‹ Les rouges et les blancsChapitre 97 sur 109 · ACTE CINOUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINOUIÈME

LE COMTE

Jamais.

DERMONGOURT.

Messieurs, réfléchissez. Il faut voir uniquement l'intérêt général, en cette affaire. Entre les Carlistes et les Philippistes, il a déjà coulé trop de sang. Pendant l'action, on pouvait avoir cette excuse qu'il n'était aisé ni de raisonner ni de calculer. On était là pour se battre, et on tuait. Mais maintenant que tout est fini... car l'insurrection est brisée... il faut se rendre compte de l'etïet que l'exécution de deux hommes aussi connus, aussi populaires que vous, peut produire en Vendée... Cet effet sera désastreux. C'est la haine perpétuée. C'est \m double malheur, pour ceux qui vous aiment et pour ceux qui aiment la France.

LE COMTE

Général, ceux qui aiment la France doivent vouloir l'arracher à la Révolution qui la perdra : Une émeute a chassé Charles X; une émeute chassera Louis-Philippe. La barricade deviendra le pavois de tous les pouvoirs nouveaux. Les Français, au lieu d'être les sujets d'un roi soucieux de leur bien-être et de leur gloire, seront les soldats de tyrans passagers, avides de se gorger et de jouir, avant de disparaître. Le gouvernement, jadis apanage du plus noble et du plus grand, deviendra la prébende de ceux qui auront le plus d'audace et le moins de scrupules. Voilà, Monsieur, pourquoi il est nécessaire que des gens, professant les opinions que nous avons, tombent encore pour la cause du droit légitime. Et si un peu de notre sang, rejaillissant au front de celui qui nous tue, peut le montrer tel qu'il est :

roi par le dol, lu fraude et l'usurpation, nous n'aurons rien à regretter, car nous nous serons vraiment dévoués pour la patrie !

DERMONGOURT.

Vous allez vous sacrifier en pure perte. Vous ne rendrez pas l'énergie à votre parti épuisé. Voyez ce que vous avez eu avec vous pour combattre. A peine une poignée d'hommes. La France, lasse de tant de secousses, n'est plus avide que de tranquillité et de paix. La bourgeoisie, avec le nouveau roi, vient d'arriver au pouvoir ; elle veut en jouir ! Et si elle se le laisse arracher, ce ne sera que dans une heure de crise et par la main d'un dictateur. Vous pouvez m'en croire, moi, vieux soldat de l'Empire, qui ne hais point votre parti, et qui admire votre courage. La guerre est finie... La Vendée est pacifiée, mieux que du temps de Hoche, et vous aurez été les derniers chouans...

Y AN

Nous ne voulons pas d'autre épitaphe.

DBRMONGOURT.

Mais vous avez unie femme, des parents, des amis.

YAN

Ils nous pleureront.

DERMONGOURT.

Libres, vous auriez pu contribuer à sauver la duchesse...

YAN, avec joie.

Vous ne la tenez donc pas ? Dieu soit loué ! C'était, depuis trois jours, notre seule inquiétude.

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