FIN
venir me suffise ! Je serai digne d'elle, en lui épiirgnant la honte de m*appeler son mari, de vous appeler son père!
— Ainsi, c'est moi qui t'embarrasse! Eh bien! je te débarrasserai I
-—Vous ne m'avez pas compris. J'ai un autre devoir à remplir. Votre bonheur, permeltez-moi d'ajouter votre repentir, voilà désormais ma t&che ; je m'y dévoue sans arrière-pensée.
— Tu es trop bon. Le repentir me regarde, et je n'ai pas d'autre bonheur que le tien.
--' Respectea-le donc alors, mon père, en ne me parlant plus d'un mariage impossible. Je §uis bien résolu à partir.
— C'est ton dernier mot î
— Mon dernier!
— -Va-^t'en alors, entêté. Mais si la comtesse meurt?
— La comtesse est sauvée maintenant. Si mon départ lui cause des regrets , cette douleur même sera un aliment actif dans sa vie. Les chagrins sans cause l'avaient affaiblie ; la réalité ne peut que lui venir en aide.
~ Peste! comme tu raisonnes! quel pédant amoureux tu fais !
— Mon père, je dois aller à la ville me constituer • prisonnier. Le bruit de mon duel y sera bientôt
parvenu ; pertnettez-moi de prendre la carriole pour
LES DEUX MËDEGIITS. 399
me faire conduire. Mais auparavant j'ai quelques lettres à écrire. »
Et Louis, que la douleur, la honte, tous les débris de ses illusions, de ses affections, accablaient, alla s'enfermer dans sa chambre.
Le père Géret , resté seul, réfléchit quelques minutes, prit son chapeau, qu'il brossa soigneusement, chercha des gants irréprochables, et^e mit en route pour le château. Une idée hardie lui avait traversé le cerveau» Il s'agissait de prouver son génie par un coup d'audace, et d'atteindre au dénoûment, en dépit de la pruderie de son fils. Un quart d'heure après , il sonnait triomphalement h la grille.
Olympe était bien changée. Ce n'était plus le fan* tome, le soufflé que nous avons essayé de peindre. Ses cheveux d'un blond vif formaient, pour ainsi dire, un fond d'or à l'ovale régulier de sa figure. Ses yeux avaient repris tout leur éclat. Ses lèvres» qui s'entr'ouvraiant dans un perpétuel sourire, baisaient les mots au passage par de petites con» tractions d'un charme infini. La santé, la jeunesse l'avaient rendue digne de ce rayonnement suprême qui se dégage de l'amour. Tout en elle était joie, promesses, poésie ; et il ne lui restait, des tor-» peurs de sa longue maladie, qu'une sensibilité adorable et une langueur qui eût été de la volupté, si elle n'avait pas été de la mélancolie chaste et de la prière poétique.
Elle accueillit le docteur avec effusion; mais celui-ci s'était arrangé en entrant une physionomie paternellement soucieuse , qui frappa la comtesse.
« Qu'avez-vous ? dit-elle en remarquant la contrainte du vieux médecin.
— Hélas ! madame, c'est moi qui suis aujourd'hui le cœur malade, et qui viens vous demander conseil et guérison.
— Parlez, qu'y a-t-il? » reprit Olympe avec vivacité, en poussant le docteur vers un fauteuil.
Il se laissa tomber avec abandon , et hochant la tète :
« Ce qu'il y a? c'est que le jour où mon enfant est entré dans cette maison , a été un jour bien étrangement fatal ; et pourtant Dieu avait ses desseins en l'envoyant ici. »
Mme de Fouchy parut frappée de cette idée de Dieu qui se trouvait pour la première fois sur les lèvres du docteur, et qui flattait ses propres rêveries à elle.
« Écoutez-moi, madame, continua le vieux Céret. Nous nous croyons loin du monde et de la calomnie dans ce village ; nous agissons innocemment, selon notre conscience : eh bien ! le monde nous épie, nous regarde, et il paraît qu'on jase beaucoup sur les visites fréquentes de Louis au château.
— Qu'importe î dit Olympe en rougissant ; ne suis-je pas libre du choix de mes amitiés ?
LES DEUX MÉDECINS. 40i
— II paraît que ce n'était pas Tavîs d'un de vos parents, de M. de M. de Solignac!
— De quel droit M. de Solignac ose-t-ilT...
— Il ne l'osera plus, madame.
— Que voulez-vous dire?
— Louis, avec cette ardeur chevaleresque que je ne pourrai jamais refroidir, a voulu imposer silence à ce malencontreux censeur. C'était difficile. M. de Solignac était un duelliste ; et mon pauvre garçon ne sait manier que la lancette.
— Vous me faites peur, s'écria Olympe en pâlissant.
— Rassurez-vous. Louis , pour la première opération, a eu la main heureuse : M. de Solignac est mort.
— Et lui , est-il blessé ? reprit Mme de Fouchy, qui livrait peu à peu son cœur aux regards profonds du bonhomme Céret.
— Il est intact ; mais au moral il ne s'en porte pas mieux. Ne veut-il pas se livrer à la justice?
— Mon Dieu ! est-ce qu'on peut le juger? le condamner? Il faut le cacher, docteur. Qu'il parte, qu'il fuie bien loin.
— Parbleu! fuir! nous quitter, ne* plus nous revoir jamais, c'est bien là son vœu le plus ardent, l'ingrat !
— Comment ? balbutia Olympe ; je ne vous comprends pas.
SUZANNE
DUCHEMIN
Paris. — IMP. DE LA LIBRAIRIE NOUVELLE. — BourdilHat, 15, rue Breda
LOUIS ULBâCH
SUZANNE
DUCHEMIN