confiance dans le dévouement et l'adresse de son amie. — Sur sa promesse de la délivrer de Rudolph lorsqu'il en serait temps, elle s'élait eitérieu rement résignée aux volontés de son père, — Hais ne M>uvail-il pas se laîre que Florence se fût abusée sur PinfeilUbilité de son moyon, ou que Rudolph parvint à parer le coup qu'on lui montait ? il avait tant de ressources dans l'esprit, tant de ruses et de roueries à sa disposition, il éùit si expert i sortir lies ^luations dîffidfes, si fin, si déUé ? — H. Desprei avait en lui une confiance si aveugle! — On conviendra qu'il y avait là bien des sujets de crainte, et que les tressaîllemenls nerveux de Calixle étaient parfaitement justifiés.

Si ce moyen suprême manquait, elle se trouvait engagée par sa parole même, et forcée d'épouser un homme pour qui elle n'avait que du mépris. — De cet instant dépendait le malheur ou le bonheur de sa

Le l'endez-vous était pris pour midi; les deux aiguilles étaient rejointes et formaient une seule ligne porpendiculairc ; les témoins étaient là ; il ne inaniiuait plus que Rudolph.

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LES ROUÉS INNOCENTS. ia\

HademoiseUe Desprez se tenait à droite au bord de son I^ut«uil, pâle, immobile, tes •feux fixés sur le cadran, l'oreille lenduc et buvant chaque son, chaque roulement de voilure, diaque bruit de pas qui se produisaient dans la rue.

L'aiguille marquait midi un quart. — Galixte respira, et nne légère teinte rosée reparut sur ses joaes.

— Est-ce que la pendule avance? dit M. Desprez en consultant sa montre... Non... Rudolph devrait être arrive ; mais il y a toujours le quart d'heure de

Interrompu un instant par l'observation de M. Desprez, le léger cbuchotement de conversations à demivoix qui bourdonnait dans le salon reprit son cours. — H. Desprez se mit à se promener de long en large, non sans quelque impatience, car il trouvait que Rudolpb ne montrait pas un empressement suffisant.

— Bahl dit-il, il se sera oubbé à sa toilette. Un jour de contrat l'on ne saurait être trop beau.

Pendant cette promenade, le balancier, mêlant son tic-tac au craquement des souliers neufs de M. Desprez, avait accompli assez d'i^cillations pour amener la sonnerie à (rapper l'heure.

Le baron Rudolph, si exact, si poli, si minutieux observateur des convenances, était en retard de soixante mimites k toutes les horloges et à toutes les montres possibles.

Les témoins, visiblement décontenancés, ne savaient que faire de leurs personnes ; la face naguère ^ resplendissante de H. Desprez s'était considérablement rembrunie, les nuages s'amassaient sur son tmal. Celui de tlaliite, au contraire, se rassérénait de

Elus en plus et se détachait lumineusement sur le >nd sombre de la contrariété générale.

— C'est inconcevable, marmottait entre ses dents l'e^-notaire, lui qui paraissait si amoureux de Ca-

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tu LES RODÉS INNOCENTS.

lixle, à rari de son coosentement, Sire en retard de plus d'une heure !...Ges nobles se croient tout permis rit-i-TW des boui^eois ; iU sont toujours les mêmes, continu >-t-îl, blessé dans l'oigueil de sa roture. Non. ce n'est pas possible, il iaut qu'il lui eoit arrivé quelque diose... une indispositkn)... un duel... que saisjeî... Hais au moms on écrit, on s'eicuse, on en- *oie quelqu'un , — on ne Mt pas à une jeune fianeée l'alTranl de la laisser bayer aux corneilles deianl dii personnes qui lui mangent le blanc des yeui, — Ife pas Tenir signer un contrat si bien fait, un cbcfd'œuvre! que mon confrère, M. Desclions, a bien Toulu me laisser rédiger, et qui serait admiré de tous les notaires de Fans !... C'est affreux '. c'est indigne!...

H. Desprez en était là de son monologue lorsqu'un coup violent retentit à la porte de la rue.

— Ab : enfin, le voilà 1 s'écria le notaire avec une expbisiDU de contentement.

— Mon Dieu 1 lequel des deui va paraître? dit Caliite, oresque étouffée par la violencede son émotion.

El la jeune fîlle, incapable de se soutenir, s'appuya au dossier dn fauteuil.

Le temps qui s'écoula entre ce coup de marteau et l'entrée dansVappartemenLde la uersonne qui l'avait fVappé, — entrée indiquée par te tintemenl de la sonnette, — fit comprendre i Caliite ces hallucinations où une seconde semble durer mille ans.

La porte s'ouvrit ; — un brouillard s'étendit sur ' e de Caliite.

i domestiqu quelques mots i

H. Drsprez prut fort intrigué, se gratta le derrière de I oreille, ce qui marquait chez lui la plus haute perplexité, et suivit le domestique après avoir prié l'assistance de l'eicuser.

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LES HOUÉS INNOCENTS. lîS

Qui poumit peindre réloiinËinent de U. Despiez loreque, dans la pièce Toisine, il se trouva face àface avec Henri Dallterg?... Il écariuilla les doigle, ouvrit la bouche sans émettre de son, et ses prunelles s'entourèrent du blanc, signe de stupeur, s'il faut eu croire les cabiers d'expressions dcssînis par Charl<>s Lebrun.

— Comment! tous ici, mau>ais garnement! vous venez faire quelque scène inconvenante , dit enfin l'ex-Dotaire un peu revenu à lui, troubler une cérémonie respectable !

— Honsienr Desprez, répondit Datberg avec la pluf; citrême politesse, je crois que vous tous méprenez sur mes intentions : quel que soit mou chagrin d'âtre banni de la présence de mademoiselle votre lîllc sans l'avoir mérité, je la resi^cte trop pour me livrer i aucune démonstration qui pourrait la compromettre la douleur de n'être pas votre gendre ne me fera jamais oublier les devoirs d'un nomme de bonne com' pagnie que je n'ai pas cessé d'être, malgré les préventions que vous avez confues contre moi. — Ce n'est pas pour cela que je viens. Daignez prendre connaissance de cette lettre.

Oalberg lendit à H. Desprez une enveloppe toute chamarrée de timbres, tigrée de visas, au milieu de laquelle s'arrondissait un de ces prodigieux cachets, triomphe des chancelleries.

— Je lirai cela plus tard, dit Ht. Desprez en faisant mine de plonger la lettre dans une de ses poches, et je vous rendrai réponse plus tard.

Henri fit un signe de dénégation, marquant qu'il voulait sa réponse tout de suite.

— Voua sentez, mon cher, continua H. Desprez en faisant quelques pas du coté de la porte comme pour indiquer la sortie au jeune homme, qu'après ce qui

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i» LES ROnfiS INNOCENTS.

s'est pam^, une rencontre ici. entre vous et Bnjolph,

ferait éridemmenl désagréable.

— rTajes aucune crante de ce c£té, monaeur Desprez, repondit Dalberg d'une loii ferme, Rudolph ne viendra pas, ov je me trompe fort.

— GommenV, que dites-vous? s'écria Feu-notaire; Rudolph ne pas venir ! c'est de la folio !

— Nullement i prenez connaissance de la lettre que je vous appMte, et cela vous paraita^ fiHi rnison-

H . Desprez rompît le cachet d'une main tremblante, el tira de l'enveloppe quelques papiers dont la lecture rapide le fit dBanger pluùeurs fois de couleur et pousser des exclamations entrecoupées.

— QncUe horreurl quelle infamie! qui aurait jamais cru cela?Fiez-rouB donc aux gens... C'est qu'il n'j' a pasmojcn d'en douter! Ah '. fi donc! et moi qui ai donné la main à cet homnie-li ! dit le brave notaire en faisant le geste de s'essujer.

— Étes-vous toujours décidé i donner mademoiselle votre rdie au baron Rudolph? dit Henri, qui nvait regagné du terrain et se trouvait au milieu de la pièci^.

— Moi , jamais de ta vie. — Donner ma fille à ce Rudolph, un espion ! j'aimerais mieux un voleur !

— Et même un homiêle garçon? dit Henri en poussant H. Desprez vers la porte du salon où se tenaient les témoins.

H. Deaprei parut réfléchir.

— Qai adore Calixte, qui au lieu d'avoir perdu les vin{(t-cinq miUe livres de rente qu'il possédait en a maintenant trente bien assurées?

La inéditatiMi de H. Desprez devint jiIub intcn»', et il mit la main sur le bouton de cuivre de la porte. . — Sans compter un joli liôtel , entre cour et jar-

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LE» BOUES irfMOCEMS. m

(tin, délicieusement meublé, qui uinviendrail ttdmi-

rabiement àuRJouncincnage?

H. UesprËj donna un tour au bec de cane et entr'ouTiit le battant.

— Vousattendici! ungeiklrc,ilne vicntpas; toulezvoiis que je le remplace... à tout hasard, bien qu'il soîL de bwne heure? Je me suis mis en habit noir, j^ai le costume delà circonstance.

— C'est vrai, il a une cranitc blanche, dit. M. Dcsprcz tout ù fait cenvaincu.

lilt il reicla le battant de la porte avec fracas, Henri s arrêta incertain sur le seuil.

— Heesieurt, dit M. Desprcz d'une Toix éclatante, je vous présente M. UcmiDalberg. mon gendre... au contrat duquel voue allez ^ner.

— Je vous l'avais bien dit , mon père , murmura tout bas Galiile, que je n'aurais jamais d'autre époui que Dalberg !

L'ev|dictilion que donna M. Desprez de cette substitution inattendue d'un gendre à un autre, quoique passablement embrouillée , fui acceptée sans conteste partout le monde, car Henri Ralberg était généralement aimé, et la société de H. Desprez n'avait pas vu avec plaisir Rudidph fréquenter cette maison.

Roue ne ferons pas à nos lecteurs l'injure de leur expliquer eue Florence avait appris, pendant ses relations avccH. de Turqheiin, le métier infôme que faisait Rudolpb, espion de la cour étrangère dont H. de Tunjheim était le représentant ; les preuves écrites de cette turpitude étaient contenues clans la lettre remise à tr, Deeprcz par Dalberg, Ruddph, menacé de voù publier ces terribles documents , avait quitté la

Dans le courant de cette heureuse journée , Calixte reçut une lettre dont la suscription portait : a A madame Dalberg. > Pendant qu'elle la risait, son sein se

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t« LES ROUÉS INNOCËNI'S.

goiiDail, dee larmes d'attendrissement coulaient de ses veut. « Bonne Florence 1 1 dit-elle tout bas en eerrant prédeusement le papier dans son corsage.

Les cérémonies nuptiales ^nt assez généralement connues pour qu'il no soit pas urcent de faire une description détaillés des noces, de Caliite et de Dal- >iv. Ils sont beureui et mariés ; nous n'avons plus

droit de nous occuper d'

Disons seulomeni qu'au Ualberg , en ouvrant par n

hère, lodroi

ressemblait à c^ de Florence. Il n'y lut ave cette

Ïbvase ; «'Adieu, Galiite, je pare pour l'Amérique... 'aime ton mari... Plains-moi... >

— Lee Orientaux sont décidément des peuplée plus sages que nous, dit Dalberg en étouSanI un soupir

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