‹ Les ruinesChapitre 3 sur 66 · SUR M. DE VOL>EY. XV · texte numérisé non relu

SUR M. DE VOL>EY. XV

travaux, que notre gloire littéraire a été soutenue aussi par des conquêtes. Ces noms furent désignés par l'opinion publique , et le nom de M. de A'oiney se trouva associé à tout ce qu'il y avait de plus illustre dans les sciences et dans les lettres*, à celui de plusieurs hommes que nous avons vus, que nous voyons encore avec orgueil, siéger dans cette enceinte.

Cependant cette institution ne remplit pas les espérances qu'on en avait conçues, parce que les deux mille élèves accourus des diverses parties de la France n'étaient pas tous également préparés à recevoir ces hautes leçons , et qu'on n'avait pas assez soigneusement examiné jusqu'à quel point la théorie de l'enseignement peut être séparée de l'enseignement lui-même.

Les leçons d'histoire de M. de Volney, qui attiraient un immense concours d'auditeurs, devinrent un des plus beaux titres

* Lagrange, Laplace , Berthollet , Garât , Bernardin de Saint -Pierre, Daubenton, Haiiy, \olney, Sicard , Monge , Thouin , Laharpe, Buache , Mentelle.

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de sa gloire littéraire. Forcé de les interrompre par la suppression de l'école normale, il devait s'attendre à jouir dans la retraite de la considération que ses nouvelles fonctions venaient d'ajouter à son nom. Mais, attristé du spectacle que lui présentait sa patrie , il sentit se réveiller en lui cette passion qui dans sa jeunesse l'avait conduit en Afrique et en Asie. L'Amérique, civilisée depuis moins d'un siècle, libre depuis quelques années, attirait ses regards. Tout y était nouveau , le peuple , la constitution, la terre elle-même : c'étaient des objets bien dignes de ses observations. Cependant, en s'embarquant pour ce voyage, il éprouvait des sentimens bien différens de ceux qui autrefois l'avaient accompagné en Turquie. Jeune alors, il était parti avec joie d'un pays où régnaient la paix et l'abondance , pour aller voyager parmi des barbares : maintenant, parvenu à la maturité, mais attristé par le spectacle et l'expérience de l'injustice et de la persécution, ce n'était pas sans quelque défiance, disait-il, qu'il allait demander à un peuple libre un asile

SIR M. Dr. VdLNET. -Xvii

j)Oin lin ami sincère de cette liberté profanée.

Le voyagenr était allé chercher la paix an-delà des mers; il s'y trouva exposé à une aijM'ession de la part d'un philosophe non moins célèbre, le docteur Priestley. Quoique le sujet de cette discussion se réduisît à l'examen de quelques opinions spéculatives que récrivain français avait énoncées dans son ouvrage intitulé les Ruines, le physicien porta dans cette attaque cette violence qui n'ajoute point à la force de l'argumentatiou , et une dureté d'expressions que l'on ne devait pas attendre d'un sage. BI. de Volney. traité dans cette diatribe d'ignolant et de Hottentot, sut conserver dans sa défense tous les avantages que lui donnaient les torts de son adversaire : il répondit en anglais , et les compatriotes de Priestley ne purent reconnaître un Français dans cette réponse, qu'à sa finesse et à son urbanité.

Pendant que M. de Tolney était en Amérique, on avait créé en France ce corps littéraire qui , sous le nom d'Institut , prit en peu d'années un rang distingué parmi les

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sociétés savantes de l'Europe. Le nom de notre illustre voyageur s'y trouva inscrit dès la première formation, et il acquit de nouveaux droits aux honneurs académiques, qui lui avaient été décernés pendant son absence, en publiant les observations qu'il avait faites aux États-Unis.

Ces droits se sont multipliés par les travaux historiques et philologiques de l'académicien : l'examen et la justification de la chronologie d'Hérodote , de nombreuses et profondes recherches sur l'histoire des peuples les plus anciens, ont occupé long-temps le savant qui avait observé leurs raonumens et leurs traces dans les pays qu'ils avaient habités. L'expérience qu'il avait faite de l'utilité des langues orientales lui avait fait concevoir un vif désir d'en propager la connaissance, et , pour la propager, il avait senti la nécessité de la rendre moins difficile. C'est dans cette vue qu'il conçut le projet d'appliquer à l'étude des idiomes de l'Asie une partie des notions grammaticales que nous avons acquises sur les langues européennes, îl n'appartient qu'à ceux (jui connaissent

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leurs rapports de dissemblance ou de conformité , d'apprécier la possibilité de réaliser ce système; mais on peut dire que déjà il avait reçu le suffrage le moins équivoque, le plus noble encouragement, par l'inscription du nom de l'auteur sur la liste de cette société savante et déjà illustre que le commerce anglais a fondée dans la presqu'île de l'Inde.

31. de Volney a développé son système dans trois ouvi^ages *, qui prouvent que cette idée de rapprocher des nations séparées par des distances immenses et des idiomes si divers n'a pas cessé de l'occuper pendant vingtcinq ans. Il a craint même que ses essais, dont il avait entrevu l'utilité, ne fussent interrompus après lui, et, de cette main glacée dont il corrigeait son dernier ouvrage, il a tracé un testament par lequel il fonde un prix pour la continuation de ses travaux.

* De la Simplification des langues orientales , '795;

L'Alphabet européen appliqué aux langut•^ .4>iatiques, 1819;

L'HeTireu simplifié , 1820.

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C'est ainsi qu il a su prolonger au-delà même du terme d'une vie consacrée tout entière aux lettres, les services glorieux qu'il leur avait rendus.

Ce n'est point ici, et surtout ce n'est point à moi qu'il convient d'apprécier le mérite des écrits qui ont honoré le nom de M. de Volney : ce nom avait été inscrit sur la liste du Sénat, et ensuite de la Chambre des Pairs , à laquelle toutes les illustrations appartiennent.

Le philosophe qui avait voyagé dans les quatre parties du monde , en y observant l'état social , avait , pour être admis dans cette enceinte, d'autres titres que sa gloire littéraire. Sa vie publique , sa présence à l'Assemblée constituante, la franchise de ses principes, la noblesse de ses scntimens, la sagesse et la constance de ses opinions , l'avaient fait estimer parmi ces hommes sûrs avec qui l'on aime à se rencontrer dans la discussion des intérêts politiques.

Quoique personne ne fût plus en , droit d'avoir un avis, personne ne se prescrivait une plus glande tolérance pour les opinions

SLU M. DE VOL.NEY. XXj

contiaiies. Dans les assemblées d'État, coiiinic dans les séances académiques, riiomme qui y apportait tant de lumières votait selon sa conscience , que rien ne pouvait ébranler ; mais le sage oubliait sa supériorité pour écouter, pour contredire avec modération, et pour douter quelquefois.

L'étendue et la variété de ses connaissances, la force de sa raison, la gravité de ses mœurs, la noble simplicité de son caractère, lui avaient fait dans les deux mondes d'illustres amis; et aujourd'hui que ce vaste savoir est allé s'éteindre dans le tombeau, près duquel une épouse en pleurs rappelle par ses vertus les qualités respectables de celui dont elle embellit la vie, il nous est permis au moins de nous dire qu'il était du petit nombre des hommes à qui il a été donné de ne pas mourir tout entiers.

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