‹ Les ruinesChapitre 29 sur 66 · CHAPITRE XYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYIII

EFFROI ET CO.NSPIRATIO.N DES TYRA>S.

Cepe>da>t , à peine le cri solennel de l'égalité et de la liberté eut-il retenti sur la terre , qu'un mouvement de trouble et de surprise s'excita au sein des nations ; et d'une part la multitude, e'mue de dësir , mais inde'cise entre l'espérance et la crainte , entre le sentiment de ses droits et l'hahitude de ses chaînes , commença de s'agiter ; d'autre part , les rois , réveilles subitement du sommeil de l'indolence et du despotisme , craignirent de Toir renverser leurs trônes ; et partout ces classes de ty-^ans cifils et sacrés qui trompent les rois et oppriment les peuples , furent saisis de rage et d'eil'roi ; et tramant des desseins perfides : « 3Ialheur à nous, dirent-ils, si le cri funeste de liberté parvient à l'oreille de la multitude ! 3Ialheur à nous , si ce pernicieux esprit de justice se propage !.... » Et voyant flotter l'e'tendard : « Concevez-vous l'essaim de maux renfermés dans ces seules paroles ? si tous les hommes sont égaux , où sont nos droits exclusifs d'honneur et de puissance ? Si tous sont ou doivent être libres , que deviennent nos esclaves , nos serfs, nos propriété s? si tous sont égaux dans l'état civil.

CUAPITIIE XVlll. jQ

OÙ sont nos prcfrogatives de naissance, à'hcrédité? et ((lie devient la noblesse? S'ih sont tous égaux devant Dieu , où est le besoin de médiateurs ? et que devient le sacerdoce ? Ah ! pressons-nous de détruire un germe si fécond, si contagieux ! Employons tout notre art contre cette calamité; effrayons les rois , pour qu'ils s'unissent à notre cause. Divisons les peuples , et suscitons-leur des troubles et des guerres ! Occupons-les de combats, de conquêtes et de jalousies. Alarmons-les sur la' puissance de cette nation libre. Formons une grande ligue contre l'ennemi commun. Abattons cet étendard sacrilège , renversons ce trône de rébellion , et étouffons dans son foyer cet incendie de révolution. »

Et en effet, les tyrans civils et sacrés des peuples formèrent une ligue générale ; entraînant sur leurs pas une multitude contrainte ou séduite , ils se portèrent d'un mouvement hostile contre la nation libre, et investirent à grands cris V autel et le trône de lu Loi naturelle : « Quelle est, direntils, cette doctrine hérétique et nouvelle.^ Quel est cet autel impie, ce culte sacrilège?... Sujets fidèles et croyans ! ne semblerait-il pas que ce fût d'aujourd'hui que l'on vous découvre la vérité : que jusqu'ici vous eussiez marché dans l'erreur; que ces rebelles, plus heureux que vous, ont seuls le privilège d'être sages .^ Et vous' peuple e^aré , ne voyez-vous pas que vos nouveaux chefs vous trompent, qu'ils altèrent les principes de votre foi, qu'ils rens^ersentla religion

Io8 LES RUINES.

de -vos pères ? Ah ! tremblez que le courroux du ciel ne s'allume , et bâtez-vous, par un prompt repentir, de réparer votre erreur. »

Mais , inaccessible à la suggestion comme à la terreur , la nation libre garda le silence ; et , se montrant tout entière en armes, elle tint une attitude imposante.

Et le le'gislateur dit aux chefs des peuples: a Si , lorsque nous marchions un bandeau sur les yeux , la lumière e'claii ait nos pas , pourquoi , aujourd'hui qu'il est levé' , fuira-t-elle nos regards qui la cherchent ? Si les chefs qui prescrivent aux hommes d'être clairvoyans , les trompent et les e'garent , que font ceux qui ne veulent guider que des aveugles ?

« Chefs des peuples ! si vous possédez la ve'rite' , faites-nous-la voir : nous la recevrons avec reconnaissance ; car nous la cherchons avec de'sir , et nous avons intérêt de la trouver: nous sommes hommes , et nous pouvons nous tromper ; mais vous êtes hommes aussi, et vous êtes également faillibles. Aidez-nous donc dans ce labyrinthe où, depuis tant de siècles, erre l'humanité'; aidez-nous à dissiper l'illusion de tant de prêjuge's et de vicieuses habitudes; concourez avec nous, dans le choc de tant d'opinions qui se disputent notre croyance , à de'mêler le caractère propre et distinctif de la ve'rite'. Terminons dans un jour les combats si longs de l'erreur : e'tablissons entre elle et la ve'rite' une lutte solennelle : appelons les opinions des hommes de toutes les nations; con-

CnAPITRE XVllt. lOC)

voquons l'assemblée géne'rale des peuples ; (ju'ils soient juges eux-in^mes dans la cause f(ui leur est propre; et que, dans le débat de tous les systèmes, nul défenseur, nul argument ne manquant aux prtjuges ni à la raison , le sentiment d'une évidence générale et commune lasse enfin naître la concorde universelle des esprits et des cœurs. »

CHAPlTPvE XIX.

Page 1