PARIS
G. KLU.ELMANN, ÉDITEDK, 25, RUE .lACOl!
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A TllAVERS LES RUES.
La littérature française .1 essayé ])icn des fois de reproduire par le roman, par Tanecdote, par la satire, par l.> comédie, la physionomie éclatante, rindividualilé merveilleuse de la grande cité parisienne ; de nobles esprits, des écrivains d'élite, à toutes les époques de notre histon-e lit-
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|»;irl(M' (le l'iiivnsioii des ^o|•^l;ul(ls, dc^ la liitto des |{oiii<,niii^iKtiis cl des Anii;i|^jiacs, du iv^^iic des Aii|^lais en Franco, ou du sic^c dc! l'aris par Henri IV. Voulez-vous d'autres récits, irautrcs <lrames, (Tanlrcs tableaux liisloriques? Voyez un peu, au hasard, en courant, à vol d'oiseau : derrière les pillicrs des halles, voici le i>erceau de Molière, et vous soni^ez aussitôt au génie, à la gloire, aux douleurs du grand poète comiq«ie de Louis XIV ; le marché des Iinioceids n'est par loin , cerne seinhie , et voilà Jean Goujon (pii va mourir sur un échaCaud (ruiie niagilicence assez rare , sur un échalaud de jiierre scid[»lée, dont il a su l'aire un admiralile cher-(r<i'uvre ; la rue de Rièvre, habitée autrel'ois par Dante Alighieri, ne doit-elle |tas conserver, dans un souvenir, un rayon de l'immortalité de l'exilé de Florence ;* La mort de (]oligny, dans la rue Béthisy, est toute pleine d'une terrible histoire où vont ligurer l'Fgiise et la Réforme, le Pape et Luther, Henri de Navarre et la Ligue, histoire politique et religieuse dont le dénouement se fera tout-à-l'heure, au bruit de l'arme intolérante de Charles IX ; du quai du vieux Louvre, où le fanatisme assassinait le peuple, à la rue tle la Ferronnerie, où un fanatique assassinait un roi, il n'y a guère que la distance du poignard de Ravaillac.
Je viens de nommer le roi Charles IX : n'est-ce pas là une royauté qui se trouve tout entière dans le drame mystique de la Saint-Barthélémy, et les acteurs de cette tragédie royale et populaire, bourreaux, comparses ou victimes, n'ont-ils pas représenté leurs personnages dans le sang et dans la boue des rues de Paris? C'est une ville immense qui va sei"vir de théâtre au spectacle des Vêpres Parisiennes.
Le prologue de la Saint-Barthélémy se joue dans les fossés Saint-Germain-l'Auxerrois, deux jours avant la représentation de la grande pièce, imaginée par des collaborateurs que l'on appelle Catherine de Médicis, Charles IX, le duc d'Anjou, le cardinal de Lorraine, les Guise, le duc d'Albe, le pape Pie IV
et le roi d'Espagne Philippe II Ce jour-là, à la première
scène du prologue, le crédule amiral de Coligny passe lentement, un mémoire à la main, dans la rue des Fossés-Saint-
A ÏRAVEHS I.ES HUES. 5
Germain-l'AuxeiTois ; un coup d'anjucbusc [»art aussitôt de la niîiison de Villemur, raiicien précepteur du duc de (iuise, et deux balles atteignent le vénérable passant ; on le porte dans son bôtel de la rue Béthisy ; Anibroise Paré lui coupe le pouce
de la main droite ; le roi, la reine-mère et la cour viennent rendre une visite à rillustre blessé ; Catherine de Médicis le console et le flatte, en lui promettant une veiufeance si exemplaire, que jamais elle ne s'effacera de la mémoire des hommes ; Charles IX lui dit en Tcmbrassant : Mon père, la blessure csl pour vous; la douleur est pour moi! Et comme l'innocent amiral s'avise de se plaindre des catholiques, de ses ennemis, de ses assassins. Sa Majesté daigne lui répondre: Mon père, vous vous échauffez un peu trop ; cela pourra nuire à votre sanic. — Tudieu ! quel bon roi , quel excellent ami , ([uel charitable médecin que ce Charles IX !
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Ail ri(l(!aii ! au rideau ! voici l(! (liaiiic; dans les iiuîs. Le •24 aoùl , lin (liinaiiclKi , à trois heures du matin , l'éj'lise d(; Saint-Cieriuain-rAuxenois l'ait entendre le tocsin des massacreurs , en <,qiise d'ouverture , et la traj^édie commence ; le jnemier acte se |>asse encore dans riiôt(;l de l'amiral de? (Jolij;ny.
Un giintilhomme , un serviteur lidèlc s'écrie , en s'adressant à son noIjUî maîlrtî : Mouscigneur , on nous é</ori/e, ou nous fusille ; c'est Dieu (fui nous apelle à soi; on a forcé le loijis, et n'y a moyen de résister. — Je suis disposé à mourir, ré[)ond li; huguenot: vous autres, sauvez-vous!
Coligny reste seul ; un assassin nommé Besme s'avance vers lui, une épée à la main: N'es- tu pas l'amiral^ — Cest moi! frappe! En me tuant, tu ne me feras perdre que bien peu de jours !
Dans la cour de l'hôtel , une voix retentissante interpelle le meurtrier : Besme, as- tu achevé ? — Besme se penche à la croisée pour lui répondre: C'est fait, monseigneur ! — Jette son cadavre par la fenêtre ! ré[di(jue le duc de Guise,
Et soudain , le corps de l'amiral de Coligny tombe sur le pavé de la cour ; le visage du malheureux vieillard est abîmé [>ar le sang et par la boue ; on l'essuie avec un mouchoir, pour mieux le reconnaître, et le duc de Guise se prend à dire, en le reconnaissant à merveille : C'est bien lui ! — N'est-ce point là une belle lin de premier acte ?
Dès ce moment, l'imbroglio sanglant se déroule sur les places piibli(pies, sur les quais, dans toutes les rues de Paris; la pièce dure trois jours, ni plus ni moins, et la toile tombe lentement, bien lentement, sur le tableau de quelques milliers de personnes que l'on égorge, ou que l'on a égorgées au nom du roi.
Les auteurs de la pièce s'imaginent peut-être qu'elle n'a pas assez brillamment réussi, et plus tard, Louis XIV lui-même se chargera de [)rendre leur revanche dans un grand ouvrage politique intitulé : La révocation de l'édit de Nantes.
Quelles scènes à raconter, bon Dieu ! à propos de la Saint- Barthélémy, pour l'historien qui écrira, dans ce livre, l'histoire des (juais de Paris !