‹ Les rues de paris: Paris ancien et moderneChapitre 70 sur 77 · S2 HUE NEUVE- DES - PETITS - CHAMPS · texte numérisé non relu

S2 HUE NEUVE- DES - PETITS - CHAMPS

vouement dont il était animé. Il est assez remarquable que ce soit à un acte d'intolérance cléricale, que les sourds-muets aient du les premier» bienfaits de l'éducation qui leur est oiïerte.

Le hasard fit rencontrer un jour à l'abbé de l'Épée deux jeunes filles, sœurs jumelles, et sourdes-muettes de naissance, qu'un prêtre de la Doctrine Chrétienne avait essayé de tirer, au moyen d'estampes combinées pour leur instruction, de l'affreux état d'ignorance auquel la nature semblait les avoir condamnées. Ce bon religieux venait de mourir; l'abbé de l'Épée offrit à la mère de le remplacer, et dès-lors s'ouvrit pour lui une vaste et glorieuse carrière : — « Lorsque je consentis (écrit-il dans une de ses lettres), à me charger d'instruire les deux sœurs que laissait abandonnées la mort du P. Vanin , je ne savais pas qu'il y eût dans Paris un instituteur qui, depuis plusieurs années, s'était appliqué à cette œuvre et avait formé des disciples. Les éloges donnés par l'académie à Don Antonio Pareirès, portugais, établi à Paris vers 1755, lui avaient acquis de la réputation dans l'esprit de ceux qui en entendirent parler. et sa méthode, avec laquelle il réussissait à faire parler plus ou moins clairement les sourds-muets, avait été regardée comme une ressource à laquelle on donnait de justes applaudissements : il n'en était pas l'inventeur; elle avait été pratiquée plus de cent ans avant lui par M. WalKs, en Angleterre, par don Juan Paolo Bonet, en Espagne, et par M. Amman. médecin suisse en Hollande, qui même ont laissé sur cette matière d'excellents ouvrages ; mais il avait profité de leurs lumières, et ses ta* lents à cet égard n'étaient pas au-dessous de sa réputation. Étranger aux travaux de ces illustres maîtres, je ne pouvais songer à entreprendra de faire parler mes deux élèves ; le seul but que je me proposais. Ait de leur apprendre à penser avec ordre et à combiner leurs idées; je cms pouvoir y réussir en me servant de signes représentatifs assujettis à nae méthode dont je composai une espèce de théorie. »

Avant l'abbé de l'Épée, l'instruction que recevaient les sourdsHmets consistait à leur apprendre h parler, et lorsqu'on était parvenu à ionr Taire prononcer, avec plus ou moins de facilité, quelques phrases anl articulées et jamais senties, on pensait avoir beaucoup fait. Pourofctarîr ce résultat, on employait la dactylologie que nous devons aux Espagnols et que l'abbé de l'Épée eut occasion de connaître par un singulier hasard. Un jour d'instruction, nu pauvre diable vint lui offrir un livre espagnol, en l'assurant que s'il voulait bien l'acheter, il lui rendrait servies. Ne sachant point celte langue, l'abbé de l'Épée le refusait d'abord, mm en l'ouvrant au hasard, il aperçut l'alphabet manuel des Espagnols gravé en taille-douce, et sur le titre du livre, ces mots : Arts par* ew$m*r à hablar los mudos. « Je n'eus pas de peine, dit l'abbé de l'Épée, à deviner que ces mots signifiaient : Art A' enseigner aux muets à parler; et dés ce

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