LA COLONNE TRAJANE
Lorsque Trajan eut vaincu les Daces, il appela auprès de lui le célèbre architecte syrien Apollodore, et il lui ordonna de dessiner un forum qui surpassât en magnificence tout ce qu'on avait jusque-là vu. Apollodore construisit le forum qui porte le nom de « Trajan ». Il lui donna 365 mètres de longueur et 166 mètres de largeur. Mais pour obtenir cet espace il dut couper une partie du mont Ouirinal. La place formait un parallélogramme ; elle fut entourée d'un superbe portique à colonnes. A l'extrémité nord, l'architecte bâtit un temple ; au sud une basilique à cinq nefs coupées par quatre rangs de colonnes. Aux quatre angles de la place, il éleva des arcs de triomphe, et enfin en avant du temple, à 20 mètres de distance, il érigea une colonne triomphale, qui fut dédiée à Trajan par le Sénat Romain, l'an qq de Jésus-Christ. On se figure aisément quel magnifique spectacle devait présenter ce forum, surtout si l'on a une idée de la richesse des matériaux qu'ApoUodore V avait employées. Les frontons, les corniches, l'attique de ces divers édifices étaient revêtus des marbres les plus rares et le plus précieusement travaillés ; les
marches de la basilique étaient en jaune antique massif ; \i place était décorée de statues de bronze doré ; la colonne était en marbre de Carrare. Aussi lorsque l'Empereur Constantin vit le forum de Trajan pour la première fois, il en demeura muet de stupeur et d'admiration, ne sachant, dit Ammien Marcellin, s'il avait devant les yeux un ouvrage de la main des hommes ou une création des Dieux.
La colonne Trajane est le seul reste de l'antiquité romaine qui nous ait été conservé dans son entier, de sorte c|u'après 18 siècles environ, elle est encore debout intacte et aussi impérissable que peuvent l'être les travaux humains. Cette colonne a 44 mètres de hauteur, depuis le pavé jusqu'à l'extrémité de la statue qui la surmonte et qui est au niveau du mont Quirinal. Les proportions en sont fort belles, on les a reproduites à peu près dans la colonne de la place Vendôme, à Paris.
Le socle a un mètre, le piédestal 4'" 67'', le fut de la colonne avec la base et le chapiteau 30 mètres ; le piédestal de la statue a 4"' 67 et la statue 3'" 66. Le diamètre inférieur est de o"'38 plus grand que le supérieur, de manière à former vers la base le renflement qu'exige l'élégance de toute colonne. Celle de Trajan est en marbre de Carrare et se compose de 23 blocs si parfaitement unis ensemble par des crampons de bronze, qu'elle parait être d'une seule pièce. Au-dessus du chapiteau est une petite terrasse à balustre à laquelle on monte par un escalier tournant évidé dans le bloc, et qui se trouve éclairé par 43 petites ouvertures. La colonne est comme revêtue extérieurement d'un bas-
relief en spirale qui en fait 23 fois le tour. C'est un poème en marbre qui célèbre les victoires de Trajan sur les Daces. Marches, campements, passages de fleuves, batailles, triomphes, tous les épisodes d'une histoire militaire y sont retracés dans un style fier, un peu rude même, comme il convient à un tel sujet. Le piédestal est orné de trophées, d'aigles et de guirlandes, du travail le plus parfait. C'est au-dessous de ce piédestal que les cendres de Trajan furent déposées dans une urne d'or. La statue en bronze doré couronnait autrefois le sommet de la colonne, mais cette statue ayant été transportée à Constantinople par un des empereurs d'Orient, Sixte V la fit remplacer par la statue en bronze de Saint Pierre, qu'on voit aujourd'hui. Il fit en même temps dégager le piédestal qui était enseveli dans la terre.
En 1798, le général Bonaparte donna l'ordre d'enlever la colonne Trajane et de la transporter à Paris. Paul-Louis Courier, qui faisait partie de l'armée d'Italie, en écrivait de Rome le 8 janvier 1799 à M'' Chlewaski (Polonais de distinction, établi à Toulouse et fort versé dans l'archéologie). Après avoir flétri avec indignation les dévastations causées par l'armée française, il disait : <i Tout (( ce qui était aux Chartreux, à la villa Albani, <(. chez les Farnèse, les Onesti, au musée Cle-