‹ Les royaumes de l'IndeChapitre 45 sur 47 · PONDICHÉRY · texte numérisé non relu

PONDICHÉRY

pêches; puis, au delà, nous entrons dans le golfe du Bengale; les rives s'éloignent, et bientôt la terre de l'Inde s'évanouit dans les vapeurs de l'horizon.

Je devais la revoir quelques jours après, mais d'une façon fugitive. Notre bateau fit escale à Madras, où je descendis quelques heures.

Le lendemain nous venons jeter l'ancre près d'une longue jetée en fer, battue par les vagues, à l'extrémité de laquelle se groupent un phare et quelques maisons à demi cachées par de pittoresques groupes d'arbres : c'est Pondichéry, la capitale des possessions françaises dans l'Inde. En débarquant, on est frappé par le spectacle riant que présentent ses belles et larges rues, ombragées par des arbres magnifiques et bordées d'élégantes maisonnettes que précèdent de jolis jardinets. Tout est propre, coquet ; les places sont couvertes d'un beau gazon, çà et là s'élève quelque colonne, un petit temple hindou. Un calme hélas ! trop profond ' règne partout, et l'on se prend à rêver une existence douce et paisible dans ce lieu charmant.

Pondichéry est la capitale des possessions françaises de rinde. Hélas! ces possessions se réduisent à bien peu de chose. Du vaste empire indo-français que le grand Dupleix avait rêvé et qu'il avait été si près de réaliser, il ne nous reste plus que Pondichéry, avec un territoire de 20 à 23 000 hectares, composé de lambeaux enchevêtrés 'au milieu d'un nombre égal de parcelles anglaises; Chandernagore, avec 800 hectares; Yanaon, avec 200 hectares ; Karikal, avec 12000 hectares, et le petit port de Mahé, sur la côte de Malabar, avec quatre petits villages ou aidées ; c'est-à-dire un total de 36000 hectares, territoire peuplé aujourd'hui d'un peu moins de 230000 habitants et éparpillé sur plus de 2400 kilomètres de côtes.

Par une clause du honteux traité de Versailles du 3 septembre 1783, qui nous reconnut la possession de ces lambeaux de terrain, il nous est interdit de donner à ces territoires

d'autres limites que de simples fossés d'irrigation, et d'y entretenir d'autres troupes que celles nécessaires au maintien de la police locale. Ainsi, à chaque rupture entre la France et l'Angleterre, il a toujours suffi de quatre hommes et un caporal anglais pour annexer nos possessions au domaine britannique. Chaque fois, il est vrai, l'Angleterre nous a remis intégralement en possession de ce que nous appelons pompeusement les Indes françaises. Une fois seulement, en 1815, la France fut mise en état d'échanger ces possessions ridicules contre un territoire autrement riche et important, la belle île Maurice, notre ancienne Ile de France. Celte proposition fut faite par lord Castlereagh à notre ministre des affaires étrangères, qui refusa, c Lequel, s'écrie l'illustre voyageur Jacquemont, était le plus inepte, de celui qui faisait une telle proposition, ou de celui qui, maître de son choix, abandonnait Maurice? » Aujourd'hui, certes, la chose ne nous sera plus proposée.

Trois jours après, nous débarquions à Pointe-de-Galle. Ce port, d'où je vous adresse cette dernière lettre, est à l'extrémité méridionale de l'île de Ceylan. Je vais y rester quelques jours pour visiter les environs, et je prendrai le paquebot suivant. Dans un mois je serai à Paris.

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