SCENE VI
HÉLÈNE, seule, puis L'ABBÉ.
HÉLÈNE, seule, à la fenêtre.
Ils montent à cheval... l'espion est avec eux... C'est lui qui garde Yan... Ils partent... (Les tambours et les clairons s'éloignent.) C'est toute une armée... Comment nos gars oseraient-ils attaquer des troupes si nombreuses? Et s'ils attaquent, qui sait, si dans la môlée, une balle égarée, n'ira pas frapper celui qu'ils veulent sauver ?... Il faudrait les prévenir.
L ABBÉ, entrant par la gauche.
Inutile, ma sœur... j'étais là...
HÉLÈNE
Quoi ! l'abbé, vous avez osé?...
l'abbé, riant.
Eh! les chouans, cela passe partout... Et puis, que risquè-je ? Je suis un homme pacifique l
Hélène.
Ils vous appellent le damné curé, et veulent vous arrêter.
48 les rouoes et les blancs
l'abbé.
Ils le veulent, bon, mais ils ne le peuvent pas ! Quant à être damnù... je m'en arrangerai avec le bon Dieu! Et où vont-ils. pour l'instant, tous ces féroces guerriers?...
A Montbert. Du moins, ils l'ont dit.
Oh ! Voilà qui ne me plaît guère ! Pourvu qu'ils n'aillent pas à la cure ! Ils effraieraient la vieille Marianne. Et j'aurais de nouveaux reproches à subir... Ah ! ma sœur, ma servante est une }ihilippiste enragée... C'est une calamité pour moi!
HKLKXE.
Que vont faire nos amis, l'abbé ?
l'abbé.
C'est M. de Kerléan qui commande. Il a pour préoccupation principale de couvrir la Béliniève où est Madame en ce moment, et où M. Berryer doit être bien près d'arriver, sous la conduite de Béric... Nous autres, nous sommes chargés du soin de délivrer Yan... Il a paru hasardeux de l'enlever au milieu d'une troupe si nombreuse... Nous guetterons l'occasion !... En tout cas nous ne le laisserons pas conduire à Nantes, dussions-nous y périr tous.
Et moi que dois-je faire, l'abbé ?
l'abbé.
Suivre les instructions de Yan.
HÉLÈNE
Rester ici, alors?