Les rues de Québec [microforme]
La Haute-Ville, avec ses grands chênes, ses noyers, ses ormes majestueux, quand elle faisait partie de la forêt primitive, a dû être an endroit fort giboyeux. Si Champlain et son beau-frère Boullé, ainsi que ses amis d? la Basse-Ville, eussent été moins ardents à pourchasser d’autres hôtes de la forêt bien plus dangereux, au lieu de faire mention seulement des renards qui rôdaient autour de “ l'habitation,” ils auraient noté quelques-unes des parties de chasse qui ont dû se faire sur les déclivités boisées du Cap au Diamant et dans les halliers du Côteau Sainte-Geneviève, surtout quand le scorbut ou la disette rendaient indispensable l’usage des viandes fraiches ; perdrix, bécasses, lièvres, castors, renards, cariboux, ours, ont dû fréquenter les monts et vallées de l'antique Stadaconé.
En 1617, la chasse dut céder le pas à la culture : le premier habitant de la Haute-Ville, l’apothicaire Louis Hébert, y établissait feu et lieu. Cette année là, ‘ il commença aussitôt, dit l'abbé Ferland, à défricher le terrain sur lequel se trouvent la cathédrale, le séminaire et cetie partie de la Haute-Ville qui s'étend depuis la rue Sainte-Famille jusqu’à l’Hôtel-Dieu ; il bâtit une maison (l)et un moulin, vers la part'e de la rue St. Joseph où elle reçoit les rues Saint-François et Saint-Flavien. Ces édifices paraissent avoir été les premiers qui aient été élevés sur l’emplacement occupé par la Haute-Ville.” A cette époque, il ne pouvait y avoir ‘zue des sentiers étroits, des avenues irrégulières suivant les détours de la forêt. Ces sentiers s’aplanirent, s’élargirent avec le temps. Champlain er Kirtk s’occupèrent peu de la voierie. On n'avait pas encore pensé aux Grands Voyers, en la Nouvelle- France.
Un des premiers soucis du gouverneur de Montmagny, après
(1) L'abbé Laverdière, au contraire, prétend que la maison d’Hébert a dû être bâtie sur le site de l'évêché aëtuel. (Œuvres de Champlain, tome Il.)
PAR en
avoir fortifié la place, fut de faire préparer un plan de la ville, d’aiigner, d'élargir, de redresser les rues ; certes, ce n’était pas sans besoin. S'il eût poussé encore plus loin cette utise réforme, il aurait épargné à notre municipalité bien des ennui, au public bien des embarras. On avait, le 17 novembre 1623, pratiqué une descente à la Basse-Ville, moins dangereuse que celle qui existait déjà.
L'été, l'on voyageaitpar eau, d'ordinaire en canots d’écorce ; l’hiver, On avait recours aux raquettes. A quelle année remontent les voitures à roues ? C’est ce qu'ilne nous a pas été donné de découvrir. Le premier cheval, destiné au gouverneur de la colonie, arriva de France en 1648. Son Excellence l’employait-il comnie cheval de selle seulement ? ou bien, quand il allait, au jour de l’an, saluer les Jésuites, les bonnes Dames Ursulines, leur porter leurs étrennes (l), se faisait-il mener en carriole, et en calèche pendant la belle saison ? Voilà encore un point pour nos antiquaires.
Bien qu'il y eût des bestiaux à Quebec en 1623, on se servit pour la premiere fois de bœufs pour labourer, le 27 avril 1628.
Le 16 juillet 1665, (2?) un navire français anenait douze chevaux ; c'était, sans doute, des montures pour le brillant état-major du grand marquis de Tracy, vice-roi. Ces fringants militaires du colonel de Salières, cette jeunesse dorée äu marquis de Tracy, montés sur leurs douze chevaux français, que les aborigènes ébahis nommaient des “ orignaux d'Europe,” mernaient grand train à Québec. Y avait-il des tandem, des driving clubs, en 1665 ? Quen sabe ? Ce n'étaient pas tous des saints © >mme Paul Dupuy (3) que ces messieurs du colonel de Salières! Le major Lafredière, par exemple, aurait pu rendre des points au plis enragé gamin que les gquards de la reine Victoria aient compté dans la colonie deux siècles plus tard.
S'il y avait, à Québec, douze chevaux de gentilshommes, ïls ne passaient pas toute leur existence à l'écurie. Les sentiers escarpés de la Haute-Ville durent s’aplanir, s’élargir ; la voie publique cessa d'être réservée aux piétons seulement. C'est là précisément. où nous en voulons venir.
En effet, les rues de Québec prirent rapidement de l’importance, en 1665. Les améliorations effectuées, pendant l'administration du chevalier de Montmagny, avaient été fort goûtées. L'illustre chevalier avait ses rues Saint-Louis, Ste.-Anne, Richelieu, d’Ai-
D En en a
(1) Les étrennes consistaient en vin d’Espagne, tourtières, chapons, livres de piété, etc., d’après le Journal des Jésuites.
(2) Histoire de la colonie française äu Canada, tome II, p. 584. (8) Histoire de L'Hotel-Dieu de Québec, Mère Juchereau, 511.
Fan de Le
Re guillon, Saint-Jean, pour honorer son roi et maitre, Louis XITT, la reine Anne d'Autriche, le duc de Richelieu, sa nièce, la duchesse d’Aiguillon, le bon prêtre Saint-Sauveur.
La rue St. Louis au siècle dernier était habitée par bien des notabilités. Le juge en chef Sewell occupait l'Hôtel actuel du Gouvernement : il décéda en 1839. IL y avait l'Hôtel de M. de Lotbinière, la maison de la chère amie de Bigot, Madame Péan, où le juge Emsley résidait vers 1815 : plus tard, le gouvernement l’acheta pour une caserne d'officiers ; vis-à-vis la Cour de Justice l’on voit le Kent House, où Sa Grâce le Prince Edouard séjourna 1791-4. (1) Le No. 42, la maison du tonnelier François Gobert où l’on déposa la dépouille du général Montgomery le 31 déc. 1775, est devenue historique.
Le sulpicien Vignal logeait dans cette rue. De nos jours, les sommités judiciaires, parlementaires et les avocats l'ont accaparée. Vous y trouvez le juge en chef Duval— les juges Tachereau, Tessier, Bossé, Caron — MM. P. Pelletier, H. 'fachereau, députés— MM. Bossé, Languedoc, Hamel, Dechesne, Parkin, Dunbar, cum mullis aliis, dont les clients sont aussi matinals qu’au temps d’'Horace :
“ Sub cantu galli.”
“ De la Basse-Ville on montait à la Haute-Ville par un chemin tortueux pratiqué entre les rochers, et sur la droite on rencontrait le cimetière. Ce chemin, qui aboutissait à l’église paroissiale, se divisait en deux : d’un côté, ii conduisait chez les Jésuites et à l'Hôpital (Hôtel-Dieu), de l’autre au fort des sauvages et au château Saint-Louis. Le château, ou le fort du Roi, gardé par des soldats nuit et jour, sous les ordres du gouverneur, était de forme irrégulière, flanqué de bastions armés de pièces d'artillerie, et offrait à l’intérieur plusieurs corps de logis séparés les uns des autres. A quarante toises de là environ, on voyait, du côté du midi, un petit jardin clos, à l’usage du gouverneur, et devant le château, à l’ouest, était la Place-d’Armes (le rond) en forme de trapèze.
«“ Sur l’un des côtés de cette place, l’on voyait un bâtiment attribué d’abord à la sénéchaussée et qui portait le nom du Palais : c'était là sans doute qu’en 1664 le conseil souverain tenait ses séances. De la Place-d’Armes partait le grand chemin qui con-
() “To rer.—That elegant House, No. 6, Port Louis street, lately occupied by H. À. H. Prince Edward, and at present by the Lord Bishop of Quebec. For further particulars, apply to
Miss D or t0 Quebec 4th March 1794. MuNRO & BELI.” (Quebec Gazette)
Èè Y :
SE EP EEE
th
grrr commen
MCE RER
duisait au Cap-Rouge ; à droite et à gauche de ce chemin, étaient. quelques emplacements donnés à des particuliers pour y bâtir. Le Fort des Sauvages était ce réduit, dont on a parlé, qui servait d’asile aux tristes restes de la nation huronne, formant en tout quatre-vingts âmes, en l’année 1665. il continua d'être occupé par eux jusqu’à la paix faite avec les Iroquois, après l'arrivée des troupes ; ils le quittèrent alors, pour se livrer à la culture des terres.
‘“ Outre les bâtiments des RR. PF. Jésuites, ceux des Religieuses et ceux de l'Hôpital (Hôtel-Dieu), on voyait à la Haute-Ville une maison située derrière le chevet de l’église paroissiale, où habitait Mgr. de Laval. C'était probablement ce qu'il appelait son séminaire, et où il faisait élever des jeunes gens qu’on put promouvoir un jour au sacerdoce.
‘ C'était au séminaire que le prélat résidait avec ses prêtres, au nombre de huit, qui composaient alors tout le clergé séculier de Québec. Là était aussi l’église de NoTRE-DAME, en forme de croix latine.” (Faillon.)
La rue Couillard rappelle un des personnages les plus importants de l’ère de Champlain, Guillaume Couillard. Il faudrait tout un volume pour retracer les incidents historiques qui se rattachent à la Grande Place du Fort. Nous en avons indiqué un bon nombre aux premières pages (10-16) de l’Album du Touriste. Nous ajouterons à ce que nous avons déjà dit les détails suivants :
Il paraîtrait que là où s'élève le Union Hntel de 1804, les bureaux actuels du Journal de Québec, le gouverneur d'Aiïlleboust résidait vers 1650. “II s'était réservé le 10 janvier 1649 la pièce de terre comprise entre la rue du Fort et la rue du Trésor, d’une part, et les rues Buade et Sainte-Anne, de l’autre. A l’encoignure des rues du Trésor et de la rue Buade, côté ouest, Jean Côté avait un emplacement. Il le donna en dot, en 1649, à sa fille Simonne, qui se maria à Pierre Soumandre.”
Le terrain de l’archevêché faisait partie du clos de Couillard, dont la maison était dans le jardin actuel du séminaire, devant la porte qui donne sur la grande allée : les fondations en furent retrouvées en 1866 par l’abbé Laverdière.
Laval, d'Auteuil, Buade, Ste. Hélène (1) revivent dans les anciennes rues du même noïn, tandis que Frontenac, Iberville, Fiedmont, se rappellent à votre souvenir dans des rues modernes. Le vieux pilote écossais, Abraham Martin, qui possédait trentedeux arpents de terre dans le faubourg Saint-Jean, bornait au nord
(1) On prétend aussi que cette rue fut appelés d’après la mère Ste Hélène, supérieure de l’Hôtel-Dieu (Delle. Regnard Du Plessis).
PNR PS ES
son domaine par la côte qui maintenant porte son nom, la côte d'Abraham.
La mythologie a prélevé tribut sur une lisière du faubourg Saint-Louis : le maître de l’'Olympe payen a sa ruelle, la rue Jupiter. L'astronomie moderne fait acte de présence dans la rue Arago (l).
La rue du Parloir mène aux Ursulines ; au commencement du siècle, le juge de Bonne y résidait. Les Ursulines ontnommé d’après leur patronne 12 rue à l’ouest qui coupe à angles droits les rues Saint-Louis et Sainte-Anne. La rue Ste. Ursule et les environs semblent être particulièrement affectés à l’art d'Hippocrate. Médecins et chirurgiens y pullulent ; là résident le Dr. James Sewell, son fils, le Dr. Collin Sewell, MM. Landry, Lemieux, Boswell, Belleau, Russell père, Russel fils, Baillargeon, Larue, Rowan, Fortier, médecins distingués. Malgré le séjour de tant d’éminents membres de la faculté, le quartier est sain : on y vit longtemps.
Les rues Craig, Haldimand, Dalhousie, Richmond, Prevost, Aylmer, perpétuent la mémoire de six gouverneurs anglais.
Il y a quelques années, le Conseil-de-Ville, sur motion du conseiller Ernest Gagnon, dont le nom est identifié avec nos chants populaires, enleva à la partie de la rue d’Aiguillon, extra muros, sa nomenclature, pour lui substituer le nom de Charlevoix ; à ia section de la rue Saint-Joseph, en dedans des murs, il conféra le nom de L’historien national, F. X. Garneau ; à la rue Saint-François, 1 donna le nom de l'historien Ferland, etchacun d’applaudir.
Les rues du Prince Edouard à Saint-Roch, et Donnacona, près des Ursulines, nous redonnent deux personnages importants du passé : un prince de l'Angleterre et Donnacona, un prince du Canada primitif.
Le vainqueur de Montcalm, le général Wolfe, compte non-seulement une statue au coin des rues du Palais et Saint-Jean, celle que les frères Chaulette sculptaient en 1771, sur les devis de George Hipps, boucher ; il a encore sa rue, la rue Wolfe. De même son illustre rival Montezlm réclame tout un quartier de la ville. Est-ce que l’amoureux jeune capitaine de l’A/bemarle, Nelson, allait flirter avec la séduisante Dlle. Prentice, en 1782,
(1) Nous lisons dans un registre municipal :
“ La rue Alfred s'étend de la Rue Colomb à la rue Arago, dans le fief Notre- Dame Des Anges. Cette rue, ainsi que ses parallèles : Alexandre, Nelson, Turgeon, Jérôme et Saint-Ours, et les transversales, Arago et Colomb, furent tracées en 1845 de 30 pieds de large (la rue Æaint-Ours ayant seule 40 pieds) — par l'inspecteur ds chemins, M. Jos. Hamel, suivant les instructions et du consentement des Dames Religieuses de l'Hôpital-Générsl.”
sr À ve
dans la rue qui porte maintenant son nom ? Plusieurs rues dans ies faubourgs Saint-Louis, Saint-Jean et Saint-Roch, portent les coms des éminents citoyens, qui en donnèrent le site, ou qui, par leur esprit public, ont laissé une memoire aimée parmi le peuple : MM. Berthelot, d'Artigny, Grey Stewart, T. CG. Lee, Buteau, Hudon, Smith, Salaberry, Scott, Tourangeau, Pozer, Panet, Bell, Robitaille, Ryland, Saint-Ours. La largeur de la plupart des rues de la ville varie de trente à quarante pieds ; la rue la plus spacieuse est la rue La Couronne {1} Les propriétaires ont droit à toutes nos félicitations pour les beaux arbres qu'ils y ont fait planter.
Québec comprend une dizaine de fiefs. Le Fief du Sault-au- Matelot appartient au Séminaire. Les Ursulines, la Fabrique, les héritiers Larue, l'Hôtel-Dieu, les Récollets, tous avaient leurs fiefs. La Fabrique possède un fief, en outre du Fief du Cap aux Diamants ; le Fief de la Miséricorde appartient à l'Hôtel-Dieu. Les héritiers Larue possèdent le fief de Bécancour et celui de Villeraie. Il y a aussi le Fief Sasseville. Le fief des Récollets appartient à la Couronne.
Saint-Roch doii une dette de reconnaissance à Mgr. St. Valier, qui a laissé son nom à la rue qu'il côtoya si souvent dans ses visites à l'Hôpital-Général, où il alla clore son aventureuse carrière. Monseigneur paraît avoir eu des prédilections particulières pour cette localité. Puis vint l’intendant De Meulles qui, vers 1684, dota la pointe est du quartier d’un édifice remarquable par ses dimensions, sa magnificence, ses jardins ornés, le Palais de l'Intendant. Où Taion avait laissé une brasserie en décadence et ‘ près de dix-sept arpents de terre non occupés,” Louis XIV, sur l’avis de son intendant De Meulles, prodigua de vastes sommes pour y ériger un palais fastueux, où la justice française se rendait, où plus ‘tard, sous Bigot, elle se vendait. Nosillustres ancètres, au reste, n'étaient pas hommes à se chagriner pour de telles vétilles. Façonnés de longue main aux ineffables douceurs du régime féodal, sans oublier les corvées et ces adorables et royales lettres de cachet, qui, au rapport de l'abbé Faillon, pouvaient au besoin atteindre même le clergé, que leur importait les institutions d'un peuple libre, le texte de la Grande Charte! A cet endroit était le célèbre magasin où Bigot, Cadet et consorts revendaient à d’énormes profits les provisions, etc., que le roi de France envovait à la population affamée de Québec en 1758. Le peuple non mait la
(1) La rue Saint-Jean est large de 36 pieds intra muros et de 46 pieds exb'a muros, A rames d’une donation de 10 pieds de terrain, après le grand incendie e ;
es he y
ans les par ple :
lon, obis de ‘use utes iter, t-auque, eurs aux Les raie.
nt à
lier, S ses carières 684, ‘ses l'Inprès is de 1 y , dù , au Iles.
rime ttres soin d'un it le norà la it la
ee "Ten
maison La Friponne. Près du site de l’ancienne brasserie Ge Talon, où Frentenac avait interné l'abbé de Fénélon, en attendant son ” procès, s'élève maintenant la brasserie de M. Boswell. Aux yeux des ‘ libres et indénendants électeurs” de la Vacherie, au siècle dernier, nul doute que le palais de l’Intendant ne semblât une huitime merveille. La capitulation du 18 septembre 1759 enleva vraisemblabiement une nntable partie de sa splendeur à la huitième merveille, qui subit une éclipse totale lorsque les boulets des milices canadiennes, en 1775-76, en délogeaient les envahisseurs du sol, les sans culottes d’Arnold, comme le colonel Caldwell l’écrivait en 1776, à son ancien chef, le général Murray. On appelait la Vacherie, les vastes pâturages au pied du côteau Sainte-Geneviève, où paissaient en été les vaches de la cité, et où maintenant se groupent tant d'orgueilleux magasins, sur les rues des Fossés, Craig, de la Couronne, etc.
Si la rue Saint-Piesre eut eu en 1775 pour voie de communication avec cette “ seconde Basse-Ville ” la rue Saint-Paul {ouverte en 1816), nul doute que le soleil du progrès n’y eut lui près d’un demi-siècle plus tôt.
‘ Quelques projets d'amélioration, dit l'abbé Ferland, pour la ville de Québec furent proposés au ministre par M. de Meulles. Depuis assez longtemps l’on reconnaissait la nécessité d'obtenir un local pour la demeure de l’intendant et pour la tenue des séances du conseil, le château Saint-Louis fournissant à peine un logement conve:.able au gouverneur et à ceux qui composaient sa maison. M. de Meulles proposa d'acheter un grand édifice de pierre que M. Talon avait fait bâtir pour servir de brasserie, et qui, depuis plusieurs années, était resté inoccupé. Placé dans une position fort commode sur le bord de la rivière Saint-Charles et à quelques pas de la Haute-Ville, ce bâtiment, avec des réparations et des additions, pourrait fournir, outre une résidence convenable pour l’intendant, des salles et des bureaux pour le conseil souverain et les cours de justice, des voûtes pour les archives et une prison pour les criminels.
‘ Auprès de l’ancienne brasserie, M. Talon possédait une étendue de terre d'environ dix-sept arpents en superficie, et dont personne ne se servait. Une partie de ce terrain, dans le plan de M. de Meulles, pouvait être réservée pour les jardins et dépendances du palais de lintendant, tandis que le reste serait partagé en emplacements et deviendrait une seconde basse-ville qui pourrait un jour se prolonger au pied du cap. Il croyait que si ce plan était adopté, les nouveaux quartiers de Québec s'étendraient dans cette direction,
PP
"a sis
ED as
et non sur les hauteurs, presque toutes occupées par 104 commu: nautés religieuses.” (1)
On voit d’après le journal de Panet que Saint-Roch existait en 1759—que les femmes et les enfants du quartier n'étaient pas indifférents au sort de la patrie aux abois.
Le mêre jour (31 juillet 1759), dit Panet, ‘ nous entendimes dans le quartier Saint-Roch un grand cri de femmes et d'enfants qui criaient “ Vive le Roi!” ù
Je montai sur la hauteur (sur le coteay Sainte- Geneviève), et je vis la première frégate tout en feu ; peu de temps après, une fumée noire dans la seconde, qui sauta et qui prit ensuite en feu” Le 4 août, on recevait à Saint-Roch quelques boinbes de 80. Le 31 août, on lit que deux soldats, pour avoir volé un quart d’eau-de-vie dans la maison de Charland, quartier de Saint-Roch, furent pendus à trois heures après-midi. En ce temps-là, le général ou le Recorder ne badinaït pas. Qui était ce Charland de 1759 ? était-ce le même qui, seize ans plus tard, ferraiflait avec Dambourgès, au Sauit-au- Mateloi ?
Depuis l'inauguration de la domination anglaise, Saint-Roch s’est peuplé d’une manière frappante ; on y voit un réseau le rues embrassant en superficie plusieurs lieues.
La voie publique la plus ancienne du quartier est probablement la rue Saint-Valier. La rue Desfossés tire son nom vraisembla biement des fossés qui servaient à égoûter les pâturages de la Vacuerie. La rue Gu Vieux Pont date de la fin du siècle dernier: celle de Dorchester rappelle l'administrateur aimé et populaire, qui sous ie nom de Sir Guy Carleton conduisait les miiices de Québec à la victoire en 1775.
La rue Craig reçut ce nom de Sir James Craig, vieux militaire, qui administra les affaires en 1807. Elle fut élargie et agrandie de dix pieds après l'incendie de 1845. Le site du marché Saint-Paul fut acquis de l’ordonnance royale le 31 juillet 1831.
Le pont Dorcüester fut bâti en 1822.
La rue Saint-Joseph, à Saint-Roch, qui n'avait d'abud que 25 pieds de largeur, par la libéralité des pare ‘uliers fut portée à 40 pieds. .
Ceci engagea la corporation à la prolonger au-delà des limites de la ciié jusqu’au chemin de Lorette et l’a rendue la plus utile et l’une des plus belles rues de Saint-Roch.
Quana la plus spacieuse rue du quartier, ‘a rue de la Couronne, large de soixante pieds. reçut-elle les cérémonies du bap-
Vol. IT, p. 149.
na HE nn
A Re
PRGMEE |; Aer
ième ? à coup sûr, ce dut être avant 1837, l'ère de Papineau. La rue du Roi rappelle sans doute le règne de George IIT ; ainsi pour la rue de la Reine. L’hon, John Richardson, de Montréal, vers 1815, donnait son nom à la rue qui traverse les terrainsque la cou ronne venait de lui concéder pour les héritiers de feu William Grant, qui, ui ausei, léguait son-nom à une rue avoisinante. Un Monsieur Henderson possédait des terrains dans le voisinage de Usine du Gaz, an commencement du siècle : il fallait donc y créer une rue Henderson. Le quai du zaz est bât' sur le site de l’ancienne jetée, dont nous avons vu une mention vers 1720. Cette digue se composait de pierres entassées les unes sur les autres et servait à abriter le débarcadère au Palris contre le vent du nordest. En 1815, le Col. Bouchette dit que c'était une promenade assez fréquentée ; maintenant l'extension du quai n'en laisse aucune trace.
La rue de l'Église date sans doute de la construction de la belle église de Saint-Roch, vers 1812. Le site en fut donné par l’hon. John Mure, mort en 182.
L'espace nous manque jour décrire convenablement une multitude de localités, de rues et d’édifices de Saint-Roch ; nous terminerons ces notes hâtives par quelques détails topographiques.
Saint-Roch, comme la Haute-Ville, comprend plusieurs fiefs. A pariir du fief du Séminaire, à venir jusqu'au quai du gaz, les grèves avec le droit de pêche appartenaient originairement à l'Hôtel-Dieu, par concession du 21 mars 1648. Mais elles ont été concédées à d’autres. La Couronne possède une réserve importante vers l’ouest de cette conce-sion ; puis vient la concession de 1814 ou 1815 aux héritiers de Wm. Grant, occupée maint. ant par plusieurs chantiers. Jacques-Cartier qui, en 1535-6, civernait dans les environs de Saint-Roch, a donné son nom à toute une division municipale de ce riche faubourg, aussi bien qu'à une Halle fort achalandée.
Descendons cetie antique et tortueuse côte de la Basse-Ville qui a retenti sous les pas de tant de régiments, où les Gouverneurs Français et Angiais ont tant de fois entendu leurs noms acclamés par des foules avides d'émotions, où les Vice-Rois de la France et de l'Angleterre, depuis le fastuèux marquis de Tracy au fier comte de Durham, montaient au château Saint-Louis, entourés de leurs brillants états-majcrs; au son du canon et des fanfares guerrières. Nous voilà à la principale artère du commerce dans la vieille capitale—la rue Saint-Pierre, large de vingt-quaire pieds seulement.
La rue Saint-Pierre est vraisemblablement plu ; ancienne que
FEAR: MES sa sœur, la rue Sault-au-Matelot. Là où la banque (1) de Québec fut érigée en 1862, étaient les bureaux, la voûte, le quai de John Jymburner, marchand bien connu. Il y avait trois Lymburner : John, mort vers 1816, Mathew, et Adam, le plus lettré des trois : ils étaient sans doute parents. Il y avait plus que des soupçons sur la loyauté d'Adam envers la couronne britannique, en 1775 : néanmoins ses talents oratoires, ses connaissances en droit constitutionnel, le firent déléguer en Angleterre pour plaider la cause de la colonie devant les autorités métropoliteines ; son discours est reproduii dans le Canadian Revue, publié à Montréal en 1826.
Le colonel Caldwell mentionne que le gouverneur Guy Carleton avait fait braquer un canon sur le quai de la maison de Lymburner, pour tirer sur les Bostonnais, en 1775, lorsqu'ils tentèrent une surprise dans le quartier Sault-au-Matelot. On voit encore dans la maison voisine, au sud de cette dernière, et appartenant aux héritiers Atkinson, de fort massives voûtes, d'origine française probablement.
Sur le site où est le bureau de M. McGie et de l'Express, il y avait, en 1759, l’entrepôt de marchandises de M. Pérault : d’après de nombreuses lettres et factures trouvées en °e grenier, et qu’un antiquaire nous a remises, M. Pérault avai! des relations commerciales fort étendues au Canada et en France.
La rue St. Pierre est devenue le quartier-général du haut commerce ; des bureaux d’assurance sur la vie, contre les accidents par le feu; les institutions monétaires y trônent orgueilleusement : ia Banque de Montréal, de Québec, la Banque Union, Banque Nationale, la Banque Stadacona, Banque Britannique.
Dans cette rue demeurait en 1774 le Capitaine Bouchette qui, l’année suivante, dans son vaisseau ‘ Le Gaspé ?” nous ramenaït sain et sauf en dépit des Yankees, Sir Guy Carleton, notre gouverneur. M. Bouchard, marchand, M. Panet, N. P., le père de Mgr. B. C. Panet, aussi bien que M. Boucher, maitre du Port (Harbor Master), qui
(1) € 'âce à M. J. B. Martel, secrétaire de la Commission du Hâvre, nous pouvons décrire en quelques mots le site qu’occupe la Banque de Québec. Ce terrain, alors un lot de grève, fut concédé au Séminaire par le marquis de Denonville en 1587 et confirmé par le roi le 1er mars 1688. Le 25 août 1750, Messire Christophe de Lane, lirecteur du Séminaire des Missions étrangères, à Paris... le concéda à M. Nicholas Réné Le Vasseur, Ingénieur, ci-devant chef des constructions des vaisseax de Sa Majesté très-chrétienne, Le 24 Juin 1760, vente de la même propriété à Joseph Brassard Deschenaux, maison à deux étages ét un quai (avec les pentares au-dessus de la porte). Lo 8 septembre 1764, vente à Alex McKenzie, prix $5.800. Le 19 avril 1768, Joseph Deschenaux vend son hypothèque... à M. John Lymburner. Le 11 aoû 1781, concession de la grève en arrière, à marée basse, me le Séminaire, à Adam Lymburner. Le 5 nov. 1796, vente par le Procureur d'Adam Lymburner à Mathew Lymburner. Puis Angns Shaw en devient provriétaire moyennant £4.100. Le 17 octobre 1825, vente par décret à Henry Atkinson, Esq.
À sf set # rl EL à $ Û EX
RERER
me DD bec ‘ fut nommé à ce poste par le Gouverneur R.S. Milnes, sur la recomobn mandation du Duc de Kent, dont il avait piloté le vaisseau (por- LE teur du 7 Régt.) de Québec à Halifax—y résidaient.
: ils Le bureau où se rédige depuis 1847 le Morning Chronicle, appar-
ais tenait en 1759 à M. Jean Taché, syndic des marchands, “ homme 15 : probe et d'esprit,” disent les mémoires, un de nos premiers poëtes. GEI Il composa un poème sur la mer; c’est l’ancêtre de Sir E. P. pause Taché, du romancier Marmette, etc. Il possédait alors en outre de purs grands bureaux, que l'incendie dévorait en 1845 sur le quai Napo- 826. 4 léon, et une maison de campagne sur le chemin Ste. Foye, plus arle- ï tard Holland House. Ce local, pendant près d’un demi-siècle, fut un | dé 1 café fort achalandé par les marins de long cours, sous le nom de rent Old Neptune Inn ; le Dieu de la mer armé d’un trident formidable, EURE placé au-dessus de la porte, menaçait les passants. Nous nous E ant rappelons comme d’hier ses formes colossales : il a disparu depuis paise près de trente ans.
Parallèle à la rue St. Pierre, court la rue Notre-Dame, qui conalt, duit à la petite église de la Basse-Ville, nommée d’abord Notre-Dame om- de la Victoire en souvenir de la victoire remportée en 1690 sur
anti- ; l’assiégeant Phipps; plus tard Notre-Dame des Victoires, en mé- : iales . moire de la défaite de l’escadre de l’amirel Walker en 1711. Ce coin de la rue St. Pierre occupe probablement les avenues et les coM- parterres où Champlain cultivait les roses vers 1615. En face de lents l'Eglise Notre-Dame ües Victoires et sur le site occupé actuelleent : à ment par l’hôtel Blanchard, les Dames Ursulines, en 1639, trouvèique 3 rent une asile, ‘à une toute petite habitation, espèce de magasin, ï alors la propriété du Sieur Juchereau des Châtelets. située au pied l'an- à du sentier de la montagne,” où le Gouverneur, M. de Montmagny, in et dit-on, leur envoya porter leur premier souper. r. M. L'endroit a encore d’autres traditions, de suaves mémoires : la net, bonne, la jeune, la belle Madame de Champlain, vers 1620, y enseiqui : gnait le catéchisme sous l’ombrage des bois aux marmots hurons qui
s’extasiaient en voyant leurs traits reproduits dans le petit miroir que leur bienfaitrice portait suspendu à son côté.
pou- Parmi les nombreuses voûtes et magasins de la Basse-Ville, en Tain, à Û PER À lé en 1682, le feu éclata et réduisit en cendres une grande partie des 195 édifices. Sur une partie de ces décombres, on construisit plus tard pre Notre-Dame de la Victoire ; ouvrons le tome II du Cours d'Histoire peñ- + du Canada, de l'abbé Ferland, et lisons :
T'iX fi
Don ‘ D'autres ruines se trouvaient (en 1684) au centre des affaires
ravi à la Basse-Ville ; c'étaient des murs noircis et lézardés, l’ancien pro- magasin (de Champlain) qui, des mains de la compagnie, était enry
passé dans celles du roi ; il était resté dans l’état où l’avait laissé
ot