LA RUELLE ET LES COURTISANS
La femme, outre la beauté, qualité essentielle auprès des roués et des blasés, avait besoin d'une forte dose d'intrigue pour arriver à ses fins ; — un parti, politique ou parlementaire, soutenait le plus souvent la fortune de la femme. La marquise de Pompadour, servie à souhait par des circonstances de Cour, parvint à la puissance de ministre d'Etat; elle dirigea, elle inspira, elle clabauda, elle nomma et renversa les conseillers de la Royauté, elle agit à Vienne, à Berlin, à Varsovie, à Saint-Pétersbourg, à Londres, partout où les ambassadeurs de France purent mettre à sa disposition de l'influence et du prestige.
Les soucis du gouvernement, trop lourds pour Louis XV, trop gênants pour des incapables comme de Bernis, Rouillé, Saint-Contest, et autres aspirants aux postes diplomatiques, retombèrent entre les mains de la marquise; — ce fut une honte pour la France, et les facilités de l'aristocratie pour les reines de main gauche portèrent le discrédit à l'étranger, l'affirmèrent plus encore lorsqu'on vit la Poisson, la fille du boucher des Invalides, échanger, avec l'orgueilleuse Marie-Thérèse d'Autriche, une correspondance par l'entremise de l'habile Mercy-d'Argenteau ; — dès ce moment, l'opinion s'arma contre les promiscuités de Versailles, car elle sentit bien qu'à Vienne, l'impératrice avait tenu la plume d'une main distraite et dédaigneuse. Et pourtant, l'alliance prusso-anglaise fit la réponse à l'alliance autrichienne, — et la marquise conserva soigneusement le billet impérial.
Si elle pesa d'un si énorme poids dans la balance des intérêts européens, la marquise n'usurpa rien ; l'indolent Louis XV laissait dire, laissait faire, — les courtisans remplaçaient le patriotisme par les vertus d'épine dorsale, — l'étranger profitait de nos fautes, de nos maladresses, — et la surintendante des plaisirs effaçait d'un trait de plume la politique du cardinal de Richelieu.
Que de portraits sur la Pompadour ! Depuis le genre de rocaille jusqu'au genre académique, que de profils esquissés, que de caractères dessinés, que d'imaginations mises en œuvre ! — Les Mémoires historiques et anecdotiques de la Cour de France ont fourni, à notre sens, le meilleur et le plus fidèle portrait ; les détails
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physiologiques, caressés aujourd'hui à l'égal des vues d'ensemble, y abondent ; c'est moins poétiquement hardi, moins artistement ciselé que certains crayonsde nos miniaturistes d'histoire; mais, en revanche, c'est beaucoup plus vibrant d'émotion et de vérité.
Adam Fergusson, — c'est l'épigraphe du livre que nous allons citer — observer excellemment que : « Si la force d'une nation réside dans des hommes sur lesquels on peut compter, par leur sagesse, leur prévoyance et leur impartialité, l'on doit ajouter aussi que leurs mœurs ne sont pas d'une moindre importance, et que la corruption doit être regardée comme une cause principale de la décadence et de la ruine des nations. » La marquise est là plus vivante sous la plume de l'observateur que sous la brosse de nos peintres littéraires.
Voici les deux portraits, — n'allions-nous pas dire les deux toiles flamandes ? — l'un esquissant la marquise dans sa jeunesse, l'autre dans la dernière période de sa faveur.
« Lorsque Mme d'Etiolés eut réussi à fixer l'attention du monarque sur elle, on pouvait la citer encore comme une des très-belles femmes de la capitale, et, peut-être, comme la plus belle. Il y avait, dans l'ensemble de sa physionomie, un tel mélange de vivacité et de tendresse, elle était si bien tout à la fois ce qu'on appelle une jolie femme et une belle femme, que la réunion de
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ces qualités opposées dans le physique et dans le moral, en avait fait une sorte de phénomène. — Ce n'est pas tant de la charpente de son visage que je veux parler, que de l'usage qu'elle savait en faire, de la mobilité de ses traits et affections. — Cette femme avait si bien étudié sa figure, qu'elle lui donnait les moralités et le physique que lui dictaient les circonstances ; elle se composait à volonté telle ou telle figure. — Voulaitelle en imposer au Roi ? elle se donnait les formes de la beauté, en observant uniquement le calme convenable, la représentation paisible et posée de son visage; et ce calme était nécessaire au développement des belles formes qu'elle réunissait, et qui étaient en très-grand nombre. — Voulait-elle relever le ton imposant, calme et représentatif, par quelque séduction t Elle avait recours à la mobilité étonnante de ses yeux, de toute sa physionomie, et à ces mouvements naturels que les bons connaisseurs appellent de la vivacité ; et cette vivacité donnait un nouveau prix à la beauté de sa divine figure. — Mme de Pompadour était ainsi une belle femme tout simplement, et à volonté ; ou belle et vive toute ensemble, ou alternativement; ce qui provevenait des leçons que sa mère lui a fait donner par des comédiens, par des courtisanes célèbres, par des prédicateurs, par des avocats. Cette femme diabolique avait été chercher, dans tous les arts qui exigent une granile physionomie, une physionomie variée, des leçons particulières pour faire véritablement de sa fille un morceau de roi, un morceau qui subjuguât un prince faible qu'on appelait déjà, dans la société intime de Mmc d'Etiolés, le roi pétaud ; pour en faire enfin une
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femme si séduisante, que, sans le vouloir, elle avait rendu, dans sa jeunesse, son mari éperdument amoureux de sa personne, comme, en le voulant, elle inspira depuis au roi les mêmes sentiments. — Outre tous ces agre'ments d'une belle figure, d'une figure pleine de vivacité, Mme de Pompadour possédait encore, au suprême degré, l'art de se donner un autre genre de figure; et cette nouvelle composition, également savante, était un autre résultat des études qu'elle avait faites des rapports de ses moralités et de son âme, avec sa physionomie. — Ce ton langoureux et sentimental qui plaît à tant d'individus, ou qui plaît au moins dans beaucoup de circonstances, à tous les hommes, sans exception, M"1C de Pompadour savait le créer, le manier et le reproduire au besoin ; au point qu'elle avait ce qu'on a le moins à la Cour, ce que l'écriture appelle le don des larmes ; mais ce don, la dame ne l'avait dans le fond que comme les comédiens habiles, en présence d'un public observateur de l'impression qu'ils éprouvent. Louis XV, à cet égard, était le public de Mmc de Pompadour. Comment donc pouvait assister à l'empire d'une telle comédienne, un roi nul et apathique, quand cette femme dangereuse était, suivant les circonstances, ou même à son gré, belle et jolie tout à la fois, ou bien belle et jolie d'une part, et, en même temps, remarquable par ses vivacités ou ses langueurs ? Ces différents caractères étaient au besoin, les arictcs de son visage; elle était à volonté, superbe, impérieuse, calme, friponne, lutine, sensée, curieuse, attentive, suivant qu'elle imprimait à ses regards, sur ses lèvres, sur son front, telle inflexion, tel mouvement
ou tel degré d'ouverture ; si bien que, sans déranger l'attitude du corps, son pernicieux visage était un parfait Protée. — Quel dommage qu'avec tant de beautés il y eut au milieu de sa figure, au centre de tant de physionomies différentes, un vice dégoûtant ! Mmc de Pompadour avait les lèvres pâles et flétries, défaut qui provenait de l'abus qu'elle avait fait de les mordre si souvent, qu'elle en avait rompu les veines imperceptibles, d'où résultait la couleur pisseuse et sale qui s'y plaçait quand elle ne les mordait pas, ou quand depuis longtemps elle ne les avait pas mordues. — Tant qu'on a pu croire à la cour que Mmc de Pompadour avait des couleurs au visage, elle n'a pas pris du rouge apparent, elle s'est contentée d'une nuance ; alors elle a eu la faiblesse de dire beaucoup de mal et du rouge et des dames de la cour qui s'enluminaient la mine. Ses yeux ont reçu d'ailleurs de la nature un ton de vivacité, qu'il semble qu'un corps s'en détache quand elle donne un coup d'œil ; ses yeux sont châtains, ses dents trèsbelles, ainsi que ses mains. Quand à sa taille, elle est fine, bien coupée, de moyenne grandeur et sans aucun défaut. Elle sait si bien tout cela qu'elle a le plus grand soin de l'aider de tout les secrets de l'art. Elle a inventé des négligés que la mode a adoptés et qu'on appelle les robes à la Pompadour, dont les formes sont telles qu'elles ressemblent aux vestes à la turque, pressent le col et sont boutonnées au-dessous du poignet; elle sont adaptées à l'élévation de la gorge et collent, juste sur les hanches, rendent sensibles toutes les beautés de la taille, en paraissant vouloir les cacher. On sait d'ailleurs qu'elle se déguise en paysanne, en laitière, en reli-
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gieuse, en sœur-grise, en fermière, en jardinière, pour surprendre et agacer le roi. — Quant aux habitudes, aux mouvements, au port et à la contenance de son corps, comme dame de la reine, elle n'a jamais pu être, elle ne sera jamais qu'une grisette, car son ton est bourgeois. M. de Maurepas le lui a fait dire ; il a plus fait, il lui a dit dans ses chansons qu'elle a été élevée a la grivoise. Le roi, blessé de ses premières inconvenances, était obligé de dire à ses courtisans : « C'est une éducation a faire, je le sens bien ; mais il me faut une femme, ne fut-ce que pour réprimer les intrigantes; et dans une éducation toute faite, on ne trouverait pas les autres agréments que j'ai aperçus. — On a su du roi et de M. leNormant qu'elle avait des audaces d'un autre caractère ; mais comme je prends des mesures pour que ces anecdotes soient publiées quand il en sera temps, il est fort inutile pour le public d'entrer dans ces détails ; ils ne pourraient être utiles qu'aux mercures du roi. — Quant aux affections de l'àme de la marquise, on sait que le présent l'occupe uniquement; l'avenir l'intéresse quelquefois très-passionnément; mais, comme elle ne croit pas à la vie future, elle se soucie fort peu de ce qu'on dira et de ce qu'on écrira après sa mort. Elle a un adage sans cesse à la bouche; c'est celui-ci : après nous le déluge. — Occupée du présent, affamée d'éloges, d'hommages, de respect, vrais ou simulés, de soumissions, naturelles ou forcées, elle se présente en conversation dans un salon de compagnie, ou en se plaçant à table, ou en arrivant dans un cercle, avec le ton imposant d'une femme exigeante qui semble vous ■ire, en arrivant : me voici, c'est moi. o
(i Quelle décrépitude ! quelle dégénération dans les formes! quelle saleté dans son visage ! Elle se plait à s'ensevelir habituellement sous une couche de blanc et de rouge ; sa vivacité n'est plus qu'une grimace, une espèce de rire sardonique, sa langueur primitive un abattement. Elle s'imagine, comme les dames de la Cour, qu'avec une couche éclatante de rouge, elle dénaturera les formes sillonnées de son visage ; elle a encore de grands et beaux yeux, mais quel regard part de ces deux voûtes ! Comme elle réunit tout ce qui est nécessaire pour paraîtreune méchante femme ; l'extrême maigreur de Mrae de Pompadour, son teint plombé, gras, luisant et livide, furent des avis qu'elle reçut de la nature que la machine se décomposait. Elle fut dèslors bien plus méchante, plus inquiète dans la société, plus difficile dans le service et les hommages qu'elle recevait. Elle ne vint plus du tout à Paris. A la cour, elle n'osa plus se montrer avec autant d'audace ; elle se couvrit la figure de blanc, de rouge et de noir ; l'étude de sa mine, de sa toilette, de son habillement, devint chaque jour et plus longue, et plus difficile, et plus compliquée. Elle vit venir de loin la maladie, et elle en trouva rien, ni dans sa raison, ni dans son esprit qui la portât à la résignation. »
La palette plus colorée, plus grasse, plus chargée de fioritures des écrivains d'imagination et des conteurs ne fera pas oublier les données précises sur la marquise
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jeune et la marquise vieillie. Le lecteur veut-il nous permettre, non pas un portrait, mais un simple groupe d'observations?
Jeune bourgeoise élégante et spirituelle, maîtresse du roi, plus tard pourvoyeuse du Parc-aux-Cerfs, et cela pour rester à la cour; ouvrier diplomatique avec Bernis et Choiseul; correspondant passager des souveraines de l'Europe ; artiste à ses heures ; donnant audience aux princes de l'intelligence, les protégeant au besoin, et préparant ainsi , inconsciemment peut-être, la ruine de la Monarchie ; arbitre de la mode ; concentrant autour d'elle tout le mouvement, toute l'intrigue de Versailles ; ayant peut-être surpris le secret du roi relatif à la Pologne; ennemie de ceux qui ne s'inclinaient pas assez profondément devant elle ; actrice piquante sur les planches des petits théâtres ; compromettant sa santé pour satisfaire les moindres fantaisies de son amant ; passionnée pour la gloire de la France, ou ce qu'elle prenait pour de la gloire; donnant ses audiences aux ambassadeurs étrangers et aux présidents du Parlement ; éloquente avec eux quand la passion enflammait sa pensée; curieuse de nouvelles, de celles surtout qui sortaient de la ruelle à son adresse, nouvelles qui ne respectaient ni la femme, ni le pouvoir, ni les défauts les plus secrets, les infirmités les plus intimes de l'organisation physique, et nous allons l'établir avec preuves à l'appui ; on ne peut plus sensible aux louan-
ges, même à celles de mauvais aloi, dites avec le ton goguenard, quoique grand seigneur, de quelque courtisan évincé des emplois de Cour, ou mécontent; librepenseur en morale, en philosophie, en histoire, en sociologie, ayant sur ces graves questions des idées prononcées d'athéisme et d'indifférence ; reléguant l'âme aux oubliettes des amusements académiques ; sans tempérament, les sens de glace et l'imagination toujours montée au diapason le plus élevé ; voulant plaire, non-seulement au roi, mais à ses familiers, à ses ennemis, aux écrivains, aux poètes, aux peintres, à tous ceux qui distribuent le prestige et la renommée ; malheureuse néanmoins, de la première à sa dernière heure de vie à la cour, par une ambition dévorante, par une continuelle défiance, un remords d'autant plus lourd à porter qu'elle ne voulait aucun confident ; mauvaise amie, sacrifiant le passé aux exigences du présent, torturant Bernis après l'avoir fait ministre et cardinal, l'excitant sans douleur apparente, si un mot, prononcé plus tard, n'était venu constater le regret ; créature qui touche à la fange d'un côté, au trône de l'autre, à toutes les grandes actions, à toutes les profondes combinaisons de Choiseul et des économistes ; admirable si elle eut été Reine de fait, mais vile, impudente, coupable, dangereuse pour l'Etat et pour la sûreté de nos relations diplomatiques, dès qu'elle ne pouvait se présenter à l'Europe qu'avec un cortège de devoirs trahis, de principes violés, d'engagements méprisés et foulés aux pieds ; moins responsable toutefois que Louis XV, car si elle engagea trop avant la politique française dans les voies de l'aventure, sa fibre
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patriotique saigna lors de nos désastres ; en un mot créature déclassée, ambitieuse , se prêtant aux plus honteuses manœuvres pour garder ne fut-ce que l'apparence d'une situation; — la marquise de Pompadour belle et jeune, mêlée aux affaires du royaume, a, croyons-nous, le droit de bénéficier, dans une certaine mesure, des circonstances atténuantes de l'histoire ; elle trancha de l'homme d'Etat, du diplomate, du philosophe, du protecteur des lettres, parce que Louis XV n'avait aucun de ces nobles soucis ; sans innocenter la Marquise, on peut la plaindre, même après avoir parlé de son déshonneur et de son abjection. Il y a un abîme entre la Pompadour, — une femme légère, — et la Du Barry, — une prostituée.
Les ennemis de la Marquise furent aussi nombreux que puissants ; elle fit exiler trois hommes qui laissèrent derrière eux de formidables ressentiments contre la maîtresse, ressentiments chaque jour ravivés par les Remontrances des Parlements, par les inquiétudes sur les résultats de la guerre soutenue contre le grand Frédéric, par les réflexions pessimistes que suggéra l'alliance autrichienne, l'ennemie plusieurs fois séculaire de la France, et mille rumeurs de ruelle. Les trois exilés, Maurepas, de Bernis et d'Argenson, ne commirent d'autre crime que celui d'avoir déplu ; sous une monarchie absolue il faut posséder dans les reins la souplesse qu'on ne trouve pas toujours dans la conscience.
Les politiciens de la vieille école, les amis de d'Aiguillon, ceux enfin qui poursuivaient Choiseul et la marquise d'une haine intense, ne tarissaient pas sur l'e'volution diplomatique de 1 756, — en mai — et néanmoins Louis XV n'entendait guère raillerie sur l'alliance autrichienne. Le 2 janvier 1757, écrivant au chef de ses agents secrets, le roi disait : « Je trouve très-bon, comte de Broglie, que vous me fassiez toutes les représentations que vous croirez devoir me faire et à mes ministres ; mais ayez toujours en vue l'union
INTIME AVEC VlENNE, C'EST MON OUVRAGE. Je LE CROIS BON ET JE LE VEUX SOUTENIR. ))
N'est-ce pas là un ferme langage tenu par l'homme le plus flottant, le plus irrésolu de son royaume ? Une archiduchesse avait cimenté l'alliance. Marie-Antoinette, devenue Dauphine de France, était le gage demandé par Choiseul, ratifié par Kaunitz et gracieusement offert par Marie-Thérèse. — Que pouvait donc une femme plutôt tolérée qu'aimée, pour changer le cours des événements? Mais la ruelle, hydrophobe de sa nature, avait besoin de mordre, et elle mordit, question d'habitude. Voici quelques satires, les unes enjouées, les autres sanglantes, toutes démoralisatrices, portant toutes la marque de la double perversion du cœur et de l'esprit. Les manuscrits de l'époque sont remplis de couplets, sorte de prose rimée, sans mérite littéraire, qui resteraient même dans un juste oubli, si l'observateur ne profitait de ces productions de ruelle pour expliquer les événements et les personnages.
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Madame Poisson mère, eut les honneurs de l'e'pitaphe en de'cembre 1 745 :
Ci-git qui, sortant du fumier.
Pour faire une fortune entière, Livra son honneur au Fermier Et sa fille au Propriétaire
Couplet sur la première entrevue du roi avec Mme d'Etiolés.
Eh quoi! bourgeoise téméraire, Tu dis qu'au Roy tu as su plaire, Et qu'il a rempli ton espoir ?
Cesse d'employer la finesse.
L'on sait que le Roy, certain soir.
"Voulut te prouver sa tendresse Sans le pouvoir.
Couplet sur M. d'Etiolés.
De par le Roy je suis cocu :
Peut-on résistera son maître?
Tel Seigneur en rira peut-être.
Qui l'est par le premier venu.
Chanson sur Mmz d'Etiolés.
Non, ce n'est point babiolles,
Dit Madame d'Etiolés,
De pouvoir sous sa loi
Soumettre le cœur d'un Roy ;
Même le cocuage ;
Se doit mettre en usage ;
Qui me blâme aujourd'hui Serait bien mon mari.
La femme la plus sage Dirait sans doute aussi ; Loin d'ici le scrupule, II serait ridicule Di fermer le canal Qui fait fermier général.
Vers du Roy pour Madame de Tompadour.
Non, rien n'est si beau que Zémire.
Ainsi que mon amour, mon bonheur est parfait ;
Dans tous les yeux j'ai le plaisir de lire
Que chacun applaudit au beau choix que j'ai fait.
Employer deux fois le même adjectif dans un malheureux quatrain, prose boiteuse et sans envergure, est digne d'un rimeur royal ; cela nous rappelle le mot si courageux d'un poète de cour à Louis XIV : « Sire, rien n'est impossible à Votre Majesté ; elle a voulu faire de mauvais vers, elle a parfaitement réussi. » N'oublions pas cependant que ce Louis fleurdelisé octroya la permission de jouer l'immortel Tartuffe. La pièce, — écrite aujourd'hui — se jouerait-elle ? Il est permis d'en douter en face de certaines sévérités.
Vers sur la même.
Louis, par un esprit pervers.
Jouissant de mes pays bas, Quoiqu'il y trouve mille appas.
En veut encore à mon envers
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Couplet sur la même.
Jadis c'étoit Versailles Qui donnoit le bon goût ; Aujourd'hui la canaille Règne, et tient le haut bout; Si la cour se ravale, Pourquoi s'étonne-t-on ?
N'est-ce pas de la halle Que nous vient le poisson?
Pas de commentaire possible. La fille Poisson dut comprendre sans peine. Les courtisans, moins hardis que les sottisiers, le pensaient — sans toutefois l'écrire. Dans les deux camps il y avait conviction.
Chanson sur Madame de Pompadour
Une petite bourgeoise,
Elevée à la grivoise.
Mesurant tout à sa toise,
Fait de la cour un taudis, dis, dis.
Le roi, malgré son scrupule,
Pour elle froidement brûle ;
Et leur flamme ridicule
Excite dans tout Paris, ris, ris, ris.
Cette catin subalterne,
Insolemment le gouverne,
Et c'est elle qui décerne
Les honneurs à prix d'argent, gent, gent.
A sa volonté tout se plie.
Le courtisan s'humilie.
Il subit cette infamie,
Il n'est que plus indigent, gent. gent.
La contenance éventée,
La peau jaune et truittée,
Et chaque dent tachetée.
Les yeux fades, le col long, long, long.
Sans esprit, sans caractère,
L'âme vile et mercenaire.
Les propos d'une commère,
Tout est bas chez la Poisson, 6on, son.
Si dans les beautés choisies,
Elle étoit des plus jolies,
On pardonne les folies
Quand l'objet est un bijou, jou, jou
Mais pour si mince figure
Et si sotte créature,
S'attirer tant de murmure,
Chacun pense le roi fou, fou, fou.
Il est vrai que pour lui plaire Le beau n'est pas nécessaire ; Vintimille a su lui faire.
Grand plaisir, cela suffi, fi, fi.
Aussi croit-on que d'Estrades.
Si vilaine, si maussade, Aura bientôt la passade, Elle en a l'air tout bouffi, fi, fi,
Les grands seigneurs s'avilissent,
Les financiers s'enrichissent,
Tous les poissons s'agrandissent,
C'est le règne des vauriens, rien, rien.
On épuise la finance
En bâtiments, en dépense ;
L'Etat tombe en décadence,
Le roi ne met ordre à rien, rien, rien,
La petite bourgeoise éleve'e à la grivoise, est un trait de'coché par Maurepas, courtisan spirituel et frondeur. La chanson est piquante ; elle cingle les échines trop souples d'une telle façon, qu'elle éveilla jusque sur le trône le désir de la vengeance. L'esprit ruelliste se propageait, puisque nous le trom ons chez un des représentants les plus autorisés d'une aristocratie qui ne
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voyait même pas le danger, qui ne voulait pas le voir, aveugle et coupable sans excuses.
Chanson sur la même.
Vous possédez le bon ton, Vous aimez, sage Poisson, Qu'un peu d'ordure y domine ; Eh bien ! on vous en dira, On vous turlupine, pine, pine.
On vous turlupinera.
Votre mère sans façon Appeloit tout par son nom; De cette chaste héroïne, Vous avez pris ce goût-là ; On vous turlupine, pine, pine.
On vous turlupinera.
Vous contez à tout venant, Dans le détail le plus grand.
Comment le roi vous patine Ses transports, et cœtera ; On vous turlupine, pine, pine, On vous turlupinera.
Vos respectables parents Ont formé vos jeunes gens.
C'est d'une illustre origine Qu'on tient les vertus qu'on a.
On vous turlupine, pine, pine.
On vous turlupinera.
Las d'embrasser la maman, Son vieux ami Tournéan Le premier, à la sourdine, Dans votre cœur pénétra ; On vous turlupine, pine; pine.
On vous turlupinera.
Pour s acquitter avec vous, Le neveu paya pour tous, Ce galant à triste mine De sa main vous honora; On vous turlupine, pine, pine, On vous turlupinera.
Après ce vilain mari, Bridge tut l'amant chéri; Puis vient la troupe gredine Des fé, té, ça, ça, da, da; On vous turlupine, pine, pine, On vous turlupinera.
Pour gouverner hautement, Pour régner insolemment, Si c'est par là qu'on chemine, Oh 1 du moins on en rira ; On vous turlupine, pine, pine.
On vous turlupinera.
Couplet sur un portrait de la Marquise.
La gorge molle et fanée, Le bras maigre et décharné, Les doigts faits en arraignée.
Et le ventre en falbala , La cuisse platte et menue, La jambe d'une venue Que termine un pied de grue; Le bel objet que voilà, Hi ! hiihilha! ha! ha!
Vers ajoutés aux précédents.
Est-il permis qu'on offense
Une si rare Excellence ?
Sortant de race et potence,
Qu'on la chasse dans Paris. ri=, ris. ris.
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N'est-il point de police?
Le pourvu de cet office
Fait trop mal son exercice ;
Il doit en être repris, ris, ris, ris.
Encore suv la même.
Le roi sera bientôt las De sa sotte pécore, L'ennui jusqu'entre ses bras Le suit et le dévore.
Quoi, dit-il, toujours des opéras, En verrons-nous encore ?
Plaignons sa faiblesse, hélas!
Lui-même il la déplore.
Il est honteux du tracas Dont la Poisson l'honore ; Se peut-il que de si foibles appas Le séduisent encore.
Loin de son vieux galetas.
Sa bile s'évapore; Joint-elle à ses propos plats Ceux de cour qu'elle ignore ?
Alors son ton est si bas, mais si bas, Que c'est bien pis encore.
Les seigneurs jurant tout bas,
Lui disent qu'on l'adore ; On lui voit faire son cas,
Chacun d'eux s'en honore ; Le brochet dont elle fait si grand cas
Est le plus vil encore.
Elle attire en ces climats
Tous les maux de Pandore; On désire son trépas,
Tout le monde l'abhcrre, E' le mépris qui suit partout ses pas Est plus cruel encore.
Le brochet dont la Marquise fait si grand cas, s'il faut en croire la ruelle sur parole, n'est autre que le duc de la Vallière, fameux par ses honteuses et vieilles relations avec Brissault, et autres personnes exerçant la même honnête industrie. La Vallière se signala entre tous par un abonnement cynique. Les rapports à M. de Sartines sont curieux a lire sur ce personnage de cour. Nous y reviendrons.
Couplet sur la petite bourgeoise
La bourgeoise Marquise.
Et tous ses favoris, Reviendront, quoiqu'on dise, Pour toujours à Paris, Et l'ami la Vallière, Et le cousin Ferrand, Et le frère Vandière, Et l'oncle Tournéant.
Bourgeoise élevée à la grivoise.
Louis, quand votre amour Pour la Marquise cesse, Du conseil de la cour Vous la rendez maîtresse?
Otez à cette fiile Le timon de l'Etat, Rendez-lui la béquille Du père Barnabas.
La ruelle polissonne fit beaucoup de chansons sur la béquille du père Barnabas ; elles ne supporteraient pas l'impression, tant leur tournure, leurs tableaux, le
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fond de leurs idées, révoltent la pudeur et la conscience. La feuille de vigne d'une phrase atténuante serait un scandale de plus ; ii faut passer en se bouchant le nez. Ce n'est plus le beau côté comique et railleur du siècle : c'est la sentine où grouillent les choses impures.
Petits vers.
Oh ! !e ridicule axiome Qui réduit la France aux abois 1 Pompadour croit de bonne foi Qu'on peut gouverner le royaume Comme on en gouverne le roi.
Épi gramme
O France, l'espèce femelle A toujours réglé ton destin; Ton salut vint d'une pucclle, Ta perte vient d'une catin.
Autre sur la même.
Censeurs, Huport est bien vengé.
Rougissez de votre ignorance; Son pont a fort bien supporté Le plus lourd fardeau de la France.
Pour l'intelligence de cette boutade, il faut dire que Huport est le nom d'un architecte, entrepreneur du pont d'Orléans, et l'on prétendait qu'il n'était ni solide ni bien construit. La Marquise passa la première sur le
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pont en allant visiter la propriété de Ménars qu'elle venait d'acheter. Et le pont supporta le fardeau.
Même sujet.
Pour soulager la campagne et la ville.
Louis, dit-on, dans sa maison Fait maint retranchement utile.
Bon! s'il le fait, il a raison, Mais un seul vaudrait mieux que mille.
Oui, oui, veut-il à moins de frais Combler les vœux de ses sujets ?
Veut-il du ciel appaiser l'ire?
Un seul devrait bien lui suffire.
Dois-je le dire? Eh! pourquoi non?
Qu'il se retranche le poisson.
Voltaire , qui savait flatter les puissances du jour, savait aussi, selon les circonstances, les critiquer avec une àpreté remarquable; — en quelques vers, l'auteur de la Pucelle esquisse un portrait :
Telle plutôt cette heureuse grisette Que la nature ainsi que l'art forma
Pour le b ou bien pour l'Opéra,
Qu'une maman, avisée et discrète.
An noble ht d'un fermier éleva, Et que l'amour d'une main plus alerte, Sous un monarque entre deux draps plaça; Sa vive allure est un vrai port de reine, Ses yeux fripons s'arment de majesté, Sa voix a pris le ton de souveraine Et sur son rang son esprit s'est monté.
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Epitaphe.
Ci-git d'Etiolés de Pompadour , Qui charma la ville et la cour.
Femme infidèle et maîtresse accomplie ; L'amour et l'hymen n'ont pas tort, Le premier de pleurer sa vie, Le second de pleurer sa mort.
Autre.
Ci-git Poisson de Pompadour :
Elle est ici mieux qu'à la cour.
Autre.
Ci-git une gande catin, Qui fut treize ans pucelle
Vingt ans p
Et dix ans maquerelle.
Variante.
Ci-git qui fut quinze ans pucelle,
Vingt ans p puis huit ans maquerelle.
D. D. Joannis Poisson Epithaphium.
Hic piscis regina iacet. quae lilia succit
Per nimis; an mirum si floribas occubat albis.
Le protégé de la Marquise, le vaincu de Rosbach, le général incapable, l'indigne accusateur du maréchal de Broglie, ne fut pas oublié dans la distribution des méchancetés; la ruelle n'oubliait rien :
Sur M. de Soubise.
Il perd tout ce pauvre Soubise ; A Rosbach sa tente il perdit, Il perd aujourd'hui la Marquise :
A l'Hôpital il est réduit.
Les lecteurs, tous familiers aujourd'hui avec le XVIIIe, voudront bien donner au mot l'hôpital sa véritable signification, en l'appliquant à la dame qui consolait Soubise des fureurs de l'opinion. Le pauvre homme ! ses plus chauds amis ne pouvaient s'empêcher d'en rire. — Il est vrai qu'à cette époque le vice et la vertu, le génie et la sottise, la gloire et les désastres, tout provoquait le rire, un rire plus dissolvant que les prédications les plus hardies de l'école encyclopédique.
Le Normand épousa une fille Rem de l'Opéra, ce qui fit écrire contre cette victime du mariage :
Pour réparer miseriam Que Pompadour a (ait en France, Son mari plein de conscience Vient d'épouser Rem publicam.
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Les libelles versaient le ridicule sur la Poissonnaille; la favorite, à différentes reprises, se montra très-irritée contre les parisiens. Le 18 janvier 1 75 1 , elle écrit : « En vérité, il deviennent par trop faux à Paris. Je ne les croyais pas bêtes et méchants, mais cela est pra trop fort ! » — Voilà bien le cri du cœur de la femme blessée; son indignation sonne faux.
Jules Soury, — dans une étude savamment fouillée, avec des renseignements puisés aux sources, avec un heureux sens de critique psychologique, l'absence de plus en plus complète de poésie et d'enthousiasme qui marque les investigations des sciences historiques, — l'a déjà fait remarquer : « Dès 1 747, Mme de Pompadour avait maigri et perdu la fraîcheur de son teint ; les veilles, les spectacles, les soucis de toutes sortes, en avaient fait un squelette ; elle ne pesait plus que cent onze livres ; sa gorge, plate et desséchée, n'était plus qu'un souvenir; elle avait la mine défaite, l'air malsain, le bas du visage jaune. De plus elle était affligée d'une infirmité assez désagréable, que Maurepas a chantée en jolis vers satiriques. Pour conserver sa place à la cour, la Pompadour avait dû recourir à mille artifices, tels que le théâtre des petits cabinets, le Parc-aux- Cerfs, la dévotion, etc. En 1756, l'année même où elle se faisait nommer dame du palais de la reine, elle était de fait premier ministre de France. L'Autriche, notre ennemie séculaire, devint un beau jour notre alliée :
les sarcasmes du roi de Prusse, quelques adroites flatteries de l'ambassadeur d'Autriche, le prince de Kaunitz, l'envoi d'un portrait de Marie-The'rèse, et, par dessus tout, l'antipathie du roi très-chrétien à l'endroit des hérétiques, avaient accompli ce beau miracle. La guerre de Sept ans commençait; avec ses colonies de l'Inde et de l'Amérique, deux cent mille hommes et plusieurs centaines de millions, la France allait perdre sur vingt champs de bataille le vieux prestige de ses armes. La sottise, la frivolité, l'incapacité honteuse de tous les favoris auxquels la marquise livra le commandement, sont choses qu'il est malheureusement très-facile d'imaginer aujourd'hui. — La Pompadour, ajoute le commentateur, n'est pas la seule grisette qui ait présidé, en France, le conseil des ministres. »
Après avoir parlé du style de la Marquise, le critique que nous citons, visant quelques idées en circulation dans un certain monde littéraire, ajoute : « C'est que, malgré tout, elle était de son siècle. Impertinente à la cour, cette petite bourgeoise aurait fait très-bonne figure à la ville, dans les salons que fréquentait déjà une société fort mêlée. Ce n'est pas, à coup sûr, chez madame de Pompadour qu'il faut chercher les traditions du bien dire et de la politesse en notre pays. Mais elle trouvait parfois dans sa nature d'oiseau, vive et alerte, sautillante et fantasque, des idées claires et courtes, des réparties spirituelles, de jolis gestes de coquette ou de reine de théâtre, qui font encore illusion aux critiques de l'ancienne école. Pour ceux-ci, en effet, le décor, les contours et le costume importent surtout dans une biographie. Une femme qui disait « Nous » en parlant
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du roi et d'elle-même, qui faisait et défaisait les alliances, nommait les ministres et imposait ses plans de campagne aux armées de la France, qui protégeait les arts et les sciences , dessinait et gravait elle-même, chantait l'opéra et jouait la comédie, — une telle femme leur apparaît presque entre ciel et terre, dans une nuée d'apothéose. Ils font leur cour à la Marquise comme si elle disposait encore des places d'académiciens. Ce qu'il y a de réel et de vrai sous toutes ces actions, au fond de tous ces prétendus talents, voilà ce qu'ils se gardent bien de rechercher. La belle marquise leur ferait peur si elle n'avait plus son rouge ; ils ne le lui ôteront pas. Ces chairs fiasques et molles, avachies et décolorées par les veilles et les infirmités, ils ne les voient pas sous la soie aux vives couleurs, dans les plis nobles et nombreux des draperies. C'est bien en vain que les contemporains nous ont laissé, en quelque sorte, le bulletin de la santé de cette femme. Que leur importent ses infirmités de corps et ses faiblesses de tète?... On n'y regarde pas plus que dans les linges qu'emportent plusieurs fois par jour les femmes de la marquise. »
(Jules Soury, 2 juin i8j8j.
Madame de Pompadour, née en 1721, morte le i5 avril 1764, maîtresse en titre en 1745, avait régné à Versailles et sur la France pendant dix-neuf ans.
Rongé par l'ennui, blasé sur toute espèce de plaisirs.
artisan et victime d'une diplomatie secrète qui reste un monument de folie orgueilleuse, sans grandeur dans l'esprit, sans énergie dans la volonté', sans affection dans le cœur, jeune homme sans qualités de roi, vieillard sans les vertus de l'expérience, politique sans fixité, sans ardent patriotisme, ne demandant à la femme que les honteuses satisfactions du tempérament, ennuyé jusqu'au milieu des plus brillantes fêtes, — Louis XV supporta Lâchement que la Marquise s'occupât des affaires du gouvernement, qu'elle traitât avec Vienne, qu'elle travaillât avec les ministres, les généraux, les ambassadeurs, le maître des postes, tous les fonctionnaires du temps ; le roi abdiqua entre les mains de sa maîtresse ; et celle-ci fut moins coupable que l'aristocratie, moins coupable que les ministres , moins coupable que la Royauté. — Une fille, fut-elle maîtresse d'un Louis XV, reste toujours, quand on le veut d'une volonté ferme, une fille, — et rien que cela!
Pendant les dix-neufs années de son règne, — et nous employons ce mot à dessein — la Marquise dépensa 36 millions, 924,140 livres, 8 sous, 9 deniers. La ruelle nous a fait connaître les sentiments de l'opinion à son égard. Quant à l'histoire, elle sera plus sévère pour les gouvernants que pour la charmante grivoise. Louis XV reste sans excuses aux yeux de la postérité.
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