‹ Les rouges et les blancsChapitre 59 sur 109 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

rue... » Et, simples, comme s'ils n'étaient pas des héros, ils se remettront au travail.

MADAME

Ah! c'est sur ces braves gens que je compte ! Ce sont eux qui remettront mon fils sur son trône! Quoi Messieurs, je viens, après tous les appels que vous m'avez adressés depuis deux ans, et je ne trouve ici que la défiance et le découragement! Gharette m'écrivait : « Chaque jour que vous dérobez à la patrie est un vol que vous faites à l'héritage de votre fils. » Vous, Monsieur Berryer, ne m'avez-vous pas fait dire : « Venez, ou nous ferons le mouvement sans vous. » Enfin, vous. Monsieur le Maréchal, n'étiez-vous pas rempli d'espoir , et moi , ne devais-je pas avoir confiance dans la parole de Gharette, dans celle de Berryer et dans les talents du vainqueur d'Alger? Que s'est-il passé qui vous ait changés à ce point ? On a dit que les chouans avaient été vaincus autrefois, parce qu'aucun prince de la Maison de France n'était venu se mettre à leur tête. Eh bien ! Messieurs, ce n'est pas un prince qui vient combattre avec vous, c'est une princesse! Si elle n'a pas le génie, elle aura la persévérance, et si elle ne peut pas compter sur les chefs de son parti, elle se contentera des soldats. Et, venue sur la terre de France, elle y restera victorieuse ou morte !

YAN

Madame, nous avons écouté respectueusement Votre Altesse Royale, mais qu'elle me permette de lui dire qu'elle juge mal ses partisans... Ges messieurs, dans la sincérité de leur conscience, ont dû parler comme ils l'ont fait. Maintenant il serait bon de leur demander comment ils comptent agir. Ou je me trompe fort, ou leur conduite démen-

tira singulièrement leur langage, et ayant été, dans le conseil, pleins de prudence, ils seront, dans l'action, pleins de témérité. Vous vous êtes confiée à eux, tout me paraît donc bien simple, et il n'y a plus qu'à combattre, à vaincre ou <à mourir I

LE COMTE

Nous n'avons plus devant nous que deux cbemins. Au bout de l'un, il y a peut-être la mort; mais, au bout de l'autre, il y a sûrement le déshonneur. Messieurs, il est temps de choisir !

BOURMONT

Eh! mourir, n'est rien! Ce qui est plus déplorable, c'est de se jeter dans une aventure et d'échouer piteusement. J'ai assez fait de sacriûces à la Royauté pour avoir le droit de parler, même contre elle. A l'heure présente, rien n'est compromis... tout peut se reprendre plus tard avec de meilleures chances. Un bâtiment transportera Madame à l'embouchure de la Loire, et, une fois en mer, elle sera en sûreté. J'ai des raisons de croire que le gouvernement ne fera pas arrêter Son Altesse si elle veut partir. Le chancelier Pasquier me l'a fait dire. Chateaubriand et Pastoret supplient Madame de ne pas s'obstiner... Quant à moi, voilà mon avis tout net : Si le soulèvement a lieu, sans diversion d'aucune sorte, sans aide ex té ■ rieure et avec nos simples forces, nous nous jetons tous dans une bagarre romanesque à laquelle nous ne donnerons de l'importance qu'en répandant à flots notre sang.

LOUIS

Nous y sommes prêts.

BOURMONT

J'ai commencé par dire que c'était très facile. Je n'attends donc plus qu'un ordre de Son Altesse.

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