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CHAPITRE XX. 1 iq

ifuttitit; ilans If tombeau , lejiigemcnl, \c pa^sai;c (lu pont t'tioit comme un chei'eu , la balance tles tvm'ies , les peines tle l'enfer et les délices du paradis.

« A côte, ce second groupe, encore plus nombreux, compose' d'étendards à fond blanc, parseme's de croix, est celui des adorateurs de Je'sus. Reconnaissant le même Dieu que les musulmans , fondant leur croyance sur les mêmes livres, admettant comme eux un premier liorame qui perd tout le genre bumain en mangeant une pomme , ils leur vouent cependant une sainte liorreur, et parpictié ils se traitent mutuellement de blaspbe mateurs et d'impies. Le grand point de leur dissension réside surtout en ce qu'après avoir admis un Dieu un et indivisible, les chrétiens le divisenl ensuite en trois personnes, qu'ils veulent être chacune un Dieu entier et complet, sans cesser de former entre elles un tout identique. Et ils ajoutent que cet être, </ui remplit lunii'ers , s'est rtduit dans le corjis d'un homme, et qu'il a pris des organes matériels , périssables , circonscrits , sans cesser d'être immatériel, éternel, infini. Les musulmans, qui ne comprennent pas ces nnstères, quoiqu'ils conçoivent l'éternité du Qôran et la mission du Prophète , les taxent de folie , et les rejettent comme des visions de cerveaux malades : et de là des haines implacables.

« D'autre part , divisés entre eux sur plusieurs points de leur propre croyance, les chrétiens forment des partis non moins divers ; et les querelles

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qui les agitent sont d'autant plus opiniâtres et plus violentes, que les objets sur lesquels elles se fondent e'tant inaccessibles aux sens, et par conséquent d'une démonstration impossible , les opinions de chacun n'ont de règle et de base que dans le caprice et la volonté. Ainsi , convenant que Dieu est un être Incompréhensible, inconnu, ils disputent néanmoins sur son essence , sur sa manière d'agir, sur ses attributs : convenant que la transformation qu'ils lui supposent en homme , est une énigme au-dessus de l'entendement , ils disputent cependant sur la confusion ou la distinction des deux volontés et des deux natures , sur le chanî^ement de substance , sur la présence réelle ou feinte, sur le mode de Pincarnation , etc. , etc.

« Et de là des sectes innombrables , dont deux ou trois cents ont déjà péri , et dont trois ou quatre cents autres, qui subsistent encore, t'offrent cette multitude de drapeaux où ta vue s'égare. Le premier en tête, qu'environne ce groupe d'un costume bizarre, ce mélange confus de robes violettes , rouges , blanches , noires , bigarrées, de têtes à tonsures, à cheveux courts ou rasés, à chapeaux rouges, à bonnets carrés, à mitres pointues , même à longues barbes , est l'étendard du pontife de Rome , qui , appliquant au sacerdoce la prééminence de sa ville dans l'ordre civil , a érigé sa suprématie en point de religion , et a fait un article de foi de son orgueil.

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« A sa limite tu vois le pontife grec, qui , fier lie la rivalité eleve'e par sa métropole, oppose d'éi^ales prétentions, et les soutient contre l'Eglise d'Occident par l'antériorité de l'Église d'Orient. A gauche , sont les étendards de deux chefs récens *, qui , secouant un joug devenu tvrannique , ont, dans leur réforme, dressé autels contre autels, et soustrait au pape la moitié de l'Europe. Derrière eux sont les sectes subalternes qui subdiWsent encore tous ces grands partis : les nestoriens, les eutychéens, les jacobitcs , les iconoclastes , les anabaptistes , les presbytériens , les viclefites, les osiandrins , les manichéens, les méthodistes , les adamistes , les contemplatifs , les trembleurs , les pleureurs , et cent autres semblables (i8) , tous partis distincts , se persécutant (piand ils sont forts , se tolérant quand ils sont faibles , se haïssant au nom d'un Dieu de paix , «e faisant chacun un paradis exclusif dans une religion de charité universelle , se vouant réciproquement dans l'autre monde à des peines sans fin, réalisant dans celui-ci l'enfer que leurs cerveaux placent dans celui-là. »

Après ce groupe , voyant un seul étendard de conleur hyacinthe , autour duquel étaient rassemblés des hommes de tous les costumes de l'Europe et de l'Asie : « Du moins , dis-je au Génie , trouverons-nous ici de l'humanité. — Oui , me répondit-il , au premier aspect , et par cas fortuit

Tnifbpr et Calvin.

et momentané : ne reconnais-tu pas ce système de culte ? » ^\lors apercevant le monogramme du nom de Dieu en lettres he'braïques , et les palmes que tenaient en main les rabbins : « Il est vrai , lui dis-je , ce sont les enfans de Moïse dispersés jusqu'à ce jour, et qui, abhorrant toute nation, ont été partout abhorrés et persécutés. — Oui , reprit-il , et c'est par cette raison que , n'ayant ni le temps ni la liberté de disputer, ils ont gardé l'apparence de l'unité; mais à peine, dans leur réunion , vont-ils confronter leurs principes et raisonner sur leurs opinions , qu'ils vont , comme jadis , se partager au moins en deux sectes principales *, dont l'une , s'autorisant du silence du législateur, et s'attachant au sens littéral de ses livres , niera tout ce qui n'y est point clairement exprimé , et , à ce titre , rejettera , comme invention des circoncis , la survivance de Pâme au corps , et sa transmigration dans les lieux de peines ou de délices, et sa résurrection , et le jugement final , et les bons et les mauvais anges , et la révolte du mauvais génie , et tout le système poétique d'un monde ultérieur : et ce peuple privilégié, dont la perfection consiste à se couper un petit morceau de chair, ce peuple atome qui , dans l'océan des peuples, n'est qu'une petite vague , et qui veut que Dieu n'ait rien fait que pour lui seul , réduira encore de moitié , par son

* Les saducéens Pt 1rs pharisiens.

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schisme, le jioids déjà si léger qu'il établit dans la balance de l'univers. »

Et me montrant un groupe voisin , composé d'hommes vêtus de robes blanches, portant un voile sur la bouche , et rangés autour d'un étendard de couleur aurore , sur lequel était peint un globe tranché en deux hémisphères , l'un noir et l'autre blanc : « Il en sera ainsi , continua-t-il , de ces enfans de Zoroastre , restes obscurs de peuples jadis si puissans i maintenant persécutés comme les juifs, et dispersés chez les autres peuples, ils reçoivent sans discussion les préceptes du représentant de leur prophète ; mais sitôt que le môbed et les destours seront assemblés, la controverse s'établira sur le bon et le mnui'ais principe; sur les combats d'Ormuzd, dieu de lumière, contre Ahrimanes, dieu de ténèbres; sur leur sens direct ou allégorique ; sur les bons et niauwais génies ; sur le culte du feu et des éléviens ; sur les ablutions et sur les souillures ; sur la résurrection en corps, ou seulement en dn/e, et sur le renoif-ellement du monde existant, et sur le monde nouveau qui lui doit succéder. Et les Parsis (19) se diviseront en sectes d'autant plus nombreuses, que dans leur dispersion les familles auront contracté les mœurs , les opinions des nations étrangères.

« A côté d'eux , ces étendards à fond d'azur, où sont peintes des figures monstrueuses de corps humains doubles , triples , quadruples , à tête de lion , de sanglier, d'éléphant , à queue de poisson

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de tortue , etc. , sont les e'tendards des sectes indiennes , qui trouvent leurs dieux dans les animaux , et les âmes de leurs parens dans les reptiles et les insectes. Ces hommes fondent des hospices pour des e'perviers , des serpens , des rats , et ils ont en horreur leurs semblables ! ils se purifient avec la fiente et l'urine de la vache ; ils se croient souillés du contact d'un homme ! ils portent un réseau sur la bouche , de peur d'avaler, dans une mouche , une âme en souffrance ; et ils laissent mourir de faim un paria ! Ils admettent les mêmes divinités , et ils se partagent en drapeaux ennemis et divers.

« Ce premier, isolé à l'écart , où tu vois une figure à quatre têtes, est celui de Brahma , qui, quoique dieu créateur, n'a plus ni sectateurs ni temples , et qui , réduit à servir de piédestal au Lingham (20) , se contente d'un peu d'eau que chaque matin le brahmane lui jette par-dessus l'épaule, en lui récitant un cantique stérile.

« Ce second , où est peint un milan au corps roux et à la tête blanche , est celui de Vichenou , qui , quoique dieu conservateur, a passé une partie de sa vie en aventures malfaisantes. Considère-le sous les formes hideuses de sanglier et de lion , déchirant des entrailles humaines , ou sous la figure d'un cheval , devant venir, le sabre à la main, détruire l'âge présent, obscurcir les astres , abattre les étoiles , ébranler la terre et faire romir au grand serpent un feu qui consumera les globes.

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» Ce troisit-me est celui de Chiven , ilieii tle Jesti-iiriion , tle ravage, et qui a cepeiulant pour emblème le signe de la production ; il est le plus me'chant des trois , et il compte le plus de sectateurs. Fiers de son caractère , ses partisans me'prisent , dans leur dévotion *, les autres dieux , ses égaux et ses frères ; et , par une imitation de sa bizarrerie , professant la pudeur et la cbastete' , ils couronnent publiquement de fleurs et arrosent de lait et de miel l'image obscène du Lingbam.

« Derrière eux viennent les moindres drapeaux d'une foule de dieux , mAles , femelles , hermaphrodites , qui , parens et amis des trois principaux , ont passe' leur vie à se livrer des combats ; et leurs adorateurs les imitent. Ces dieux n'ont besoin de rien , et sans cesse ils reçoivent des offrandes ; ils sont tout-puissans , remplissent l'univers ; et un brclhmane, avec'quelques paroles, les enferme dans une idole ou dans une cruche , pour vendre à son gre leurs faveurs.

« Au-delà, cette multitude d'autres étendards que, sur un fond jaune qui leur est commun , tu vois porter des emblèmes difFe'rens , sont ceux d'un même dieu, lequel, sous des noms divers, règne chez les nations de l'Orient. Le Chinois l'adore dans Fôt (21), le Japonais le re'vère dans

Quand un sectateur de Cliiven enteud prononcer le iioni de Viclieuou , il s'enfuit en se bouchant les onilîrs . et va se purifier.

laC LES lllOES.

BuJso , l'habitant de Ceylan dans Bedftou et Jjouilah, celui de Laos dans C/iehia , le Pegouan dans Phta , le Siamois dans Sommona Kodom, le Tibétain dans Boudd et dans La ; tous , d'accord sur le fond de son histoire , célèbrent sa vie pénitente , ses niorlijications , ses jeunes , ses fonctions de médiateur et d^txpiateur, les haines d'un dieu sonennenii , leurs cnmb a ts et son asce ndan t. ^la.is, discords entre eux sur les moyens de lui plaire , ils disputent sur les rites et sur les pratiques , sur les dogmes de la doctrine intérieure et de la doctrine publique. Ici, ce bonze japonais, à la robe jaune , à la tête nue, prêche l'éternité des âmes, leurs transmigrations successives dans divers corps;' et près de lui le sintoiste , niant leur existence séparée des sens (22) , soutient qu'elles ne sont qu'un effet des organes auxquels elles sont liées , et avec qui elles périssent , comme le son avec l'instrument. Là , le Siamois , aux sourcils rasés , l'écran talipat (23) à la main, recommande l'aumône, les expiations , les oflrandes , et cependant il croit au destin aveugle et à l'impassible fatalité. Le hochang chinois sacrifie aux âmes des ancêtres, et près de lui le sectateur de Confutzée cherche son horoscope (24) dans des fiches jetées au hasard, et dans le mouvement des cieux. Cet enfant, environné d'un essaim de prêtres à robes et à chapeaux jaunes , est le grand Lama (25) , en qui vient de passer le dieu que le Tibet adore. Un rival s'est élevé pour partager ce bienfait avec lui ; et sur les bords du lac Raikal , le Calmouque a aussi son

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dieu tominc l'Iiabitaut de La-sa : mais d'accord eu ce ptùîit important, que Dieu ne peut habiter qu'un corps d'homme, tous deux rient de la grossièreté de l'Indien , ({ui honore la liente de la vache, tandis qu'eux consacient les excrémens de leur pontife. »

Après ces drapeaux , une foule d'autres que l'œil ne pouvait dénombrer s'olTrant encore à nos re- {jards : « Je ne terminerais point , dit le Ge'nie , si je te de'taillais tous les systèmes divers de croyance qui partagent encore les nations. Ici les hordes tartares adorent , dans des figures d'animaux , d'oiseaux et d'insectes, les bons et les mauvais génies qni , sous un dieu principal , mais insouciant , régissent l'univers ; dans leur idohUrie , elles retracent le paganisme de l'ancien Occident. Tu vois l'habillement bizarre de leurs chamans, qui, sous une robe de cuir garnie de clochettes , de grelots , d'idoles de fer, de grifies d'oiseaux, de peaux de serpens, de tètes de chouettes, s'agitent en convulsions factices, et , par des cris magiques , e'voquent les morts pour tromper les vivans. Là, les peuples noirs de l'Afrique , dans le culte de leurs fétiches , oflrent les mêmes opinions. Voici l'habitant de Juida , qui adore Dieu dans un grand serpent, dont par malheur les porcs sont avides [16)... \ oilàleTe'leute, quise le représente vêtu de toutes couleurs , ressemblant à un soldat russe ; voilà un Kamtschadale , qui, trouvant que tout va mal dans ce monde et dans son climat, se le figure nn t'ieillind capncieux et chagi-in . fumant sa pipe,

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