I.A CiTi:. liô
qiR'i'ir Liitèce ; « Mais quand ils surent que c'était cenx qn'llioz y avait menés et que c'était tont nn peuple, ils s'entretirent î^rand' léte et demeurèrent enseniltle paisiblement sous un mi el sons une seigneurie, (;t la ville qui avait noinljitece, ils l'appelèrent Prt/-/,s', disant (pie c'était laid nom et ord que Lutèce. « Aussi, lorsque César entreprit la guerre des Gaules, « Paris était habité de gens grands et puissants (pii tenaient la Cité seulement, lacpielle était si forte pour lors et était tellement lérmé'e d'eau, qu'on n'y pouvait passer. »
Raoul de Presles, ((ui, en commentant la Cité de Dieu de saint Augustin, se garde bien d'oublier la Cite de Paris, ne se permettait pas l(;s licences d'étymologiste que Rabelais a prises dans son audacieux roman de Gargantua, en faisant dériver le nom de Lutèce, des blanches cuisses des James dudit lieu, et le nom de Paris, de la bienvenue de son héros (jui vint s'asseoir sur les tours de Notre-Dame, et ipii noya par ris les badaux assemblés à ses pieds. Gulliver ne traita pas mieux les Lilli- [)utiens, et neliaptisa pas leur capitale.
Depuis ce mémorable déluge, non moins probable que celui d'Ogiges on de Deucalion, les rues de la Cité. ont vu se succéder nn flux de gém^rations que les siècles ont balayées en poussière, et bien des événements, grands et petits, qui n'ont pas laissé de trace dans la mémoire des habitants actuels; ces rues ont subi bien des métanutrphoses nominales et matérielles, depuis l'époque où Vile des Corbeaux n'ofl'rait cà et là que (pielques huttes rondes, sans fenêtre et sans cheminée, construites en bois et couvertes de roseaux, sous lesquelles s'abritaient de pauvres familles de bateliers gaulois. La formation d'une ville est lente et progressive comme celle d'un terrain d'alluvion : il a fallu dix-huit cents ans pour que l'antique Lutèce enfantât le Paris moderne qui est sorti de son berceau en rompant ses langes de fortifications, et qui n'est pas encore parvenu au terme de son accroissement gigantesque.
Jadis ces rues n'étaient pas pavées ; elles ne le furent (jue sous Philippe- Auguste. Ce grand roi, qui travaillait sans cesse à embellir sa cité de prédilection, était à la fenêtre de son palais, situé à la place même du Palais-de-Justice : un chariot remua en passant la fange de la rue, et répandit une telle infection jusque dans l'appartement royal, que le prince ordonna de paver les rues avec des pierres dures et carrées. L'exhaussement du sol à une toise au-dessus de ce premier pavé témoigne assez que les successeurs de Philippe-Auguste ne veillèrent pas à faire observer l'édit qui prescrivait aux bourgeois d'entretenir à leurs frais le pave de la voie publique devant leurs logis. Les pourceaux eurent encore longtemps le privilège de barbotter dans les fanges de la bonne ville; il fallut qu'un deux renversât de cheval le fils aine de Louis-le-Gros, passant prés de Sainl-Gervais, pour que ce privilège leur fût retiré par ordonnance du roi.
A ces epoqiies-la, la plupart des rues n'avaient pas «.le dénominations précises. Ainsi, la rue de la Calandre est dési<fnée dans les chartes par cette périphrase : Hue par laquelle on va du Petit-Putil à la place Saint- Michel. Ensuite, ces rues furent nommées de tant de façons souvent contradictoires, qu'il est presque impossible de les reconnaître à présent sur leurs anciennes dénominations. Ces noms créés et adoptés par le peuple, étaient obscènes ou ignobles, ridicules ou burlesques, significatifs ou caractéristiques ; on jugeait, au simple énoncé du sobriquet populaire, les rues consacrées à la prostitution , celles où s'était commis un crime célèbre, celles dont les habitants avaient mauvaise renommée, celles qu'il fallait aborder en se bouchant le nez, celles remarquables par un puits, un four ou une notre-dame, par un hôtel ou par un couvent. On n'avail pas alors d'écriteaux indiquant les noms officiels de chacune d'elles. Ce fut Turgot qui inventa, en 1725, ces écriteaux et qui n'osa i)as changer un seul des anciens noms.
La Cité, que l'administration de la Voirie semble vouloir rebâtir de fond en comble, n'a conservé qu'un petit nombre de ces rues (pii en faisaient un dédale inextricable et insalultre ; mais quebpies-unes, par leur lumi plutôt que par leur aspect, évoquent encore des souvenirs et des impressions qui s'eflacent tous les jours.
f.i.oiïHi: m: .notuk-ua.mi:.
Le (Cloître de .\olre-l)anie, (|ui a garde son nom en abaudonnanl ses [irivileges et sa destination canonicale, élail ceint de vieilles murailles (M, fermé de portes ; la principale, bâtie arec les débris de Saint-Jean-le- Kond, s'ouvrait sur l'emplacement que cette petite église avait occupé naguère à la droite de la liasilique de Maurice de Sully, (réfait le domaine du chapitre de Notre-Dame qui existait déjà sous Charlemagne et composait un ordre régulier avec le titre de Frères de la Vierfje Marie. Six papes, vingt-neuf cardinaux et une nnillifude d'archevêques et cvècpies furent donnes à l'Eglise par cet illustre chapitre, dont les chanoines avaient la tonsure en couronne et la barbe rase, sous peine d'être privés de tout bénéfice pendant un mois. Malgré cette rigidité de costume, ces chanoines sybarites expulsèrent de leur Cloître les écoles épiscojjales dont la turbulence ne res|)ectait pas plus leur sommeil que le service divin. Aiist(»te et sa docte cabale traversèrent les ponts et se réfugièrent dans l;i I lie (lu Eouare ; le chantre de Notre-Dame conserva sa juridiction dans ( es foNcrs de disputes scolasticpies, et seule, entre les ijuaire Facultés, la théologie cul la prérogative de s'enraciner à l'ombre de l'evêche.
A la liii du onzième siècle, le Cloître était jonc lie de paille fraiclie el foulée, sur laquelle veiiaioill s'eteildre. nil\ lieiiiis des leciilis, ces ecidieis
LA CITK
nonwdes, si nombreux et si passagers, qu'on ne les comptait jamais dans les dénombrements ; ils allaient quêter de l'instruction dans les écoles célèbres, et souvent ils vieillissaient en ai)prenant par coMUMinelques pages d'Aristote et de prières qu'ils avaient entendu lire, expli<[uer et parapbraser; car alors, un pauvre écolier, qui mendiait son pain de porte en porte et qui couchait en plein air dans son manteau, quand il avait un manteau, n<'lisait que le Missel public, enchaîné derrière un treillis de ter à l'entrée des églises, et prolitait plus ou moins des lectures laites par les professeurs qui s'exerçaient aux frivolités verbeuses de la dialecti(iue. Souvent cet écolier, écorchant du grec et du latin, comme celui de Rabelais, passait le jour au cabaret et la nuit dans les mauvais lieux qui pendaient leurs enseignes obscènes vis-à-vis les images des saints et de la Vierge, impuis-
^ ctr^^yC-
MONIIÏNEUL
sauts à protéger les muHirs ; ici l'écolier se prenait de (pierelle avec un camarade en buvant et en dissertant: un coup de bâton ferré terminait le colloque et la vie de l'un d'eux; là, l'écolier détroussait les passants, s'affiliait aux confréries de gueux ou de larrons, volait une fille ou un jambon. Mais si le recteur de l'Université convocpuut son arrière-ban à une procession solennelle, la tète de la colonne de ses vassaux commençait à déboucher dans la plaine de Saint-Denis, tandis que la queue se déroulait encore dans les ruelles de la Cité.
Les chanoines, (pii avaient la permission de loger des femmes à litre
H(i LA CITE.
«le proches parentes, se trouvèrent mal du voisinage de ces jeunes hommes, hardis et insolents, à qui FMerre Comeslor d»'laillait les plus scahreuses naïvetés de la Bible. Ce Pierre-le-Maiigeur hisloriait les Ecritures à sa fantaisie. Il faisait dire à Adam, après la formation de la femme : « Cette » sera appelée Yirago, car elle est prise et faite de l'homme ; pour laquelle » chose l'homme laissera son père et sa mère, et se prendra à sa femme •> et seront deux en chair. » Il tirait du crime de Lotli cette moralité : « Fut le péché de boire jusques à être ivre, cause de l'autre péché. » Il répétait avec Moïse : «Ce n'est bonne chose à l'homme, qu'il soit seul. » Les chanoines partagèrent peut-être la doctrine de Moïse jus«[u'«î ce que le chapitre eût statué et ordonné, en 1534, qu'aucune femme, jeune ou vieille, chambrière ou parente, ne demeurât dans le cloître, « parce que, " dit l'ordonnance, ce lieu est saint, dédié et consacré à Dieu. » Cet acte de rigueur contre les femmes fut bien tardif, s'il eut pour prétexte les amours d'Abélard et d'Héloïse, vers II 10.
On voyait encore naguère les médaillons de ces amants, dans le Cloître, sur la façade de la maison de Fulbert, chanoine de Notre-Dame, cet oncle jaloux d'Héloïse, ce bourreau d'Abélard. On ne regardait pas celte maison, où furent heureux le maître et l'élève, sans éprouver un serrement de cœur et une émotion tendre. Ces médaillons anciens étaient pourlani altérés par de burlesques restaurations: Héloïse avait la fraise haute et le corsage décolleté du temps de Henri IV ; Abélard portait avec la moustache une sorte de toge romaine. Ha fallu, sur leurs têtes de morts, recherclier la ressemblance qu'on voulait donner à leurs statues, couchées côte à côte aujourd'hui dans le champ de repos du Père-Lachaise.
Abélard, qui traînait à sa suite une armée d'écoliers, avec laquelle il vint camper sur le mont Sainte-Geneviève, comme pour combattre son rival en philosophie, Guillaume de Cham|»eaux, dont il fut d'abord le disciple bien-aimé, Abélard n'avait eu de l'amour «pie pour l'élude et le sophisme; il était nobleet gra«'ieuxde corps aulanl que«resprit. «Comme » il lisait en l'évèché, raconte Pâquier, un chani>inc nonnné Foulberl , » «pii avait chez soi une sienne nièce fort bien nourrie en langm» latine, » le prie de vouloir bien lui «lonuer tous les joiu's un«' heure d«' l«'«;ou : '> ce «piil accei)ta volontiers. Après av«)ir quelque lem|»s continué ce » métier, amour se mit de la partie entre eux.» Le chanoine Ftilberl, n'importe qu'il fût ron«'h' ou le père «l'IIéloïse, avait concentré t«)ules ses .ilV«'cli<>ns sur cette fille de d-ix-huit ans, «jui savait le latin, 1«' grec el l'hébreu, mais (|ui savait encore mieux ainu'r : <■ Héloïs«\ dit AbélanI lui- » uïême, n'était pas la «lernièn^ pour la beauté du visage, mais elle était » la première jiour la «'«uinaissance des lettres. » S«in maîtr»-, jeune et ardent comme elle, avait sintout deux moyens de sé<luction «pii «Missent pu lui gajiiicr le coMir «le loules les fenuues. «'oninu' l'avouail elle-mênu*
Héloise : son eUxiiicnci' cl sa voix ('luliaiilfi'csst'. Le yrave philosophe, qui n'avait plus iraiitre auiliitiontiuc de jilaiieà une ffMuuie, couiposa des vers anuuu-eux, et les mil eu nuisi(iue ; ou les chaulait alors daus les provinces où la reuommée d'Ahélard était parvenue, et les écoliers de ce grand homme exaltèrent la maîtresse qu'ils avaient trouvée digne de lui.
La maison du chanoine était le théâtre de ces amours, couverts du prétexte de la science, et la lecture des l'éres «le rÉglise avait rapprodic Icius
yeux, leurs tètes et leurs bouches, comme Françoise de Rimini et Paolo
s'interrompirent par des baisers en lisant le roman de Lancel(»t et de la
belle Genevre. Pe^it-ètre »iue correction usitée depuis dans les collèges de
jésuites tut-elle cause et (oniplice de la faiblesse du dialecticien: « Sous
» les semblants de l'étude, nous n'étions livrés qu'à l'amour, dit-il; la-
•> mour choisissait les réduits mystérieux on s'écoulait l'heure de la leçon :
'. les livres ouverts devant nous, l'amour, plus que la leçon, occupait
•> nos entretiens; nous échangions plus de baisers (pie de seuleuces ; les
» nuiins allaient de l'un à l'autre plus souvent que vers les livres ; l'amoui
» cout'oudail les regards t[ue la leçon ne rameuail guère sur le papier;
■> eulin, pour écarter les soupçons du cliannine, lamonr, plulôl (jue la
. colère, mesurait les coiqts (pii snrpassaienl la doiu eiir des caresses. »
L'ecoliere devint éprise avec passion, avec orgiuMl, du maitre célèbre qui
lui '^acriiiail gloire et richesses, qui prêterait un seul mot de ses lèvres
aux applaudissements de l'école. On prétend que le roman de la Rose fut l'œuvre des amours d'Abélard, qui peignit son Héloïse sous le nom de Beauté. Guillaume de Lorris ne serait donc que traducteur ou i)lagiaire. « Quelle femme, s'écriait Héloïse transportée d'enlhousiasuic, (|uelle » vierge ne rêvait pas de lui en son absence, ne brûlait pas pour lui en sa » présence? Quelle reine ou quelle dame de baut lieu ne portait pas envie » à mes voluptés, à ma coucbe d'é[)ouse? »
Fulbert et les parents d'Héloïse, qui étaient de la maison de Montmorency, apprirent tout, lorsqu'il ne fut plus possible de rien cacher. Héloïse, déguisée en homme, partit pour la Bretagne, où elle mit au monde un lils. Un mariage était une réparation que l'oncle exigeait en dissimulant son ressentiment, et la victime de l'amour, par philosophie sans doute, s'opposait de tous ses efforts à une alliance légitime, conlre hupielle s>es arguments subtils citaient saint Paul, Théophraste et Cicéron. « Quelle » convenance y a-l-il entre des servantes et des écoliers, disait-elle, entre » des écritoires et des berceaux, entre des livres et des quenouilles, entre » des plumes et des fuseaux ? Comment, au lieu des méditations théolo- » giqnes et philantropiqnes, supporter les cris des enfants, les chansons » des nourrices et les tracas du ménage? » Elle consentit cependant à épouser en secret son amant, et celui-ci, trahi par son valet, fut mutilé, une nuit qu'il dormait seul dans son lit. Malheureux Abélard^ te voilà moine!
Son amour survécut à ses jilaisirs, et quelquefois, dans des lettres (jue Pope et (lolardeau ont osé imiter, ces amants, séparés par une atroce violence, se ranimaient au feu de leur imagination. Héloïse, cpii trouvait plus noble et plus précieux le titre de sa concubine, (pie celui diuj|)ératricc de toute la terre, redit pendant (juaranle ans : « Vœux, monastère, " je n'ai point |)ei'du l'humanité sous vos impitoyables régies : vous ne » m'avez point faite marbre en changeant mon habit ! » Elle mourut mère et première abbesse du Pararlet, de doctrine et religion très-resplendissante. et«piand on la déposa dans le tombeau où son ami l'atlendail (hqiuis vingt années, ils ressuscitèrent un moment pour remourir ensemble dans un baiser.
Une statue de la Vierge, \oisiiU' de la maison (prhabilait Héloïse, ne lui pas exemple des faiblesses de son sexe, si l'on en croit la cbrouiipic rinice par (lanthier de (iloiusi, qui recueillit les Miracles de la Vier(/e dans s(ni prieure de Saint-Medard, au connnencemeut du Ireizieuu' siècle. C'est repo(pu' où la cathédrale, fondée par l'évècpu» Maurice de Sully, s'élevait sur les mines de la primitive église de Nnire-Hame; et la statue héroïne (\{[ conte doit être celle (pie l'on reniar(|ne enc(n'e tonte noircie et delionl sin- un pilier au portail septenlrional. Onehpie incrédule ain'a rompu la main droite, (pi'elle tenait levée p(nir rappelei" le niiiiicie (pii est consi^^ne dans un manuscrit des fonds de l'éiilise de Paris.
Pendant la reconstruction de celte basilique, vers 1170, une image de Notre-Dame avait été inaugurée devant les porlaux de l'église qu'on lui bâtissait, elles passants déposaient leur offrande à ses pieds. Les jeunes gens venaient jouer à la pelote sur cette petite place, toute retentissante alors des jeux de l'école épiscopale. Un jour, un beau (jarronnet, qui avait au doigt un anneau donné par son amie, craignant de le perdre en jouant, alla vers l'église, pour l'ancl mettre en aucun lieu; il vit l'image peinte de couleurs éclatantes et si belles, qu'il s'agenouilla et s'inclina dévotement, les yeux mouillés de larmes. « Dame, dit-il, dorénavant je vous servirai, car jamais je ne remirai femme ni pucelle qui tantmefutplaisantnibelle.ieyeux vous donner cet anneau pour gage d'amour, et je jure que je n'aurai amie nifemmey si non vous, belle douce dame. » A peine eut-il oflertson anneau à l'image, celle-ci plia le doigt de manière qu'on n'aurait pu arracher l'anneau sans le briser. L'enfant, effrayé de ce prodige, pousse des cris, et raconte aux assistants ce qui est arrivé; chacun lui conseille de laisser le siècle et de servir madame sainte Marie, qui doit être désormais son unique amie. Il oublia bientôt son serment et la mère de Dieu, en prenant à femme celle (jui lui avait donné l'anneau. Ses noces furent riches et triomphantes: l'époux sentait un vif désir de posséder la mignote épousée; mais dés qu'il entra dans le lit nuptial, il s'endormit, sans plus faire.
Notre-Dame lui apparut couchée entre lui et sa femme : elli; lui montra l'aiineauet lui reprocha doucement de quitter la rose ixuu l'ortie, le fruit pour la feuille, le miel pour le venin. 11 s'éveilla en sursaut, émerveillé de la vision, chercha dans le lit pour y trouver l'image, et ne rencontra que son épousée : aussitôt il s'endormit derechef. Notre-Dame lui réapiniraii, fière et dédaifineuse, en l'appelant faux, parjure et foi-menlie. Le clerc s'élance hors du lit, sachant bien qu'il est mort.s'/7 touche à sa femme, et, inspiré par ce songe, il s'enfuit dans un désert, où il prit habit de moinage : à Marie se maria.
Cette légende, confite en amour niysticpie, j»rocura certainement beaucoup d'adorateurs à la Vierge à l'unel.
KUE DES MARMOUZETS.
La rue des Marmouzets a dû certainement son nom à un hôtel, domus Marmosetorum , (pii était orné de ces petites statues i)eintes et dorées (|ne fabriquaient les tailleurs d'images, dans la simplicité de leur art, et (pi'on prodiguait alors pour la d(''coralioii intérieure ou extérieure des édifices. Pàquier cite des « marmouzets (pii sont encore au connnencement » de la chambre dorée du parlement de Paris. » Que le mot marmouzet soit dérivé de marmor, marbre, ou de marnions, singe, ou de marmot, il variait peu de significations, en s'appli(piant à des tètes fantasti(|ues qui
jettent de l'eau en fontaine, à des figures de ronde-bosse en pierre, en métal ou en bois, à des peintures, à des poupées, à des images de sain(s et à des girouettes. L'histoire décrit les réjouissances publi<iues aux sacres, aux entrées, aux mariages de rois et de reines; le plus beau rôle appartient partout aux marmouzets qui, à chaque carrefour, représentaient une scène allégorique de circonstance. Ces automates avaient souvent à la bouche un rouleau, portant une devise gravée, en latin ou en runes françaises. Nicolas Flamel, qui faisait servir ses immenses richesses à l'émulation des arts, nicha des marmouzets coloriés dans tous les monuments qu'il fonda ou répara, aux églises des Saints-Innocents, de Saiut-.laccpu'sla-Boucherie, et surtout aux Charniers où sa femme Pernelle fut enterrée. Au nombre de ces marmouzets, son portrait tenait toujours le |)remier rang, à genoux, en costume de pèlerin et l'ecriloire a la ceinture, connue ses armes parlantes. Les rois ne dédaignaient pas de figurer en marmouzets sur le frontispice de leurs palais, et de réduire ainsi la royauté aux proportions d'un magot de la Chine.
Le pape Grégoire XI, qui avait été chanoine de Notre-Danu', légua jtar testament, au Chapitre, une maison (pt'il avait entre la rue de la Coloudic et celle du Chevet-Saint-Landry. La place de celle maison semble au moins indiquée par une enseigne de la Vierge dont le nom reste à sa niche vide. Si un pape ne s'est |ias trop compromis en logeant dans la rue des .Maimouzels, où il devait entendre les glai>issantes orgies du Val (rAmour de la rue Glatigny, Gérard de Monlaigu, evèqiie de Paris, mort en l Vit». pouvait s'autoriser de l'exemple apostoli(|tie pour habiter son hôtel, situe dans la même rue, au coin de celle de la Licorne: il voyail de la mener aux carrefours les vendeuses de prostilutiou, i\\w l'on niar(|iiail d'un fer chaïul, et à qui on coupait les oreilles au [tilori. Le roi était propriétaire d'une plàlriére dans cette rue, qu'inie lellri' de François 1 " cpialitie l'iair (lea principales et plus (iiicicintes de notre ville, el lette plàhiere rap|M!rlail (pu'hpies sous de loyer à la couronne de France.
Vers la fin du quatorzième siècle, la maisou des Marmouzets elait en bonne renommée dans la vicomte et prévoie de Paris, lu barbier et uu pâtissier y tenaient bouli(pu': le pâtissier. (|ui aiigmentail cliaipie jour sa clienlelle et sa fortune, se gardait de toute eoulravenliou aux ordonuances de la policeduChàtelet, tandis (piesou métiercommeltait l' fautes, mespreii- » lures el déceptions au itréjudice du peuple el de la chose piiblicpie. au .. movf'U desiiuelles fautes se peuvent encourir plusieurs iucouveuieuls es .. ((U-ps humaius. (hi ne lui repiocbail pas d'avoir l'ail uuseiil \yÀlrtlrniirs siirseinees el jiiuinles. ni île jHiisson eornnnpii, u\\ seul liane de lait tourne
et éernne. wue seule ////.so/*' de p(uc ladre, i seule larlelellede fromage
iiuiisi. Il u'exposail jauiais de pâtisserie rauceoii rreliaidl'ee; il ne i oiili;iil pas sa luarehandise a des -leiis de uu'liers liiuilcii.r ri ilrsliaiinrlfs. Aussi
eslimail-on singulièrement les pâtés qu'il préparait lui-même; car, malgré la vogue de sou commerce, il n'avait qu'un apprenti pour manipuler la pâte, sous prétexte (le cacher le secret de l'assaisonnement des viandes.
Son voisin le barbier, baigneur étuviste, avait mérité la faveur du public qui ne tarissait pas en éloges sur son adresse et sa probité ; personne mieux que lui ne testomiait, ne rasait, ne saignait, n'étuvait. A peine ses garçons allaient-ils crier par les rues : les bains sont chauds! la foule s'y portait, et l'étuve était pleine en un instant; il connaissait la pratique des drogues autant qu'un physicien, et exerçait la chirurgie de même qu'une mire. On saluait ses trois bassins de fer-blanc à l'instar d'une madone, et on accourait de toutes parts grossir l'affluence des clients qui faisaient cortège à sa réputation.
Cependant des bruits sinistres avaient plus d'une fois circulé dans la rue des Marmouzets. On parlait d'étrangers massacrés la nuit, et on montrait du doigt le ruisseau teint de sang, qui ne provenait pas de saignées faites par le barbier, car on l'eût mis en prison et à l'amende pour n'avoir pas jeté ce sang dans la rivière.
Un soir, des cris perçants sortirent du laboratoire du barbier, chez le-
quel on avait vu entrer un écolier qui arrivait de l'Allemagne. Cet écolier se traîna sur le seuil, tout sanglant, le cou mutilé de larges blessures; on
l'entoura, on l'interrogea avec horreur: il raconta comment le barbier l'avait attiré dans son ouvroir,en promettant de le raser gratis. En effet, il n'eut pas plutôt livré son menton à l'opérateur, qu'il sentit le rasoir entamer sa peau; il cria, il se débattit, il détourna les coups de la lame tranchante, et parvint à saisir son ennemi à la gorge, à prendre l'otrensiveà son tour et à le précipiter dans une trappe ouverte qui attendait une antre victime. En achevant ce récit d'une voix, étoufl'ée, il tomba d'épuisement et s'évanouit dans son sang.
Les assistants éclatèrent en malédictions et se signèrent, avant de pénétrer dans ce repaire d'assassinats. On ne trouva plus le barbier, la trappe était refermée ; mais quand on descendit dans une cave commune aux deux boutiques, on surprit le i)àtissier occupé à dépecer le corps de son complice qu'il n'avait pas reconnu en l'égorgeant : c'est ainsi qu'il composait ses pâtés, meilleurs que les autres, dit le père Dubrcul, d'autant plus <jue la chair de l'homme est plus délicate, à cause de la nourriture. En mémoire de ce crime incroyable, la maison l'ut démolie, et une pyramide expiatoire élevée à l'endroit où ce boucher de chair humaine, qui fut brûlé avec ses pâtés, apprêtait sa délicieuse et atroce pâtisserie. L'arrêt exécuté, la procédure anéantie, le temps n'efl'aça pas le souvenir du pâtissier homicide <|ui sert encore d'épouvantail aux petits enfants de la rue des Marmouzets.
Plus de cent ans après révènement, la place vide, appelée anciennement le lieu des Marmouzets, et qui devait à toujours être inhahilée, appartenait à Pierre Bélut, conseiller au parleun-nt, (pii n'osait ottreprendred'y faire bâtir; il requit une permission du roi <pii, par lellres-pa lentes du mois de janvier 1556, dérogea à l'arrêt, sentence et condamnation qui sur ce pouvaient être intervenues, donna confié de réédifier cette place et lieu vide, pour être habitée, vl, sur ce, imposa silence perpétuel i\n procureur présent et à venir. Il ne fallut pas moins de la formule royale : car tel est notre bon plaisir, pour que les murmures du jx'uple ue se chaugeasseul j)aseu voies de fait contre l'œuvre des uuiçons, (pu)i(pu' la rue (b's Maruntuzels fût grandement difformée par cette place vide et cette pyramide en ruine.
Les rois au douzième siècle n'éliiicul pas aussi absolus (pi'au seiziènu'; et si François 1" lit rebâtir impouénuMit une maisou, Louis-lc-dros n'en fit pas abattre une, de pleine puissance et autorité, saus onh('-|>asser ses droits. Le chanoine Duraucy avait dans celle rue (b-s Miirniouzcls un logis (pii empiétait sur le chemin public, cl ièruiail pres(|ue le |iassag«^ Le fils de Philippe 1'' ordonna de renverser la itarlic a\aM( ce de cette propriété parliculiere. Le (Chapitre se |)laignil de cet allenlal a ses inimuuilés. et lors(pie L(»nis tu! uionlc sur le Irône. il couseulil â céder au |)ouvoir ecclésiastique et a payer un denier d'or d'anicndc, le jour niènic de son mariage ave<- Addaïdc drSav(»ie. Lonis-b'-(lr(»s, (jui nicnacail le roi d'An-
gleterre d'aller iairo ses relcvaillcs à Londres, en compagnie de vinj^t mille lances, s'avona vaincn par le chanoine Dnrancy.
La rue des Mannonzels, (|ni n'a <onservé de sa vieille physionomie que des piliers ronds incorporés dans une maison moderne, des angles de mur en saillie, des portes basses surmontées de soupiraux grillés, et une enseigne en relief, au Palmier, était, s'il se peut, encore plus noire et plus sale, avant l'année 1665, que connnença le nettoiement des rues, lorsque le médecin Courtois, cpii y demeurait, avait dans sa salle de gros chenets à pommes de cuivre, qui étaient chaque jour encroûtés de vert-degris, produit par l'infection de l'air. « Jugez, disait-il, en narrant son ex- » périence journalière, à ([uelle action corrosive sont soumis les ]ionni(»ns » et les autres viscères plus susceptibles que le cuivre! »
Néanmoins, le médecin Courtois ne délogeait pas, maigre les inléiéls de ses poumons, contraires à rfu\ de sa bourse.
lil K ItF, l-A nAFÎILLKHIK.
La rue de la liarillerie,([ui joint le pontSanit-Michelau Pont-au-Change. formait jadis trois rues sous trois noms différents : rue du pont Saint-Michel, rue de la Barillerie, et rue Sainl-Barthélemi . Il est à croire que celte rue exista du moment on le Grand et le Petit-Pont furent construits, où fut élevé un palais pour le gouvernement de Lutéce, où le connnerce exigea plus de relations entre les deux rives de la Seine : cette rue était une voie romaine, quoique son élargissement n'ait eu lieu qu'en 1705, el César y passa avec son arnu^e, tandis que, sur la montagne de Mars, les Craulois appelaient la bataille en choquant leurs boucliers. Quant au nom de la Barillerie vfirtr///t'rmi, cpie Guillot, dans son birl des rues, change en Grand' liuriszerie, pour la distinguer d'une autre ruelle de la Barillerie qui lui était parallèle, et ((ui est aujourd'hui couverte de maisons : ce nom témoigne assez (lu'elle était habitée par des tonneliers qui suftisaient à peine pour l'immense quantité de vin (jue produisait le Parisis, depuis que Brennus y avait apporté d'Italie la vigne en trophée. Lutéce, du temps de Julien, (pi elle devrait placer à la tète de ses rois bien-aimés, s'environnait de fertiles vignobles, dont la récolte faisait sa richesse et sa gloire ; le Palais, les Thermes, le Temph^ et les monastères eurent longtem|)s une ceinture de ceps chargés de raisins délicieux, et l'on vendangeait a l'endroit même où la rue de la Harpe grimpe moisie et fangeuse entre ses deux quais de maisons pendantes ; enfin, le nectar de la Ville-rÉvècjue, «le Suréne, de Vanvres et de Sainte-Geneviève était reserve à la table roy;ii<', et passait pourex((uis, même sans l'être. 11 faut (pic le vin ou le goût ail en ses révolutions ainsi (|ue le royaume.
Sainl-Louis avait aulanl de soins de sa b;.rilleiie que de sa chapelle, cl
l.Vi l^A r.iTE.
trois tniiilliers qui inongoaitMit à lu nnif clait'iit |irc|»(ts<'s à la garde des tonneaux, niuids, ftoife^ et barils. I.e roi Jean se contentait de deux barilliers d'écliansounerie. Peut-être le voisinage des caves du palais où Cliarlemagne entassait ses lions barils cerclés de l'er, houos bariilns ferro ligatos,) a-t-il donné à la rne le ncun de la IJarillerie. (|n'elle ptirtait avant 1280.
Ce nom, suivant Robert Onal,fnt modilié en celui delà liah'iUerii', viit loqutelia, ou lorutin) soit à cause du parlement où se dépensait tant de paroles, soit à cause des badauds qui se rassend)laient là pour s'entretenir des nouvelles ; soit à cause de la conlnsion de cris de tonte espèce que jetaient les marcliands ambulants, dont le nombre ét.iit si elTrayant, que Guillaume de la Villeneuve, après en avoir cité une partie, linil pai' sécrier : tjuc si j'avais (jvaiiil avoir, et de rlKiriot voalsissi' avoir (le son mclicr mie denrée, il aurait moult eourle durée.
En effet, la plupart de ces erieries singulières son! perdues pour nous avec l'objet (pii les avait fait inventer, et beanctuq» dClats se sont agglomérés en un seul, qui à présent attend lacbeleur en silence et en boutique. On ne crie plus: Des aiguilles pour i\\\ vieux 1er! de l'eau pour du pain ! des oiselets pour du pain ! On ne connaît plus les niarcbands de lie de vin, de hùrhe à deux oboles, de sauce à l'ail el au miel, de poivre pour un denier, de joncbées d'berbes fraîcbes. Enfin, pour ciunprendre la bahillerie ipie c'était dans les rues, il faut lire le Diel du mercier, qui avait la constance d'éiuunérer sa marcbandise en plus de i\v\\\ cents rimes, depuis le queton icolon . avec le(pH'l les danu'S .se roujiisseni, jusfpi'au hou coffre à garir la leiyue : on verra ipie mitre nu'rcerie est moins riche en assortiment (|ue celle de nos naïfs aïeux.
A une épocjne m'i de hideuses maisons entassées lune sur lanlre, chacune se haussant à l'envi au-dessus du toil voisin, lormait la cour du Palais, et prolongeaient l'étroite rue de la Harillerie à l'endroit même ou s'ouvre aujourd'hui une jilace assez vaste pour y dresser l'/'cliafaud du pilori moderne, on établit dans une de ces maisons bourgeoises ini hôpital pour les pauvres enfants : la cliarité chrétienne os i se uuuitrer eu public, pendantfpie Injustice se cachait au fond de s(ui sanctuaire.
En WH), l'hiver fut bien rude et la misère bien aIVrense: les lleaux celestes semblaient d'accord avec les lleaux terrestres : la mauvaise saison avait gâté les récoltes, et la guerre civile, (pii mettait la France eu feu. arrêtait timtes les ressources du c(unm('rce. Paris, deponiMi de gloire et d'approvisionnements, sous ladominarKui anglaise, ne se souvenait plus de ses sanglants desordres, an milieu de la lamine (pi i dccl lirait ses eut i ailles. Le prix des denrées de |ircmiere m'ccssitc aiii^mciilaii tons les jours, et bientôt largenl ne siiflii plus poui' avoir du pain. Dans les rues, à l'Iiuis des lioulanijers, « ouissiez par tout Paris pileux plaids, piteux cris.
LA CITE. ir.:»
pitciisfs liiiiiciiliili<Mi>, (i iiclils ciiriiiils ci'ici' : jV iiifitis dv fitiiii.' el siii' les riimicis, luiniii l'.iris, [missiez li'oiivcr, ci dix. ci viiiyl on trcnleciil'iiiils, {ils cl lillcs (|iii la iiioiiraieiit tle laiin et de Iroid, el u'elait si dur
-> C(eiir (|iii |>ai' uiiil les ei'il oiiï cner : lu'hts! je iiicitis de j'uim! (|iii i^raiid ' pitié n'eu eût ; in;ïfs les |iauvres ménages ne les iiouvaienl aider. >-
L'Église ne vint pas an secours de cesnialhenrenses créatures; l'Eglise avail sa part des calamités publiques, et saint Yincent-de-Paule n'était pas né. Cependant, lÉglise avait toujours ouvert ses l)ras aux enfants abandonnés qu'elle adoptait comme une brave mère, qu'elle nourrissait el (lu'elle élevait dans son sein. Mais la crèche, placée dans la cathédrale, el destinée à recevoir les pauvres enfdiits-trouvéii de ^'idre-Daine, semblait changée en cercueil, et restait vide comme [)Our insulter à tant dètres souffrants : Isabean de Bavière ne leur avait pas encore lègue liiiil frant s dans son testanu'ut: Isabeau <pii causa tous les malheurs de ce temps-là, Isabeaucjui ne donna |»as a manger au peuple mourant de faim aux portes de l'hôtel Saint-Paul!
Enihi. aueuus des bons luihildnts de la lnnine ville de Paris, émus de tout ce (|uon soulfrait auliMir d'eux, car la cherté des vivres devint excessive, et // faisait Imite la douleur de froid qu'on pouvait penser, achetèrent trois ou (piatre maisons dans la riu' de la Barillerie. où les pauvres enfants avaient polaf/e et hou feu et bien naiches; cbaipie bôpital ayant <jua-
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I aille lils itH plus. Inrii l'oiiniis, que tes hoiinesf/eiis île Paris ij araieiil doiiims. Mais ees souUig<Miioiits no l'avorisaient qu'un petit nombre d'iuroitunés : au mois d'avril, lorsqu'on vidait emmi la rue les pommes et ])riinelles qui en hiver avaient lait les huvayes cidres i, femmes et entants manneaienl par {/raml saveur les fruits povrris qu'ils disputaient auxpores desaiiit Autoiue. Cette lamine n'est pas le seul événement luneste dont la rue de la Barillerie fnt le principal théâtre. En 1G18, le l'eu consuma la grand' salle du Palais, et faillit détruire toutes les maisons et les églises de la Gité. (let incendie frappa les Parisiens, comme une grande calamité pul»li(pie : car le Palais de Saint-Louis, plein de souvenirs royaux amassés peiuiant (piatre siècles, semblait devoir vivre autant que la nu>narchie. et Paris s'intéressait à la conservation de ce vénérable monument, ainsi (pu^ Ptouje attachait sa destinée au Capitole.
Ce Palais, dont le peuple savait tous les chemins, et qu'il avait rendu complice de toutes ses révoltes, du temps des Maillotins, des Bourguignons et des Ligueurs; ce vieux et solennel Palais s'enorgueillissait alors lie sa grand' salle, <jui passait pour l'une des plus (jrandes et des plus superbes du monde; il n'était pas moins lier de sa Table «le Marbre, qui portait tant de longueur, de largeur et d'épaisseur, qu'on tient que jamais il n'y a eu de tranches de marbre plus épaisses, plus larges ni jilus longues.
Cette Table de Marbre servait de tribunal, quand les maréchaux y rendaient leurs arrêts; de théâtre, «piand les clercs de la bazoche y représentaient leurs farces et moralités; de réfectoire, (puuul les enq)ereurs, rois, reines et princes du sang y siégeaient dans les festins publics; de pilori, (|uand ou y exposait (piebpu^ illustre ccuipable aux yeux de la foule circulant et bayant à l'entour.
Cette grand' salle, bâtie par Saint-Louis, surfondaliiuis plus anciennes «pie la royauté, avait été achevée et décorée par ce malheureux Kngnerrand de Mariguy, jugé à mort dans ce Palais, (piil lit i-eedi[ier avec tant de splendeur; j)endu au gibet de Monlfaucon, «pi'il lit reconstruire avec tant de prévoyance!
l 11 pavé de marbre blanc et noir, une magniliipie vm'ile en charpenle l(nite peinte en or et argent, des lambris de bois de chêne scnl|ile et rehaussé d'or et d'azur, de même que les piliers massifs «pii soutenaient les arceaux du plafond, tels étaient les ornenu'Uls de cette salle «pu* la pcnissiére de trois cents anm^es avait noircii', nutis i\[w les pas et les cris de tant de générations n'avaient pas ébianlée. Les statues des rois de France, rangées comme dans l'hisloire, ne réguaienl plus «pu* sim' des bancs et des sacs d'avocats, des boutiques de mercerie et de libraires; car le Pillais n'élait plus le séjour royal par excellence, et le jeune Lmiis XIII eût dédaigné d'y venir ciuicher, quoique le bon roi Louis XII y eût dormi fort itiiisiblciueiil la iiiiil t\r ses noces avec la belli' Marii' ilAii^^IfliTie.
Le crime de Ravaillac, eu KJIU, eut un coiUre-coui) en 1018; l'incendiaire se chargea de parla ire la besogne du régicide. On situitconnail. on accusait même de grands personnages d'avoir trempé dans la nnnt de lleiu-i IV; les pièces du jjrocès déposées au greflé ixiuvaient d'un jour à l'antre enfanter des échal'auds pour de nobles maisons; il était donc urgent d'anéantir ces pièces : on mit le feu au Palais, an risque de brûler la Cité entière.
On ignora toujours les auteurs ou les causes de ce mystérieux incendie. « Le feu est descendu du ciel en façon d'une grosse étoile flandioyante, " d'une condéede longueur et d'un [)ied de large, sur la niiiiiiit. » dit une relation imprimée peu de jours ajires.
Le feu ne se déclara que vers trois heures du matin, et un soldat (pii était en sentinelle donna ralai-mc If pi'cniier. Mais déjà la llanniif. iili-
mentée par les bancs, les nis et les boutiques, s'élançait de toutes parts et jusqu'au faite de la tour du tocsin, qu'on ne put sonner pour appeler du secours. Cependant, Defunctis, prévôt delà cour et de l'île, accourt avec ses archers; les voisins se réveillent au bruit et apportent de l'eau qu'on tire de la rivière et des puits de la rue de la Vieille-Draperie.
Déjà la grand' salle, admirable, certes, en sa structure de si grande masse de pierre et en ses liants et plantureux lambris, était toute embrasée avec la chambre du trésor, et la première chambre des en(pn"'les et re-
(liièles (le l'iiôlel; déjà l'einhràsciiR'iit gaj^iiah la chambre dorée; les scaii.r, (rurhcs et clunidrotis, employés par deux mille travailleurs, semlilaieiil imi)iiissants pour arrêter les pro<;rès du terrihle Iléau, lorscju'ou iuiayina de l'aire au milieu de la rue de la Barillerie, vis-à-vis de l'église Saiut-Hartliéleuiy, un canal bardé des deux ratés de (îens bien é]>ais, qui ronditisait l'ean jusqu'en la basse-cour du Palais qui, tout aussitôt, fut presque un lac d'eau.
Les flauuuéclies ])leuvaieul à toute outrance dans la (',oueierjierie,el les prisonniers, allcquant que la prison était destinée jiour les ijarder, et non pour les briller, arrachèrent les clefs des guichetiers, et tentèrent de s'évader; mais Delunctis et ses gens les repoussèrent de vive lorce; et plusieurs de ces misérables périrent par le fer en cherchant à fuir le feu.
dette fiuu'uaise jetait une telle clarté dans les ténèbres, (|ue les villageois (pii venaient des environs apporter des provisions au marché, pensèrent (jiie /(' soleil s'était levé deux heures plus tôt que de coutume.
A huit heures du nuitin tout était consumé. « Les grands [liliers bâtis 1 de pierre dure demeurèrent brisés en menus morceaux en iàcon d'é-
cailles, ni plus ni moins que chaux mouillée; cette huigiie et épaisse » tranche de marbre noir fort luisant, avec les pieds de même, hit pres- ■ que réduite en cendres; ces belles et hautes statues des rois allichées • aux parois, selon l'ordre (ju'ils avaient régné, toutes nuililées et tron- ■' quées. H ne restait que le pavé marqueté, encore bouillant, ipi'on ud- •' sait toucher, ni marcher dessus à pied, qu'il ne brùlàl |)endaul qu'on
portait dehors les immondices du feu. »
Le lendemain. Messieurs de la (^our eurent beau rendre un arrêt poulies sacs, procès, pièces et registres dérobés pendant l'incendie : marchands, ajtothicaires, papetiers, cartiers, merciers, (q)iciers et autres, sonunés dc' n'acheter aucun parchemin, [»apiers, e<rits ou minutes tui grosses, ne ra|»portèrent rien au grellè civil et ciiminel. Il est doiu [irouvè maintenant «pie Ravaillac n'avait pas de conqtlices.
L'ari'êl du parlenuMil, publié à son de Ironqte par la \ille et iii au\ [Uoiu'sdes paroisses, n'intimida pas la verve satirique du poêle 'riieophile, tpii osa rire de ce désasire :
■ Certes, ce fut un Irislc jeu (,>iian(l , à Paris, dame jnsliic l'oiir a\oir niani;!'' Irop d'i'iticc .
.Se mil le Palais loiU en feu.
Le Iriiid i|Mi)lilM'| làillil cnùlei- cher au poelc ;illi('e i|iii. M-pl ;ius plu> laid, bus de la ptiblicalinii <le ses vers liberliiis, lui iiirfiinc ,i l.i Cnii eieigerie el brûle en elligie sur la place de (irevc
r.\i i. L. .JAtoi: ihKi.meiiii.K
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