‹ Les roués sans le savoir (volume 2)Chapitre 7 sur 53 · IV PREFACE · texte numérisé non relu

IV PREFACE

modeste, mais sincère. Ayant à cœur de défendre surtout des principes, plein de respect pour le public qu'il est temps de ne plus mystiGer, mais de prendre au sérieux , estimant en nous la fonction d'écrivain qui nous semble une des plus honorables et des plus élevées , nous avons la prétention d'offrir dans ce livre une idée , un travail loyal ; et nous prenons la précautian d'expliquer d'avance ridée et de recommander le travail, pour éviter au lecteur et à l'auteur des mécomptes douloureux entre gens qui ont besoin de s'aimer réciproquement.

D'ailleurs, le temps est revenu pour tout homme de bonne volonté de proclamer, à l'occasion de chacune de ses œuvres , son but et sa foi. Le romantisme se transforme; ou plutôt, après les années de langueur et d'appauvrissement qui avaient succédé aux prouesses de 1830, il reparaît, agrandi, purifié, moins bruyant , moins fantasque » plus ému , plus juste, plus humain. La tristesse de celte école splendide, qui a commencé par René, est aujourd'hui une compassion humanitaire ; et ce n'est plus l'élégie personnelle , l'idylle égoïste qui nous préoccupe , c'est le problème du bonheur de tous, étudié

PfiEFACE Y

dans les passions, les iutéréts, dans les misères actuelles, Balzac a été l'initiateur tout-puissant de cette seconde révélation du romantisme, il nous a débarrassé des souliers à la poulaine , et il a ébréché les bonnes lames de Tolède.

Rejetant le manteau théâtral dont René , accoudé sur des ruines , s'enveloppait pour pleurer, il a pris le drame dans la boutique, dans le salon- bourgeois, et jusque dans Tombre du poêle étouffant de la bureaucratie ; il a élevé à la hauteur de Shakspeare les trivialités de la vie du dix-neuvième siècle ; il a fait un poërae plus touchant et plus universel , en racon tant la grandeur et la décadence de M. César Birotteau, le parfumeur, que s'il eût chanté les hauts faits d'un roi ou les incartades amoureuses d'un paladin du moyen âge. Le premier, et nous osons dire le seul, il a trouvé pour la littérature ce que la musique, ce que la peinture , ce que la sculpture cherchent vaiheraent ( ou plutôt ne cherchent pas et devraient chercher), l'art du dix-neuvième siècle. La Comédie humaine est l'empreinte la plus exacte de notre société. Ce n'est pas que Balzac ait été socialiste, et qu'il ait trouvé dans ses romans des prétextes à propagande humanitaire. Loin de là; royaliste par rai-

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