M HUE ET FAUBOURG
de toutes les capitales de l'Europe! C'est le monument le plus sublime <|u'ait jamais fait élever l'orgueil des conquérants , et peut-être est-il encore au-dessous de la renommée de Napoléon!
Une nouvelle scène et de nouveaux personnages s'offrent à nos yeux. Des voitures armoriées se heurtent, se croisent à chaque pas ; ce ne sont plus que des hôtels, que des palais. Là, il y a quelques années, une haute porte cochére était tapissée de tentures de deuil; cent initie citoyens et des guerriers de toute arme s'y pressaient en foule : la tristesse et la plus profonde douleur se peignaient sur tous les visages. Un cri retentit..., tout s'ébranla. Un immense cortège suivait un char funéraire sur lequel étaient déposés les plus hauts insignes de la gloire tribunitienne : uu grand homme était mort : — c'était l'illustre général Lamarque.
Donnons une larme à son souvenir et passons.
Plus loin, à gauche, une église avec son dôme mesquin s'offre à vos regards : — c'est l'Assomption, bâtie sur les dessins d'Errard, peintre du roi. Elle appartenait aux religieux de l'ordre de Saint- Augustin, autrefois appelées Audriettes. On la priva du titre d'église de la Madeleine, parce que le dôme peint par La fosse représente 1* Assomption de la Vierge.
C'est là que chaque jour des catafalques pompeux annoncent aux passants la mort de quelques vieux noms historiques ou celle des grandes gloires de notre armée.
La rue Duphot porte le nom de ce brave général, assassiné à Rome en 1797, dans une émeute populaire, la veille du jour où il devait s'unir à la belle-sœur de Joseph Bonaparte, devenue plus tard femme de Bernadotte. Char les- Jean, roi de Suéde.
Dans la rue Saint-Florentin , appelée par Sauvai la petite Au* de$ Tuileries, se trouve b; bel hôtel de I'Infantado, qui appartenait naguère encore au vieux roi de la diplomatie européenne, à ce grand Talleyraad l'érigord, auquel peuvent si bien s'appliquer les deux vers de Corneille sur Richelieu :
11 a fait trop de bien pour en dire du mal ; H a fait trop de mal pour en dire du bien.
Mais, j'y songe : où donc est le bien qu'a pu faire M. de Talleyraod ?
L'empereur de Russie habita l'hôtel de l'iufantado en 1814, jusqu'au 13 avril; il demeura ensuite à l'Elysée.
Si vous n'êtes point fatigué de me suivre à travers cette interminable rue , veuillez avoir la bonté de pénétrer avec moi dans le faubourg qui porte son nom. Regardez à gauche et à droite ces deux édifiées» qui semblent deux frères, tant est grande la similitude de leur architecture. Lui», relui de droite, avec son gigantesque propylée, avec sou frontou couvert de sculptures, avec cette colonnade grecque qui rappelle le Par*
thénon, c'est la Madeleine; d'abord église, puis temple de la gloire, puis encore église : on ne sait si elle n'aura point à subir le sort indécis du Panthéon !
L'autre monument, qui apparaît avec son parvis plus étroit, c'est la Chambre des députés, dont la façade est tristement scindée par l'Obélisque de Louqsor. C'est là que les hommes qui tiennent entre leurs mains les destinées de la plus riche et de la plus puissante des nations du globe; c'est là, dans cette enceinte sacrée, dans ce forum constitutionnel. où retentissaient dans l'intérêt du peuple les voix solennelles de Foy, de Manuel, de Benjamin Constant, de Casimir Perrier, que des orateurs abandonnent trop souvent les idées pour les choses, les principes pour les faits, la patrie pour les hommes, les questions de l'intelligence pour les questions matérielles. Le budget de la Chambre abaisse tout, et l'on y discute avec plus de force l'avenir de la Pêche de la Morue, que l'avenir des beaux-arts, de la science et de la littérature. Hélas! un peu de place au soleil constitutionnel, pour les savants, pour les artistes, pour les poètes! laissez tomber sur l'intelligence un mince filet d'eau de l'océan desrichesses publiques! La misère tue et n'inspire pas!.. . Si l'on refuse aux gouvernements des allocations nécessaires pour payer les grandes œuvres, on réduira l'art aux proportions les plus mesquines : le poète fera des contes et des madrigaux ; l'historien écrira des romans, pour vivre, tandis que le peintre et le sculpteur useront leur génie sur le papier et sur le plâtre , en modelant des carricatures qui font rougir les nobles statues de la Grèce et de l'Italie!
Ouvrez l'histoire du xvr siècle, et voyez Jules II, Léon X, François I er , Charles-Quint et les Médicis ! Les bonnes gens de ce temps-là n'avaient pas de système représentatif; ce fut le grand siècle du génie!
Continuons notre voyage descriptif. Regardons ces hôtels où l'on sait encore vivre, où l'on ne s'injurie pas en discutant, où le sarcasme est dit avec une telle aménité, qu'on serait parfois tenté de l'accepter comme une galanterie. Ce sont les hôtels de Duras, de Beauveau, du prince Borghése. qu'habita l'empereur d'Autriche aux jours de notre deuil national. Plus loin, c'est celui de l'ambassadeur d'Angleterre et le bijou de madame de Pontalba : puis vient l'Élysée-Bourbon, palais magnifique, témoin de si hautes infortunes. — Oh ! qui pourrait dire ce que ses murs entendirent, durant la nuit fatale qu'y passa Napoléon !
La rue du Fauhourg-Saint-Honoré est aujourd'hui, pour la grande aristocratie, ce qu'étaient les quais desTournelles et d'Anjou sous Charles IX. Henri III et Henri IV, la place Hoyale et le Marais sous Louis XIII et Louis XIV, le faubourg Saint -Germain sous Louis XV et la Restauration : c'est le monde élégant, le monde fashionable; rien n'y est suranné, décrépit; tout annonce l'élégance, les manières vraiment
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nobles, le lion ton; c'est là que règne en souveraine charmante la polilesse du grand monde ; c'est la haute société sans mélange : s'il s'y trouve parfois des intrus ou des métis, ils peuvent voir leur infériorité sans qu'on les force de rougir. — Les femmes n'ont point cette morgue insolente qu'on trouve chez les parvenus, race d'hier qui n'aura pas de lendemain. Elles sont Hères, sans doute, mais cette fierté est celle qui sied hien à la femme : c'est de la dignité. II y a tant d'aisance dans leur manière de faire les honneurs de leurs salons, qu'elles ne provoquent dans lame qu'un sentiment d'estime, de tendre faiblesse ou d'admiration.
Aussi, est-ce vraiment au milieu de ce inonde que se trouve la plus large part de plaisir qu'on puisse goûter dans cette vie parisienne, si rapide, si équivoque, si triste. Il n'y a là que des surfaces; tant mieux: il ne faut pas aller au fond des choses, de peur d'y rencontrer la douleur.
J'allais oublier l'hôtel Castellane, dont les statues de plâtre intriguent si fort les Normands qui débarquent à Paris. Dans ce petit hôtel se sont sont agitées hien des intrigues lilliputiennes, à propos de comédies qui n'étaient pas de merveilleuses réalités, assurément; le maître de cet hôtel a donne les violons à beaucoup de monde, sans qu'on lui sût un gré inlini de sa musique gratuite..., ce qui était fort mal; mais les teinu» sont changés! Au lieu du tumulte d'autrefois, l'on y entend la voix d'une belle e! jeune femme, qui a, dit-on, pris le parti d'avoir un hôtel pour elle et ses amis, et non une hôtellerie ouverte à tout venant; ce n'est pas moi qui la blâmerai d'un pareil acte de bon goût. — Par bonheur, le mari propose, et la femme dispose!
J'ai \u bien des gens et bien ces choses dans mon voyage. — Hé bien! a tout prendre, entre les nneurs que j'ai essayé de peindre, je choisirais celles du temps passé, si la colonne napoléonienne et le faubourg Saint* Honore n'appartenaient pas au temps présent.
Lottin de Laval.
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ques. les fosses rit* nouveaux remparts, ou par l'usage qui existait ri entasser sur différents points les immondices et les gravois rie la ville. Ces amas multiplies se nommaient Inities, voiries ou monceaux ; quelquesuns, ries plus considérables, le monceau Saint-Gervais, la butte de Bonne- Nouvelle, la butte des Moulins, qui prit le nom de Saint-Roch vers 1587, ne sont, dit Sauvai, composés d'autre chose que de dépôts successifs. Ces monticules factices, érigés d'abord à l'extérieur des murs , se trouvèrent clos dans l'enceinte de Paris, à mesure qu'elle s'étendit.
C'est là un des plus beaux quartiers de la ville moderne : il touche à la fois aux boulevards et aux Tuileries, à la place des Victoires, an Palais- Royal et à la place Vendôme.
La butte des Moulins a reçu de nos gloires sa part d'illustration ; il en est question pour la première fois en 1429 : la première date de sa grandeur nationale est inscrite sur la bannière de Jehanne d'Arc.
Au sortir des magnificences du sacre dans la royale basilique de Saint- Rémi de Reims, Charles Vil, victorieux sur la Loire el dans les plaines rie Champagne, marchait vers Paris, à l'ombre de la bannière de Jehanne d'Arc. L'Anglais battu fuyait par toutes les routes devant les lys de France; il fuyait jusqu'à Paris, sous le glaive de la pauvre fille qui lui avait repris Orléans. L'armée royale accourant à grandes journées, presque sans coup férir, vint camper autour de Saint-Denis.
Jehanne la vierge, avec les riucs d'AIençon et rie Vendôme, le comte rie Laval, les sires rieRaizetrie Boussac, la fleur ries combattants, gagna, rie proche en proche, à travers les bruyères, les bois et les marais, jusqu'au lieu qui porte encore le nom de Chapelle-Saint-Denis, et de là prit position sur une hauteur appelée colline ries Moulins, et d'où l'œil embrassait l'étendue des remparts de Paris.
A l'aspect rie la cité royale, menacée ries horreurs ri un long siège et ries excès du pillage, le cœur faillit à Jehanne, qui n'avait plus souvenance que ries splendeurs du couronnement. La pieuse héroïne hésitait devant l'effusion du sang: mais la noblesse, impatiente de nouvelles prouesses, ne pouvait plus comprimer sa fougue. En même temps, des transfuges échappés de la ville et ries espions surpris clans la campagne, annonçaient que les bourgeois de Paris, poussés à bout par la tyrannie des Anglais, n'attendaient depuis longtemps que le secours des troupes royales pour briser le joug de leurs oppresseurs.
Pressée rie mettre à profit ces rapports qui semblaient promettre un facile triomphe aux vainqueurs d'Orléans, de Troyes et de CmUons, Jehanne, le 8 septembre, fit proclamer à sonde trompe, autour des murs, le pardon du roi, si la ville ouvrait ses portes ; mais avant que les hérauts d'armes eussent achevé leur mission, un pierrier, pointé de la tour de Nesle, tua plusieurs soldats rin sire rie Raiz.