‹ Les rouxChapitre 17 sur 20 · HISTOIRE MANITOBAINE · texte numérisé non relu

HISTOIRE MANITOBAINE

\ la galvaniser ct lui rendre l'usage de ses facultés. Les endormeurs n'ont jamais manqué dans l'Est, ils étaient légion alors, et Dieu sait si l'on eût permis pareil retour à la vie et au grand air. En tout cas l'Ouest était en panne et le Québec se félicitait de cette inertie qui semblait justifier la sienne. Les

- couardises de ce calibre sont inexcusables et l'Ouest a bien droit de les taxer de trahison...

L'interrègne fut très long, trop long pour le bien de l'Ouest. L'inaction et le manque de direction sapaient l'esprit de discipline si vital en temps de crise et si rare chez les Canadiens naturellement un ; peu frondeurs. Plusieurs croyaient que Rome ferait le choix d'un homme de l'Ouest, on nommait in petto Mgr Cherrier; certain journal moins discret publia même son nom à ce sujet. Rome avait d'autres vues, les Oblats avaient des droits, le choix d'un des leurs reconnaïîtrait leurs étatside service.

Au collège le père Grenier commençait à former l'esprit des anciens de Îa citadelle et à tourner leur esprit combatif dans la bonne direction. À Montréal il avait conduit des lutteurs d'élite, Mgr Fabre avait Î exigé son départ et l'Ouest'bénéficiait de son expé-

rience. [l avait fait son cours avec sir Wilfridrqu' il appelait Laurier tout court, il ne manquait pas de faire le panégyrique de ce chef de parti qui fonçait alors sur le tremplin de la question des écoles pour rebondir au pouvoir. Voltaire, Hugo, Lämennais, les mauvaises lectures devaient selon u’orienter Sa

politique. ]l ne serait jamais un sectaire mais son œuvre ne servirait jamais le plus grand bien de la foi et de la langue. Il n'oubliait rien, l'orateur, %e pince-sans-rire, le calculateur de glace, le chef de parti et ses alliances, le chrétien négligent, les défauts de prononciation tant en anglais qu'en fran- . çais… le père Grenier était puriste en fait de prononciation tout comme il était rigide dans son orthodoxe.

Les jeunes n'acceptaient pas tout comme parole d'évangile; fait-on autremenÿ’ lorsqu'on est versificateur, lorsqu'on se croit quelqu'un ? Îls prenaient

volontiers le parti de cet homme pour taquiner leur -

professeur et pour le faire causer: ils désiraient le connaître personnellement poir voir si Voltaire, Hugo, Lamennais, etc., n'étaient pas plutôt une fredaine de jeunesse sans influence sur l'orientation d'une vie. Ils désiraient croire à la sincérité de celui qui avait fait avorter la loi Tupper. Aussi lorsqu'ils

apprirent sa venue prochaine ils se promirent de ne :-

Pas manquer d'aller l'entendre et de juger par euxmêmes. ,

La grande assemblée qui introduisit M. Laurier aux électeurs de Saint-Boniface eut lieu dans la salle des machines à incendie. Belle occasion pour un nettoyage en règle. Il n'y eut pas de.grande réception et le grand homme n'eut pas l'air de s'en offusquer; il n'avait pas cette vanité et savait S'accommoder aux gens et aux circonstances.

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