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Les ruines

JVl. Constantin - François Chassebeuf de VOLNEY était né en 1767 à Craon , dans cette condition mitoyenne , la plus heureuse de toutes, puisqu'elle n'est déshéritée que des faveurs trop périlleuses de la fortune, et que les avantages sociaux et intellectuels y sont accessibles à une ambition raisonnable.

Dès sa première jeunesse , il se voua à la recherche de la vérité , sans se laisser efiVayer par les études sérieuses qui seules peuvent initier à son culte. A peine âgé de vingt ans, mais déjà muni de la connais-

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sance des langues anciennes, des sciences naturelles et de l'histoire, déjà accueilli parmi les hommes qui tenaient alors un rang distingué dans les lettres, il soumit au jugement d'une illustre académie la solution de l'un des problèmes les plus difficiles que nous ait laissés à résoudre l'histoire de l'antiquité.

Cet essai ne fut point encouragé par les hommes savans qui en étaient les juges : l'auteur n'appela de ce jugement qu'à son courage et à ses efforts.

Bientôt après, une succession lui étant échue , V embarras fat de la dépenser (ce sont ses propres expressions;. Il résolut de l'employer à acquérir, dans un grand voyage, un fonds de connaissances nouvelles, et se décida à parcourir l'Egypte et la Syrie. Mais pour visiter ces contrées avec fruit, il fallait on connaître la langue. Cette difficulté ne rebuta point le jeune voyageur; au lieu d'apprendre l'arabe en Europe, il alla s'enfermer dans un couvent de Coptes, jusqu'à ce qu'il fût en état de parler cet idiome commun à tant de peuples de l'Orient. Cette résolution prouvait déjà une de ces âmes foi tes qu'on

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peut s'attendre à trouver inébranlables dans les épreuves de la vie.

Quoique le voyageur eût eu à nous entretenir, comme un autre , de ses peines et de quelques périls surmontés par son courage, il sut se mettre au-dessus de la faiblesse qui, le plus souvent, porte ses pareils à nous entretenir de leurs aventures personnelles autant que de leurs observations. Dans son récit il s'éloigne des sentiers battus; il ne vous dit point par oiî il a passé , ce qui lui est arrivé, quelles impressions il a éprouvées. Il évite avec soin de se mettre en scène; c'est un habitant des lieux, qui les a long-temps et bien observés, qui vous en décrit l'état physique, poUtique et moral. L'illusion serait complète , si on pouvait supposer dans un vieil Arabe toutes les connaissances, toute la philosophie des Européens , qui se trouvent réunies à la maturité dans un voyageur de vingt-cinq ans.

Mais quoiqu'il possède tous les artifices par lesquels on répand de l'intérêt dans le discours , vous ne reconnaissez point le jeune homme à la pompe de ses descriptions ani-

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bilieuses ; quoiqu'il soit cloué d'une imagination vive et brillante, vous ne leisurprenez jamais expliquant par des systèmes hasardés les phénomènes physiques ou moraux qu'il vous décrit. C'est un sage qui observée avec les yeux d'un savant. A ce double titre il ne juge qu'avec circonspection, et sait avouer quelquefois qu'il ignore les causes des effets qu'il vient d'exposer.

Aussi son récit a-t-il tous les caractères qui persuadent , l'exactitude et la bonne foi ; et lorsque, dix ans après, une grande entreprise militaire porta quarante mille voyageurs sur cette terre antique, qu'il avait parcourue sans compagnon, sans armes, sans appui, tous reconnurent un guide sur, un observateur éclairé dans l'écrivain qui ne semblait les avoir devancés que pour leur aplanir ou leur signaler une partie des difficultés de la route.

Ce fut un témoignage unanime qui s'éleva de toutes parts, pour attester l'exactitude de ses récits, la justesse de ses obsen-ations ; et le Voyage d'Egypte et de Syrie fut recommande \)i\v tous les suffrages à la rc-

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