‹ Les rues de paris: Paris ancien et moderneChapitre 76 sur 77 · A JACQUES CŒUR ; PROBITE, PRUDENCE, DESINTERESSEMENT · texte numérisé non relu

A JACQUES CŒUR ; PROBITE, PRUDENCE, DESINTERESSEMENT

Puisse cet éclatant hommage rendu par la ville de Paris à la probité du petit marchand de Bourges , profiter à l'avenir de la rue Kambulean. Déjà tout le commerce du quartier a fait invasion dans la rue nouvelle ; la renommée de Jacques Cœur trouble le repos de la toile d'Alsace, et empêche l'article Paris de dormir; chaque marchand rêve derrière son comptoir les splendeurs de l'argentier du roi ; il s'y fait des commandes et de la diplomatie par correspondance. La bourre-dc- soie trame des protocoles et des cachemires pur laine; les fauteuils gothiques ont remplacé les tabourets de paille, et toutes les demoiselles de magasins sont des Agnès. Le dix-neuvième siècle a rétrogradé jusqu'au quinzième. 11 y a des circonstances où reculer, c'est progresser.

Mais j'aperçois d'ici le carrefour où s'ouvrait la bouche noire, humide et infecte d'une ruelle autrefois célèbre. Qu'a-t-on fait de la rue des Ménétriers, je vous prie, joyeuse fille du vieux Paris, qui, dès le xiif siècle chantait incessamment la nuit et le jour d'une voix rauque et avinée, à l'angle de la rue Beaubourg et de la me Geoffroi-Langevin? En 1325, c'était la rue aux joueurs de vielle, puis la rue des Jugleours; au xm* siècle rue aux Jongleurs , plus tard rue des Ménestrels, et depuis 1482, rue des Méneslriers.

Pour moi, je l'avoue, j'aime cette rue d'un amour d'artiste; j'ai pour elle une sorte de vénération et de respect filial , quand je songe que ce titre de Ménestriers fut l'humble manteau qui recouvrit, il y a huit siècles environ, les musiciens et les poètes.

On les appelait troubadours ou trouvères, soit qu'ils vinssent du Midi ou du Nord ; quelquefois même on les nommait sans scrupule jongleur» et ménestriers. Qu'était-ce. en effet ? des bateleurs vagabonds , qui faisaient simplement dans leur pèlerinage poétique la langue d'Or ou la langue

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iVOU, reconstruisaient à la France un idiome perdu depuis longtemps, ou corrompu par les invasions des Barbares cl les conquêtes des Romains, créaient une poésie, trouvaient une musique, et civilisaient des peuples nu son des vielles et des rebecs. Dès le xi* siècle les troubadours, trouvères, jongleurs ouménestriers, s'étaient déjà rendus fameux, et comme les bonnes choses et les saines traditions ne durent guère, ils ne tardèrent pas à dégénérer, de telle sorte quePhilippe-Auguste se viteontraint de les bannir la première année de son règne. Alors la gaité insoucieuse, le rire franc et jovial, les belles histoires et les bons contes, les jolis refrains des ménestriers, les chants amoureux des troubadours, les divertissantes singeries, les merveilleux tours de gibecières, les danses plaisantes et les jovialités des jongleurs , tout cela s'en fut tristement dans la terre d'exil, laissant en grand émoi nobles dames et jeunes seigneurs, et plongeant toutes les chàtelennies d'Oc et d'Oil dans la consternation et dans le deuil. De la Provence à la Picardie, ce ne fut qu'une lamentable clameur de détresse; aussi vit-on bientôt revenir les joyeux compagnons de la Ménestrandie.

La nouvelle de leur retour se répandit proinptement; jamais roi couronné ne fut plus cordialement, plus magnifiquement accueilli. Ils rapportaient tant de nouvelles chansons, tant de galantes histoires, tant d'aventures merveilleuses, et d'autres qui avaient pieusement utilisé leur pèlerinage étaient chargés de tant de précieuses reliques péniblement apportées de la Terre-Sainte, que l'enthousiasme ne connut bientôt plus de borne.

Jacques (irure et Hugucs-le-Lorain, deux ménétriers dont les alfa ires avaient prospéré sur la terre d'exil, fondèrent à cette époque une chapelle dédiée à saint Julien et à saint Genest; ils y annexèrent un hôpital où les ménétriers et jongleurs étrangers passant par la ville de Paris étaient reçus et hébergés gratuitement. Enfin, peu de temps après, ils formèrent une confrérie sous le patronage de saint Julien et saint Genest. Le règlement de cette confrérie fut dressé au Chàtelet, le 23 novembre 1321. (> règlement est un véritable privilège en faveur des ménétriers parisiens ; il fut signé par trente-sept ménétriers jongleurs ou jongleresscs, au nombre desquels se trouvaient Pariset, ménestrel du roi ; Jaucor, fils du Moine, et Marguerite, la Femme au Moine, Pour justifier ces surnoms, au moins étranges, il n'est pas inutile de direquelanicftolfrfftffrfVr* touchait de fort près aux murs du couvent de Saint-Magloire ; le voisinage explique tant de choses. Les compagnons, ou membres de la confrérie des Ménétriers, avaient croix et bannières, ainsi que toutes les autres corporations, et Ion voyait dans le sceau de la confrérie Saint-Gcnest, droit et raide, jouant de la vielle avec toute la gravité et le décorum qu'exigeaient son titre et sa position de bateleur canonisé.

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A celle époque la confrérie était en telle odeur de sainteté, <|ue saint Louis voulant lui donner une marque de sa royale munificence, exempta les compagnons du droit de péage, à l'entrée de Paris, sous le Petit- Chàtelet, à condition qu'ils feraient sauter leurs singes et chanteraient une chanson devant le péager. Telle est l'origine de ce proverbe si connu : « Payer en monnaie de singe. »

Mais, hélas ! il en fut des mênestriers comme «les grands de la terre; ils ne purent demeurer longtemps au faîte où ils s'étaient élevés, et le jour de leur grandeur fut celui de leur décadence.

Depuis quelque temps la rue des Ménétriers se dérangeait. On avait en beau la baptiser et la rebaptiser vingt fois, elle restait toujours un peu païenne, en dépit des ordonnances de Philippe-Auguste et des sages édits du saint roi. Jamais on n'avait ouï tant de chansons obscènes; il y avait du libertinage dans l'air; du matin jusqu'au soir, du soir jusqu'au matin c'était un continuel fracas de pots fêlés, de refrains grivois, de baisers retentissants et d'instruments discords; on voyait incessamment courir dans la pénombre de cette rue obscure des formes ivres et débraillées; déjà des regards indiscrets et des lèvres plus indiscrètes encore avaient éventé bien des secrets. Certaine porte du couvent de Saint-Magloire, condamnée du temps de Philippe-Auguste, s'ouvrait par fois à la nuit close, et les médisants assuraient que Marguerite-la-Jongleresse, surnommée la Femme-au-Moinc, n'avait pas entièrement volé ce surnom. Les mœurs des Ménétriers avaient déteint sur le couvent, où la chanson était plus en honneur que le cantique. Puis on disait ceci et cela, et bien d'autres choses encore; il est vrai que les beautés peu farouches de la rue Trousse- Noua in dénouaient trop facilement, peut-être, leurs ceintures dorées; il se peut aussi «pie plus d'une fois les joyeux compagnons de la confrérie des Ménétriers leur aient appliqué la paternelle ordonnance de saint Louis, et que, par une licence poétique un peu hasardée, ils aient traité ces prêtresses de l'amour satisfait comme la barrière du Pctil-Châtclct, dont ils payaient le passage en monnaie de singe.

Déjà bannis une première fois pour cause de libertinage, les ménétriers n'en continuèrent pas moins leur vie licencieuse et déréglée; leurs désordres nouveaux furent portés à un tel excès, que le prévôt de Paris se vit obligé de rendre une ordonnance qui leur lit « défense de rien dire, représenter ou chanter dans les lieux publics et autres qui put causer quelque scandale, à peine d'amende, de prison, et d'être réduit au pain et à l'eau. » Altérés par cette loi sévère, ils se séparèrent et prirent différents partis : les uns se livrèrent à l'exercice des tours de force et d'adresse, et furent appelés bateleurs; telle est l'origine des danseurs de corde. A l'entrée d'Isabeau de Bavière, un ange, précurseur d'Auriol et de Mazurier, descendit sans balancier sur une corde tendue à la porte

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Saint-Denis, et vint poser une couronne sur la tète de la reine. C'était un île ces bateleurs.

Les autres après avoir fait divorce avec les singes, se lièrent entre eux et fondèrent la compagnie des Ménestrels.

Enfin, les derniers, dévots à la mémoire de leurs patrons, se vouèrent au culte du vrai Dieu, et voulant devenir maîtres de chapelle, parvinrent, non sans peine, à la dignité de chantres de paroisse.

Ainsi Huit la confrérie des Méncstriers; l'institution s'éteignit, mais le principe survécut; que sont en effet de nos jours l'association des auteurs dramatiques, celle des artistes, des directeurs de théâtres, des gens de lettres? et la plus jeune de toutes, la société des musiciens qui vient de se fonder, que sont elles? si non les filles dégénérées de la grande confrérie des Ménétriers.

Quant à la rue, elle existait encore il y a six mois, toujours noire, toujours humide, elle était devenue l'asile des ateliers de chajvellerie que le marteau municipal en a chassé. Le monastère de Saint-Magloire n'existait plus, le souffle révolutionnaire qui fit écrouler Unit d'édifices féodaux, abattit en 1790, l'église et le couvent, et de ce puissant monastère, il ne resta bientôt plus rien qu'une impasse.

La ville de Paris vient de jeter un pan de son manteau sur toutes ces souillures, les taches du passé ont disparu; mais si vous soulevez les dalles du trottoir ou le pavé de la chaussée, vous trouverez peut-être encore les traces boueuses de la rue des Ménétriers ; les traces sanglantes du gibet de Saint-Magloire.

D'un gibet a un cardinal, il n'y a que la corde, le sang tombé de l'un, a bien souvent ravivé la pourpre de l'autre; surtout quand ce dernier s'appelait Chaties-de-Lorrainc, cardinal de Guise. Que sa sainteté nous le pardonne, la rue llamhulcau tient à ses illustrations, et chacun sait que l'hôtel d'Olivier de Clisson est passé en 1587, à la maison de Lorraine. C'est là que fut le berceau de la Ligue, les massacres de la Saint- liarthélemi ont été conçus à l'hôtel de la Miséricorde.

Pourquoi faut-il que nous trouvions toujours sous notre plume des souvenirs sanglants? — Voici venir une femme, jeune et belle, rieuse et folâtre, et qui va nous parler d'amour. Que portez-vous donc là, belle dame v quel est ce bijou mignon coquettement suspendu à votre châtelaine guillochée? Dieu me pardonne! ce sont des ciseaux, je crois. Jamais ces blanches mains aux fossettes amoureuses n'ont manié l'aiguille ; jamais ces beaux yeux ne se sont rougis à l'ardeur du travail ! Pourquoi donc ces jolis ciseaux dorés dont la pointe acérée est moins fuie pourtant que votre esprit ? — Ah! je comprends ; ce sont d'enragés Ligueurs que ces petits fiscaux mignons, et vous, madame, vous êtes la duchesse de Mont|»ciisier. qui venez savoir de votre bon oncle le cardinal, comment on s'y prend

SH ItlJE RAMBUTEAU.

pour changer une ronronne eu tonsure , el faire un moine d'un roi

On gratte à la porte;— Qui est là ?— Vite, vite, madame la duchesse, remettez votre loup de velours ; esquivez-vous par la porte secrète, il ne faut pas que l'on vous voie; il ne Tant pas que vous puissiez voir. Ce bon cardinal, comme il est ému. La duchesse s'est éloignée; la portière est retombée sur elle; on peut ouvrir maintenant. Cette fois c'est encore une femme.— Est-elle jeune ? est-elle jolie ? — Attendez ; elle a quitté sa mante : elle est jeune. Son masque tombe; elle est jolie.

Jolie, dites-vous ? mais elle est charmante : demandez plutôt à Henri 111, «lui l'a surnommée la belle Gabrielle. Voyez la gracieuse taille, le pied mignon, la bouche vermeille et épanouie, les belles mains, les beaux yeux! oh! que tout cela est bien fait vraiment, pour enivrer d'amour rois, princes et cardinaux !

Mais, dites-nous de grâce, charmante Cabrielle, ce que vous venez faire à l'hôtel de Guise? ou plutôt ne dites rien. Allez, bouleversez le cabinet de son éminence ; riez, chantez, lutinez ce pauvre cardinal de Lorraine, qui n'en peut mais, empêché qu'il est, le saint homme, par son avarice et sa soutane rouge.

Gabrielle est déjà loin. Ah! Monsieur le cardinal ! non-seulement tous voulez enlever au roi son royaume, mais vous lui prenez encore sa maîtresse! une vive et pétulante jeune lille de dix-huit ans, pleine d'amour et de folie, ardente au plaisir comme un page ; et vous vous imaginez qu'il n'en sera que cela. Tudieu! Gabrielle ferait-elle donc aussi partie de la sainte Ligue, passe encore pour la tonsure, que vous ménagez à Henri, passe pour les barricades, passe pour la Saint-llarthélcmi ; mais la maîtresse du roi, la Gabrielle d'amour, que vous laissez aller au bout d'un an, par une ladradie indigne. Prenez-y garde, le jour des représailles viendra: et le 24 décembre 1588, il ne tiendra qu'à vous de voir derrière le poignard des assassins de Mois, l'arme dune femme irritée qui se venge ï

Mais, non, Gabrielle était trop bonne lille pour cela. Comme elle a\ait passé du roi au cardinal, elle passa du cardinal au duc de Longueville. et de celui-là à un autre, jusqu'à ce qu'elle fût eu lin remonté de nouveau dans la couche royale; de Henri 111 à Henri IV elle avait franchi un règne, et sa beauté avait fait comme elle; le bouton s'était épanoui, la Heur était alors dans tout son éclat, dans tout sou parfum.

La rue Hambuteau est toute remplit» du souvenir de cette adorable femme. L'histoire de ses amours est écrite à chacun de ses angles, sous chacun de ses pavés. En sortant de chez le cardinal de Lorraine, elle trébucha à mi-chemin et lit une chute ; elle se releva duchesse de Beaufort. Ce petit hôtel, qui se cache derrière une des façades de la rue Hambuteau, sur la droite, non loin de la rue (juinrampoix, nous en dirait bien plus long à ce sujet. C'est là que vint au monde César de Vendôme,

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rot enfant chéri clt* Henri IV, qui fut le père du duc de Beauforl, l'un des chefs les plus influents de la Fronde; le duc de Beau fort, idole des Parisiens, qui l'avaient surnommé le roi des Halles, avait, dit-on, du sang de ligueur dans les veines; comment n'eût*il pas été Frondeur.

Un peu plus loin , rue de de la Chanvrerie, ou mieux rue Ramhuteau , nous retrouvons encore l'empreinte de ce joli pied qui se posait sans se fixer jamais. Or, Gahrielle avait le cœur sur le pied. Cette fois pourtant l'hôtel a gardé un plus long souvenir de sa propriétaire. A cette porte, Henri IV s'arrêta souvent, la rue était étroite et obscure; il se glissait le long des murailles, le joyeux roi, comme un écolier en bonne fortune; tandis que Sullv le croyait enfermé dans son Louvre , il se livrait aux charmes d'un

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amoureux tôte-â-léte, ou au plaisir de quelque bonne partie de des avec M de Villars; il perdait vaillamment deux ou trois mille pistoles, et la belle tiabrielle, accoudée sur le dossier du royal fauteuil, suivait d'un <i'il curieux le rapide mouvement des dés et de l'or sur le tapis.

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IViulant tfiit» nous suivons au vol, et d'amours eu amours, la changeante Cahrielle, la rue Ramhiitcau a vu bien d'au Ires révolution», ma foi. Un grand cri s'est fait entendre ; une clameur formidable a retenti ; c'est la journée des barricades qui finit; le roi vient dVnvoyer le maréchal de Biron à l'hôtel de Guise, prier le duc d'intervenir pour sauver les troupes royales de la fureur du peuple; le duc, flatté, est monté à cheval et l'ordre s'est rétabli aux cris mille fois répétés de vive Guise! vive la Ligue! Ramené en triomphe à son hôtel, le chef des Ligueurs, se tournant vers les Parisiens, leur dit alors ces remarquables paroles : « C'est assez, c'est trop, Messieurs; criez vive le roi ! » Et l'on cria vive le roi, comme on avait crié vive la Ligue, tant était grande l'influence de cet homme, plus roi que le roi lui-même.

En 1G97, l'hôtel est passé à François de Hohan , prince de Sou bise, qui Ta fait reconstruire en 1706, tel qu'il existe encore, le fronton décoré des armoiries de la maison de Rohan-Soubise était un chef-d'œuvre de Le Lorrain, Brunetti peignit le grand escalier, un luxe vraiment royal présida à cette importante restauration.

Sur ces murailles , véritable mémento historique, on déchiffre une date et un nom : mars 1786. — Cardinal de Rohan. — Collier de la reine.

Place, place; laissez passer le carrosse de monseigneur le maréchal prince de Soubisc, le noble seigneur a trouvé sans doute qu'il y avait bien loin de la rue du Chaume à la rue de l'Arcade, et le voilà qui abandonne son hôtel pour aller mourir dans l'alcove d'une fille de l'Opéra, comme on disait en 1787.

Aujourd'hui cet hôtel, qui garde le souvenir des Templiers, d'Olivier de Clisson, de la maison de Lorraine et de la famille des Ilohan-Soubise, sert d'entrepôt, de magasin, de bibliothèque, comme on voudra l'appeler, aux Archives de France. Il était certes, impossible de trouver un emplacement qui fût à la fois plus digne de cet honneur et en même temps moins propre à cette importante destination.

Ici nous touchons à la lin de notre tâche ; nous avons demandé au passé tout ce qu'il pouvait décemment nous apprendre ; on devinera que si nous n'avons pas tout dit, c'est que la naïveté du vieux langage touche parfois à la licence, et la rue Ramhuteau est un peu prude. Que voulezvous? la bonnetterie a des mœurs. Respectons la candeur du fil d'Ecosse et ne faisons pas rougir la toile peinte.

Nous avons passé au galop de notre plume à travers la rue Quincampoix, obstruée sous la régence par les agioteurs du Mississipi; la fièvre de l'or est contagieuse : heureux temps que celui où l'on se battait à la porte de l'hôtel de Nevers, pour avoir le privilège de perdre son argent; on se battrait encore aujourd'hui, mais pour avoir le droit de le garder. — Autres rues, autres m<eui>

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Partis de la rue «lu Chaume, nous voici arrivés aux halles en droite ligne.

La rue liainbuteau s'arrête là.

De tout ce passé plein de gloire, d'amour, de sang et de boue, la rue Hambuteau n'a rien gardé : c'est une rue nouvelle s'il en fut; propre, droite et quelque peu monumentale; d'un luxe sobre et bourgeois; une rue qui résume admirablement l'époque et le quartier qui lui ont donné le jour, style de la rue Hambuteau : car cette rue a son langage comme elle a ses mœurs et sa physionomie La rue Hambuteau dit: mon épouse. pour dire rna femme et prononce aigledon, pour édredon. tille se couche à dix heures, habitude du Marais, porte des pantalons de nankin l'été et

des parapluies en toute saison. A cela prés, c'est une rue irréprochable, honnête et probe, pleine d'honneur et de dignité ; les maisons s'y alignent comme les colonnes d'un livre de caisse, et les portiers de celle rue tiennent leurs escaliers en partie double avec une régularité irréprochable.

Il est vrai de dire que l'orgueil entre pour beaucoup dans ce luxe d'eponges et de paillassons, l'orgueil ce Charançon de la petite propriété; l'orgueil qui a perdu tant de rues illustres, est ce qui a sauvé celle-ci, en lui faisant choisir tout d'abord un préfet pour parrain f et quel préfet! le plus magnifique et le plus brillant ; relui dont l'administration a réalisé

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en quelques années toutes les améliorations depuis si longtemps rêvées: à qui Paris est redevable des immenses travaux des Champs-Klysées. des hoiilevnrts, de la place de la Concorde et des quais de Paris; celui à qui Ton doit le splendide achèvement et l'intelligente restauration de l'Uotelde-Ville, et qui, placé à la tète du corps municipal, représente la villr tout entière; eu un mot, le préfet de la Seine, M. de Rambuteau.

A M. de Hambuteau appartient l'heureuse idée de percer cette rue nouvelle ; la rue reconnaissante s'est parée de son nom ; c'était justice.

Mais qu'on ne s'y trompe pas, la rue Rambuteau est une rue politique, à elle seule ; elle a plus fait pour la tranquillité de Paris que vingt régiments et cinquante mille baïonnettes. La rue Hambuteau coupe à tout jamais le pied à l'émeute, en dévidant ce terrible écheveau de ruelles embrouillées de carrefours fangeux, de cul-de-sacs immondes qui étendaient leur sinistre réseau du marché des Innocents à la rue Saiut-Avoie. et de rilôtel-de-Ville au cloître Saint-Merry.

Cette rue restera, comme un des plus utiles monuments de l'administration de M. de Rambuteau, et peut*ètre qu'un jour, lorsque les passions seront calmées, et que la consécration du temps permettra d'honorer chacun selon ses mérites, il se trouvera à la tète du conseil municipal de Paris un magistrat qui fera pour M. de Rambuteau ce que le préfet de la Seine vient de faire pour le petit marchand de Bourges.

Nul doute que la postérité n'inscrive alors en première ligne, à côté du nom de M. de Rambuteau, ce mot qui résume à la fois l'homme et le magistrat : Urhanitc!

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