Les roués sans le savoir
Je voudrais trouver une formule qui ne fût ni banale, ni emphatique, pour traduire le sentiment profond qui m'unit à vous. Le mot d'ami me semble froid et presque injurieux pour votre bonté paternelle ; le titre de père, dont la mort , me permet de disposer, rendrait mal l'égalité de nos deux cœurs qui ne connaissent aucune différence d'âge.
Je n'essayerai donc pas de qualifier celte étroite liaison qui me rend fier aujourd'hui queje la proclame, qui me rend si heureux chaque fois que je vais lui demander un conseil, un encouragement, une consolation. Mais en mettant votre nom sur la première page d'un livre dont toutes les lignes vous sont connues, je consacre une fois de plus, et publiquement, une dette que je ne songe pas à acquitter.
D'ailleurs, en vous priant d'offrir à Mme Catalan une part dans cette dédicace et dans cette respectueuse affection, je m'assure du bonheur pour mon œuvre,
qui ne peut manquer de faire son chemin, maintenanl qu'elle a pour parrain et pour marraine le petitneveu et la petite-nièce du grand Rotrou.
Quant k vous, qui vivez dans la familiarité de Montaigne, que vous avez si heureusement interprété, et qui parlez si bien la langue de La Fontaine, recevez comme un hommage sincère, mais insuffisant, ce livre de nouvelles qui ne prouve que de la bonne volonté; mais qui eût prouvé du génie, si mon esprit avait pu s'élever k la hauteur de votre amitié; et croyez bien qu'aucun succès ne me sera doux, si vous n'y ajoutez l'applaudissement du plus grand cœur qui me soit connu.
Louis Ulbach.
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