RUE DE LA CHAUSSÉE-DANTIN
col, enjambait, à l'aide d'un mauvais pont, un affreux égoùt que longeait un sentier boueux et qui s'appelail le ruisseau de Ménilmontant.
Cette sentine et ce ruisseau sont le père et la mère de la rue de Provence. Le pont, qui était fort vilain el fort crevassé, avait nom le Pont- Arcans. On avait oublié d'y mettre des garde-fous, et on le passait à la grâce de Dieu.
Déjà, par lettres-patentes du 4 décembre 1720, la prévôté de Paris était autorisée à ouvrir une rue allant du boulevart, vers l'extrémité de la me Louis-le-Grand, jusqu'à la rue Saint-Lazare. Cette rue, que tous les mauvais sujets de la cour entouraient de leur protection, croissait et multipliait. Les bâtiments voués au culte de la galanterie s'élevaient rapidement. Chacun, dans ce monde, qui avait fait du plaisir son Dieu, voulait avoir son ermitage sur ce terrain qui reliait les remparts aux Porcherons.
Tout d'abord cette rue prit le nom de Chaussée-Gaillon, à cause de son point de départ qui était le boulevart en face de la porte Gaillon ; puis on l'appela rue de Y Hôtel-Dieu, parce qu'elle conduisait à une ferme dépendante de l'hôpital de ce nom ; enfin elle fut baptisée rue de la Chaussée-d'Antin, de ce que son entrée était précisément en face de l'hôtel d'Antin, depuis hôtel Richelieu.
On voit que le vieux et bachique chemin de la Grande-Pinte, qui tirait son nom d'un cabaret bien connu de ceux qui allaient quotidiennement de Paris aux Porcherons, usait volontiers du procédé des coureurs d'aventures qui se débaptisent pour se rebaptiser à tous propos. Mais la Chaussée-d'Antin n'était pas encore au bout de ses métamorphoses patronimiques. En 1791 le peuple lui donna le nom de rue Mirabeau, en souvenir du fougueux révolutionnaire qui, après avoir ébranlé un trône, venait de mourir dans cette rue. En 1793, la terreur avait déjà proscrit le nom de Mirabeau, et la Chaussée-d'Antin écrivait à ses angles le nom de rue du Mont-Blanc, qui lui venait d'un nouveau département réuni à la république, par décret du 27 novembre 1792.
Ce nom, elle le garda jusqu'en 1815. Alors la municipalité parisienne passa l'éponge sur le baptême de la révolution, et la Chaussée-d'Antin reprit sa monarchique appellation.
Autrefois, dans le bon temps des Porcherons, quand venait le dimanche, la bonne ville de Paris dégorgeait sa population d'oisifs parla porte Gaillon, et c'était alors, tout le jour et toute la nuit, un grand vacarme par le chemin. Si les dragons de la reine et les gardes-suisses ne répondaient pas à l'appel du soir, le lieutenant du guet n'avait qu'à faire filer des patrouilles vers les Porcherons, et on glanait les soldats par les champs. Si les mères imprudentes permettaient aux jeunes filles d'aller cueillir des bluets dans les blés de ce côté-là, les jeunes filles ne trouvaient que des mousquetaires. et je vous laisse à penser lesquels d'entre eux cueillaient les antres.