DU CAIRE
gueux, Louis XIV fut plus jaloux de sou autorité qu'aucun de ses prédécesseurs; ii ne voulut pas qu'il y eût dans Paris d'autre roi que lui, et la gloire du roi de Thunes en particulier lui faisait ombrage.
Un jour donc, en 1656, je crois, les habitants de la Cour des Miracles virent une foule de soldats, de gens de justice, de commissaires, pénétrer effrontément dans la rue Neuve-St-Sauveur, ce vieil et dernier refuge de la gueuserie parisienne, ce sanctuaire redouté, dont aucun homme portant hallebarde ou vêtu d'une robe noire n'avait osé enfreindre les privilèges. On voulut résister, mais hélas! on n'était pas en force ; une armée presqu'entière cernait le quartier. Tous les coquins, vauriens, vagabonds, mendiants, estropiés, les coquillarts et les sabouloux, les narquois et les malingreux, le roi de Thunes lui-même, avec sa cour et ses officiers, tout fut pris, examiné, trié; on envoya les uns dans les prisons de Paris, on fonda pour les autres l'hospice de la Salpétriére, on jeta bas quelques maisons, on élargit les rues, on assainit le quartier, et de ce moment la Cour des Miracles n'exista plus. Benserade fit un charmant ballet intitulé La Nuit, où les transformations nocturnes de la Cour des Miracles formèrent un épisode fort comique; le ballet fut joué sur le théâtre du Petit-Bourbon ; le roi se divertit beaucoup, et trouva que ces mœurs étranges étaient racontées en vers fort galants. Singulière destinée des choses humaines! La Cour des Miracles devait avoir pour oraison funèbre ! un ballet de Benserade... !
Passons maintenant à un autre sujet. Nous avons dit que l'ancien quartier des Truands était adossé du côté du nord au couvent des Fi lies- Dieu. aujourd'hui entièrement détruit, et dont les jardins, postérieurement à Louis XIV, s'étendaient assez loin sur l'ancien territoire des argotiers. Voici ce que c'était que ce couvent.
Dans le courant du treizième siècle, Guillaume III, évèque de Paris, fonda, dans la nie appelée encore aujourd'hui impasse des Filles-Dieu, près de la rue Basse-Porte-Saiiit-Deiiis,une maison religieuse destinée à recevoir les pécheresses, qui, 'pendant leur rie, (traient abusé de leur corps et à la fin étaient tombées dans la mendicité. » Joinville dit que Saint-Louis accorda à cette institution une rente de quatre cents livres ; mais cette somme était sans doute insuffisante, puisqu'au moyen-âge, les Filles-Dieu allaient mendier dans Paris «avec une infinité d'autres moinesses et moines qui exploitaient alors la charité publique. Elles parcouraient les rues, du soir au matin, en criant : Du pain pour Jésus notre Sire ! et cette vie errante fut sans doute pour elles une cause première de démoralisation. D'ailleurs, bien qu'elles eussent échangé la ceinture dorée contre l'habit de bure, les bijoux précieux contre le chapelet de bois, elles se souvenaient toujours d'avoir été les sujettes du roi des Hibauds, et, dans le pieux asile qui leur avait été ouvert, elles juraient, ô profanation! elles