‹ Les rues de ParisChapitre 28 sur 65 · KUE NOTRE-DAME-DE- [.(»IU:TT · texte numérisé non relu

KUE NOTRE-DAME-DE- [.(»IU:TT

La iiiaiijiiisc de L. se posa eu face de son inaii, croisa les bras, cligna (le Vœ'û et lui jeta ces trois mots foudroyants :

— Et mon prétexte?..

Voilà comment et pounjuoi il se fait qu'on sentit si vivement le besoin d'un établissement de bains sur la place Saint-Georges.

La rue Notre-Dame-de-Lorette, ([ui alioutit directement au cimetière Montmartre, parla rue Eontaine-Saint-Georges, doit à ce triste voisinage d'être sillonnée cbaque jour, jusqu'à midi, par une succession non interrompue de voitures noires, de chevaux noirs et d'habits noirs à vous donner le cauchemar. Mais ce n'est là qu'une physionomie passagère, car il est à observer qu'à Paris, on enterre rarement après midi, et, comme, d'après les règlements de police, tout enterrement doit avoit lien vingt- ({uatrc lieures après le décès, on est en droit de conclure qne tous les moribonds de la ville se donnent le mot pour ne trépasser (|ue dans la matinée.— Quanta la rue Fontaine-Saint-Georges dont je viens de prononcer le nom, c'est une rue de fraîche date, toute pleine de petites maisons bien régulières et bâties en jolies pierres blanches, ce qui la fait ressembler a une allée du l*èrc Lachaise. Or, cette apparence est, à tout prendre, la seule qui lui convienne, car c'est là bien moins une rue comme les autres (|u'un trait d'union jeté entre l'église et le cimetière.

Groiriez-vons ({u'à Paris, dans la capitale du monde civilise, en plein dix-neuvième siècle, il se trouve des propriétaires barbares qui refusent l'hospitalité, moyennant six cents francs par an, à des hommes, leurs frères devant Dieu, sons le vain prétexte ((u'ils sont peintres. Voilà pourtant ce qu'ont produit les vaudevilles cont<'mporains, où il est d'usage immènuM'ial de re|»résenter les artistes sous les couleurs les plus extravagantes (;t les plus fausses. — Et c'est là ce (pi'on appelle sans rougir corriger les uneurs eu riant ! — Grâce au ciel, les pr(q)rietaires de la rue Notre-Danu'-de-Lorette ne partagent aucunenu'nt ces travers ridicules.

Au prochaiii créancier que vous aurez le plaisir d'accompagner à sa dernière demeure, pourvu toutefois qu'il soit enterré à Montmaifre, levez la tète eu traversant la rue Notre-DauH'-de-Loretle et pointez votre ref'ard sur (piehpi'un'e des plate-formes qui couronnent les maisons, à la mode italienne. Alors il est impossible (jue vous n'aperceviez pas se dessiner à s(!pt étages au-dessus du niveau des trottoirs, (pu'bpn; chose de semblable à ces mamiequins places dans les champs pour servir d'épouvantail à la voracité des bandits empliimes. — G'esl d abord une robe de chambre où se fomleni, sans hainioiiie. loul<'s les ( ouleiirs de larc-enciel, un pantalon à pieds d'une forme incfunnu' et des panloulles impossibles à décrire. Sous cet attirail burlesipu' se caeiie un jeniie peinlr(î de la plus haute espérance: les jeunes peintres donnent tous les plus liantes espérances, y compris ceux qui finissent par enluminer les enseignes.

KLIE .NOTUE-DAME-DE-LOUETTE.

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Cet horiticr lufsoinptirn prosoinptnoux de Léopold Uobrrt liimo dans yinc pipe turque fabrupiee à l'aris un tabac qui n'est guère parfumé, et se

repose à lavance des graiuls Ira vaux (|irikoniple exécuter dans sa jdurnee. En attendant qu'il s'arme résolument de la palette et de l'appuie-main, il étudie la nature sur toutes les formes qu'il lui plaît de revêtir : chien qui aboie, grisette qui passe, oiseau qui vole, et le reste. Mais c'est dans la personne de ses voisines que le peintre se complaît à observer la nature. Son regard transperce les vitres et leur légère cuirasse de mousseline ; le divan et la causeuse n'ont pas de secrets possibles pour lui ; il déchilTre, à la première vue, tous les hiéroglyphes du boudoir, et Dieu sait si les boudoirs de la rue Notre-Dame-de-Lorette sont tapissés d'hiéroglyphes ! disons pourtant à sa louange que ses voisines ne l'absorbent pas tellement qu'il ne songe aussi à ses voisins. Or, le voisin est un confrère dont on est séparé par quelques cheminées, mais duquel, eu revanche, on est rapproché par une communauté d'étages, d'opinion, de poésie et de gouttières. Et dès lors, ce sont des causeries sans fin sur l'art, la grandeur de l'art et la sainteté de l'art; on cause du Giotto, de Cimabuë, de l'Espagnolet dont ou n'a jamais vu une seule toile; on cause <le la Foruarina et de son divin amant qu'on a soin d'appeler le Sanzio, son ncuu de Haphacl étant spécialement abaudoutu' au langage prosaïf|ue du hourficois.

La rue NoIre-Dame-de-Lorelle l'ait une incrovable coMsimimalion df

H<l lU !•: N()TIU:-l)A>lF.-l)K-L(M{KTTi:

ciladines, a ce point que radministration vient de créer une place s[)fciale de petites voitures à l'angle de la rue Bréda cl de la rue Neuve-Bréda. (le sont des allées et des venues perpétuelles qui coniniencentdans l'aprèsmidi et se continuent jusqu'au beau milieu de la nuit; car c'est un des souverains plaisirs des jolies habitantes de ce quartier. On se demande même comment, ayant si peu de rentes inscrites sur le grand-livre, elles peuvent suffire à cette dépense ^ —C'est que, probablement, leurs rentes sont inscrites sur un autre livre; peut-être les trouverait-on dans ce livre charmant qui a pour titre : les Contes des Mille el une Nuits.

Demandez à M. Conte combien ce (|uartier absorbe à lui tout seul d'employés de la poste, depuis les commis qui classent et qui timbrent les lettres, jusqu'aux facteurs qui les distribuent. C'est à n'y pas croire, et cependant on n'a pas de peine à se l'expliquer lorsqu'on songe que chaque Lorette écrit ou fait écrire par ses amies, et même par ses amants, une moyenne de dix lettres par jour. Ces pauvres facteurs n'y tiendraient pas s'ils n'étaient suppléés et doublés par tons les commissionnaires du (p)artier. Quels hommes que ces commissionnaires! quelles ruses, quelle habileté, quelle diplomatie et quelle connaissance du cœur humain il leur faut déployer dans l'exercice délicat de leurs périlleuses fonctions! Ou a calculé qu'après trois ans d'un pareil métier, un commissionnaire de la rue Notre-I)ame-de-Lorette ferait un très-excellent premier attache d'ambassade.

Une observation singulière, c'est que dans ce quaificr (jui vit de plaisir cl pour le plaisir, il n'y a ni théâtres, ni salles de c(uuert ; il n'y a absolument que l'église. Je n'ignore pas qu'on a inaugure l'hiver dernier une salle de danse dans la rue Neuve-Bréda. Mais une Lorette un peu bien située rougirait de s'y laisser apercevoir; de temps à autre, elle permet à sa femme de chambre d'y paraître. Et puis, an demeurant, (pia-l-clle besi'in de cette salle èrjuivoque? ne règne-t-elle pas l'hiver à rOjtéra et l'été sous les verts ond)rages du Uanelagh !

Un mot encore : la rue Nolre-l)ame-de-Loretle (|ui compte les cabinets de lecture par douzaine, ne possède pas un seul restaurateur. Kn revanche, les rôtisseurs y abondent. Ce détail stalisti(|ue résume la |)hvsionomie tout entière de ce (|uailier de Hohèuu's : ou v mange comme on y vit. sur le ponce !

.Vi.iir.mc Skcomi

a Cité, qui fut longtemps tout Paris, bipii avant que la réunion de deux îlots à sa pointe occidentale eût augmenté son étendue primitive, foi ma , en 1705, un quartier compi enant aussi les îles Notre-Dame etLouviers. A l'époque de la Révolution, ce quartier renfermait douze paroisses et vingt-une églises ou chapelles , cinquante - deux rues , onze ponts, le Palais, l'Hôtel-Dien et la cathédrale. Depuis un deniisiecle , la plupart de ces églises ont ete abattues ou supprimées, et le marteau municipal a fait pénétrer un peu d'air, un peu de jour, dans ces luelles semblables à des caves, qui ont perdu jusqu'à leur nom en deve- ,__i^i__ liant des rues. Le commerce, qui li^jT^r» florissait sur ce sol héréditaire, s'est acclimaté ailleurs, et presque £ toutes les maisons, hantes et rapprochées , ont caché leurs charpentes noires et vermoulues sous un enduit de plâtre, comme pour ;tifier l'étymologie grecque de Lutccc on Leucotetin, ville blanche.

On trouve à peine maintenant, dans la Cité, quelques-uns de ces pignons sur rue dont les bourgeois

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étaient si liers, ot qui leur tenaient lieu de pareheniins; on y clierehe en vain les cncognures ou poutres sculptées qui supportaient l'édifice et servaient à son ornement extérieur. Çà et là, un toit en auvent cintré, un étage en saillie, un angle de maison en cul-de-lampe, une porte basse à voûte de pierre, un escalier de bois à rampe massive, une boutique obscure et profonde, rappellent les anciens temps qui remplissent de souvenirs ces rues sombres, boueuses et infectes, qu on croirait babilées par des crapauds, des hiboux et des chauve-souris.

II y a pourtant des hommes qui naissent, vivent et meurent sans sortir de cette atmosphère putride, sans chercher d'autre maison que des murs enfumés, et sans connaître même les magnificences architecturales de -\otre-Dame où ils vont à la messe le dimanche, où ils ont été baptisés, on ils auront leur messe des morts, s'ils laissent de quoi la payer ! Qui oserait s'aventurer dans la rue des Trois-Canettes ou dans celle des Deuxllermites ! Qui connaît seulement de nom la rue de la Licorne ou la rue (locatrix? Qui voudrait croire, même en le voyant, que Paris cache dans son sein des rues aussi étroites, aussi puantes, aussi affreuses que celles des Cargaisons, de Perpignan etdeGIatigny':'

La ffuidation d'une ville dans la Cité est un de ces faits que l'histoire ne rapportera jamais à une date précise, et le château des Parisiens, caslellinti Parisiorum, lorsque César s'en rendit maître, n'avait pas d'autre importance que sa situation inexpugnable au milieu de la Seine qui l'embrassait plus large et plus rapide qu'elle ne l'est aujourd'hui, car ses bords sont atterris par fjravois. pieux et ordures qu'on y a jetés, suivant le crédule Raoul de Presles, qui ne lui accorde pas moins de vingt-six siècles d'antiquité. Ce vieil auteur raconte ainsi l'origine de Paris d'après une croyance qui était généralement adoptée au (piinzicme siècle, et qui n'a plus cours dans le nôtre.

Francon, lils d'Hect(n\ ayant porté les pénates de Troie en lI(U)grie après le siège et la destrurliou de la ville de Priam, y fonda Sicambre, et ce fut au temps de hurid. La population de la nouvelle Troie se multiplia tellement dans l'es]»a(e de 20(1 ans, que vingt-deux mille Troyens conduits par un chef nommé Iboz (piittèrentleur seconde patrie pour s'établir dans un pays plus fertile. « Ils passèrent Germanie et le Rhin, et vinrent presque sur la rivière de Seine, et avisant le lieu où est à pivsent Paris, et pource qu'ils le virent beau et délectable, gras et plantureux et bien assis pour y habiter, y firent et fondèrent une cité, laquelle ils appelèrent Lutèce à Luto, c'est-à-dire pour la graisse du pays; et fut édifiée cette cité au temps de .\masie, roi de.luda, et de Jéroboam, roi dlsraél, 850 ans avant rim arnation de Notre-Seignein", et s'appelaient l'arisieiis, ou pour l'àris. lils du roi Priam, on de l'harisià, en grec, (pii vaut autant comme hardiesse en latin. >• Luc noincllc colonie de Sicajnbres arriva el voulut cou-

La Cité. — Notrfi-Dame.

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