ACTE DEUXIÈME
de générosité? Pour un caprice, pour un rêve effacé ne faites pas couler de sang, et quel sang? Le vôtre! Si précieux à votre frère, si cher à moi !... Vous me demandiez, à l'instant, si je vous aimais encore? Voulez-vous m'obéir, et je vous dirai tout ce qu'il y a dans mon cœur.
LOUIS, allant à elle.
Hélène !
HKLÈNE, l'arrêtant du geste.
Oh ! ne m'approchez pas, si vous voulez que je parle. Oui, je vous aime encore, et je n'ai jamais aimé que vous, parce que pour moi vous étiez le plus désintéressé des êtres, parce que je comptais sur vous sans réserve, parce que je croyais que, sur un mot de moi, vous seriez prêt aux plus grands sacrifices... Oh ! Louis, voulez- vous donc que j'aie ce déchirement de vous voir revenir, non pas pour me rendre toutes mes joies, mais pour m'arracher toutes croyances?... Faudra-t-il que si j'ai la douleur de vous perdre une seconde fois, je n'aie pas, ainsi que la première, cette douceur de vous conserver dans ma mémoire, comme le modèle de la bonté, de la grandeur et du dévouement?
LOUIS
Ne dites pas un mot de plus! Vous me faites rougir de honte! Voilà donc comme vous m'aimiez, Hélène? Oh! votre tendresse était plus forte, plus noble et plus pure que la mienne. Je vous ai offensée... Pardonnez-moi. Je suis prêt à vous obéir !
HÉLÈNE
Oh! Louis! que vous me faites heureuse... C'est vous, mon bien-aimé, je vous reti'ouve tel que je vous adorais. Je ne crains plus rien de vous! Tenez ! Approchez... Ah ! Dans vos bras même, je me sens protégée et défendue.
60 LES ROUiJES ET LES HLANGS
LOUIS
Ah! que je vous aime! Que je vous aime!
HÉLÈXK.
Moi aussi, je vous aime! Et quelle joie de pouvoir vous le dire! Mais vous allez être soumis et faire tout ce que je vous commanderai... Oui, partir... Il le faut, je le veux... Ah! c'est cela surtout que je veux... Si vous mouriez, maintenant, que deviendrais-je ?
LOUIS
Soit! Je vous obéirai...
HÉLÈNE
Je connais un passage, le seul peut-être qui ne soit pas gardé... Je vais vous guider...
LOUIS
Mais s'il y a du danger?
HÉLÈNE
Nous le courrons ensemble... Et frappés, au moins, nous le serons tous deux. Ingrat, vous me reprochiez de me disputer à vous dans la vie, et je me donne à vous dans la mort !
LOUIS
Hélène, si je survis, jurez-moi que je vous reverrai, avant le combat décisif?
Oui, je vous le jure, mais venez, le temps s'écoule... Oh ! je ne respirerai que quand vous serez hors d'ici.
LOUIS
Allons!
I1.S sortent par la gauche.