‹ Les rues de ParisChapitre 63 sur 65 · POUR LES CHŒURS · texte numérisé non relu

POUR LES CHŒURS

Vingt-deux hommes à 400 livres, et deux pages a "200 livies. Douze femmes à 400 livres.

DA>sEi;r.s.

Deux premiers danseurs à 1,000 livres chacun ; Dix autres à 800, 600 et 400 livres ; Deux premières danseuses à 900 livres chacune ; Huit autres à 500 et 400 livres.

OROUESTRE.

Batteur de mesure chef d'orchestre actuel j à 1,000 livres; suil la nomenclature de cpiarante-six instrumentistes, dont les appoinlement.*' varient de 600 a iOO livres. Deux machinistes à 600 livres.

r,82 II LE LEPELLETIEU.

Il résulte de cet état ofticiel, cju'en 1715 le personnel de rodera ne s'élevait pas à plus de cent vingt-six artistes ou employés, le tout coûtant [»ar an soixante-sept mille cinquante francs, c'est-à-dire les deux tiers environ de ce que coûte aujourd'hui un seul premier sujet.

Apres le grand Opéra, les seuls étal)lisseuieuts publics remanpiables <|iie possède la rue Lepelletier, sont : — le fameux restaurant de Paolo Broggi, (pii a fait pour la cuisine italienne, ce que Rossini a fait pour la musique du même pays, c'esl-h-dire qu'il l'a rendue populaire et créé le dilettantisme de Macaroni, de Havioli, de Pnlpetti, etc. ; — un simple café que les habitudes des consommateurs ont transformé en club liltéraire et politique. On l'appelle V Estaminet du Divan. Pour être admis aux honneurs de l'introduction, deux qualités sont nécessaires : il faut élre l'ami d Un honinn; de lettres, ou vouloir le devenir soi-mèuu'. Tout est liltéraire dans cet établissement: les garçons eux-mêmes ne sont|»as, dit-on, admis sans avoir un certain vernis de iiltrralure, et ils m' sont reçus (ju'aprés examen. —On ajoute que la i)liiparl collaborent, sous des pseudcmvmes, à divers journaux de modes.

Lorscpu! vous entrez, ils vous disent : — .Monsieur desire-t-il la suite d'Eugène Sue etsa demi-tasse?— Monsieur lira-t-illefeuillet(ui d'Alexandre Dinnas, en prenant sa limonade? — Nous avons aujourd'hui ini article de criti(pu' littéraire, et des tranches de jambon bien remar(|uables.

Ouehpieh)is le maître de l'établissement vous aborde et vous dit a nnvoix : Ah! ah! nous avons publié notre feuilleton; c'est le cas de ngler notre petit cmuple. Ou bien : — Nous arrangerons cela au moment de notre mise en vente. — Ou bien : — Je vous ferai remettre la petite intte i\[)vè» \oi\'ii première. — Je compte sur quelques billets.

Le National a, depuis cinq ans, planté son drapeau démocrati(pu> dans la rue Lepelletier. C'est également dans cette rue que M. (iauneron a récemment établi sa nouvelle bainjue descompte.

Le passage de l'Opéra est cité comme l'un des bazars (h; l'industrie élégante, ("est aussi le rendez-vous favori des Lions (jui, le soir surtout, l'inondent d'un nuage de fumée de cigarrcs plus on moins lia\auf. Depuis (juchpu' temps, les coulissiers de la Ibuirse, forces d'abandonner le cale de Paris et le perron de Tculoni, se sont réfugies dans le passage de l'Opéra. Là, ils se coudoient avec les maicbands de billets cl de conlremarcpies. Oe rapprocluMuent entre ces deux classes d'indiNidus serait-il une epigrannne du hasard ''

Le (Iraud-Opera est poiM' la liie Lepelletier une cause de loilLinte iininiation. Les soirs derepresenlalion, elle [(Uiil i\u delile des e(piipages et elle a en outre l'avantage délie ornée de plusieurs planions de gardes nnniici|»aux, cet inévitable indice de toutes les joies et de toutes les solennités I leiiies. Al r.Kur <:i.i:k

Uî RRMBUTEAU

An point (le vne de l'histoire, cette rne n'existe pas ; elle est née d'hier ; elle date de demain.

Exécntée aussitôt (|ue conçue, elle s'est élevée comme par enchantement ; poussant ses maisons l'une après lautrc, comme des pions sur un damier, elle s'est avancée du levant au couchant, à travers Paris, renversant tout ce qui lui faisait ohstacle, ruelles et rues, ])alais et houges, rognant par-ci, coupantparlà, maniant la truelle et le marteau, édifiant et démolissant tout à la lois, |isi hieu (|u'un heau matin les fripiers de la rne Saint-Avoie, les chapeliers qui avaient fait élection de domicile à la rue des Ménétriers, les rogomistes de la rue Quincampoix.

leshonnetiers delà rue Saint-Denis, et Ion te Ihonorahle corporation des dames de la halle, virent avec ell'roi, ,iu hrnit des gravois qui tomhent, des marteaux qui frappent et des scies qui grincent, s'avancer gravement,résolument, impitoyahlement, cette rue nouvelle et inattendue.

Ce fut un conj) de fondre, une désolation générale, une clameur for- ,„j,l;,I,le La rne namhntean (pii

r,84 lU K RAMBITKAI

arrive 1 la nie llainlmteaii ijui |»a!?S('! On eut dit vraiment que l'enieuto était aux portes, et le cloître Saiut-^Ierri en feu.

Ce premier effroi passé, la rue liambuteaii fnt acceptée, et de fait c'est la une magnifique rue; applaudissons encore à la création de cette nouvelle voie parisienne : tout ce qui doit embellir et purifier la grande ville est lion à prendre ou à recevoir.

« La magnificence de Paris, disait naguère M. Hi|)pol\te Meynadier, ' dans une brochure sur les travaux d'art et d'utilité publique, atteindra » les dernières limites , telles que peuvent les tracer nos sociétés mo- » dernes, lorsque l'autorité, à la tète d'un mouvement progressif, aura -> donné tous ses soins à la création des grandes voies de communica- » tion, si indispensables, sans lesquelles notre capitale ne peut avoir » toute sa majesté; lorsqu'elle aura érigé, dans des institutions éliuliées » et convenables sous tous les rapports, les grands monuments d'utilité » publi(|ue qui sont a créer ou à reconstruire; lorsqu'elle auia dégage " nos vieux édifices des entourages grossiers qui les obstruent trtqi sou- » vent ; lorsqu'elle aura même pris soin de faire exécuter, dans des con- » ditions arlisticpies, les c(Uistructions qu'elle ordonne et ([ui (Mit rapport » aux besoins du service public. »

M. Mevnadier doit être content de la rue lîambuteau, cette puissante artère ouverte à la circulation parisienne, une large voie qui relie trois quartiers différents, qui dispense à la fois l'air, l'espace et le soleil, à une population nombreuse et étouffée, trait-d'union commercial qui soude l'un à l'autre les deux plus grands marcbés de Paris : les carreaux des halles et la rotonde du Temple, les commestibles et le vieux linge; mais n'anticipons pas. Cette rue, ipii n'a point d'histoire à elle, appartient au passe par les sojivenirs ipii se rattachent au scd, au présent jtarla physionomie (pii lui est propre, a l'avenir par les services (pi'elle doit rendre. f*arbnis donc du passe.

.\ides de ci" nuage de poussière el de vieux plâtre (|ui [iromeiie un instant s(»u aiiti(|ue auréole au-dessus des édifices démolis, remontons a la source de cette rivière d'indienne, cùtoyons les bords de ce lleiive de «alicot et (b' madapolam, car déjà la cotcumade règne et giuiverne a la rue Hambub'au. Kt;iblissons la généalogie, et consultons, s'il v<nis plaît, l'arbre liérabli(|ue de cette mtuvelle venue.

l'aris n'a jKis Hc hàti dans un jiiiir. dit un vieil adage; reiiei-iiile de IMiilippe-AugusIe, commencée eu ll*,)(>. est là pour le prouver. I.a muraille terminée en l*2'il passait, duii cote, rue du t'.liaiime. et de l'autre a Sainl-Kiistache. Ces deux limites de Paris s(Uit aujourdliiii le C(uulueiicemeiit et la liii de la nie (|ui ikmis oc( U|ie. Philippe - Augustt> ,\\i\\\ prévu M. de HaiiiliMteaii : le prelet delà Seine a rmiipris le loi de F-raiice,

|{L1K I;AMIU TKAI. 5X5

Eiilt'iniL'i' ct'l Ch^pace, ce iiclait ricii. il l'alljit U; |»(Mi|>lrr; il y a\ail, il ost vrai, des murs à la ville el des j)orles à ces murs, mais loiit l'aris était encore dans la Cité; les gens aveiitureuv de ce temps-là, les (lliiistophe Colmnb du Pont-au-Chauge, s'avançaient bien jusqu'au pitul de l'Hôtel-de-Ville, vuire même jusqu'à la rue des Lombards, mais c'était luut. Au-delà, c'étaient d'immenses terrains vagues, de grands clos ensemencés,où l'berbecroissait plus vile que le bon grain: c'était la campagne, c'étaient les cliamps, la plaine Saint-Denis dans un mur d'enceinte.

Cependant on apercevait par lois, en cbercbant i)ien, quek[ues taudis (le mauvaise apparence, perdus dans ce désert fangeux, maisons lugubres, d'allures suspectes elde rencontre périlleuses, coiffées de chaumes ebourilTes, toujours guettant par leurs sinistres lucarnes, et devant U'squelles le Ixuirgeois attarde n'eut passé (pi'en tremblant. Puis çà et là jetés c(unme des germes civilisateurs, comme des colonies naissantes, on voyait de loin à loin s'élever le cloclier d'une cliapelle, les tours d'une aid)aye, véritable forteresse monastique, où le froc cachait la cuirasse, où la croix n'était que la poignée de l'épée. ïel était, en 1158, le couvent des i-eligieux de Saint-Magloire, situé à égale dislance de la chapelle Saint- Agnes, (jui fut depuis Saint-Eustache, el du grand chantier du Tem|)le, sur l'emplacement duquel on a ccmstruit l'hôtel Soubise. Qui eut dil (pie ces trois jalons féodaux jetés dans le xir siècle sur l'extrême limite du vieux Paris serviraient, en (jiîelque sorte, de points de rappel aux géomètres de notre temps pour tracer la rue la plus bourgeoise, la moins dévote et aussi la moins guerrière du Paris moderne.

U\iand bien même la rue Uambuteau n'aurait pas d'autre illustration (|ue celle-là, ce lui serait assez d'appartenir par son commencement, par son milieu et par sa tui, à trois des plus curieux monuments hislori(pies du moyeu-àge; car, ainsi idacée, elle peut résumer à elle seule l'histoire politique et religieuse de Paris du xii' au xviir siècle.

.N'est-ce pas à l'angle de la rue du Chaume et de la rue de Paradis, derrière ces nmrs où sont enfermés aujourd'hui les Archives du royaume, que se trouvait situé en 1182 le grand chantier des Templiers, vaste dépendance de cette congrégation militaire et religieuse, à laquelle un roi légua son royaume. Dans cette enceinte, qui communiquait avec le Temple, les chevaliers de la Croix-Rouge avaient fait construire les bou- ( hcries de leurs couvent.

Deux siècles plus tard, les Templiers étaient dispersés depuis hmglemps; l'ordre, dépouillé et banni, errait à l'étranger. La ville, voulant témoigner sa reconnaissance au connétable Olivier de Clisson, qui avait intercé<lé auprès du roi Charles VI pour les Parisiens révoltés, lui (bum.M le grand chantier du Temple, qui porta depuis le m)m d"h()lel de la Miséricorde, en ciMumênioralidii de la clémence d'Olivier de Cliss«iu

Page 1