‹ Les rues de paris: Paris ancien et moderneChapitre 64 sur 77 · HUE ET FA UB OU IU · texte numérisé non relu

HUE ET FA UB OU IU

puis à la Chaussée-Saint-Hotioré, et enfin à \a rue Sain t-Honoié. qui partait du lieu qu'on nomme aujourd'hui la barrière des Sergents, et qui s'arrêtait à la porte Saint-Honoré, bâtie par Charles V v vers la rue du Rempart ; dans le faubourg, elle prenait le nom dénia Neuve-Saint- Louis hors la Porte-Saint- Honoré, à cause de l'hôpital des Quinze- Vingts, fondé par saint Louis vers 1260 (*); elle se terminait par le nom de Chaussée Saint- Louis dans les champs.

Là, comme je l'ai dit plus haut, c'étaient d'autres mœurs : les vieux commerciers, assez riches et fatigués des affaires, s* y livraient à une vie toute de béatitude et de joies terrestres ; ils passaient la moitié de leurs jours à l'église Saint-Honoré, et l'autre moitié à table, avec les chanoines du chapitre (**).

Il y a des rapprochements extraordinaires dans la vie, pour certains hommes comme pour certaines choses. La rue Saint-Honoré qui, la première a été l'arène où le peuple combattit naguère contre ses rois, fut aussi, ou à peu près, le lieu de la première lutte entre les fanatiques assassins aux gages de Charles IX et de Catherine de Médicis. et les infortunés protestants , dans la nuit sanglante de la Saint - Barthélémy.

Au coin de la rue de la Ferronnerie, une vieille maison, bien noire et bien sale, étale sur sa façade une inscription en marbre et deux bustes de pierre. — L'un d'eux, c'est le portrait de Henri-le-Grand, un de ces rois privilégiés, comme Titus ou Adrien, qui traversent les siècles avec l'amour des peuples. — C'est là qu'il fut assassiné par Ravaillac, le 14 mai 1010.

La rue Saint-Honoré a d'autres titres encore qui n'ont pas peu contribué à la rendre célèbre. En 1620, dans une pauvre maison à l'encoignure de la rue de la Tonnellerie, par une nuit d'orage, un tapissier était au chevet du lit de sa femme eiïrayée par la foudre , et en proie aux premières douleurs de l'enfantement : un fils vint terminer les

O Sautai, Antiquité» de Pari».

(**) L'cglbc Saint-Honoré fut fondée ter» l'an «201; RenoWJ Chereins, homme noble, <mmm neuf arpents de lerre qu'il avait près de Clichy, pour l'entretien de la chapelle qu'il v oulai t faire bâtir. Il en donna sa foi entre les mains de revenue Eudes, conjointement avec m femme Sébile, Jean, son frère, et Gile, femme de Jean. Jean Paulmier, chevalier, et Julienne, sa femme, de qui nVnold Cliereins tenait sii de ces neuf arpents de terre, à la charge de six tout 4e cens confirmèrent la dotation.

Cinq ans après, l'église Saint-Honoré se trouva bâtie, et les donataires déclarèrent â Fierté, évéque de Paris, que leur intention était d'y établir un chapitre de chanoines, ce qui fut lait m bout de sept ans. (Kélibien, Antiquité» de Pari».)

Celte église, dans laquelle était le tombeau du fameux cardinal Dubois, sculpté en marbre par Coustou jeune, fut démolie eu 1793 On a construit sur ses ruines la rue Montesquieu et f passages, (fhilaiitc, ttittoirr de Pnriê.)

SAINT-llOINOItK.

souffrances de la pauvre mère, et cet entant étonna le monde |>arlrs créations de son génie.

Cet homme, le plus célèbre de tons les poètes comiques, ce fils d'un tapissier, c'était Molière !

Le carrefour de V Arbre-Sec vit aussi le meurtre du vieux baron de Luz, par un des princes lorrains, le chevalier de Guise, parce que le malheureux vieillard avait eu connaissance du complot tramé par les princes contre Marie de Médicis, alors quelle était régente de France. — Son fils voulut le venger; il périt aussi par Tépée du duc de Guise (*).

Enfin, durant le cours de ce grand siècle, on vit s'élever, sur les ruines des hôtels de Rambouillet et de Mercœur, le célèbre Palais-Cardinal, qui inspira ces deux vers boursoufllés à un homme illustre :

Non, dans tout l'univers il n'y a rien d'égal, Aux superbes splendeurs du Palais-Cardinal.

Richelieu, jaloux d'étaler une magnificence toute royale, fit appeler Mercier, le plus habile architecte de l'époque; il travailla avec lui aux plans du Palais, et son orgueil et sa présomption lui firent ordonner aux sculpteurs d'orner les parois des arcades de proues de navires, en commémoration de la prise de La Rochelle.

') Mémoire- «lu maréchal île Itassompirm*. — IMirlippcam <lr Ponlcliartrain.

338 II Ut! ET FA U BOL 7 lir.

Le cardinal songeait encoi*e à rciiihellir ; il voulait y placer son bon poète Desmarest, lorsque la mort l'enleva. Ce fut Anne d'Autriche qui se chargea de l'achever en partie ; il n'a été réellement terminé que par Louis-Philippe, qui en a fait un des plus beaux palais du monde.

Nous avons décrit avec le plus de soin possible les mœurs et les événements remarquables de la rue Saint-Honoré dans les âges reculés.

La tâche que nous allons remplir, est plus facile, sinon plus intéressante. Quoique cette immense rue soit encore célèbre par son commerce, elle a beaucoup perdu de son caractère primitif; on n'y trouve plus ces corporations inamovibles, posées là comme les obélisques chez les Égyptiens; on n'y retrouve maintenant que le gros bourgeois, le boutiquier, hélas! et ce type semble éternel, comme ces mêmes obélisques dont nous venons de parler.

Aujourd'hui, le bourgeois de la rue Saint-Honoré (c'est-à-dire depuis les halles jusqu'au passage Delorme), ressemble assez aux autres bourgeois de Paris. La révolution de 1795, en traînant à sa suite le mélange des castes et en abolissant les privilèges, a déraciné les us et coutumes du vieux sol.

La rue Saint-Honoré peut cependant revendiquer l'avantage d'avoir conservé des mœurs qui lui sont particulières: l'observateur, en la considérant sous toutes ses faces, découvre encore des physionomies d'autrefois, de ces bonnes et curieuses physionomies de marchands que le xv r siècle n'aurait pas reniées. Ainsi, à partir de la rue de la Ferronnerie jusqu'à la fontaine de l' Arbre-Sec, ce sont encore des drapiers et des marchands d'étoffes qu'on appelle, en style vulgaire, la grotte cavmlerie du commerce Les frontons de leurs magasins étalent avec orgueil des inscriptions de marbre en lettres d'or, faites an milieu du xvii* siècle. Le nom se lègue avec la continuation du négoce : c'est leur arme jmttlanle, leur écusson; seulement, je suis surpris de n'y point trouver le navire d'argent à la bannière de France flottant, un œil en chef sur champ d'azur (*), pour rappeler le fameux Ballot, arme parlante des Médicis.

L'on y trouve encore cette maison Le Gras, dont la vieille façade n'a été ni blanchie, ni recrépie depuis deux siècles; puis la maison Ratier; puis la maison Barbaroux; tous les gros cavaliers du commerce enfin, braves gens qui font de l'aristocratie dans notre époque, à leur bout de rue, comme eu font à l'autre bout les Duras, les Talleyrand et les Montmorency. Seulement cette dernière noblesse est un peu plus tolérable et bien autrement spirituelle.

(') C'étaient anciennement les armoiries îles drapiers <lc la ville de Paris.

SAINT-HONOIIÉ. 3o!)

Voici le marchand de vin du coin de la rue des Prouva ires, où se trama cette fameuse conspiration qui devait amener Henri V ou la république : j'ai oublié lequel des deux; probablement, ma belle lectrice , vous en aurez fait de même.

A la hauteur de la rue de Grenelle, une porte grillée, à voûte, à plein cintre, laisse passer à chaque instant une foule considérable : c'est un monde cosmopolite, dans lequel ou rencontre les plus curieuses physionomies ; Kl accourent les pèlerins de l'Orient et de l'Occident : — ce sont les messageries de MM. Laffitte et Gaillard

En face, on remarque l'Oratoire. Cette église, bâtie sous le règne de Louis XIII, de 1622 à H) 30, a quelques parties qui annoncent un beau style d'architecture; le portail, si peu en harmonie avec le reste de l'édifice, ne fut élevé que sous Louis XV. Là se trouvait autrefois le magnifique hôtel d'Estrées, habité quelque temps par Gabrielle, duchesse de Beau fort et maîtresse de Henri IV.

De l'Oratoire des protestants jusqu'à Saint-Koch, la rue Saint-Honoré est plus bariolée, plus changeante et plus luxueuse. L'aristocratie commerciale s'y fait sentir : ce sont, pour la plupart, des marchands de fourrures précieuses , de riches orfèvres , des horlogers et des magasins de nouveautés.

Quand on a franchi la rue du Coq, cette rue d'où l'on aperçoit une des grilles du Louvre; le Louvre où la jeunesse et le peuple de Paris soutinrent une lutte si opiniâtre et si héroïque dans des jours de péril, ou arrive à trois ou quatre petites rues parallèles, toutes fangeuses, horribles! des rues qui doivent être sœurs , tant elles ont de ressemblance par leur aspect et leur population.

Les rues de la Bibliothèque, du Chantre, Pierre-Lescot, Froidmeutel ou Fromenteau, servent de refuge à la classe des malfaiteurs de Paris. Le soir, on aperçoit de distance en distance , à la façade de maisons souvent suspectes, une lanterne carrée, d'une transparence sale, qui laisse lire ces mots : Ici on loge à la nuit; une nuée de bacchantes du dernier ordre ne cessent de faire entendre des propos, des provocations et des chants obscènes.

La rue Saint-Thomas-du-Louvre n'est pas loin : elle nous rappelle l'existence de l'hôtel de Rambouillet, dont on a déjà parlé dans ce livre, en termes tout-à-fait charmants; ce fut l'hôtel de Rambouillet qui mit à la mode le café, comme un remède infaillible contre la tristesse. Un jour, une précieuse apprit que son mari venait d'être tué en duel : « Ah ! malheureuse que je suis! s'écria -t-elle; vite, que Ton m'apporte du café!...» — Et la belle dame fut tout de suite consolée.

Sur la place du Palais-Royal, tout prés du café de la Régence, si vieux de réputation, et quia toujours pour habitués de braves joueurs d'échecs

MO HLI-; ET I Al BOURG

i|iii ivsirhi une <lrmi-hriiir mh un pion «hum moi dire — l H estas

mb cache au fond d'une longue cour : celait là «pie se royail !<■ célèbre bôtel d'Angleterre, ce réceptacle de joueurs, de curieux. de débaw ♦■t de filous; c'était comme une sncriirsale duN - 115- Le joueur i moitié ruiné venait y Unir sa nnii : quelquefois aussi, il allait l'achever son eaux de II Seine ou «tans un corps-de-garde... eu annulant les as le bagne de Toulon*

Immédiatement après, lee anglei de plusieurs maiaons criblées de ballet, dans lei rues de Valois m de IloUau, rappellent une roi attaque: La 29 juillet I hTpII. le peuple en fît Je siège, car la garde ru

■■tait introduite après en avoir chassé les habitant*. Le peuple rendit outrage pour outrage; il rm plus loin* peut-être, car de malheureux sol* dais, aveugles inetrtunents d'une obéissance militaire, furenl jetés

pillé du premier étage sur le *«»! : c'était affreux '

La rue Saint^Nicaisenous période cette limeuse nMcftina infernal tinée a Elire sauterie premier consul Bonaparte; cette histoire est tellement connue, une noua nous bornons a la mentionner. Nous arrivot la rue de rbrlielle, où, durant te moyen-âge, les évêquee de Paru

ni une èckêUë patibulaire, signe de haute justice, lie nos jouri seuls chose digne de remarque qui j existe, rVsl la Fontaine tfa Di

SAINT-IIONORE. 541

a l'encoignure de la petite rue Saint-Louis. À quelques pas de la rue de l'Échelle, on trouve le passage Delormc, le second qui ait été bâti à Paris, et qui a pris le nom du propriétaire qui le lit construire. Cette galerie était la communication la plus agréable et la plus fréquentée qu'il y eût de la rue Sainl-Honoré à la rue de Rivoli, avant le percemeut des rues des Pyramides, d'Alger, et du Vingt-Neuf Juillet.

La rue Saint-Honoré semble de nouveau changer de face : la belle rue des Pyramides, percée sur remplacement destiné aux écuries de Napoléon, laisse apercevoir le palais des Tuileries et le jardin réservé à la famille royale. Plus loin, c'est l'église Saint-Hoch avec son portail si mesquin et si prétentieux; il est encore couvert des stigmates que lui imprima l'ambitieuse énergie de Bonaparte. Ce fut là qu'il lit mitrailler, en vendémiaire, le peuple de Paris révolté contre le Directoire.

Nous arrivons à ce lieu d'où partirent tant d'arrêts sanglants aux jours de la puissance de Robespierre. Dans l'église des Jacobins se tenait le trop célèbre club des furieux, qui ne fut fermé que le 8 thermidor, la veille de la mort de Robespierre, par Legendre de Paris, membre de la Convention. C'est sur l'ancien emplacement du couvent des Jacobins, qu'on a ouvert la rue et le marché qui portent aujourd'hui son nom.

En face, se trouve l'auriennc rue du Duc de Bordeaux, appelée aujourd'hui rue du Vingt-Neuf Juillet. Qu'il y a «le petitesses dans ces substitutions de noms quand les dynasties changent, quand les rois s'en vont! Pourquoi ne pas lui laisser son premier titre, et restituer celui de Napoléon à la rue de la Paix ? Sans doute, les courtisans qui prennent de pareilles mesures pensent effacer la gloire et les souvenirs, en faisant gratter quatre pans de muraille? — Pauvres gens!... Ainsi , la Chambre des députés a eu la faiblesse de laisser briser les trois fleurs-de-lys de Técusson de Duguesclin , insignes illustres donnés à ce grand homme pour avoir chassé les Anglais du sol français qu'ils souillaient!,..

La rue d'Alger, percée sur les ruines de l'hôtel Egertnn, et la rue de Castiglione, cette rue si régulière, si alignée, qui rappelle Turin, occupent toutes deux remplacement du couvent des Feuillants, aboli en 1790; il s'était appelé d'abord Couvent de Jean de la Barrière, son fondateur. Le portail se trouvait placé vis-à-vis de la place Vendôme.

Nous sommes presque forcés de changer de plume : le vieux Paris cesse ; plus de marchands, plus de commerce, plus de ruines, tout est neuf: mœurs, aspect, temples et palais.

La rue Saint-llonoré s'élargit et attire les regards par sa splendeur et son opulence. C'est la magnifique place Vendôme avec sa colonne immortelle, re trophée digue des gloires les plus célèbres, celle honte des nations jetée a leur face; la eolomie Vendôme sur laquelle ou lit les noms

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