‹ Les rues de paris: Paris ancien et moderneChapitre 69 sur 77 · RUE NEUVE-DES- PETITS-CHAMPS · texte numérisé non relu

RUE NEUVE-DES- PETITS-CHAMPS

Passons : — Voici la rue de l'Évèque qui rampe sur un terrain que possédait autrefois le siège épiscopal de Paris. Au sommet s'élargit le carrefour dont j'ai parlé plus haut. D'ici, la pente était rapide, et la hutte valait au moins une médiocre montagne, s'il en faut croire cette épigramme d'un bel esprit du temps de la Fronde :

Dieu vous garde de malencontre.

Gentille butte de Saint-Roch ; Montagne de célèbre estoc.

Comme votre croupe le montre.

Oui, vous arrivez presque aux cieux.

Et tous les géants seraient dieux.

S'ils eussent mieux appris la carte.

Et mis, dans leur rébellion.

Cette butte-ci sur Montmarte.

Au lieu d'Ossa sur Pélion.

Remarquons légèrement que les antiquaires d'alors n'étaient pas de notre avis sur l'étymologie du mot Montmarte {Mms Maiiis), dont nous avons fait Montmartre {Mon* Martyrum), Au moyen-Age, il y aurait eu matière pour un volume de controverse.

Voyez, en face de vous, cette fontaine qui coule au lieu des moulins •upprimés ; à sa gauche, la rue des Moineaux fuit en glissant jusqu'à la ue Neuve-Saint- Roc h ; à droite, celle des Moulins descend, large et paisible, en s'aplanissant jusqu'à la rue Neuve-des-Petits-Champs. Arrêtons-nous un moment devant cette humble demeure à trois croisées de face, et dont le portail, reconstruit, est flanqué de deux perrons usés: c'est le n° 14 : découvrez-vous! ici demeurait un conquérant qui ravit à la nature l'immortel secret de vaincre une de ses plus irrémédiables infirmités.

Charles-Michel de l'Épée, né à Versailles, le 23 novembre 1712, d'abord prêtre au diocèse de Troyes, où il se distingua dans l'emploi difficile de prédicateur, refusait à vingt-six ans un évèché qu'on lui offrait, en reconnaissance d'un service personnel que son père avait rendu au cardinal de Fleury; simple, modeste, humain, sévère envers lui-même, et rempli d'indulgence pour les autres, il répétait sans cesse cette belle maxime de Henri IV : « Tous ceux qui sont bons, sont de ma religion. » Il disait aussi avec Fénélon : « Souffrons toutes les religions, puisque Dieu les souffre. • Prêtre-citoyen, il aimait ses semblables pour euxmêmes. A la mort de l'évêque de Troyes, il se lia étroitement avec le vénérable Soanen, adversaire de la bulle llnigenilus. Interdit pour ses opinions religieuses, par l'archevêque de Paris, M. de Beau mont, l'abbé de l'Epée brûlait du désir de porter sur un antre objet l'ardeur de dé-

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