‹ Les rues de Paris; biographies, portraits, récits et légendesChapitre 14 sur 54 · HUGUES AUBRIOT · texte numérisé non relu

HUGUES AUBRIOT

Les tapages des écoliers de l'Université, trop enclins parfois à abuser de leurs privilèges, durent cesser, mais le prévôt, dans la répression des abus, ne tint pas assez compte des droits établis, des exigences du temps et montra parfois plus de passion que de prudence.

Il lit défense aux marchands de vendre ou de prêter des armes aux écoliers, sans sa permission expresse ; mais de plus, pour arrêter les incursions de ces derniers, il construisit, au bout du pont Saint- Michel, le petit Chàtelet, dans lequel il fit creuser deux cachots qu'il appelait par dérision le clos Bruneau et la rue de Foiiarre.

L'Université, traitée plusieurs fois avec peu d'égards par le prévôt, vit là, et pas à tort, sans doute, une nouvelle injure à sou adresse, et la perte d'Aubriot fut résolue. Pour sou malheur, malgré ses grandes qualités comme administrateur, Aubriot n'avait pas su se concilier l'estime des honnêtes gens par une vie exemplaire et bien au contraire. Tout en faisant la part des exagérations, il ne semble pas douteux qu'il y eut trop de vérité dans les accusations si graves qui s'élevèrent de divers côtés à la fois contre lui, et que nous trouvons reproduites dans le Laboureur et Jean Juvénal des Ursius, écrivains contemporains. Voici ce que nous lisons dans V Histoire de Charles VI, roi de France, par le dernier :

« Hugues Aubriot, natif de Bourgogne, lequel, par le moyeu du duc d'Anjou, fut fait prévôt de Paris, estoit et si avoit un grand gouvernement des finances. Il fit plusieurs notables édifices à Paris, le pont Saint-Michel, les murs de devers la bastille Saint-Antoine, le Petit-

Gliastelet et plusieurs autres choses digues de grande mémoire. Mais, sur toutes choses, avoit, en grande irrévérence les gens d'église, et principalement l'Université de Paris. Et tellement que secrètement ou fit enqueste de son gouvernement et de sa vie qui estoit trèsorde et deshonneste eu toute ribaudise, à décevoir femmes, et ne croyoit point le saint sacrement de l'autel, et s'en moquoit et ne se confessoit point et estoit un très mauvais catholique. En plusieurs et diverses hérésies estoit encouru et ne craignoit aucune puissance pour ce qu'il estoit fort en la grâce du roy et des seigneurs. Toutefois fut fort poursuivi par l'Université et gens d'église, tellement qu'on le prit et emprisonna-t-ou, et à la fin fut content de se rendre prisonnier es prisons de monsieur l'evesques de Paris. Et fut examiné sur plusieurs points, lesquels il confessa, et fut trouvé par grands clercs à ce cognoissans qu'il estoit digne d'être brûlé. Mais à la requeste des princes, cette peine lui fut relaschée, et seulement aux parvis Notre- Diime fut publiquement presché et mitre par l'Evêque de Paris, vestu en habit pontifical, et fut déclaré en effet estre de la I03' des Juifs et contempteur des sacrements ecclésiastiques et avoir encouru les sentences d'excomuniement qu'il avoit par longtemps contemnées et méprisées. Et le condamna-t-on à estre perpétuellement en la fosse au pain et à Teau. »

Il fut enfermé dans un des cachots de cette même Bastille qu'il avait fait construire ; de là, dit-on, transféré dans les prisons de l'évêque de Paris. Mais l'année suivante (138:2), lors de l'insurrection populaire, dite des Maillotins, il fut délivré « et vinrent (les mutins), aux pri-

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sons de l'évèque de Paris, et romiîirent tout, et délivrèrent ceux qui estoient, et mesmemcnt Hugues Aubriot, qui estoit condamné comme dit est ; et lui fut requis qu'il fust leur capitaine, lequel le consentit mais la nuit s'en alla... Et le lendemain vinrent à l'hostel de Hugues Aubriot, et le cuidoient (pensaient) trouver pour le faire leur capitaine. Et quand ils virent qu'il n'y estoit pas, furent comme enragés et desplaisans, et commencèrent à entrer en fureur, et vouloient aller abattre le pont de Cliarenton. »

Aubriot, qui n'avait eu que le tort d'exagérer le principe d'autorité et qui à aucun prix ne voulait jouer le rôle de Marcel et se faire chef de révoltés, ayant quitté Paris dans la nuit même de sa délivrance, se retira dans son pays natal à Dijon, et il y mourut peu de temps après, 1382 ou 1383. — D'après sa conduite dans cette dernière période de sa vie, on peut croire que son repentir était sincère et qu'il y persévéra jusqu'à la fin.

SYLYAIN BAILLY

Bailly, célèbre comme savant avant la Révolution est aujourd'hui connu surtout par sa fin tragique. A peine âgé de vingt-quatre ans \ il comptait déjà parmi les astronomes distingués. Élu membre de l'académie des sciences à l'âge de vingt-sept ans (1763), il devint plus tard membre de l'académie française, (1783) et deux ans après de celle des inscriptions et belles-lettres. Ces distinctions, il les devait à ses publications littéraires et scientifiques encore que les dernières surtout aux yeux des juges compétents aient aujourd'hui perdu beaucoup de leur valeur.

u Bailly par des études opiniâtres avait acquis beaucoup d'instruction ; mais il avait le jugement faux ou du moins sujet à s'égarer en poursuivant des systèmes qui ne sont fondés sur rien de précis. Son Histoire de l'astronomie est un véritable roman de physique dont le but est de faire le monde très vieux contrairement aux écrivains, sacrés et profanes, qui en ont déterminé l'âge, en opposition, d'ailleurs avec l'aspect du globe et les

' Il était né à Paris, le 15 septembre 1736,

découvertes de la géologie. Qui pourra concevoir en effet la possibilité d'une révolution qui aura transporté la Sibérie des régions équinoxiales aux régions polaires; qui trouvera comme lui dans les Samoyèdes les pères des sciences et des arts ? Son histoire de l'astronomie indienne n'est pas moins remplie de paradoxes /) , il en est de même des Lettres de l'Atlantide et sur l'origine des sciences. Aussi, tout en reconnaissant en lui do l'imagination, de la science et le talent d'écrire, les savants de son temps appelèrent ses systèmes astronomiques : Les Rêveries de Bailly ' » .

La réputation d'honnêteté de Bailly le fit nommer, en 1786, membre delà commission chargée d'inspecter les hôpitaux. Le rapport de Bailly choisi par ses collègues pour tenir la plume, n'est pas le moins intéressant de ses ouvrages, quoiqu'il attriste profondément par la révélation d'un état de choses qui nous semble aujourd'hui monstrueux. D'abord quand les commissaires se présentent à l'Hôtel-Dieu afin d'examiner par euxmêmes l'établissement où les abus leur avaient été particulièrement signalés, la porte leur est refusée. « Nous avions besoin de divers éléments, nous les avons demandés, aussi bien qu'une personne qui put nous guider et nous instruire ; nous n avons rien obtenu, n

« Quelle était donc l'autorité, dit Arago ^, qui se permettait ainsi de manquer aux plus simples égards envers des commissaires investis de la confiance du roi,

• Encyclopédie catholique.

= Eloge de Bailly.

de l'académie et du puhlic ? Cette autorité se composait de divers administrateurs (le type, dit-on, n'est pas entièrement perdu) qui regardaient les pauvres comme leur patrimoine , qui leur consacraient une activité désintéressée mais improductive ; qui souffraient impatiemment toute amélioration dont le germe ne s'était pas développé dans leur tète ou dans celles de quelques hommes philanthropes par naissance ou par privilège d'emploi. »

Malgré ce mauvais vouloir, la commission put remplir sa mission : a ce qu'elle fit avec une conscience qui n'avait d'égale que sa patience etsa fermeté. » Quelques extraits seulement du rapport de Bailly, analysé par Arago, suffiront pour montrer si la susceptibilité des administrateurs était légitime.

« En 1786, on traitait à l'Hôtel-Dieu les infirmités de toute nature.... tout était admis, mais aussi tout présentait une inévitable confusion. Un malade arrivant était souvent couché dans le lit et les draps du galeux qui venait de mourir.

)) L'emplacement réservé aux fous étant très restreint, deux de ces malheureux couchaient ensemble. Deux fous dans les mêmes draps ! L'esprit se révolte en y songeant,

» Dans la salle St-François, exclusivement réservée aux hommes atteints de la petite vérole, il y avait quelquefois, faute de place, jusqu'à six adultes ou huit enfants dans un lit qui n'avait pas 1 mètre 1/2 de large.

» Les femmes atteintes de cette affreuse maladie se trouvaient réunies , dans la salle Ste-Monique, à de

simples fébricitantes ; celles-ci étaient livrées comme une inévitable proie à la hideuse contagion dans le lieu même où, pleines de confiance, elles avaient espéré recouvrer la santé.

» Les femmes enceintes, les femmes en couche étaient également entassées pêle-mêle sur des grabats étroits et infects,

»... Dans l'état habituel, les lits de l'Hôtel-Dieu, des lits fpii n'avaient pas 1 mètre 1/2 de large, contenaient quatre et souvent six malades ; ils y étaient placés en sens inverse : les pieds des uns répondaient aux épaules des autres ; ils n'avaient chacun pour leur quote-part que 25 centimètres.... Aussi se concertaient-ils, tant que leur état le permettait, pour que les uns restassent levés dans la ruelle pendant une partie de la nuit, tandis que les autres dormaient.

»... Tel était l'état normal de l'ancien Hôtel-Dieu. Un mot, un seul mot dira ce qu'était l'état exceptionnel (en temps d'épidémie) ; alors on plaçait des malades jusijue sur les ciels de ces mêmes lits où nous avons trouvé tant de souffrances, tant de légitimes malédictions... »

Combien d'autres détails non moins tristes, par exemple, relatifs à la salle des opérations et sur lesquels nous glissons pour ne pas trop attrister le lecteur.

A qui, d'ailleurs imputer la longue durée de cette organisation vicieuse, inhumaine? « à la vulgaire toute puissance de la routine, à l'ignorance ! » s'écrie Arago s'appuyant des conclusions de Bailly qui dit avec tous les ménagements que la circonstance exigeait :

(( L'IIùlel-Dieu existe peut-être depuis le VIP siècle,

» et si cet hôpital est le plus imparfait de tous, c'est » parce qu'il est le plus ancien. Dès les premiers temps )> de cet établissement, on a cherché le bien, on a désiré » s'y tenir, et la constance a paru un devoir. De là, » toute nouveauté utile a de la peine à s'y introduire ; » toute réforme est difficile ; c'est une administration » nombreuse qu'il faut convaincre ; c'est une masse » énorme qu'il faut remuer. »

L'énormité de la masse à remuer ne découragea pas les commissaires de l'Académie. Aussi, grâce à leur énergique persistance, les choses changèrent, nos hôpitaux furent réformés, transformés, et c'est avec toute justice et vérité qu'Arago a pu dire naguère : « Chaque pauvre est aujourd'hui couché seul dans un lit, et il le doit principalement aux efforts habiles, persévérants, courageux de l'Académie des sciences. Il faut que le pauvre le sache et le pauvre ne l'oubliera pas. »

Hélas I il fut trop prompt à l'oublier, au contraire, en ce qui concerne Bailly du moins, dont la triste destinée prouve une fois de plus quel fond il faut faire sur la popularité, avec la terrible mobilité des multitudes, si promptes à subir toutes les influences, et qui, elles aussi, tournent au moindre vent. Bailly eu fit la cruelle expérience et combien ne dut-il pas regretter souvent d'avoir cédé, qui sait à quelle tentation fatale d'ambition? au lieu de se contenter de la gloire modeste de savant et de lettré, à l'exemple de son maitre l'astronome Lacaille dont on a dit qu'il était le calculateur le plus courageux et l'observateur le plus zélé, le plus actif, le plus assidu qui ait jamais existé, (( et avec cela » doux, simple, gai, égal avec ses amis ; l'intérêt ni l'ambition ne le

tentèrent jamais; il sut se contenter de peu, sa probité faisait son bonheur, les sciences ses plaisirs, et l'amitié ses délassements. »

L'impression que Bailly avait reçue de sa visite dans les hôpitaux et la coustatatioa trop facile des énormes abus qui, par le laps du temps, s'y étaient introduits, tout probablement contribuèrent à l'entraîner vers les <( opinions nouvelles » comme on disait à la veille de la révolution. Dans l'ordre social aussi, beaucoup d'abus existaient qui appelaient l'œil investigateur et la sollicitude de l'homme d'état s'il s'en fut rencontré alors un digne de ce titre soit dans k's conseils de la couronne soit dans l'assemblée réunie d'abord sous le titre d'Etats généraux. Mais, parmi les honnêtes gens, il ne se trouvait guère que des utopistes ou des hommes à idées fausses, et politiquement peu pratiques comme Bailly, entraînés tout d'abord par un zèle sincère, mais non pas peut-être exempt de vanité et de présomption, à des exagérations dont ils comprirent la portée plus tard, s'ils la comprirent, et qui, par leur téméraire confiance, ne devaient pas tarder à tout compromettre.

Lors de la convocation des Etats généraux, Bailly, nommé d'abord grand électeur, fut élu député de Paris le 12 mai et le langage qu'il tint à cette occasion d'après ses Mémoires, prouve les sentiments qui l'animaient : « La nation doit se souvenir qu'elle est souve- » raine et maîtresse de tout ordonner.., ce n'est pas

)) quand la raison s'éveille qu'il faut alléguer d'anciens » privilèges et des préjugés absurdes... je louerai les » électeurs de Paris qui les premiers ont conçu l'idée de » faire précéder la Constitution française de la Décla- )) ration des droits de l'Homme. »

C'était faire un peu vite bon marché de toute autorité même la plus légitime et l'on sent trop dans ce langage le bourgeois gonflé de sa soudaine importance qui faisait dire à Bailly avec un étonnement naïf, en entrant, le 21 avril, dans la salle des Feuillants : « Je crus respi- » rer un air nouveau et je regardai comme un phéno- » mène d'être quelque chose dans l'ordre politique par )) ma seule qualité de citoyen. »

Le 3 juin 1789, Bailly fut nommé doyen ou président des communes. Lors de la séance royale du 23, Louis XVI qui, avec tant de grandes vertus, manquait de la première qualité de l'homme d'Etat, la décision, termina son discours en disant : (( Je vous ordonne, messieurs, de vous séparer tout de suite. ))

Les membres des deux premiers ordres pour la plus grande partie, s'inclinant devant cette expression de la volonté royale, se retirèrent peu dant que les députés des communes restaient tranquillement à leurs places. Le grand maître des cérémonies l'ayant remarqué, s'approcha de Bailly, et lui dit :

— Vous avez entendu l'ordre du roi, monsieur.

— Je ne puis pas ajourner l'assemblée sans qu'elle ait délibéré, répondit Bailly.

— Est-ce bien là votre réponse et dois-je en faire part au roi ?

— Oui, monsieur ! répliqua le président, et s'adres-

sant aussitôt aux députés qui l'entouraient : « Il me semble, dit-il, que la Nation assemblée ne doit pas recevoir d'ordre. »

Ce langage ne peut étonner de la part de celui qui, trois jours avant, présidait la fameuse séance dite du Jeu de Paume.

Le surlendemain de la prise de la Bastille, Bailly, venu de Versailles à Paris, comme membre de la députation envoyée pour rétablir l'ordre, fut proclamé d'enthousiasme maire de Paris, eu même temps que Lafayette était nommé commandant général de la garde nationale. Bailly, toujours un peu naïf, dit au sujet de cette nomination :

« Je ne sais pas si j'ai pleuré, je ne sais pas ce que » j'ai dit ; mais je me rappelle que je n'ai jamais été si » étonné, si confondu et si au-dessous de moi-même. La » surprise ajoutant à ma timidité naturelle devant une » grande assemblée, je me levai, je balbutiai quelques » mots qu'on n'entendit pas, que je n'entendis pas moi- )) même, mais que mon trouble plus encore que ma » bouche rendit expressifs. Un autre effet de ma stupi- » dite subite, c'est que j'acceptai sans savoir de quel far- » deau je me chargeais * )♦ .

Le nouveau maire de Paris, en effet, le jour même de sa nomination put constater « que d'une visite faite à la halle et chez tous les boulangers, il résultait que les approvisionnements en grains et farines seraient entièrement épuisés en trois jours. Le lendemain tous les préposés à l'administration des farines avaient disparu. »

' Mémoires de Bailly.

Ce fut là, pendant les deux années queBailly resta en fonctions, sa continuelle et pénible préoccupation, celle de veiller à l'approvisionnement d'une population de 800,000 âmes que le besoin pouvait pousser aux derniers excès alors surtout que l'ignorance, la prévention portaient si facilement la multitude à croire qu'il y avait calcul, dessein prémédité de l'alïamer. Mais quoi I ce n'était pas seulement prévention résultant de l'ignorance ; car cette détestable calomnie, Marat, l'ennemi acharné de Bailly, ne se lassait pas de la répéter dans sa feuille immonde. Chaque matin aussi, sur tous les tons, l'infâme répétait : Que Bailly rende ses comptes f alors que la prol)ité du maire de Paris devait être à l'abri de tout soupçon. Dans l'Assemblée nationale même, ces odieuses provocations trouvaient des échos et du haut de la tribune (le lo juillet 178*J) Mirabeau laissait tomber ces paroles qu'Arago qualifie si justement d'incendiaires :

« Henri IV faisait entrer des vivres dans Paris assiégé et rebelle, et des ministres pervers interceptent maintenant les convois destinés pour Paris affamé et soumis. »

Néanmoins ce ne fut qu'après la fuite du roi, à Varennes, que la popularité de Bailly parut sérieusement atteinte. On l'accusait, ainsi que Lafayette, de complicité tout au moins indirecte dans le départ. De là, dans Paris, travaillé par les meneurs, une effervescence croissante, de violentes et continuelles agitations qui aboutirent à l'émeute du 17 juillet 1791, au Champ de Mars où une foule immense s'était donné rendez-vous devant l'autel de la Patrie, pour signer la pétition récla-

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mant la déchéance de Louis XVI. Le maire de Paris, tous les moyens de conciliation épuisés, voyant que la réunion prenait un caractère de plus en plus menaçant, après avoir demandé les ordres de l'Assemblée, convoque la garde nationale, et à la tète de la municipalité, se présente devant la foule qu'il somme à plusieurs reprises, mais inutilement de se retirer. Il fallut avoir recours à la force, le drapeau rouge est déployé, les gardes nationaux font usage de leurs armes, le sang coule, et l'émeute se disperse en laissant sur le carreau un certain nombre de victimes, nombre qui, comme toujours, fut exagéré.

Dès lors c'en était fait de la popularité de Bailly qui trois mois après, quittant la mairie (12 novembre 1791), se retira d'abord à Chaillot, puis à Nantes ; mais là, chose triste à dire, le pouvoir central, alors aux mains des Girondins, le mit en surveillance et une lettre de Roland, ministre de l'intérieur, lui annonça que le gouvernement lui relirait le logement que, depuis cinquante ans, sa famille occupait au Louvre. En même temps on l'obligeait à payer une somme de 6,000 livres, à titre d'indemnité, pour le loyer de l'hôtel qu'il avait occupé comme maire de Paris. C'était pour lui la ruine et il ne s'acquitta qu'eu vendant sa bibliothèque et sa maison de Chaillot. Et les temps menacèrent bientôt de devenir pires par la prédominance, dans l'Assemblée, des partis violents. Aussi l'un de ses amis, M. deCasaux, offrit à Bailly, le supplia môme, de prendre passage à bord d'un petit bâtiment qu'il avait frété pour sa famille :

« Nous nous rendrons d'abord en Angle terre^ lui dit

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