‹ Les ruinesChapitre 28 sur 66 · BASE CMVERSELLE DE TOUT DROIT ET DE TOUTE LOI · texte numérisé non relu

BASE CMVERSELLE DE TOUT DROIT ET DE TOUTE LOI

Alors les hommes choisis par le peuple pour rechercher les vrais principes de la morale et de la raison , proce'dèrent à l'objet sacre' de leur mission ; et , après un long examen , ayant de'cou- Tert un principe universel et fondamental , il s'éleva un législateur qui dit au peuple : « \ oici la hase printordiaïe , l'origine pliysique de toute justice et de tout droit.

« Quelle que soit la puissance active, la cause motrice qui régit Vunii^ers ayant donné a tous les hommes les mêmes organes, les mêmes sensations, les mêmes besoins , elle a, par ce fait même, déclaré qu'elle leur donnait a tous les mêmes droits à l'usage de ses biens, et que tous les hommes sont égaux dans l'ordre de la nature.

« En second lieu , de ce qu'elle a donné à chacun des moyens siiffisans de pourvoir à son existence , il résulte avec évidence qu'elle les a tous constitués indépendans les uns des autres; qu'elle les a créés libres , que nul n'est soumis à autrui ; que chacun est propriétaire absolu de son être.

« Ainsi Y égalité et la liberté sont deux attributs

CHAPITIIE XVII. 103

essentiels de l'homme, deux lois tic la Di\.'inité , inahro^eahles et constitutives comme les propriétés |)liysi(jucs des elemens.

« Oi" , de ce que tout individu est maître absolu de sa personne, il s'ensuit que la /i^e?'fe pleine de son consentement est une condition inséparable de tout contrat et de tout engagement.

« Et de ce que tout individu est égal à un autre, il suit que la balance de ce qui est rendu à ce qui est donne , doit être rigoureusement en équilibtv: en sorte que l'idée de liberté contient essentiellement celle de la justice , qui naît de l'égalité (16).

« L'égalité et la liberté sont donc les bases physiques et inalte'rables de toute réunion d'hommes en société , et, par suite, le principe nécessaire et générateur àc toute loi et de tout système de gouvernement re'gulier.

« C'est pour avoir déroge' à cette base que chez vous, comme chez tout peuple , se sont introduits les désordres qui vous ont enfin soulevés. C'est en revenant à cette règle que vous pourrez les réformer, et reconstituer une association heureuse.

« Mais observez qu'il en résultera une grande secousse dans vos habitudes , dans vos fortunes , dans vos préjugés. Il faudra dissoudre des contrats vicieux , des droits abusifs ; renoncer à des distinctions injustes , à de fausses propriétés ; rentrer enfin un instant dans l'état de la nature. Voyez si vous saurez consentir à tant de sacrifices. »

Io4 LES RLI5ES.

Alors, pensant à la cupidité inhérente au cœur de l'homme , je crus que ce peuple allait renoncer à toute idée d'amélioration.

Mais , dans l'instant , une foule d'hommes généreux et des plus hauts rangs , s'avançant vers le trône, j firent abjuration de toutes leurs distinctions et de toutes leurs richesses : «Dictez-nous , dirent-ils , les lois de l'égalité et de la liberté ; nous ne voulons plus rien posséder qu'au titre sacré de Injustice.

« Egalité , justice , liberté , voilà quel sera désormais notre code et notre étendard. »

Et sur-le-champ le peuple éleva un drapeau immense , inscrit de ces trois mots , auxquels il assigna trois couleurs. Et, l'ayant planté sur le siège du législateur, l'étendard de Xa. justice universelle flotta pour la première fois sur la terre ; et le peuple dressa en avant du siège un autel nouveau , sur lequel il plaça une balance d'or , vme épée et un livre avec cette inscription :

A LA LOI Égale, qui juge et protège.

Puis , ayant environné le siège et l'autel d'un amphithéâtre immense, cette nation s'y assit tout entière pour entendre la publication de la loi. Et des millions d'hommes , levant à la fois les bras vers le ciel , firent le serment solennel de vivre libres et justes; de respecter leurs droits réciproques , leurs propriétés ; d'obéir à la loi et h ses agcns ré^uUcrevient préposés.

Page 1