AGRA
Agra. — Le Tàdj. — Une fête indienne. — Le grand Durbar.
Agra.
Nous voici dans la ville du Tâdj, la merveille des merveilles, el celte fois-ci, bon gré mal gré, il faut que je vous communique un peu de l'admiration que je ressens depuis qu'il m'a été donné de contempler ce chef-d'œuvre de l'art hindou. Je ne vous dirai rien de la ville, qui est vaste et très animée, ni de la citadelle, avec ses palais, ses mosquées de marbre, ses piscines, ses galeries à jour, tout un décor des Mille et une Nuits. Je vous conduis tout droit au Tàdj.
Quelques mots d'abord sur son histoire. Le Tâdj fut élevé par l'empereur Chah Jehan, pour servir de mausolée à l'impératrice Moumtaz Mahal ou Tâdj-Bibi, morte en donnant le jour à la princesse Jehanara. Cette femme, d'un grand talent et d'une beauté célèbre, avait inspiré une si profonde affection au prince, qu'il résolut d'élever en sa mémoire le plus beau monument que l'homme eût jamais conçu. Après un concours de tous les architectes de l'Orient, le projet d'Içâ Mahomed (Jésus Mahomet) fut adopté. Commencé en 1630, le mausolée ne fut terminé qu'en 4 647, et pendant ces dix-sept ans vingt mille ouvriers y furent employés. Le gros œuvre nécessita cent quarante mille charretées de grès rose et de marbre du Rajpoutana, et chaque province de l'empire contribua à son ornement par l'envoi de pierres précieuses dont on retrouve la liste dans un manuscrit du temps. Le jaspe vint du Pendjab, les cornalines vinrent de Broach, les turquoises du Thibet, les agates de l'Yémen, le lapis-lazuli de Ceylan, le corail d'Arabie, les grenats du Bundelcund, les diamants de Pannah, le