BASE CMVERSELLE DE TOUT DROIT ET DE TOUTE LOI
Alors les hommes choisis par le peuple pour rechercher les vrais principes de la morale et de la raison , proce'dèrent à l'objet sacre' de leur mission ; et , après un long examen , ayant de'cou- Tert un principe universel et fondamental , il s'éleva un législateur qui dit au peuple : « \ oici la hase printordiaïe , l'origine pliysique de toute justice et de tout droit.
« Quelle que soit la puissance active, la cause motrice qui régit Vunii^ers ayant donné a tous les hommes les mêmes organes, les mêmes sensations, les mêmes besoins , elle a, par ce fait même, déclaré qu'elle leur donnait a tous les mêmes droits à l'usage de ses biens, et que tous les hommes sont égaux dans l'ordre de la nature.
« En second lieu , de ce qu'elle a donné à chacun des moyens siiffisans de pourvoir à son existence , il résulte avec évidence qu'elle les a tous constitués indépendans les uns des autres; qu'elle les a créés libres , que nul n'est soumis à autrui ; que chacun est propriétaire absolu de son être.
« Ainsi Y égalité et la liberté sont deux attributs
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essentiels de l'homme, deux lois tic la Di\.'inité , inahro^eahles et constitutives comme les propriétés |)liysi(jucs des elemens.
« Oi" , de ce que tout individu est maître absolu de sa personne, il s'ensuit que la /i^e?'fe pleine de son consentement est une condition inséparable de tout contrat et de tout engagement.
« Et de ce que tout individu est égal à un autre, il suit que la balance de ce qui est rendu à ce qui est donne , doit être rigoureusement en équilibtv: en sorte que l'idée de liberté contient essentiellement celle de la justice , qui naît de l'égalité (16).
« L'égalité et la liberté sont donc les bases physiques et inalte'rables de toute réunion d'hommes en société , et, par suite, le principe nécessaire et générateur àc toute loi et de tout système de gouvernement re'gulier.
« C'est pour avoir déroge' à cette base que chez vous, comme chez tout peuple , se sont introduits les désordres qui vous ont enfin soulevés. C'est en revenant à cette règle que vous pourrez les réformer, et reconstituer une association heureuse.
« Mais observez qu'il en résultera une grande secousse dans vos habitudes , dans vos fortunes , dans vos préjugés. Il faudra dissoudre des contrats vicieux , des droits abusifs ; renoncer à des distinctions injustes , à de fausses propriétés ; rentrer enfin un instant dans l'état de la nature. Voyez si vous saurez consentir à tant de sacrifices. »
Io4 LES RLI5ES.
Alors, pensant à la cupidité inhérente au cœur de l'homme , je crus que ce peuple allait renoncer à toute idée d'amélioration.
Mais , dans l'instant , une foule d'hommes généreux et des plus hauts rangs , s'avançant vers le trône, j firent abjuration de toutes leurs distinctions et de toutes leurs richesses : «Dictez-nous , dirent-ils , les lois de l'égalité et de la liberté ; nous ne voulons plus rien posséder qu'au titre sacré de Injustice.
« Egalité , justice , liberté , voilà quel sera désormais notre code et notre étendard. »
Et sur-le-champ le peuple éleva un drapeau immense , inscrit de ces trois mots , auxquels il assigna trois couleurs. Et, l'ayant planté sur le siège du législateur, l'étendard de Xa. justice universelle flotta pour la première fois sur la terre ; et le peuple dressa en avant du siège un autel nouveau , sur lequel il plaça une balance d'or , vme épée et un livre avec cette inscription :
A LA LOI Égale, qui juge et protège.
Puis , ayant environné le siège et l'autel d'un amphithéâtre immense, cette nation s'y assit tout entière pour entendre la publication de la loi. Et des millions d'hommes , levant à la fois les bras vers le ciel , firent le serment solennel de vivre libres et justes; de respecter leurs droits réciproques , leurs propriétés ; d'obéir à la loi et h ses agcns ré^uUcrevient préposés.