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L'hellénîsme se rend parfaitement compte des conséquences qu'aura pour luî le réveil dé la conscience nationale parmi les Roumains de Turquie et c'est pourquoi il emploie tous les moyens à l'entraver autant que possible. Voyant que la clientèle roumaine tend de plus en plus à lui échapper, malgré le concours si zélé que lui prête lé patriarcat œcuménique, la propagande grecque a avisé dernièrement à d'autres moyens pour renforcer son action. Elle a constitué partout en Macédoine des comités, à l'instar des comités bulgares. En même temps elle racole en Grèce des gens de sac et de corde, les organise en bandes, les arme, les équipe, les prend à sa solde à raison de 70 francs par mois et les envoie sur le territoire ottoman sous le prétexte d'y défendre la population grecque contre les attaques des comitadjis bulgares et d'y exercer des représailles; en réalité, cependant, pour maintenir, sous l'ascendant du patriarcat et de l'hellénisme les populations chrétiennes nongrécques et en tout premier lieu la population roumaine. Car, que la propagande grecque l'avoue ou non, c'est principalement contre l'œuvre roumaine qu'est dirigée l'action de ses bandes. Il est, en effet, notoire que l'hellénisme n'a à aucunne époque exercé
une influence bien grande sur les populalations slaves de Macédoine, qui se sont toujours montrées réfractaîres à l'enseignement en langue grecque. Ce n'est donc pas en manœuvrant de ce côté-là que Thellénisme s'efforce de sauver les dernières épaves de son influence, mais bien du côté de rélément roumain, qui était naguère et qui est encore, en grande partie, fortement imbu des doctrines politico-relîgieuses de l'hellénisme.
Aussi voit-on que les bandes grecques se tiennent, de préférance, à proximité des communes roumaines et cherchent à exercer des pressions sur les habitants en faveur de la cause grecque, non seulement par de vaines menaces, mais aussi par des actes d'une cruauté sauvage. Les atrocités commises ré-, cemment par une de ces bandes à Négovan. commune roumaine, où deux prêtres roumains et quatre notables ont été impitoyablement égorgés et horriblement mutilés uniquement parce qu'ils étaient des adeptes des idées nationales^ l'assassinat du supérieur du couvent roumain d'Oshani, dans la région de Méglenié ; l'ordre donné toujours par une bande grecque, à l'instituteur et à l'institutrice roumains du village de Belcamen, dans le district de Florina,
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de ne plus tenîr école, sous peine de mort, tous ces actes de terreur notoirement connus, et auxquels nous pourrions en ajouter bien d'autres, sont très édifiants sur le but poursuivi par la propagande grecque: Enrayer complètement l'œuvre roumaine en Macédoine ou tout au moins endiguer le courant du réveil national parmi les Roumains, telle est la mission assignée aux bandes grecques. A la terreur religieuse que la propagande grecque exerce par le patriarcat et les évêques,. elle vient d'ajouter l'action plus efficace — elle le croit du moins — des comités et des sicaires à ses gages.
A cet égard, elle semble vouloir marcher sur les brisées de la propagande bulgare. Ses agents s'efforcent même d'emboîter le pas aux comitadjis. Et pourtant hier encore, les Grecs s'égosillaient à dénoncer au monde civilisé les procédés des agents de la propagande bulgare !
Certes, ce n'est pas la première fois que la propagande grecque essaie d'intimider, de terroriser les populations non-grecques de Macédoine au moyen de bandes de soidisant insurgés (antartès).
Elle a pratiqué ce système pendant longtemps et bient avant la propagande bul-
gare. Mais à en juger d'après les termes si énergiques dont elle flétrissait les actes des comitadjis, d'après ses lamentations et ses appels incessants au monde civilisé, nous en étions arrivés à croire qu'elle condamnait sincèrement des procédés qui déshonorent même la plus noble cause.
Nous avons la douleur de constater qu'elle revient à ses anciens errements et que de victime, qu'elle se prétendait jusqu'à hier, elle veut se transformer elle-même en boureau.
Nous sommes cependant convaincus que le gouvernement de S. M. le Sultan, notre Auguste Souverain, envers lequel l'élément roumain fait preuve du plus parfait loyalisme et du plus sincère dévouement, aura bien vite raison des bandes grecques, comme il a eu raison des bandes bulgares, et que, reconnaissant la légitimité des revendications de cet élément sur le terrain ecclésiastique, il voudra bien donner une solution équitable à cette question.
Cette solution est d'autant plus impatiemment attendue par le peuple roumain de Turquie que celui ci est actuellement en butte à toutes sortes de vexations de la part du clergé phanariote. Abusant de leurs privilèges, le patriarcat et les évêques grecs
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violent ouvertement la conscience de nos congénères de Macédoine, au moyen de procédés d'un autre âge: excommunications, refus d'assistance religieuse, interdits jetés sur les prêtres roumains, etc. Dans son excès de zèle à servir les intérêts de l'hellénisme, le patriarcat recourt contre nos prêtres à des mesures si manifestement vexatoires, si arbitraires, que la Sublime Porte a dû souvent le rappeler au sentiment de ses devoirs. Finira-t il par ouvrir les yeux sur l'abîme que son intransigeance absolue creuse entre lui et l'élément roumain ? Nous le désirons sincèrement, sans trop oser l'espérer.
Quelle que soit cependant l'attitude du patriarcat, il est hors de doute que l'élément roumain de Turquie continuera à marcher de l'avant dans la voie où il s'est engagé.
Forts de la sollicitude que S. M. le Sultan témoigne pour les intérêts moraux et matériels de tous ses sujets sans distinction de nationalité, et comptant sur l'appui que la Roumanie ne cesse de leur prêter, les Roumains de Turquie poursuivront, avec la ténacité caractéristique de leur race, leur développement dans un sens national ; leur conscience nationale s'affirmera et s'affermira d'autant plus fort que le clergé pha-
nariote et la propagande grecque essaieront de Topprimer.
L'année qui vient de commencer s'ouvre, d'ailleurs, pour eux % sous les meilleurs auspices.
La Sublime Porte leur a fait, dans ces derniers temps, certaines petites concessions qui constituent en quelque sorte une reconnaissance du bien fondé de leurs demandes et un acheminement vers une solution de leur question ecclésiastique. Convaincues de la légitimité de leurs revendications nationales, sur le terrain religieux, les Puissances ont bien voulu appuyer leur bon droit.
Le Discours du Trône de Roumanie vient d'affirmer l'intérêt que prend cet Etat au sort de l'élément roumain des provinces européennes de Turquie. La solidarité de race entre les Roumains du Royaume de Roumanie et ceux de Macédoine, proclamée, pour la première fois, au Parlement roumain, par un Souverain dont la haute sagesse est universellement reconnue, sera sûrement, pour nos frères de l'Empire Ottoman, le meilleur réconfort et le plus fort stimulant dans la lutte incessante qu'ils soutiennent pour l'affirmation de leur individualité ethnique. De son côté, le gouvernement roumain, vient d'affirmer son intention
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de seconder puissamment l'œuvre roumaine en Macédoine, de lui imprimer un nouvel essor. A cet effet, il a augmenté la subvention accordée aux écoles et aux églises roumaines de Turquie et a pris des dispositions pour y créer plusieurs nouvelles institutions, qui aideront au développement de la population roumaine.
Ce sont là, sans conteste, des faits, des paroles et des dispositions du meilleur augure pour l'œuvre roumaine en Macédoine.
Et tandis que les autres propagandes cherchent à s'y affirmer par la violence et la terreur, seule la propagande roumaine y poursuit son œuvre par les moyens les plus paisibles, l'écofe et Téglise, preuve évidente de sa mission purement culturale et éminemment civilisatrice.