‹ Les rues et les cris de Paris au XIIIe siecleChapitre 3 sur 121 · Histoire .des Français, t. I, p · texte numérisé non relu

Histoire .des Français, t. I, p

saint Denis et ses compagnons avaient été emprisonnés ; Saint-Martial, fondée par saint Eloi, l'argentier du roi Dagobert; Saint-Christophe, située en face de Notre-Dame; Saint- Denis-du-Pas, adossée aux murailles de la basilique; Saint-Barthélémy } construite vis-à-vis du Palais, et Saint-Nicolas dans son enceinte; Saint -Landry; Sainte -Marine; Saint -Aignan; Saint -Pierre - des- Arcis ; Sainte - Croix; Saint-Pierre-aux-Bœufs , paroisse des bouchers de la Cité; enfin, X Hôtel-Dieu, Domus Dei, où l'on admettait, non-seulement les malades, mais encore les pauvres pèlerins et les gens sans asile.

Sur la rive gauche, moins peuplée que la rive droite, on récoltait cet excellent vin de Paris, dont l'empereur Julien avait conservé un si doux souvenir 1. Tout ce territoire couvert de vignobles était partagé en clos qui, comme aujourd'hui dans le Bordelais et la Bourgogne, donnaient sans doute leur nom au vin qu'ils produisaient. Les principaux étaient le clos Saint-Victor, où commençait à s'élever la célèbre abbaye de ce nom ; le clos des Arènes, ainsi nommé des constructions dont

i. Misopogon (édit. de 1696), p. 341.

on a découvert les ruines lors du percement delà rue Monge ; \tclos de Sainte-Geneviève, au centre duquel se trouvait l'abbaye; les clos de Garlande et de Mauvoisin, séparés par un chemin qui est devenu la rue Galande $ deux clos Bruneau, dont les rues actuelles des Noyers et de Condé indiquent remplacement ; le clos Saint-Sulpice, aujourd'hui représenté par une partie du jardin du Luxembourg ; le clos des Poteries^ auquel la rue des Postes doit peut-être son nom ; le clos du Chardonnet, où la vigne avait déjà remplacé les chardons; le clos de Laas ou de Lias, qui longeait la Seine depuis Y Institut jusqu'au Petit- Pont, etc., etc.

Des rues ou plutôt des chemins séparaient ces clos fertiles, arrosés à Test par la Bièvre, qui venait se jeter dans la Seine à l'endroit qu'occupe aujourd'hui la rue des Grands- Degrés, et à l'ouest par la Petite-Seine, qui partait des fossés de l'abbaye Saint-Gcrmaindes-Prés, et gagnait le fleuve en suivant le tracé de notre rue Bonaparte.

Mais l'enceinte élevée par Louis VI, et dont au reste on a contesté l'existence l, n'allait pas

I. Voy. A. Bonnardot, Dissertations archéologiques sur les anciennes enceintes de Paris, p. 9 et suiv.

si loin. Elle commençait à la hauteur de la rue Dauphine, et suivait à peu près la direction indiquée aujourd'hui par les rues Saint- André-des-Arts, Hautefeuille, Pierre-Sarrasin, Dusommerard) le boulevard Saint- Germain et la rue des Grands-Degrés. Le palais des Thermes, fortifié lui-même, était compris dans cette enceinte, qui renfermait encore des églises : Saint-Julien-le-Pauvre, par exemple, où Grégoire de Tours nous dit 1 qu'il logeait lors de ses voyages à Paris; puis Saint-Séverin, qui peut-être avait servi d'abord de chapelle aux empereurs chrétiens, hôtes du palais des Thermes. Au delà de l'enceinte se dressait le château de Hautefeuille , dont le nom indique la position; trois abbayes : Saint -Germain -des -Prés, Sainte-Geneviève et Saint-Victor; les églises Saint - Médard et Saint - Hilaire ; Saint - Etienne-des-Grès, voisine du Pressoir royal ; Notre-Dame-des-Champs ou des Vignes, construite au milieu d'un ancien champ de sépultures; Saint-Benoît, qui avait remplacé un autel consacré à Bacchus, et Saint-Marcel,

!• His diebus, Parisius adveneram, et ad basilicam beati Juliani metatum habebam. Gregorius Turonensis, Histovia Francorum, lib. IX, cap. vi.

bâtie sur une éminence nommée Mons Cetardusy d'où est, dit-on, venu le mot Motiffetard.

Sur la rive droite, le mur d'enceinte commençait un peu plus haut que la rue du Pont- Neuf actuelle, et suivait ensuite la direction de la rue de Rivoli; il passait ainsi au nord de Saint-Jacques-la-Boucherie, puis devant Saint-Gervais, et rejoignait la Seine un peu au-dessus de la place de Grève. Hors de l'enceinte apparaissaient, au milieu de vastes espaces en culture, Saint-Médéric ou Saint- Merry; Saint -Martin - des - Champs, qui semblait une forteresse derrière sa ceinture de murailles garnies de tourelles ; Saint-Nicolasdes-Champs; Saint-Magloire , située sur la chaussée qui conduisait de Paris à Saint- Denis; Saint -Laurent; Saint - Lazare ou Saint-Ladre, où Ton soignait les lépreux. Autour de chacune de ces églises se groupaient quelques maisons, petits centres de population désignés par des noms distincts : le Beau-Bourg, le Bourg-VAbbé, le Bourg- Thiboust, dont les rues actuelles de Beaubourg, Bourg-VAbbc et Bourtibourg rappellent la situation ; les Champcaux où devait plus tard s'élever l'église Saint-Eusta-

che; la Ville -VEvesque , où l'évêque de Paris possédait une ferme; le Louvre enfin, petit castel fortifié qui appartenait au roi.

On comptait dans les faubourgs de Paris environ cent cinquante rues et une trentaine dans la Cité; mais l'imagination peut à peine se représenter aujourd'hui l'aspect qu'elles offraient. Point de pavé, un sol inégal, détrempé, boueux, sans cesse couvert de gravois et d'ordures; aucune pente régulière, aucun moyen d'écoulement pour les eaux ménagères, qui y croupissaient, mêlées aux plus repoussantes immondices. Impraticable en hiver pour les chariots, ce sol imprégné de dépôts fétides, exhalait en été d'épaisses et nauséabondes vapeurs, qui montaient lourdement entre les habitations, encore contruites en bois, revêtues d'un toit plat, et si rapprochées que, d'un côté de la rue à l'autre, les voisins, accoudés à leur fenêtre, pouvaient causer familièrement. Les oies, les lapins, les pigeons, les canards, les porcs pataugeaient autour des tas d'ordures et des mares infectes, et disputaient le passage aux habitants. En ii3i, l'héritier présomptif de la couronne de France, Philippe, fils aîné de Louis le Gros, suivant à cheval la rue du

Martroi ii alors rue Saint-Jean, fut renversé par un des cochons qui encombraient l'étroite chaussée , et mourut des suites de cette chute 2.

On n'avait eu jusque-là nul souci de l'assainissement de la capitale. Sans doute, quelques ordonnances relatives à l'hygiène publique et à la voirie avaient été rendues par les prévôts royaux, mais elles ne reçurent pas même un commencement d'exécution.

1. Elle a été supprimée en 1837. Elle se terminait sous une arcade que remplaça la grande porte qui, sous l'Empire, conduisait aux appartements particuliers du préfet de la Seine.

2. Hune (Philippum) in Parisiis equitantem, in medio vico Sancti Johannis porcus anticipavit, per quem equus ejus cespitans eccidit ; ipse vevo sub equo collisus expiravit. Joli. Iperius, Chronica Sithicnsis, dans le Recueil des historiens des Gaules, t. XIII, p. 469.

veg la fin du douzième siècle, et surtout avec le règne de Philippe- Auguste, s'ouvre une des périodes plus intéressantes de l'histoire physique de Paris.

Philippe-Auguste se préoccupa avant tout de l'alimentation. Il y avait déjà à Paris plusieurs marchés : le plus ancien de tous, situé dans la rue de la Juiverie^ au centre de la Cité, était destiné à la vente du blé; un autre se tenait, depuis Louis le Jeune, sur la place de Grève; un troisième avait été créé par Louis le Gros sur un terrain appelé les Champeaux (Campe Ut j, petits champs), où sont

aujourd'hui établies les Halles centrales1. C'est ce dernier que Philippe-Auguste, en 1 1 83, agrandit et réorganisa. Il y fit construire deux grandes halles, protégées par un solide mur de clôture, autour duquel s'élevaient de nombreux étaux couverts 2. Chaque branche de commerce y avait sa section particulière; et Ton y vit bientôt, le samedi surtout, affluer les objets de consommation et les acheteurs.

Saint Louis élargit ce marché; il y ajouta deux pavillons destinés au commerce des draps, et permit aux lingères et aux fripiers d'étaler leurs marchandises sous des « auvents

1. L'emplacement contigu, où l'on ouvrit plus tard le marché (aujourd'hui square) des Innocents, était alors occupé par l'église et le cimetière de ce nom.

2. « En l'an de l'incarnation MCLXXXIII... il flst faire en une place qui est apelée Champiaus dui granz haies où li marcheant peussent estre quant il plovroit, et vendre leur danrées plus netement; clorre le rist et bien fermer pour ce que les marcheandises qui là demoroient par nuit peussent estre gardées sauvement. Par defors fist faire loges et estaus; pardesus les rist bien covrir, que se il plovoit que on ne laissast pas pour ce à marcheander, et pour ce maesmement que li marcheant n'eussent domage par la pluie. » Chroniques de Saint-Denis, livre I, dans le Recueil des historiens des Gaules, t. XVII, p. 354. Voyez aussi, page il, le récit de Rigord.

attachez à crochets » contre les murs du cimetière des Innocents ii qui limitait les Champeaux à Test. Philippe le Long fit élever au même endroit une nouvelle halle pour les cordonniers et les peaussiers. Le souvenir de ces divers établissements se conserva dans les noms des rues qui avoisinaient encore les Halles il y a une vingtaine d'années, rues de la Lingerie, de la Cordonnerie, de la Grande tlde la Petite-Friperie, etc.; mais ce n'étaient sans doute encore, au treizième siècle, que des allées plus ou moins étroites, qui permettaient de communiquer d'une halle à l'autre.

Trois grandes foires périodiques augmentaient encore l'activité commerciale de Paris : la foire Saint-Ladre, que Philippe-Auguste venait de transférer aux Champeaux ; la foire Saint-Germain, qui avait lieu dans le bourg de ce nom, et à peu près sur l'emplacement du marché Saint-Germain actuel; enfin, la foire du Lendit, la plus célèbre et la plus importante des trois. Elle durait quatorze jours, du 1 1 au 24 juin, et se tenait dans la vaste plaine Saint-Denis. Ce rendez-vous général du commerce et de l'industrie a eu le

1. Voy. J. Dubreul, Théâtre des antiquité^ de Paris (édit. de i63g), p. 628.

privilège d'inspirer un poëte du treizième siècle, dont nous reproduisons l'œuvre plus loin 1 . Il débute ainsi :

En l'ouncur de marchéandie M'est pris talent que je vous die, Se il vous plaist, un nouvel dit.

Bonne gent, ce est du Lendit, La plus roial Foire du monde, Si con Diex Ta fait à la ronde, Puis que g'i ai m'entencion.

Le roi, qui prélevait un droit sur les étalages, forçait tous les marchands de Paris de prendre part à cette foire; ils s'y rendaient en procession, précédés du clergé de Notre-Dame, qui en faisait solennellement l'ouverture * :

Premerain la pourcession

De Nostre Dame de Paris

Y vient. Que Dieu gart de péris

Tous les bons marcheans qui y sont,

Qui les granz richesces y ont !

Que Diex les puist tous avancier!

Toutes les villes manufacturières de France, et plusieurs cités opulentes de la Flandre, Gand, Ypres, Malines et Bruxelles entre autres, y envoyaient leurs produits les plus esti-

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