HUE DE LA CIIAUSSEE-DANT1N
Les grandes dames, toutes grandes dames qu elles étaient, ou peut-être parce qu'elles étaient grandes dames, ne dédaignaient pas d'aller à petit bruit, dans un transparent incognito qui ne trompait personne, vers ces retraites amoureuses, où elles étaient sures de toujours trouvera qui parler. Cette dame qui franchit si lestement les fossés sur ungenêtd'Espagne, c'est madame de Cœuvres, le duc de Saux l'attend quelque part, aux environs; ce fiacre modeste qui passe au petit trot de deux rosses, les stores pudiquement baissés, ne renferme pas moins que la comtesse d'Olonne, à qui le marquis de Beuvron a donné rendez-vous. Voyez-vous au crépuscule cette petite mercière qui file gaiment par le chemin avec un chevau-léger au bras? Si quelque curieux passait de trop près, peut-être reconnaîtrait-il madame la maréchale de La Ferté sous le casaquin de la grisette, et M. le duc de Longueville sous les aiguillettes du cavalier; mais
peut-être aussi l'importun serait-il contraint de dégainer pour rendre compte de son indiscrétion.
Après ces expéditions erotiques, lorsque deux gentilshommes en bonne fortune se rencontraient sur le pont Arcans, il arrivait le plus souvent qu'aucun d'eux ne voulant céder le pas à l'autre, les nobles adversaires
RUE DE LA CHAUSSÉE-D'ANTIN. iS
mettaient l'épée à la main, au clair du soleil ou au clair de lune ; les dames faisaient bien semblant de méditer un évanouissement, mais restaient fermes sur leurs haquenées, ou mollement couchées dans leurs carrosses. les passants s'arrêtaient, et un grand cercle s'arrondissait autour des combattants qui s'égra lignaient le plus galamment du monde.
Ce fut sur ce pont, dont aucun musée n'a conservé une pierre, que le comte de Fiesque, ramenant un jour madame de Lionne, rencontra M. de Tallard qui emmenait Louison d'Arquien. Les deux gentilshommes, fort épris de leurs maîtresses, mirent vaillamment pied à terre, et, comme Renaud et Roland pour Angélique, croisèrent le fer en présence d'une nombreuse compagnie qui applaudissait.
Madame de Lionne agitait son mouchoir par la portière; Louison riait et battait des mains, et les deux comtes ferraillaient.
Après qu'on se fut assez déchiré les pourpoints et tailladé les manches, les dames se jetèrent entre les épées, comme jadis les Sabines, et chacun des cavaliers embrassa celle qui ne lui appartenait pas le plus gaîment qu'il put.
Cependant quelques grands seigneurs et de riches financiers commençaient à faire bâtir çà et là, le long du chemin, de magnifiques hôtels, et de ces petites maisons qui avaient la façade humble et les appartements splendides: diamants cachés dans du plomb.
A mesure que les hôtels et les petites maisons s'alignaient, la rue de la Chaussée-d'Antin prenait une agitation plus somptueuse, une activité plus élégante. Si les gardes-françaises, les clercs de la bazoche, les pages, les chevaliers d'industrie couraient encore les cabarets d'alentour avec les grisettes et les filles, déjà la bonne compagnie, les gentilshommes de Tria non, les courtisanes titrées, les comédiennes en réputation, les fermiers-généraux, s'arrêtaient à la Chaussée-d'Antin dont les hôtels, silencieux et ternes le jour, s'emplissaient de bruits et de lumières quand venait la nuit. De discrètes voitures, des vinaigrettes couleur de muraille, stationnaient aux portes de petites maisons muettes. Les cavaliers passaient encapuchonnés dans leurs manteaux sombres; les marquises descendaient furtivement du carrosse dans leurs mantes grises. Les hommes avaient le chapeau rabattu sur le nez, les dames le loup de satin noir sur le visage; mais si le vent soulevait la mante ou le manteau, on voyait une épaule nue ou la garde d'une épée.
Tout-à-coup , un grand fracas de chevaux courant sur la chaussée retentissait; des lueurs éclatantes reluisaient sur les murs avec des reflets rouges et tremblants; les manants se rangeaient; des piqueurs. armés de torches, passaient au galop, précédant une voiture bleue menée royalement par des laquais en bottes fortes. Le cortège disparaissait sous la porte cochère d'un hôtel dont la face murée radiait un jardin resplendissant de feux.
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Ou «lia il le régent tle France, et quelle a fia ire pressée L ;ip|»rKnt loin du l'alais-Knsal Demandez- II* a la duchesse «I»' l*tt*i!;i i i^. a madame 1J1* Tenein, ou. mien ( umir. au marquis de Coeeé, un duc de Brissar. mi
porte Lal'aiv, Ml i .mii.m.hIis de plaisirs.
Mademoiselle Ciiim.ird, qui, après avoir obtenu en 17^2 un «ni
ment a rafiéà <h- MÛ imv* par an ;• rAcadémîe Royale de Musique, avait iMinr, i la pointe de se> pirotx népatattoff, ii fortune et \r
ca»ur du prince de Soubise, eut un soir en Réveillant, fantaisie d'un hôtel d.ihs cette rue que hantait un si ^raml u I*" La jeune et belle
tla m née, comme disait Marmontol, était lasse de sa maison île l'a ut in où |jnUiit;iii'tit les grands eeigneure, Iéi encyclopédiste*, U-> beaux esprits du temps. L<> archiierïes se mirent a rentre, et comme ae que voulait le s,pnlfUt Tari le x 4 » 1 1 h i î t aussi, Im« uint nur [ete merveilleuse inaugura le Temple f/e Teqmjcfmrr. ainsi qu'un disait alors; entre an msgniflcences, rhAtH contenait 1 un théâtre ai i r loger finq