ACTE DEUXIEME O
croyez être delà pitié n'est que votre ancien ainour... Vous n'avez pas pu m'oublier si vite... Oh! Je vous aimais, moi, vous le savez, jusqu'à braver mon frère, jusqu'à lui désobéir, jusqu'à sacrifier l'avenir qu'il m'avait préparé avec tant de soin, et tout cela pour vivre simple à vos côtés, dans un coin perdu, mais dans la douceur de votre tendresse et, sans regrets, heureux de vous voir vivre, de vous soirrire et de vous adorer... Est-ce que vous avez perdu le souvenir de tout cela? Non! C'est impossible! Et ce paSsé que vous avez cru mort, il suffit d'un mot pour le ranimer... Vous le voyez bien, puisque maintenant, vous ne me chassez plus, puisque si la mort vient, tout à l'heure, nous aurons eu, avant, les pures délices de nous sentir revivre et aimer!
HÉLÈNE, se détrageant.
Non! Vous vous trompez. Rêves que tout cela!... Rien ne peut plus nous être commun, tout nous sépare. Il faut que je vous écarte de moi. C'est mon devoir et enfin ma volonté.
LOUIS
Volonté d'un soir ou d'une heure !... Hélène, l'avenir est-il à nous? Dans le danger que nous courons tous, n'est-ce pas folie de maîtriser son désir, et de se disputer à soi-même une minute de bonheur? Où serons-nous demain? Serons-nous, seulement? Poignée d'hommes, bataillon fidèle, noyés au milieu d'une armée, quelle chance avons-nous de survivre à notre aventure? Aucune. Tous nous avons fait le sacrifice de notre vie, avant de venir combattre pour notre foi. Et lorsque nous avons fait abandon de tout, vous voulez me repousser au nom de je ne sais quels principes ! La voilà, Hélène, la folie ! Nous soQimes peut-être à une heure de notre fin.
La fusillade nous attend, pendant la bataille, et l'échafaud après, si les balles nous ont épargnés, car nous sommes des hors la loi. Tout dans notre conduite est d'exception. Et vous venez me parler de barrières morales... Quelle duperie!... Je suis un condamné à mort, qui a une joie suprême à sa portée, qui y aspire, qui supplie qu'on la lui donne et qui ne comprend pas qu'on soit si barbare inutilement, quand la catastrophe prochaine assure le secret, et que le dernier soupir viendra presque en même temps que le dernier baiser.
HÉLÈNE
Mais le crime, si nul ne sait que je l'ai commis, moi, j'en connaîtrai la honte! Jamais!
LOUIS
Jamais?... Adieu donc, Hélène.
Il va vers la porte du fond.
HÉLÈNE, avec un mouvemenl pour l'arrêter.
Louis! Où allez-vous? Je vous dis que vos ennemis sont là, embusqués. . Quelle joie éprouvez- vous à me torturer? Au moins laissez-moi vous conduire. J'essaierai de vous sauver...
LOUIS
Me sauver? A quoi bon vivre si vous ne m'aimez plus. Je vais au devant de la mort. C'est vous qui m'aurez tué.
HÉLÈNE
Oh! vous me priiez tout à l'heure! Faut-il donc que je vous prie à mon tour? Serez-vous si cruel de vouloir me mettre dans l'obligation de me perdre pour vous sauver? Etrange amour qui ne respecte pas, et qui refuse tout ce qu'on lui demande! Doisje me mettre à genoux pour obtenir de vous un pou