‹ Les rouges et les blancsChapitre 58 sur 109 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

DE LA HAYE

Gharette est de l'autre côté de la Loire avec quinze cents hommes.

KERSABIEG.

Et le tocsin n'a pas encore sonné dans nos campagnes.

BERRYER

Quelle action aurez-vous sur les troupes régulières? Monsieur le maréchal peut-il compter sur deux régiments ?

BOURMONT

Eh I Monsieur, si je pouvais seulement compter sur deux bataillons, je serais déjà en campagne.

MADAME

L'armée ne se prononcera-t-elle donc pas pour nous?

BERRYER

Non, Madame.

MADAME

Mais je connais tous les officiers et ils me connaissent tous.

BERRYER

Ils ne connaîtront que leur consigne. Madame, en France, le soldat ne raisonne pas. Il obéit^ et c'ei5t son honneur !

MADAME

Ainsi donc, nous n'avons rien à attendre que de nous-mêmes?

LE COMTE

N'est-ce pas assez?

BOURMONT

Pour tenter un coup de main, oui : pour faire une campagne, non.

82 LES ROUfiES ET LES BLANCS

MADAME

Qu'aviez-vous donc de plus, il y a trente ans?

BOURMONT

Madame, nous avions tous ceux qui n'y sont plus.

MADAME

Leurs fils les remplacent. Car, Dieu merci, dans ces familles-là, on hérite avec le nom, l'héroïsme et la foi.

YAN, s'avançant.

Vous faites l'éloge des chefs. Madame, et vous avez raison. Il y a encore autour de vous des Bourmont, des Autichamps, des Gathelineau et des Gharette pour commander. Mais, pour obéir et combattre, vous trouverez aussi les fils des simples soldats de la grande guerre. Permettez que moi, qui suis un d'entre eux, je leur fasse leur part dans l'hommage rendu à la bravoure et à la fidélité. En même temps que les nobles sortiront de leur château, les paysans sortiront de leurs chaumières. Ils ont gardé les vieilles carabines qui dialoguèrent à Torfou et à Gholet avec les canons de Kléber et de Hoche. Ils sillonneront les landes, en sabots, la peau de bique sur le dos et le scapulaire sur la poitrine, pour rejoindre leurs divisions. Et cela tout simplement pai'ce que leurs recteurs leur auront dit, le dimanche, au prône, que c'était leur devoir de combattre pour le roi. Ges braves gens-là ne sont pas sans mérite, car, après la campagne, ceux d'entre eux qui survivront n'auront ni croix de Saint-Louis ni titre de comte, ni brevets de colonel, ni pension. Ils rentrei-ont dans leurs masures, si elles sont encore debout, et diront à leurs femmes, s'ils les retrouvent à leur foyer : « Le roi a repris sa couronne, moi, je viens reprendre ma char-

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