SAINT-ANTOINE
le chœur étaient richement décorés avant que la révolution eût imposé la maison de Dieu pour assurer la défense du pays. On voyait, par exemple, dans deux chapelles, deux anges en argent de grandeur naturelle, portant l'un, le cœur de Louis XIII, l'autre, celui de Louis XIV. Les jésuites, durant la vie de ces monarques, avaient conquis leur cœur; ils eu firent parade après leur mort. L;i se trouvait, sans doute aussi à titre de conquête, le tomheau de Henri de Condé, père du vainqueur de Rocroi, de Fribourg, de Nordelingen et de Senef. Ce tombeau, l'un des chefsd'œuvre de Sarrasin, avait été transféré au Musée des monuments français; il en fut tiré en i815, et déposé longtemps dans les remises du palais Bourbon. La restauration trouvait impie la belle et ingénieuse collection de la rue des Pelits-Augustins; peut-être jugea-t-elle plus orthodoxe le séjour des restes d'un prince du sang à la porte d'une écurie.
Les jésuites avaient établi dans leur maison de la rue Saint-Antoine une école dont l'historien de Thou a dit : « Par une méthode toute nou- » velle que ces pères avaient imaginée, méthode jusqu'alors inconnue à « l'Eglise de France, ils étaient venus à bout, en interrogeant leurs pé- )' nitents, de les éloigner de leurs paroisses, d'attirer à eux tout le peuple » et de fouiller dans les secrets des familles. » On sait comment, en 17G2, les jésuites furent expulsés de France , et par quelles douleurs d'entrailles le pape Clément XIV expia la suppression de leur ordre. La maison qu'ils avaient occupée rue Saint-Antoine fut donnée, en 1767, à des chanoines réguliers , et plus tard l'église devint paroissiale sous l'invotion de saint Paul.
Vers l'extrémité de la rue Saint-Antoine la plus rapprochée du faubourg, l'on voit une église de forme circulaire, d'une construction trop vantée par Dulaure, quoiqu'elle soit due au célèbre Mansard. Elle appartenait au couvent de la Visitation de Suinte-Marie, fondé en 1621, dans l'ancien hôtel de Cossé, pour des religieuses de l'orde de Saint-François de Sales, Cette église, achevée en 1682, fut nommée Notre-Dame-dés- Anges. Après la révolution, les bâtiments d'habitation furent vendus à divers particuliers; en 1802 on céda l'église aux calvinistes de la confession de Genève; vingthuit ou vingt-neuf ans plus tard, des honneurs funèbre, auxquels tout le Paris populaire assista, y furent rendus à Benjamin Constant.
Pour parcourir dans toute sa longueur, et les annales modernes à la main, la longue rue dont nous vous avons redit l'histoire aucienne, nous
allons la redescendre jusqu'à sa naissance Nous voici à la rue du
Monceau-Saint-Gervais: l'on y a retrouvé les traces d'un cimetière romain, dernier rendez-vous de ces dominateurs qui vinrent dans les Gaules conquérir, briller, corrompre et mourir. Ces débris de la vie antique étaient des tombes en pierre, découvertes à douze pieds de profondeur.