‹ Les rues de Paris; biographies, portraits, récits et légendesChapitre 13 sur 54 · TOME · texte numérisé non relu

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sures qu'on jugeait des plus graves, mais non pas peut-être mortelles. Illusion, hélas ! après six semaines (le soufirances cruelles, il succomba (17 octobre 1790), consolé du moins sur son lit de douleur par les espérances chrétiennes et par des témoignages universels de sympathie. Le roi Louis XVI lui avait fait remettre la croix de chevalier de Saint- Louis, en même temps que l'Assemblée nationale, par l'organe de son président, lui adressait ses félicitations. De Saint-Malo, pareillement une députation arrivait pour témoigner à Desilles des sentiments de ses compatriotes. D'un bout de la France à l'autre, l'écho faisait retentir son nom, acclamé avec enthousiasme, mais autour duquel bientôt le silence se fit, quand tonnèrent les refrains de la Carmagnole et du Ça ira et que le peuple égaré, frénétique, prodiguant ses bravos à de monstrueuses apothéoses, conduisait un Marat au Panthéon pour le précipiter plus tard à l'égout.

Pour en revenir à Desilles^ on regrette que les Mémoires de Bouille consacrent si peu de lignes à son sublime dévouement.

(( Des soldats, qui n'avaient pas suivi leurs drapeaux, » se prennent de querelle avec mon avant-garde com- » posée de Suisses. Ils veulent faire feu sur elle de plu- » sieurs pièces de canon chargées à cartouches qu'ils » avaient placées à l'entrée de la porte. Un jeune officier » du régiment du roi, nommé Desilles, les arrête quel- » que temps. Il se met devant la bouche du canon, ils » l'eu arrachent ; il s'assied sur la lumière d'un canon » de vingt-quatre, ils le massacrent... »

Et c'est tout, mais ce n'est pas assez assurément 1 On

d'assas et desilles 31

a peine à comprendre qu'un ancien clief d'armée passe aussi rapidement, je pourrais dire légèrement, sur ce sublime épisode. On s'étonne que, dominé par je ne sais quelle préoccupation, il n'ait pas eu davantage à cœur de mettre en relief et de glorifier, pour l'exemple, l'héroïsme de ce martyr de l'honneur et de la disciplim; militaire.

Voici de la même époque à peu près, un trait d'autant plus admirable que son auteur est resté volontairement inconnu.

Un grenadier garde-française sauve de la mort son chef dont le peuple croyait avoir beaucoup à se plaindre.

(( Grenadier, quel est ton nom ? demande le duc de Chàtelet reconnaissant.

— Colonel, répond le soldat, mou nom est celui de tous mes camarades. Nous nous appelons : le Régiment.

HUGUES AUBRIOÏ

Nou seulement le nom de ce célèbre prévôt de Paris a été donné à l'une des rues nouvelles de la caj>itale mais sa statue est une de celles qui décorent la façade de l'Hôtel de Ville. Ces honneurs, Aubriot les mérite, d'après les historiens, en dépit de graves reproches qui pèsent sur sa mémoire. Venu de Dijon, où il était né, à Paris, et recommandé par le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, son seigneur, il se fit remarquer du roi Charles V qui, satisfait de ses premiers services, le nomma, vers 1364, prévôt et capitaine de Paris. Dans ce poste considérable, qu'il occupa durant dix-sept années, Aubriot témoigna d'une activité rare et d'un caractère énergique et résolu, trop même parfois peut-être.

Non- seulement il fit exécuter des travaux en grand nombre pour la défense comme pour la salubrité de la capitale, mais à ces travaux il employa de gré ou de force les vagabonds et les malfaiteurs si nombreux dans la ville depuis les troubles du règne précédent. Grâce à une police sévère et vigilante, les voleurs disparurent et les bourgeois honnêtes ne craignirent plus de s'aventurer, même le soir, dans les rues de la capitale.

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