‹ Les routes. Préf. par le comte d'HaussonvilleChapitre 34 sur 36 · UNE GRANDE ANNEE · texte numérisé non relu

UNE GRANDE ANNEE

leurs rations, les alTamés rejoigneiil par miracle leur vaisseau au moment où il allait lever rancrc. Et le narrateur s'excuse de n'avoir pas atteint le pôle avec cette simple phrase : u Nous avons conscience d'avoir fait notre devoir. »

Pas un mot déclamatoire, pas un grossissement du réel dans ce journal de route si sobre. M. Charles Rabot l'a consciencieusement traduit. C'est par sa réserve virile et par sa constante bonne humeur que le récit de Shackleton nous émeut profondément. Que de fois il m'a fait penser au Robinson Criisoé ! Impossible de se méprendre sur la parenté des deux livres : même formation morale, même conception de l'effort comme un devoir chez deux hommes de même race ; même explication totale, dans l'un et l'autre ouvrage, des fondements de la puissance anglaise. Dans le journal du voyageur comme dans le roman de Daniel de Foë, chaque page nous fait comprendre comment ces hommes se sont disciplinés eux-mêmes, comment ils disciplinent la nature et les peuples conquis, avec leur Bible, avec leur volonté infrangible, avec la hache de Robinson ou le piolet de Sliackleton.

Voici qu'on dispute aigrement sur les liAres qu'il faut tolérer ou proscrire dans nos écoles publiques. J'en sais deux qui mettraient d'accord tous les censeurs : la Vie de Pasteur et Au

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cœur de l'Antarctique. Les enfants de notre peuple y apprendraient l'art de devenir un héros, dans le laboratoire ou dans l'aventure périlleuse du missionnaire scientifique. Mais je m'aperçois à la réflexion que je m'avance peut-être beaucoup. On rencontre çà et là, dans l'ouvrage de Shackleton, ces petites phrases

intolérables : « Dieu est témoin de nos peines

Rendons grâce à Dieu.... » — Prenons garde. Si ces enfants allaient s'imaginer que le découvreur de mondes a pu tenir ferme dans son grand dessein, au delà des forces" humaines, parce qu'il avait confiance dans un secours d'en haut !

Il était juste de rendre ce dernier hommage à une année illustrée par les consolantes prouesses des explorateurs et des aviateurs. Souhaitons, pour l'honneur de l'espèce humaine, que la nouvelle venue suscite à son tour, en grand nombre, des continuateurs du magnifique effort qui fait pardonner tant de petites défaillances.

3 janvier 1910.

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