‹ Les routes. Préf. par le comte d'HaussonvilleChapitre 12 sur 36 · LE SACHE DE REIMS III · texte numérisé non relu

LE SACHE DE REIMS III

trompe, a donné le signal, vaincu les hésitations, aplani toutes les dilïicultés. Tout ici Heure la jeunesse, l'âge de la confiance et du bonheur. Les aviateurs et leuis auxiliaires font songer à ces années des temps héroïques où la \ ictoire souriait à des généraux ju\éniles. Parmi les cliels de la grande industrie champenoise, plusieurs portent des noms historiques, familiers aux étrangers accourus de partout. N'est-ce pas une coquetterie bien française de montrer aux visiteurs mondiaux des fils de la vieille France, ouverts à toutes les idées neuves, habiles à les servir avec une énergie retrempée dans le travail ?

N'oublions pas, enfin, ce superflu indispensable, faute de quoi rien ne réussit pleinement dans notre pays : la bienvenue du sourire des femmes sur le berceau d une grande chose. Ceci encore fut prévu. Pourquoi ne pas redire ce que toutes les bouches répètent sous les tribunes, sous les terrasses du restaurant ? La société rémoise a su envelopper de grâce féminine un succès viril ; une part de ce succès revient à celles qui incarnent l'aimable hospitalité de leur ville, qui font plus chaude et plus charmante l'ovation aux triomphateurs. Mesdames de Polignac, de Mun, de Mumm, leurs amies et leurs compagnes multiplient les prévenances, se dépensent sans compter, toutes fières de pouvoir dire, en montrant la vaillante

LES UOIITES

Madame Blériot : « Les hommes volent ; mais voyez dans quels ca;urs ils puisent la force qui leur donne des ailes ! «

Dans ce cadre approprié à toutes leurs convenances, les aviateurs se sont réunis au moment opportun. Ils ne s'étaient encore signalés que par des tentatives individuelles, partielles, isolées. M. Blériot avait saisi les imaginations avec son vol d'outre-mer; l'attention, publique était préparée. Mais c'est une loi de notre temps qu'il faille un effort collectif pour enfanter, perfectionner, imposer aux résistances de la routine les grandes créations viables. Tous les apôtres notoires de la nouvelle foi sont venus à Bétheny, ils ont amené leurs engins dans ces cages qui donnent l'impression dune longue volière pour oiseaux fabuleux. Dès le premier soir, on en vit jusqu'à sept qui planaient ensemble dans l'espace.

Essais préliminaires, encore brefs et gauches, avec beaucoup de tâtonnements, de ratages ; scènes de la faune préhistorique, à l'apparition des ptérodactyles ; lorsque ces grands reptiles eurent acquis lentement des ailes, ils durent tâtonner ainsi en s'apprenant à voler. Sauf de courtes embellies, le temps était contraire, l'atmosphère agitée et pluvieuse.

Bien iiigials nos aviateurs, s'ils ont iiiaiidil ces contrariétés. Dans un air trop ralme, leur démonstration n'eût été qu'une parade, une manœuvre du temps de paix ; attaqués par le vent et parla pluie, ils ont subi l'épreuve décisive de la bataille contre les éléments, ils ont remporté les vraies victoires de la vraie guerre. De jour en jour, au sens littéral de ces mois, nous les avons vus conquérir le ciel, assurer, accélérer, prolonger leur vol. Il nous aurait trouvés tous incrédules, celui qui nous eut dit lundi que les courtes randonnées des plus heureux deviendraient, trois jours après, des voyages réguliers de plusieurs heures, sur une aire de cent, puis de cent cinquante, et le lendemain de cent quatre-vingts kilomètres. Nos yeux accoutumés à la merveille se faisaient exigeants, s'impatientaient devant un retard au départ, un vol inégal ; d'autant plus exigeants que la crainte d'un danger n'effleurait l'esprit de personne. Pas même la petite angoisse qui gêne notre plaisir dans un cirque, lorsque l'acrobate accomplit un exercice un peu osé ; l'aéroplane donne au spectateur une sensation de parfaite sécurité ; ce moyen de locomotion semble aussi naturel que facile. Quelques-uns des aéronautes, un entre autres, qui n'a pas vingt ans, ont appris le maniement de leur engin peu de jours avant de s'y risquer à Bétheny.

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Aux (''picuvos (lu débul, on pul cioiic que les lourds biplans étaient seuls conditionnés pour les longs parcours. Les esthètes s'en ami<;eaient ; massifs dans leur carrure, ces appareils ne deviennent majestueux cju'au vol de reloiu". lors(|ue du fond de l'horizon ils arrivent en planant, monstrueux oiseaux de proie. Bientôt le svelte monoplan prit sa revanche ; rélégante libellide de M. Latham se montra aussi robuste, aussi bonne voyageuse que ses gros concurrents. Souhaitons que l'avenir lui appailienne, puisqu'elle est jolie, qu'elle fait viaiment de l'homme un émule de la gent ailée ; et aussi parce qu'au lieu de l'engloutir dans l'engrenage, elle le laisse bien visible sur le siège d'où il la conduit, trône du nouveau roi des nues. — Quel enchantement pour le regard, et quelles acclamations, lorsqu'il passait au zénith en se profdant sur l'azur!

Mercredi soir, la nature se complut à magnifier le spectacle et ceux qui nous l'offraient. Après l'ondée, un double arc-en-ciel irisa de ses arches géantes la voûte céleste assombrie par les nuées ; les grands oiseaux blancs passaient entre les colonnes lumineuses, revenaient par la porte triomphale. Nul de ceux qui ont vu cette féerie ne l'oubliera.

Il est remarquable que nos aviateurs, paresseux ou moins confiants dans la journée.

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