‹ Les rues de ParisChapitre 65 sur 65 · A JACQUES CŒUR ,* PROBITÉ, PRUDENCE, DESINTÉRESSEMU-NT · texte numérisé non relu

A JACQUES CŒUR ,* PROBITÉ, PRUDENCE, DESINTÉRESSEMU-NT

IMiissc cet éclatant hommagr rendu par la ville de Paris à la probile (lu petit marchand de Bourges, proiiier à l'avenir di^ la rue Hambuteau. I)(''jà tout le commerce du ipiartier a fait invasion dans la rue nouvelle ; la l'enomnu'e de Jac(pies Co:'ur trouble le repos de la toile d .\lsace. et empêche l'article i*aris de dormir; clKupu* marchand rêve derrière sou comptoir les splendeurs de l'argentier du roi ; il s'y fait des commandes cl de la diplomatie par correspondance. La bourre-de-soie trame des |)rotocoles et des cachemires pur laine; les fauteuils gothiques ont remplacé les tabourets de paille, et toutes les demoiselles de magasins sont, des Agnès. l>e dix-neuvième siècle a rétrogradé jusqu'au (piinzièmcll va des circonstances où reculer, c'est progresser.

Mais j'aperçois d'ici le carrefour où s'ouvrail la bouche noire, humide el inb'cle d'une ruelle autrefois célèbre. Qu'a-l-ou fait de la rue des Méuelriers, je vous prie, joyeuse lille du vieux i*aris, qui, dès le xiiT siècle chantait incessamment la nuit et le jour d'une voix rauque el avinée, a l'angle de la rue Reanboiirg et de la rue (■enll'roi-Langevin' Kn 12'ir», ("était la mcauxjoueiiy.sdrvii'llr, puis la rue Av>^ .linih'uurs; au xiiT siècle nie aux .hnKjleni's , plus laid rue des Moneslrcls, el depuis 148'i, rue des Mciirslri)'r.s.

Pour iiKti. je l'avoue, j'aime celle nie diiii amour d'arliste; jai pour elle nue sorte (le vénération el de respect lilial . quand je songe (pie ce titre de Mihii'siricrs fut riiumble manteau (pii iccoii\rit. il y a huit siècles environ, les unisi(i(Mis el les poètes.

On les ap|»elait troubadours ou trouvères, soit (pi'ils vinssent du Midi on du Ndrd ; (piebpiefois même on les nommait sans scrupule jongleurs el niciiislricrs. (Jii'elail-ce, en ell'el "'des baleleilis vagabonds . (pii laisaieiil siiiiplcmeiil dans leur peleriiia;:e poétique hi langue d'Or on la laii^jiie

lU K 1{ \M!U TK.M -H\)

iVOil, rcconslniisaiciit a la France un iilioiiic iicrdii (l('|>nis longt('ni|is, on corrompu par les invasions des Barliares et les con(|nètes des Honiains, créaient une poésie, trouvaient une niusi(|ue, et civilisaient des |)euples au son des vielles et des rebecs. Dès le xr siècle les troubadours, trouvères, jongleurs ouménestriers, s'étaient déjà rendus fameux, et comme les bonnes cboses et les saines traditions ne durent guère, ils ne lardérenlpas à dégénérer, de telle sorte (pielMiilippe-Auguste se vitconlraiul de les bannir la première année de son règne. Alors la gaîté insoucieuse, le rire franc et jovial, les belles bistoires et les bons contes, les jolis refrains des ménestriers, b's cliants amoureux des troubadours, les divertissantes singeries, les merveilleux tours de gibecières, les danses plaisantes et les jovialités des jongleurs, toiit cela s'en fut tristement dans la terre d'exil, laissant en grand émoi n<d)les dames et jeunes seigneurs, et plongeant toutes les cbàtelennies d'Oc et d'Oil dans la consternation et dans le deuil. De la Provence à la Picardie, ce ne fiit((u'une lamentable clameur de détresse; aussi vit-on bientôt revenir les joyeux compagnons de la Ménestrandie.

La nouvelle de leur retour se répandit promptement; jamais roi couronné ne fut plus cordialement, plus magnili(|uement accueilli. Us rapportaient tant de nouvelles cbansons, tant de galantes bistoires, lanl d'aventures merveilleuses, et d'autres (pii avaient pieusement utilisé leur pèlerinage étaient cbarges de tant de précieuses reliques peniblemeni ap|>oi'tees de la Terre-Sainte, (|ue l'entliousiasine ne connut liientôt plus de borne.

.buMpu's (Irure et IIugues-le-Lorain, deux ménétriers dont les alVaires avaient prospère sur la terre d'exil, fondèrent à cette époqiu' une cbapelle dédiée à saint Julien et à saint (lenest ; ils y annexèrent \iu hôpital tti'i les ménétriers et jcmglenrs étrangers passant par la ville de Paris étaient reçus et bébergés gratuitement. Enlin, peu de temps a|n-ès, ils formèrent une confrérie sous le patronage de saint Julien et saint (ienesl Le régleuu'ut de cette confrérie fut dressé au (Ibàtelet, le 'i.' novembre lo21. (le règlement est un véritable privilège en faveur des ménétriers |)arisiens; il fut signé ])ar trente-sept ménétriers j(»ngleurs on jongleresses, auiunubre (les(|uels setrouvaieut Pariset, uuMiestrel du loi ; Jancoi', lilsdn Moine, et Marguerite, la Femme au Moine. Pour justifier ces surnoms, an moins étranges, il n'est pasiuutilede ù\rt'{\ne\-àvne des Ménétriers toucliail de fort près aux murs du couvent de Saint-Magloire ; le voisinage expli((ne tant de choses. Les compagnons, ou membres de la confrérie des Ménétriers, avaient croix et bannières, ainsi que toutes les autres corporations, et l'on voyait dans le sceau de la confréiie Saint-(ieuest, droit et raide. jojiant de la vielle avec toute la gravité et le décorum (pTexigeaient son titre et sa position de bateleur caïKniisé.

'>'.I0 HUE IJAMBITEAI

A cette cpoijne la confrérie était en telle odeui" de sainteté, (|ne sain! Lonis voniant lui doinier une nKU(iue de sa royale niuniticence, exeni))ta les compagnons du droit de péage, à l'entrée de Paris, sous le Petit- (".liàfelet, à condition qu'ils feraient sauter leurs singes et chanteraient une chanson devant le péager. Telle est l'origine de ce proverhe si connu : « Payer en monnaie de sinyo. »

]Mais, hélas ! il en fut des niéueslricrs comme des grands de la terre; ils n(^ |)urent demeurer longtemps au faîte où ils s'étaient élevés, et le jouide leur grandeur fut celui de leur décadence.

Depuis quelque temps la rue des .Ménétriers se dérangeait. On avait eu heau la haptiser et la rehaptiservingt fois, elle restait toujours \\n peu païenne, en dépit des ordonnances de Philippe-Auguste et des sages edits du saint roi. Jamais on n'avait oui tant de chansons ohscénes; il y avait du lihertinage dans l'air; du malin jusqu'au soir, du soir jusqu'au matin c'était un continuel fracas de pots fêlés, de refrains grivois, de haisers retentissants et d'instruments discords; on voyait incessamment courir dans la pénomhre de cette rue ohscure des formes ivres et débraillées; déjà des regards indiscrets et des lèvres plus indiscrètes encore avaient éventé bien des secrets. (Certaine porte du couvent de Saint-Magloire. (■(uidanmee du temps de Philippe-Auguste, s'ouvrait par fois à la nuii close, et les médisants assuraient que Marguerite-la-Jongleresse, surniimnu'e la Femmc-au-Moinv. n'avait pas entièrement volé ce surnom Les mo'urs des Ménétriers avaient déteint sur le couvent, où la chanson était plus en lunnieur (pie le cantique. Puis on disait ceci et cela, et bien d autres choses eiu'ore ; il est vrai ((ne les beautés peu farouches de la lue ïronsse-.Nonain dénouaient trop facilement, peut-être, leurs ceintures dorées; il se peut aussi (pu' plus d'une fois les joyeux compagnons de la confrérie des .Ménétriers leni' aient applicpie la |)aternelle ordonnance de saint Louis, et (pw, pai' une licence poeti([ue un peu hasardée, ils aient traite ces prêtresses de l'amour satisfait connue la barrière i.\\\ F'elit-dliàlelcl. dont ils payaient le passage en monnaie de singe.

I>('ja bannis une première ft»is pour cause de libertinage, les nienelrier-n'en continuèrent pas moins leui' vie liceiuieuse et déréglée ; leurs desordres n(Uivean\ furent ptu'Ies a un tel excès, (pu* le prévôt de l'aris se vit oblige de rendre une ordonnance (pii leur lit « défense de rien dire, représenter ou elianler dans les lieux publics el antres (pii pût causer quchpu- scandale, a peine d amende, de prison, et d être réduit au pain e| a l'eau. " Altères par cette b»i sévère, ils se séparèrent el prirent dill'erents partis : b's uns se livrèrent a ICxercice des tours de forcée! d adresse. et furent appelés bateleurs; t(lle est l'oiigine des danseius de corde. A l'entrée d'Isabeau de IJaviere. un ange, précurseur d'.\uriol et «le Ma/.urier. desrcndil s;iii> b ilanciei' sur une curde I .iidne a la porte

Rue Rambiiteaii.

Em-: UAMBLTEAI. .1111

Siiiul-bciiis. et, vint [xiscr une rourcinnc sur la tète de la reine, ("elaif un «le ces bateleurs.

Les antres après avoir fait divorce avec les singes, se lièrent entre eux et fondèrent la compagnie des Ménestrels.

Entin, les derniers, dévots à la mémoire de leurs patrons, se vouereni au culte du vrai Dieu, et voulant devenir maîtres de chapelle, j)arvinrent, non sans peine, à la dignité de chantres de paroisse.

Ainsi linil la confrérie des Méneslriers; l'institution s'éteignit, mais le principe survécut; que sont en eflet de nos jours l'association des ailleurs (Irumaliques, celle des artistes, des directeurs de théâtres, des gens de lettres':' et la plus jeune de toutes, la société des musiciens qui vient de se fonder, que sont elles? si non les tilles dégénérées de la grande co/z/'/'c/'/tdes Ménétriers.

Quant à la rue, elle existait encore il y a six mois, toujours noire, toujours humide, elle était devenue l'asile des ateliers de chapellerie que le marteau municipal en a chassé. Le monastère de Saint-Magloire n'existait plus, le souffle révolutionnaire (jui lit écrouler tant d'édifices féodaux, abattit en 1790, l'église et le couvent, et de ce puissant monastère, il ne resta bientôt plus rien qu'une inq)asse.

La ville de Paris vient de jeter un pan de son manteau sur toutes ces souillures, les taches du passé ont disparu; mais si vous soulevez les dalles du trottoir ou le pavé de la chaussée, vous trouverez peut-être encore les traces boueuses de la rue des Ménétriers ; les traces sanglantes du gibet de Saint-Magloire.

D'un gibet à un cardinal, il n'y a que la corde, le sang tombe de l'un, a bien souvent ravivé la pourpre de l'autre; surtout (juand ce dernier s'appelait Charles-de-Lorraine, cardinal de Guise. Hue sa sainteté nous le pardonne, la rue lUimbuteau tient à ses illustrations, et chacun sait (jue l'hôtel d'Olivier de Clisson est passé en 1587, à la maison de L(uraim.\ C'est là que fut le berceau de la Ligne, les massacres de la Saint- P>arthélemi ont été conçus à l'hôtel de la Miséricorde.

Pourquoi faut-il que nous trouvions toujours sous notre plume des souvenirs sanglants ? — Voici venir unefennne, jeune et belle, rieuse et folâtre, et qui va nous parler d'amour. Que portez-vous donc là, belle dame ' quel est ce bijou mignon coquettement suspendu à votre châtelaine guillochée? Dieu me pardonne! ce sont des ciseaux, je crois. Jamais ces blanches mains aux fossettes amoureuses n'ont manié l'aiguille ; jamais ces beaux yeux ne se sont rougis à l'ardeur du travail! Pourquoi donc ces jolis ciseaux dorés dont la pointe acérée est moins tine pourtant que votre esprit? — Ah! je comprends ; ce sont d'enragés Ligueurs que ces petits ciseaux mignons, et vous, madame, vous êtes la duchesse de Montpensier, fpii venez savoir de votre lioii curie le cardinal, coniiuent on s'v prend

rm lUIE HAMBUTEAU.

[tour cliniigor iiiu' rtMiroiinc en Unisure , et iaiic un iiKiiiic d nu roi.

On <4riitle à la [lorlc; — Qui est là '! — Vite, vite, madame la ilucliesse, reniclte/ votre loup de velours; esquivez-vous par la porte secrète, il ue laiit pas (pie l'on vous voie; il ne faut pas que vous puissiez voir. Ce lion cardinal, comme il est ému. La duchesse s'est éloignée; la portière est retombée sur elle; on peut ouvrir maintenant. Cette fois c'est encore une femme.— Est-elle jeune':' est-elle jolie? — Attendez; elleaipiitlésamante; elle est jeune. Son masque lomlie; elle est jolie.

Jolie, dites-vous? mais elle est charmante : demandez plutôt à Henri III. qui l'a surnommée la helle Cahriclle. Voyez la gracieuse taille, le pied mignon, la houche vermeille el épanouie, les belles mains, les beaux veux! oh! (pu' tout cela esl bien fait vrainnMil. pinu' enivrer d'amour rois, princes e( cardinaux !

Mais, dites-nous de grâce, charmante Ciabrielle. ce que vous venez faire a l'hôtel de Guise? ou |)lntôt ne dites lien. .Allez, bouleversez le cabinet de son éminence ; riez, chantez, lutinez ce pauvre cai'dinal de Lorraine, qui n'en peut mais, empêché (pi'il est, le saint homme, par son avarice et sa siuitane rouge.

Cabrielle est déjà loin. Ah! Monsieur le cardinal! non-seulement vous vouh'Z enlever au roi son royaume, mais vous lui prenez encore sa maîtresse! une vive et pétulant(> jeune tille de dix-huit ans, pleine d'amour el de folie, ardente au plaisir comme un page; et vous vous imaginez (pi'il n'en sera qiuî cela. Tudieu! Cabrielle ferait-elle donc aussi parti»^ de la sainte Ligue, passe encore j)our la tonsure, (pu* vous ménagez à Henri, passe pour les barricades, passe pmir la Sainf-|{arlhéleini : mais la maîtresse du roi, la (•ahrielle d'amour, (pie vous laiss(>z aller au bout d'un an, par une ladradie indigne, l'renez-y garde, le jour des reiirésailles viemlra : et le "l'i décembre lôSS, il ne tiendiM (pi'à vous de voir derrière le poignard dc> assassins de Hlois, l'arme d'iuie femme irritée qui se venge !

.Mais, non,Cahrielle était trop bonne tille pour cela. Comme elle avait passe du roi au cardinal, elle passa du cardinal au (hic de Ijingneville. et de celui-là à un autre, jus(pi'à ce (piClic fut cnlin icMmutc de niMixcaii dans la conclu; royab;; de Henri lit a Henri IV elle avait franchi ini règne, et sa beiinte avait fait connue elle; le bouton s'était é|)anoui. la Heur était abus dans tuul s(Mi éclat, diins tout siui parfum.

La rue Haudtnteau est l(Mite rem|die du souvenir de cette adiuahlr femme. L'histoire de ses anmurs esl écrite à chacun de ses angles, >nus chacun de ses pavés. En stutaut de chez le cardinal de L(U"rain<'. elle trébucha à mi-chemin et tit une chute; elle se icleva duchesse de Hciu fort. Ce petit hôtel, «piise cache derrière unedes façades de la rui' H.ini liutciiu, sur la droit)*, non loin de la m*' (jiiiiit inupdix . nous en dir.ul bien plu^ Inng a ce sujet. C Cst la que vint iin niniidc Cc^.ii' Av Ncndoine

HliK IIAMIUTEALI

cet onfant chéri de llonri IV, qui fut le père du duc de Beaufort, l un des chef, lo^ l.lus influents de la Fronde; le duc de Beaufort, idole des Parisiens, qui l'avaient surnomme le roi des Halles, avait, dit-on, du sang de ligueur dans les veines; comment n'eùl-il pas été Frondeur.

Un peu plus loin , rue de de la Chanvrerie, ou mieux rue Ramhuteau , nousretrouvonsencorel'empreintede ce joli pied qui se posaitsanssetixer jamais Or, Gahrielle avait le cœur sur le pied. Cette fois pourtant l hole a -ardé un plus long souvenir de sa propriétaire. A cette porte. Henri IV .•arrêta souvent, la rue était étroite et obscure; il se glissait le long des murailles, lejoveux roi, comme un écolier en bonne fortune; tandis que Sullv le crovait'enfermé dans son Louvre , il se livrait aux charmes d un

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amoureux téte-a-téte, ou an plaisir de quel.pie honne partie de des avec M de Villars; il perdait vaillamin.-nl iU'n\ nii trois mille pistoles. et la helie Gahrielle. accoudée sur k dossier dn royal fauteuil, snivait d un <imI curieux le rapide mouvemeni des des ri d.- r<»r sur le lapis.

r.îM liLE n A.Vlbl ÏEAU.

IN'iidant que nous suivons au vol, et d'amours en amours, la chanii(>aiit(' Gahricllc, la rue Rambuteau a vu bien d'antres révolutions, ma foi. Un çtrand cri s'est Hiil entendre; une clameur formidable a retenti; c'est la journée des barricades qui tînit; le roi vient d'envoyer le maréchal de Biron à l'hôtel de Guise, prier le duc d'intervenir pour sauver les troupes royales de la fureur du peuple; le duc, flatté, est monté à cheval et l'ordre s'est rétabli aux cris mille fois répétés de vive Guise! vive la Ligue! Ramené en triomphe à son hôtel, le chef des Ligueurs, se tournant vers les Parisiens, leur dit alors ces remarquables paroles : « C'est assez, c'est trop, Messieurs; criez vive le roi! » Et l'on cria vive le roi, comme on avait crié vive la Ligue, tant était grande l'influence de cet homme, plus roi que le roi lui-même.

En 1097, riiôtel est passé à François de Rohan , prince de Soubise. qui l'a fait reconstruire en 170G, tel qu'il existe encore, le fronton décore des armoiries de la maison de Rohan-Soubise était un chef-d'œuvre de Le Lorrain, Rrunetti peignit le grand escalier, un luxe vraiment royal |)résida a cette importante restauration.

Sur ces murailles , véritable mémento historique, on déchiffre une ilate et un nom : mars 1786. — Cardinal ile Rnhati. — Collier do la reine.

Place, place; laissez passer le carrosse de monseigneur le maréchal prince de Soubise, le noble seigneur a trouvé sans doute qu'il y avait bien loin de la rue du Chaume à la rue de l'Arcade, et le voilà (pii abandonne son hôt(!l pour aller mourir dans l'alcove d'une tille de l'Opéra, comme on disait en 1787.

Aujourd'hui cet hôtel, qui garde le souvenir des Templiers. d'Olivier de Clisson, de la maison de i^orraine et de la famille des Ilohan-Soubise, sert d'entrepôt, de magasin, de bibliothèque, comme on voudra l'appeler, aux Archives de France. 11 était certes, impossible de trouver un em]>lacement cpii fût à la fois plus digne de cet honneur et en nn''me temps moins propre h cette importante destination.

Ici nous touchons à la fin de notre tâche ; nous avons demandé au passé tout ce (pi'il pouvait décemment nous apiuendre; on devinera cpie si nous n'avons pas tout dit, c'est que la naïveté du vieux langage louche parfois à la licence, et la rue Rambntcau est un peu pnule. One vonlezvous'Ma b(Uinetlerie a des m<r'iMs. Respectons la candeur dn lil d'I'.cosse et ne faisons pas rougir la toile peiiile.

.Nous avons passé au ;;alop de notre plume à travers la rue Ouincampoix, obstruée sous la régence par les agioteurs du Mississipi ; la lièvre (le l'or est contagieuse: heureux temps (pie celui oii Idn se battait a la porte de l'hôtel de Nevers, |i()iir avoir le privilège de perdre sou argent ; iiu se ballrail encore aujourdliui. mais poui avoir le droil de le garder — Autres rues, autres luo-urs

KIE UAMHLTKAl. .7j:,

Partis (le la rue du ChaiiuK,'. nous voici ariivi-s aux liall(.'s wn droite ligne.

La rue Hanibuteau s'arrèle là.

De tout ce passé plein de gloire, d'amour, de sang et de boue, la rue Rambuteau n'a rien gardé : c'est une rue nouvelle s'il en fut; propre, droite et quelque peu monumentale; d'un luxe sobre et bourgeois; une rue qui résume admirablement l't'poijue et le quartier qui lui ont donné le jour, style de la rue Rambuteau : car cette rue a son langage comme elle a ses mœurs et sa pbysionomie La rue Rambuteau dit : mon éjxnise. pour dire ma femme et prononce a'ujledon, pour édredon. Elle se couche à dix heures, habitude du Marais, porte des pantalons de nankin l'été et

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des parapluies en toute saison. A cela prés, c'est une rue irreiirocliable, honnête et probe, pleine d'honneur et de dignité ; les maisons s'y alignent comme les colonnes dun livre décaisse, et les portiers de cette rue tieniieiil leurs escaliers en i)arlie double avec une régularité irréprochable.

Il est vrai de dire que l'orgueil eiitre pour beaucoup dans ce luxe d'eponges et de paillassons, l'orgueil ce (Iharancou de la [lelite propriété; l'orgueil qui a perdu tant de rues illustres, es! ce qui a saii\e celle-ci. en lui faisant choisir tout d'.ibniil iiii iirejci |iiiiii' juirrain' el (|iiel |nelel ' le plus magnifique et le plus brillant ; teliji ddut ! admiui>lraliiiu a reali>e

IlUli UAMBUTEAU.

on (juchiuos années toutes les améliorations depuis si longtemps rêvées; à qui Paris est redevable des immenses travaux des Champs-Elysées, des boulevnrts, de la place de la Concorde et des quais de Paris; celui à qui l'on doit le splendide achèvement et l'intelligente restauration de rilùlclde-Ville, et qui, placé à la tète du corps municipal, représente la ville tout entière; en un mot, le préfet de la Seine, M. de Ramhutean.

A M. de Uamhntean appartient l'heureuse idée de percer celte rue nouvelle; la rue reconnaissante s'est parée de son nom; c'était justice.

Mais qu'on ne s'y trompe pas, la rue Rambnteau est une rue politicpu', à elle seule ; elle a plus fait pour la trancpiillité de Paris que viiigl régiments et cinquante mille baïonnettes. La rue Hambuteau coupe à tonl jamais le j)ied à l'émeute, en dévidant ce terrible écheveau de iiidles embrouillées de carrefours fangeux, de cul-de-sacs immondes ([iii étendaient leur sinistre réseau du marché des Innocents à la rue Saint-Avoie, et de l'Hôtel-de-Ville an cloître Saint-Merry.

Cette rue restera, comme un des plus utiles monuments de ladministration de M. de Rambuteau, et peut-être qu'un jour, lorsque les passions seront calmées, et que la consécration du temps |)erm('ttra d'honorer chacun selon ses mérites, il se trouvera à la tête du conseil nnmicipal de Paris un magistrat qui fera pour M. de Rambnteau ce (pie le préfet de la Seine vient de faire pour le petit marchand de Bourges.

.Nul doute i[\u' la postérité n'inscrive alors en prcnnère ligne, à côté du nom de M. de Rambuteau, ce mot t[ni résunu; à la fois l'hoiunn' cl le magistral : Urbanité!

Cil. R(in;i:T.

HN BE Lft l'RKMIERE HUl^l

.âïSs S>SÏ 5»£S i5i3) .5iSiS*Ci .2*3^ 3»3S 5iS) vS(3.'5*S^ V

TAHLE DES MATIERES

r>i: TOME PUE Ml EU.

A TuAVERs LES RiEs , par Louis Llri>e I

Place ns i/HÔTEL-nE-ViLLE, par Eit.ène Driffaii.t . . . '21

Rue de la Ciiaussée-d'Amin , par Améhee Aciiard .... r>l>

Pl.\ce Royale, par .Iiles Ja.mn 40

Rle Piehre-lEscot , par Taxile Delout 69

Allée et Avenue de l'Observatoire , par Ktie.\.\e AnAi:o. . 81

Rue de la Harpe , i)ar Ro<;er de Reaivoir 93

Rue Laffitte, par Euc.ène Gulnot 10.">

Rue et Faldourc.-Saint-Antoine, par ïouchark-Lafosse . . 115

Rue Notre-Dame-de-Lorette , par Albéric SECt».>D. . loi

La Cité, par Paul L. .Iacor, Rililiophilo 141

Rue de la Paix, par Emile Marco de Sai.nt-IIilaire. . . 159

Rue des Rlancs-Ma.nteaux , par (Iarle IIe.nriès. . 175

Le Palais-Uoval , par Eugène Rriffault I85

liuE Sai.nt-Florentin , par Louis Luri.ne 205

Rue des Lombards, par Louis Huart 227

Rue et pAssA(iE du Caire, par Ei.ie Rertiiet 237

Marché des Lnnocents, par Touchard-Lafosse 255

Rue et Quartier Sai>t-Germai.>-des-Prés. par Harry IIœrtel. 2(15

Rue Quincampoix , par .Mary-Aycard 285

Les Quais, j)ar Mary-Lafon. 293

Rue Mouffetard. par Louis Rercep. 517

Rue et Faubourg-Saint-Honoré , par Lottin de Laval. . . 351

Rue Neuve des Petits-(^hamps, par P. Christia.> 345

Place Louis XV, par Théodore Rurette 357

Rue Lepelletier, par Albert (]ler 571

Rue Rambuteau , par Rouget 385

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