‹ Les rues de paris: Paris ancien et moderneChapitre 43 sur 77 · HUE ET PASSA CE · texte numérisé non relu

HUE ET PASSA CE

liera noire erreur sur cet important sujet. .Nous ne compulserons pas non plus les vieilles chartes poudreuses conservées à l'Uôtel-de- Ville et aux Archives de Paris, pour résoudre rigoureusement le problème de savoir si le terrain dont il s'agit appartenait, à une époque reculée, à la léproserie de Saint- Ladre ou Saint-Lazare, qui sVIevaitdans le faubourg Saint- Denis, ou s'il dépendait de l'hôpital de la Trinité, qui existait à l'angle de la rue St-Denis et de la rue Crenétat. Tout ce quartier était hors de l'enceinte de Paris sous Philippe-Auguste; ce Tut seulement sous Charles \ qu'il devint partie intégrante de la ville, lorsque les limites, qui s'a r relaient en 1100 aux rues du Jour, lioti rg- l'Abbé et Michel-le-Coiute. lurent portées en 1551» jusqu'aux rues Mcslav, Saiulc-Appoliiic et Uuurbon-Villeiieuve.

Ce serait donc à partir de cette dernière époque que devrait commencer notre tâche, pour que nous restassions fidèles au litre de cet ouvrage. Mais nous ferons plus, et nous passerons tout d'abord à une époque rapprochée des temps modernes.

Nous supposons donc que nous sommes eu plein XVI" siècle, que le vaillant roi François 1" régne sur la France, et que le lecteur peut embrasser d'un coti|>-d'u'il le quartier populeux où doivent s'élever plus lard la rue et les passages du Caire, lticit n'annonce encore ces maisons blanches ou gris-sale, régulières, alignées au cordeau, que .nous voyous aujourd'hui; rien ne l'ait craindre ces longues et tristes galeries vitrées, où végètent maintenant les lithographes et les marchands de jouets d'enfants ; nous sommes dans le Paris du moyen-âge, dans ce Paris si sombre, si torl lieux, si boueux, et pourtant si poétique, que la civilisation moderne et la ligue droite etlacent tous les jours. Partout autour de nous se dressent de vieux el noirs éditices, don! le peu de largeur des rues fait paraître encore la masse plus sombre, et dans ces rues crie, s'agite et se coudoie cette population barriotee de bourgeois all'airés, de moines et de moiiiesscs mendiants, d écoliers, de lilles-de-joie, d'artisans ambulauls. de gueux, qui donnaient à la ville ancienne une physionomie si étrauge et si caractérisée. Mais avant d'examiner, en lui-même, le quartier qui nous occupera plus particulièrement, jetons rapidement un coup-d*œil sur les monuments qui ravoisinaieul.

D'abord, dans la rue Saint-Denis, presqu'eu lace de l'endroit où débouche actuellement la rue du Caire, se dressait le vieil hôpital de la Trinité dont nous avons déjà parlé : il se composait d'une chapelle gothique. construite au Xll r siècle , et d'une sorte de cloître de grande étendue; par derrière, était un vaste enclos rempli d'arbres fruitiers. Dans l'origine, cet édifice, comme l'indique sou nom, avait été destiné à recevoir le» pa livres malades, et il avait été desservi par des moines d'un ordre particulier, qu'on avait surnommes Frhrs Ailiers, a cause des paci tiques lièle*

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sur lesquelles ils étaient montes lorsqu'ils allaient quêter dans la ville. Malheureusement, malgré l'apparence toute débonnaire de ces religieux, ils avaient dilapidé les fonds de leur hospice, si bien, qu'à l'époque dont nous parlons, ils en avaient été chassés depuis longtemps, et les immenses bâtiments de l'hôpital de la Trinité avaient été mis à la disposition des célèbres confrères de la Passion, ces premiers disciples de l'art dramatique en France. Les confrères étaient des marchands, des ecclésiastiques, des magistrats, qui s'associaient pour représenter des Mystères, et jouaient la comédie bourgeoise à la plus grande gloire de Dieu; leurs séances

avaient lieu dans la plus belle salle de la Trinité, et là, les dimanches et fêtes, l'Evangile et la Bible riaient travestis pendant tonte la journée, en présence d'une foule bruyante et tumultueuse.

Lu peu plus haut dans la rue. se trouvait la fontaine du l'onccan. monument fruste et grossier, mais qui avait l'avantage de fournir, en tout temps, aux habitants du quartier, une eau claire et saine, provenant de l'ancien aqueduc de Saint-tiervais. (l'était à la fontaine du l'onceau que Louis XI, faisant son entrée dans sa bonne ville, fut reçu par « des sau-

• vages combattant, et par trois belles tilles faisant personnages de sirènes

• toutes nues... tie qui était chose bien plaisante, et disant de petits motets

• et licrgercltes. » taudis que la fontaine rendait du vin et du lait, toutes merveilles dont le naïf Jean de Troves nous a transmis le souvenir.

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La porte ou bastille Saint-Denis terminait la rue <lu roté du Nord, non pas, comme on le pense bien, l'arc-dc- triomphe élevé par Louis XIV, que nous voyons aujourd'hui, mais une véritable porte de place de guerre, composée de deux grosses tours avec herse, pont-levis, fossés et corpsde-garde extérieur. A partir de cette porte, la muraille de la ville allait, sans interruption Jusqu'à la porte Montmartre, toute hérissée de créneaux, de guérites de bois et de canons ; au-dessus de la muraille, on pouvait néanmoins apercevoir encore la butte des Gravois et le petit village de Villeneuve, situé à peu près à l'endroit où se trouve aujourd'hui le boulevart Bonne-Nouvelle ; puis au-delà, parmi les arbres verts de l'enclos Saint-Lazare, on distinguait les vastes bâtiments de la léproserie, et dans le lointain les piliers lugubres de Mont faucon, avec leurs grappes hideuses de suppliciés.

Quant au quartier même, dont nous n'avons décrit jusqu'ici que les abords, ce n'était, à l'époque où nous nous supposons transportés, qu'un assemblage immonde de maisons de bois écloppées et boiteuses, dont le pignon était tourné vers la rue, et dont les poutres croisées en forme d'X formaient sur les façades de bizarres ligures géométriques. Ces maisons de hauteurs inégales, pressées l'une contre l'autre, croulantes, véritables tanières à peuple, formaient un amas discordant et confus qui s'étendait presque jusqu'aux Halles. Des rues étroites et fangeuses se glissaient à travers ces masures, tournaient, revenaient sur elles-mêmes, et aboutissaient souvent à un cloaque repoussant. Ni l'air, ni le soleil ne pénétraient jamais dans ces venelles infâmes, d'où s'échappaient, en toutes saisons, des odeurs nauséabondes. Pas un couvent, pas un hôtel, pas un noble édifice ne projetait la pointe élancée de ses tourelles audessus de ces toits plébéiens dans tout l'espace compris entre la rue Monlorgtieil et la rue Saint-Denis d'une part, la rue Mauconseil et l'emplacement de la rue Thévcnot, de l'autre. Seulement, en dehors de ce carré de constructions misérables, d'impasses humides où végétait la population la plus pauvre et la plus méprisable de Paris, entre la rue Saint- Sauveur et le rempart, s'élevait isolément une église surmontée d'an clocher gothique, entourée de cloîtres réguliers et de vastes jardins, qui reposaient un peu le regard des constructions hideuses dont ils étaient voisins.

Cette église et ce couvent appartenaient aux Filles-Dieu; ces habitations misérables que nous venons de dépeindre, étaient la Cour de» Miracles; nous allons donner quelques détails sur ces deux remarquables établissements.

Il est diflirilc, sinon impossible, de parler de la Cour des Miracles après l'illustre écrivain delà Notre-Dame de Paris; mais il entre nécessairement dans notre cadre, pour que l'histoire du quartier dont nous nous occu-

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pons soit aussi complète que possible, de rappeler ici quelques traits du magnifique ouvrage dont Victor Hugo a dolé notre époque.

D'abord , nous ferons remarquer que cette dénomination de Cour des Miracles ne s'appliquait pas exclusivement à l'impasse qui porte aujourd'hui ce nom; il y avait dans la ville plusieurs asiles de ce genre. Dulaure cite parmi les plus célèbres : la Cour du Roi François et la Cour Sainte- Catherine, situées toutes les deux rue Saint-Denis, la Cour de la Jussienne, les Cours des Miracles de la rue du Bac et de la rue de Beuilly, etc. On peut y ajouter les rues de ta Grande et Petite-Truanderie, des Mauvais- Garçons et les trois rues des Francs-Bourgeois; en général, les lieux qui ont conservé ces dénominations de Francs, servaient autrefois de refuge aux gueux et aux vagabonds de Paris.

Sous Louis XIV, la Cour des Miracles dont nous parlons s'étendait entre l'impasse de l'Étoile et les rues de Da miette et des Forges; son entrée était dans la rue Neuve-Saint-Sauveur. Sauvai, dans son livre intitulé Histoires et Antiquités de Paris, en a laissé une description détaillée que nous allons rapporter :

« Elle consiste en une place d'une grandeur très-considérable et en un » très-grand cul-de-sac puant, boueux, irrégulier, qui n'est point pavé. » Autrefois il confinait aux dernières extrémités de Paris. A présent il

• est suite dans l'un des quartiers des plus mal bâtis, des plus sales et des » plus reculés de la ville, entre la rue Montorgueil. le couvent des Filles-

• Dieu et la rue Neuve-Saint-Sauveur, comme dans un autre monde. Pour

• y venir, il se Huit souvent égarer dans de petites rues vilaines, puantes,

• détournées; pour y entrer, il faut descendre une assez longue pente. » tortue, raboteuse, inégale. J'y ai vu une maison de boue à demi- » enterrée, toute chancelante de vieillesse et de pourriture, qui n'a pas

- quatre toises en carré, et où logent néanmoins plus de cinquante mé-

- nages chargés d'une infinité de petits enfants légitimes, naturels ou

• dérobés. On m'a assuré que, dans ce petit logis et dans les autres, ha-

• bitaient plus de cinq cents grosses familles entassées les unes sur les » autres. Quelque grande que soit cette cour, elle l'était autrefois beau-

• coup davantage. De toutes parts, elle était environnée de logis bas, en-

• foncés, obscurs, difformes, faits de terre et de boue, et tous pleins de » mauvais pauvres. »

On ne sait pas positivement, si le droit d'asile dont jouissaient ces quartiers, était le résultat de privilèges accordés anciennement à la corporation de l'argot, on l'effet d'une longue tolérance de la part des prévôts et autres justiciers de Paris ; toujours est-il que les soldats du guet et les gens de garde redoutaient d'y pénétrer, moins par respect pour ces privilèges, que par crainte de voir cette hideuse population se nier sur eux à la première alerte. Soit de jour, soit de nuit, un certain cri qui relenlis-

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sait de maison en maison, de bouche en bouche, et se répandait en quelques minutes dans toute l'enceinte, annonçait l'invasion des suppôts de police dans ce royaume de la gueuserie. A ce signal, on s'armait, on courait dans ce dédale sombre de rues, que Victor Hugo compare à « un écheveau de fil brouillé par un chat, » et malheur à l'escouade d'archers, aux sergents, aux soldats du ijuetrassis ou du guet-royal , qui s'étaient engagés dans ce nid de brigands; le moins qu'il pouvait leur arriver était de s'en retourner roués de coups. Nous nous empressons d'ajouter qne ces braves miliciens de nuit, tout habitués qu'ils étaient à être battus, s'exposaient très -rarement à la colère des habitants de la Cour des Miracles; ils les laissaient aussi tranquilles que possible, et ils se contentaient de molester les inoffensifs bourgeois qui contrevenaient aux règlements de la police d'alors; il y avait moins de danger et plus de proût.

Pendant le jour, la Cour des Miracles était silencieuse et solitaire; tous ses hideux habitués la quittaient dès le matin, et refluaientsur la ville en bandes de bateleurs, de bohémiens, de maîtres de sales métiers, de mendiants, d'estropiés; de sorte, qu'un étranger n'eût pas trouvé grande différence entre ce quartier et certains autres quartiers pauvres de l'ancien Paris. Mais le soir l'aspect changeait; les cabarets borgnes, les tavernes repoussantes dont la Cour des Miracles était semée, s'éclairaient alors, et il en sortait des chants infâmes, des cris et des trépignements. On voyait rentrer de toutes parts les gueux qui avaient passé la journée à exploiter le pavé de la ville; les aveugles voyaient clair subitement, les boiteux jetaient leurs bourdes, les malingreux effaçaient leurs plaies postiches; les femmes qui exerçaient la profession de pauvret déposaient les deux ou trois marmots demi-nus qu'elles avaient le matin, et les restituaient à leurs véritables propriétaires; puis, greux, enfants, pauvres mères et estropiés, allaient s'enivrer dans 1 cabaret d'affection, car une des lois fondamentales de la Cour des Mincies, était qu'il ne fallait rien garder pour le lendemain, et les orgies se prolongeaient aussi tard dans la nuit que le permettaient les profits de h journée.

Nous venons de parler des lois de la Cour des Miracles; le royaume de l'argot avait, en effet, un code ou formulaire dont on exécutait rigoureusement les dispositions; il faut dire que ce code prescrivait le vol, le brigandage et la licence la plus effrénée. Dans la Cour des Miracles, ou ne connaissait ni baptême, ni mariage, ni enterrement, ni aucun sacrement; cependant, les argotiers n'étaient pas pour cela privés de religion, car, chaque fois qu'on les accusait d'impiété, ils montraient dévotement sur leur place principale, dans une grande niche, à l'angle d'une maison, une statue de pierre, représentant le Père Éternel, qu'ils avaient volée dans l'église de Saint-Pierre-aux-Bwufs. Les argotiers avaient aussi une orga-

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Rue et passage du Caire. — Cour des Miracles.

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nisation politique ; ils étaient classés en diffère nies catégories, suivant la spécialité de leurs professions, et ils obéissaient tous à un chef qu'on appelait le roi de Thunes ou Grand Coèsre. Les catégories principales étaient celles des Capons, des Francs-Mitou et des Ri Codés, c'est-à-dire celles des voleurs, des mendiants et des vagabonds. Le chef ou roi était électif; il était chargé de conserver les lois et de les faire exécuter. Le signe de sa dignité était un gros martinet ou boullaye, avec lequel il pouvait caresser les épaules de ses sujets, lorsqu'il en avait la fantaisie, il paraît aussi qu'il avait une certaine part dans le produit des vols et dans les profits de toute nature que faisaient ses inférieurs; on déposait les offrandes à ses pieds, dans un bassin, et c'est de là, dit-on, qu'est venue l'expression vulgaire de cracher au bassinet. Sa bannière consistait en un chien mort porté au bout d'une fourche. Dans les processions de la fête des fous, et dans les cérémonies que l'on appelait les montres, le roi de Thunes marchait après le duc d'Egypte, entouré de ses archi-suppôts, et il précédait les hauts dignitaires de l'empire de Galilée.

On comprend quelle horreur devaient inspirer aux dignes bourgeois de Paris cette hideuse république et le cloaque qu'elle habitait. La plus grande injure que l'on put faire à un homme a été, pendant plusieurs siècles, de l'appeler échappé de la Cour des Miracles. Aussi il n'y avait pas de marchand timoré, de timide clerc, de passe-volant candide, qui osât regarder le quartier maudit de plus près que la rue St-Denis ou la rue Montorgueil; les femmes faisaient un grand détour pour l'éviter, et le plus hardi gendarme eût hésité a s'y aventurer de nuit.

Cependant il y avait une classe de la population parisienne, qui entretenait fréquemment des rapports avec les argotiers. Quelquefois le soir, après l'heure du couvre-feu, au moment où les assassinats et les vols commençaient dans la ville, ou voyait des individus vêtus de grandes robes, le visage voile, se glisser comme des ombres le long des murailles, et pénétrer courageusement dans la Cour des Miracles. Chose étrange? ces personnages si hardis étaient des moines.

Pour s'expliquer ce fait, il faut se souvenir que les moines d'alors vivaient pour la plupart des dons faits à leurs couvents, à leurs églises, ou au saint dont ils conservaient les reliques. Pour que tel ou tel monastère reçût donc le plus de legs pieux, il fallait qu'il fût en réputation de haute vertu, et que son saint patron manifestât sa supériorité sur tous les autres patrons de tous les autres couvents de la terre ; il fallait, en un mot, que bon gré, malgré, le saint patron fît des miracles.

Or voici ce qui arrivait le lendemain ou le surlendemain des visites dont nous venons de parler, dans le quartier des gueux. Les bons moines faisaient une procession solennelle dans Paris, portant sur leurs épaules la châsse de leur bienheureux patron ; on se prosternait, on se signait

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boHeui, l'épileptique éptleptique; on le connaissait, on lui avait donne crut Pus l'ail mûue. Le fa il ci ail patent, 1rs preuves à l'appui étaient lè a k ariracle était iacouteatable; il était reconnu que le Saint de le) rouvem était le plus grand Saint du ciel et de la terre, tas lampée d'argent i

r\-\ntu affinaU'Ilt a sa chapelle, 1rs donations, 1rs legs pirn\ BU I'

deaea deeeervanta, et., voilà pourquoi les moines de Paris avaient aoui

affaire aux ar^otiers, et pourquoi il v avait tant de prodiges au moyeu- Telle Hait la tânir des Miracles, a L'époque dont ihhi> partons; re-

ceptaiic de toutes sortes de vices, repaire *b- débauches, leik avoué du

vol, du rrcrl, du Ulrmlrr, «lift S subsiste jlisc|li à LoUÎfl \l\ . Bail* pi lui. Biemi Souverain ait songé a détruire cette plaie ipie Parie

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