HISTOIRE MANITOBAINE
teur de congrégation, ‘professeur de versification, puis de philosophie, il a fait une belle œuvre au collège, il a formé le jugement de ses élèves: mais malheureusement il était venu un peu tard et n'est ° pas resté longtemps.
d Sa voix clairé et perçante annonçait aux Roux et Là tous les élèves du temps les suites des événements
bien avant leur naissance; connaissant l'arbre. 1l
prédisait les fruits. I] indiquait à tous les moyens de
prévoir et de juger. En versification le professeur
avait fait son temps, mais en philosophie il était
«.7 ". -- “bien à son aise, il se passionnaïit pour une idée com-
2. me les paladins d'autrefois pour leur dame. ., 2 : Grâce à ces influences les Roux firent de bonnes n È études. ‘ L'influence des pères avait fait naître en - __+ éux une générosité bien réelle, pendant leur retraite
de déeision ils optèrent tous les deux pour l'état ecclésiastique. Ce fut une joie bien réelle pour ma- - dame Roux, elle essayait en vain de la cacher en parlant de sacrifice, mais elle n'avait pas oublié * certain appel entendu autrefois chez les Ursulines \& elle était fière d'offrir à Diéu ses deux fils pour , prendre la place qu'elle n'avait pas acceptée. Le père Emile Roux, avec les vocations successives de ses fils, perdait son dérnier espoir de retourner à la terre. Î] n'était pas expansif.
De nos'jours on regarde volontiers le collège comme l'unique éducateur des jeunes générations ou des anciennes: on a tort, grandement tort. On
Ta
LE COLLÈGE 133 © oublie la famille’ l'église (curé, évêque, etc), an oublie route la société où vivent les jeunes, tous ces agents ont une part importante à jouer dans l'éducation. On oublie que l'éducation ne se termine pas par le bout de parchemin du baccalauréat. C'est tout j'air ambiant que j'on respire qui sert à la - -staie formation définitive. Le collège sans doute | donne le pain quotidien, mais si l'atmosphère erÀ- ’ poisonne lentement et sans y paraître, le sujet ne peut jamais être robuste et ferme comme il le de- ‘vrait être. Nous avons done essayé de faire revivre brièvement cette époque pour laisser au lecteur le soin de juger des influences. Aux philosophes d'er-
goter sur le pour et le contre en toute matière, de
à LP Sn blmer ceux qu'ils voudront ou tous ensemble:
c'est leur affaire. * Mais ja société d'alors n'avait , >
guère d'influence salutaire. Ceux qui n'étaient | pas de la classe se contentaient de sourire, les en- ‘ fants de ces grandes familles se sentaient orientés vers des ronds de cuir que les parents auréolaient de gloire et de dignité. Ji n'y avait pas de quoi enthousiasmer ou de quoi exciter le dévouement:
Aussi rien d'étonnant si ces familles saisies dans la tourmente ont vu leurs membres éparpillés un Peu partout comme des épaves. On protestera dans ces quartiers quand nous exprimons nos désiderata. Evidemment tous n'ont pas le même idéal.
pour cette raison que de ces familles du sa { blug’blood » ‘américain, il n'est pas sorti ü
C'est ng, (le n seul
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homme et un seul chef; on viciait dans sa racine même toute l'éducation.
Il y avait d'autres causes. aux insuccès. On se rappelle sans doute tel commencement heureux de certain jeune et puis l'avortement de toute une carrière qui s'annonçait brillante. Ceux qui savent un peu les causes reconnaissent l'œuvre de certain
re + - maire -peu-instruit-et-bon-enfant-qui -donnait “des” banquets bien irrigués de nectar. Le nectar était ” funeste. Un bon coup de barre de-l'évêché ou du ° 2 . curé aurait sauvé à temps un chef en herbe dans son ascension vers le devoir et le succès.
Étudiées à fond ces causes expliqueraient bien des vies, surtout elles ferejoé Fhpn voir que certaine classe a pratiquement été £upprimée parce
. qu'elle n'avait pas sa raison d'être; il lui manquait - le courage, le dévouement et le zèle qui enfantent les chefs.
La maladie avait miné la robuste constitution de
"& Vaillant missionnaire, le résultat de la lutte pour .
les écoles-lui-donna le coup de grâce, il finissait mortellement atteint au cœur. Ses démarches; ses négo--— iations, ses efforts, ses espérances aboutissaient à
une défaite entrevue sans doute comme possible;
mais il avait compté sur une coopération plus sérieuse de la part de ses frères dans l'épiscopat. Îl lui restait son petit peuple de la Rivière Rouge, sa famille de Saint-Boniface pour le consoler le soir d'une longue carrière par un dernier rayon de soleil ie réchauffant son âme avant la nuit suprême du 7 sommeil éternel. Les tendresses humaines sont parfois refusées aux grandes âmes, aux champions des Le grandes causes, ce fut son cas. Devant la défaite, SU bien des consciences se trouvaient assez peu à l'aise.
elles cherchaient à rejeter à gauche et à droite un : blâme qui semblait les obséder. Ceux qui sont incapables de négocier, de mener une campagne, de se dévouer, de tout sacrifier pour une cause, de faire quoi que ce soit pour assurer le succès sont ordinairément les premiers à blâmer à tort et à travers
ceux qui se sont épuisés dans des luttes héroïques,
ceux surtout dont la charité sublime cache les
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grands coupables des lâches trahisons pour éviter le scandale des faibles.
Dans la classe soi-disant dirigeante, ceux qui recherchaient avant tout.des intérêts personnels mesquins ne manquaient pas de critiquer après la défaite après avoir tant applaudi pendant la lutte. Le chef avait manqué de savoir-faire, de largeur de vues, de prévoyance, .il aurait dû peupler l'Ouest de Canadiens français, etc., etc. Son administration financière même passait au crible de ces juges écervelés; la seigneurie avait excité des convoitises, on ne lui pardonnait pas de ne pas l'avoir cédée pour rien à ceux qui en escomptaient une petite fortune Le patrimoine de l'église était intact, Mgr Taché ne l'avait pas difpidé; selon eux, c'était un crime.
Ces critiques en petit comité, par une section de classe, étaient condamnées à une obscurité éternelle sans le dévouement bien héroïque de quelqu'un qui osa donner le coup de pied de l'âne au chef agonisant. On fut assez cruel pour aller lui faire part de ces critiques, pour lui faire croire à un jugement unanime des siens avant le jugement de Dieu.
C'était tourner l'acier dans la plaie pour bien torturer un héros, c'était insinuer qu'on le jugeait responsable de la défaite, lui dire avec bassesse qu'il avait perdu l'estime de ses enfants. (C'était en plus d'une bassesse -un mensonge effronté er une lécheté de premier ordre.
Le dimanche suivant les Roux étaient à la ca-
thédrale avec les collégiens quand Mgr se fit trans- Portér au chœur après l'évangile et déposer en face de la sainte table. Son agonie était encore plus morale que physique, on était consterné de lui voir
ainsi faire une imprudence suprême. {{ avait com-
mandé et on avait suivi ses ordres.
. Uneheure durant, dans le langage d'un père àses ,
nfants,il expliqua le passé, sans passion, mais
avec une telle clarté qu'il n'y avait pas d'équivoque. possible. On pleurait un peu partout dans la:
cathédrale, mais au sanctuaire, chez les collégiens, c'était fa douleur, l'indignation, un désir infini d'entendre tomber des lèvres augustes du pasteur vénéré “nom révélateur qui aurait donné à leur jeune fureur un ennemi à pourfendre. Les vengeances des jeunes auraient fait une telle vie au coupable qu'il aurait quitté Le pays; c'est qu'on avait pour le Père auguste quelque chose de la vénération que l'on réserve pour les saints ou pour le divin. C'est Surtout pendant cette heure, devant ce patriote, ce Pontife, ce saint que les Roux comprirent les grands Screts de ja grande trahison. lis comprirent bien qu'on avait baisé au front leur évêque , tandis que des intérêts personnels et passagers faisaient sacrifer une cause sacrée et éternelle. ‘Îls comprirent bien que des intérêts apparents suscitent les grandes couardises. Certains historiens plus tard ont bien pu révéler des noms, ils ne leur ont pas révélé
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les faits, ils avaient entendu les dernières confidences de celui qui entre tous savait.
Ramené à l'évêché, Mgr Taché languit pendant quelque temps, il n'y avait plus d'espoir. Dieu avait permis que son apôtre bût jusqu'à la lie le calice
d'amertume, jusqu'au baiser de Judas. Les cloches .de ja-cathédrale un jour eurent -un sanglot, une
KV
- sait au pied de son trôn
longue plainte cômmé”ün”soupir-jetait -à-genoux— toutes les familles, on priait pour l'âme d'un père, un chœur unanime se faisait entendre jusqu'au tribunal de Dieu qui jugeait son serviteur. Il dépone liste sans fin de ses bonnes œuvres, comme miäsionnaire, comme évèêque, comme défenseur de laffoi, mort les armes à la main, blessé même par ceuk qui auraient dû, avec amour et reconnaissance, Baiser les empreintes de ses pas.
La consternation étaff générale, c'était une calamité publique, deuil en cruel pour toute une province et pour tout unfpeuple. Pourrait-on lui trou-
. Ver un vrai successéur qui pourrait revêtir son ‘ armure et brandir-son . dans sa lutte et coordonner tous leurs efforts?
ive, soutenir ce peuple
C'était le secret de Dieu. Le: Canada perdait un de ses plus grands évêques.
Beaucoup d'évêques, de prêtres et d'hommes influents du Québec voulaient venir prendre part au deuil de FOuest; ils désiraient rendre un dernier témoignage d'estime et de vénération au grand
évêque, au missionhaire intrépide et au patriote distingué. C'était une approbation posthume qui ne cmpromettait personne et qui Jaissait croire au pays à une coopération sans réserve avec ce réalisa- ‘ tur généreux dans le domaine national comme dans le domaine religieux. Pour permettre de re- mrder les funérailles, le Docteur Ferguson, un ami intime de Monseigneur Taché, l'embauma avec in et ses restes vénérés furent soustraits à la cor ruption delatombe. Les collégiens qui avaient quel-. ques notions d'histoire ancienne avaient des visions de momies égyptiennes attendant une apothéose de grande envergure. C'était auréoler d'un rayon : d'éternité le grand défunt, un symbole de survie , conservait un père à léur vénération, un gage de ésurrection au firmament de l'histoire; il pouvait être muet pour un temps mais l'éloquence de sa vie . - tôt ou tard ferait vibrer les fibres les plus délicates des générations futures et susciterait de grands M dévouements et de grands exploits. | ‘ Pendant les sombres jours, d'attente et de deuil . ee la foule défila silencieuse et en larmes devant le mi cercueil du prélat vénéré; c'était une procession ., . N° lugubre où tout un peuple venait une dernière... bis contempler un père et un saint; on baisait avec .... amour la main qui avait semé partout les pardons et les bienfaits; on pressait sur son Cœur le chapelet qu'on avait sanctifié‘au contact de sa chair inerte; on versait des larmes brûlantes au souvenir bien
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cher qu'évoquaient sa bonté, ses vertus et ses exhortations.
Le Québec fut royalement représenté le jour des funérailles, Mgr Laflèche n'avait pas manqué à l'appel, il était venu, malgré la distance, et l'âge dire un derñier adieu à son ami de cœur, consoler un peu le peuple éploré et surtout faire revivre en un
discours évocateur un passé illustre qui avait été.
rempli par les hauts faits du défunt. ° La cathédrale
ne pouvait pas contenir la foule; devant le portique on avait érigé une chaire temporaire et on avait arrêté le cercueil. C'est là que Mgr Laflèche s'adressa à la foule émue et attentive. Faire revivre son éloquence serait une tâche surhumaine, on peut si l'on veut relire le texte revisé par l’auteur, mais on, ne retrouvera jamais ce mouvement, cette vie, cette émotion, cet élan évocateur qui faisait voir comme au cinéma un passé héroïque, qui faisait parler les œuvres, qui suscitait les témoins de son héroïsme et qui leur arrachait des accents de sincérité et des éloges bien dignes du père que l'on ne verrait plus. L'émotion de la foule était au diapason de celle de l'orateur sacré, tous les cœurs vibraient à l'unisson du sien, on admirait l'élan. du missionnaire, les luttes de l'apôtre, on compatissait aux déceptions du patriote. Toute l'âme tendre, aimante et magnanime du grand évêque se révélait palpitante devant la foule telle qu'un ami intime et perspicace l'avait connue dans la joie, dans
l'angoisse ou dans la mort. Mgr Lafièche semblait vouloir par un prodige suprême trahsfuser en ce peuple cette âme d'apôtre en la faisant rayonner sublime avec éloquence. C'était jeter dans les âmes : une semence de force et de courage, c'était féconder les labeurs et les souffrances d'un pebple, c'était continuer l'œuvre de Mgr Taché par) Mgr Taché lui-même. . | - Toute la-journée.on s'empressa autour du tom- L beau, on inscrivit son nom dans les registres pour témoigner à la postérité qu'on avait pris part au deuil et qu'on s'inscrivait comme un fidèle disciple d'un maître vénéré. Dernière ressource/ de l'impuissance humaine qui veut s'associer au malheur commun et qui tente de suivre au delà de la tombe celui que le cœur a tant aimé et que tout l'être vénère.
L'évêque des Trois-Rivières avait annoncé qu'il