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CHAPITRE XXI

l'ROBLEME DES CONTRADICTIONS RELIGIELSES.

Cependant les divers groupes s'e'tant placés , et un vaste silence ayant succe'dé à la rumeur de la multitude , le le'gislateur dit : « Chefs et docteurs des peuples ! vous voyez comment jusqu'ici les nations , vivant isole'es , ont suivi des routes diffe'rentes : chacune croit suivre celle de la ye'rite' ; et cependant si la ve'rité n'en a qu'une , et que les opinions soient opposées, il est bien évident que quelqu'un se trouve en erreur. Or , si tant d'hommes se trompent , qui osera garantir que lui-même n'est pas abusé ? commencez donc par être indulgens sur vos dissentimens et sur vos discordances. Cherchons tous la vérité comme si nul ne la possédait. Jusqu'à ce jour les opinions, qui ont gouverné la terre , produites au hasard , accréditées par l'amour de la nouveauté et par l'imitation, propagées par l'enthousiasme et l'ignorance populaires , ont en quelque sorte usurpé clandestinement leur empire. Il est temps , si elles sont fondées , de donner à leur certitude un caractère de solennité, et de légitimer leur existence. Rappelons-les donc aujourd'hui à un examen général et commun ; que chacun expose sa croyance ,,

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et que , tous devenant le juge de chacun , cela seul soit reconnu vrai, qui l'est pour le genre humain. »

Alors la parole ayant été déférée par ordre de position au premier étendard de la gauche : « Il n'est pas permis de douter , dirent les chefs , que notre doctrine ne soit la seule véritahle, la seule infaillible. D'abord elle est révélée deDieu même...

« — Et la nôtre aussi , s'écrièrent tous les autres étendards : il n'est pas permis d'en douter.

« — Mais du moins faut-il l'exposer, dit le législateur; car l'on ne peut croire ce que l'on ne connaît pas.

« — ]Notre doctrine est prouvée, reprit le premier étendard , par des faits nombreux , par une multitude de miracles , par des résurrections de morts , des torrens mis à sec , des montagnes transportées , etc.

« — Etnousaussi, s'écrièrent touslesautres, nous avons une foule de miracles» ; et ils commencèrent chacun à raconter les choses les plus incroyables.

« — Leurs miracles , dit le premier étendard , sont des prodiges supposés ou des prestiges de l'esprit malin , qui les a trompés.

« — Ce sont les vôtres, répliquèrent-ils, qui sont supposés » ; et chacun , parlant de soi , dit : « Il a n'y que les nôtres de véritables; tous les autres sont des faussetés. »

Et le législateur dit : « Avez-vous des témoins rivans ?

« — Non , répondii'ent-ils tous : les faits sont anciens, les témoins sont morts, mais ils ont écrit.

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n — Soit, reprit le législateur ; mais, s'ils sont en contratliction , qui les conciliera?

« — Juste arbitre ! s'c'cria un des étendards, la preuve que nos témoins ont vu la ve'rite', c'est qu'ils sont morts pour la te'moigner , et notre croyance est scellée du sang des martyrs.

« — Et la nôtre aussi, dirent les autres étendards : nous avons des milliers de martyrs qui sont morts dans des tounneus affreux , sans jamais se démentir. » Et alors les chre'tiens de toutes les sectes, les musulmans, les Indiens, les Japonais citèrent des légendes sans fin de confesseurs , de martyrs , de pénitens , etc.

Et l'un de ces partis ayant nié les martyrs des autres : « Eh bien ! dirent-ils , nous allons mourir pour prouver que notre croyance est vraie. »

Et dans l'instant une foule d'hommes de toute religion , de toute secte , se présentèrent pour souffrir des tourmens et la mort. Plusieurs même commencèrent de se déchirer les bras , de se frapper la tête et la poitrine , sans témoigner de douleur.

Mais le législateur les arrêtant : « O hommes ! leur dit-il , écoutez de sang-froid mes paroles : si vous mouriez pour prouver que deux et deux font quatre, cela les ferait-il davantage être quatre.^

« — Won, répondirent-ils tous.

« — Et si vous mouriez pour prouver qu'ils font cinq , cela les ferait-il être cinq ?

« — Won, dirent-ils tous encore.

« — Eh bien! que prouve donc votre persuasion, si elle ne change rien à l'existence des choses? La

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vérité est une , vos opinions sont diverses ; donc plusieurs de vous se trompent. Si , corarae il est évident , ils sont persuadés de l'erreur, que prouve la persuasion de l'homme ?

« Si l'erreur a ses martyrs , où est le cachet de la vérité ?

o Si l'esprit malin opère des miracles , où est le .caractère distinctif de la Divinité ?

« Et, d'ailleurs, pourquoi toujours des miracles incomplets et insuflisans ? pourquoi, au lieu de ces houleversemens de la nature, ne pas changer plutôt les opinions ? pourquoi tuer les hommes ou les eflVayer, au lieu de les instruire et de les corriger ?

« O mortels crédules, etpourtant opiniâtres! nul de nous n'est certain de ce qui s'est passé hier, de ce qui se passe aujourd'hui sous ses yeux, et nous jurons de ce cpai s'est passé il y a deux raille ans !

o Hommes faibles , et pourtant orgueilleux ! les lois de la nature sont immuables et profondes, nos esprits sont pleins d'illusion et de légèreté, et nous voulons tout démontrer, tout comprendre ! En vérité , il est plus facile à tout le genre humain de se tromper que de dénaturer un atome.

o — Eh bien ! dit un docteur, laissons là les preuves de fait, puisqu'elles peuvent être équivoques ; venons aux preuves du raisonnement, à celles qui sont inhérentes à la doctrine. »

Alors un iman de la loi de IMahomet s'avancant plein de confiance dans l'arène ; après s'être tourné vers la Mekke, et avoir proféré avec emphase la

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piotfSNion «le foi : « Louange à Dirii ! ilil-il «l'une voix grave et imposante. La lumière brille avec évidence , et la vérité n'a pas besoin d'examen » ; et montrant le Oôran : « Voilà la lumière et la vérité dans leur propre essence. // n'y a point de doute en ce livre ; il conduit droit celui qui marche aveuglément , qui reçoit sans discussion la parole divine descendue sur le Prophète pour sauver le simple et confondre le savant. Dieu a établi Mahomet son ministre sur la terre ; il lui a livré le monde pour soumettre par le sabre celui qui refuse de croire a sa loi : les injîdcles disputent et ne veulent pas croij'e ; leur endurcissement rient de Dieu ; il a scellé leur cœur pour les livrer a d'affreux châtimens.... » *

A ces mots, un violent murmure, élevé de toutes parts, interrompit l'orateur. « Quel est cet homme, s'écrièrent tous les groupes , qui nous outrage aussi gratuitement ? De quel droit prétend-il nous imposer sa croyance comme un vainqueur et comme un tyran .^ Dieu ne nous a-t-il pas donné, comme à lui, des yeux, un esprit , une intelligence ? et n'avons-nous pas un droit d'en user également, pour savoir ce que nous devons rejeter ou croire ? S'il a le droit de nous attaquer, n'avons-nous pas celui de nous défendre ? S'il lui a plu de croire sans examen, ne sommes -nous pas maîtres de croire avec discernement.^

Ces paroles sont le sens et presque le texte litt«?ral tlu premier chapitre du Qôrau.

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« Et quelle est cette doctrine lumineuse qui craint la lumière ? Quel est cet apôtre d'un Dieu cle'ment , qui ne prêche que meurtre et carnagf Quel est ce Dieu de justice , qui punit un avei; glement que lui-même cause? Si la violence el la perse'cution sont les arguraens de la vérité, J i douceur et la charité sont-elles les indices di mensonge ? »

Alors un homme s'avancant d'une groupe voisin vers l'iman, lui dit: «Admettons que 3Iahomet soit l'apôtre de la meilleure doctrine , le prophète de la vraie religion ! veuillez du moins nous dire qui nous devons suivre pour la pratiquer : sera-ce son gendre Ali , ou ses vicaires Omar et Aboubèkre ? * »

A peine eut-il prononcé ces noms, qu'au sein même des musulmans éclata un schisme terrible : les partisans d'Omar et d'Ali , se traitant mutuellement d'hérétiques , d'impies , de sacrilèges , s'accablèrent de malédictions. La querelle même devint si violente , qu'il fallut que les groupes voisins s'interposassent pour les empêcher d'en venir aux mains.

Enfin , le calme s'étant un peu rétabli , le législateur dit aux imans : « Voyez quelles conséquences résultent de vos principes ! si les hommes les mettaient en pratique , vous-mêmes , d'opposition en opposition , vous vous détruiriez jus-

' Les musulmans se sont divise's en ces deux grands partis. T^es Persans suivent Ali . les Turks suivent Omar.

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([n'au dernier; et la première loi de Dieu n'estelle pas que l'homme vive? » Puis s'adressant aux autres {groupes : a Sans doute cet esjirit d'intolérance et d'exclusion choque toute idée de justice, renverse toute base de morale et de société ; cependant avant de rejeter entièrement ce code de doctrine, ne conviendrait-il pas d'entendre c[ucl- ([ues uns de ses dogmes , afin de ne pas prononcer sur les formes , sans avoir pris connaissance du fond ? »

Et, les groupes y ayant consenti, l'iman commença d'exposer comment Dieu , après auoir envoyé vinf^t-quatre nulle prophètes aux nations qui s'égaraient dans l'idolâtrie, en avait enfin envoyé un dernier , le sceau et la perfection de tous, Mahomet, sur qui soit le salut de paix ; comment, afin que les infidèles n'altérassent plus la parole divine , la suprême clémence avait ellemême tracé les feuille l s du Qoran : et , détaillant les dogmes de l'islamisme, l'iman expliqua comment , a titre de parole de Dieu , le Qoran était incréé , éternel , ainsi que la source dont il émanait; comment il avait été envoyé feuillet par feuillet en ringt-quatre mille apparitions nocturnes de l'ange Gabriel; comment l'ange s'annonçait par u/i petit cliquetis, qui saisissait le Prophète d'une sueur froide ; comment , dans la vision d'une nuit , il aA ait parcouru quatre- Ttngt-dix deux, monté sur l'animal Boraq , moitié cheval, moitié femme ; comment, doué du don des miracles , il marchait au soleil sans ombre.

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faisait reverdir 'Tun seul mot les arbres , remplissait d'eau les puits , les citernes , et aidait fendu en deux le disque de la lune; comment, chargfdes ordres du ciel , Mahomet avait propagé , It sabre à la main , la religion la plus digne de Dieu par sa sublimité, et la plus propre aux hommes par la simplicité' de ses pratiques , puisqu'elle ne consistait qu'en huit ou dix points : professer l'unité de Dieu ; reconnaître Mahomet pour son seul prophète ; piier cinq fois par jour ; jeûner un mois par an ; aller a la Mehke une fois dans la l'ie ; donner la dîme de ses biens ; ne point hoire de vin , ne point manger de porc , et faire la guerre aux infidèles • qu'à ce moyen tout musulman, devenant lui-même apôtre et martyr, jouissait, dès ce monde, d'une foule de biens ; et qu'à sa mort , son âme , pesée dans la balance des œu\^res , et absoute par les deux anges ?ioirs, traversait, par-dessus l'enfer , le pont étroit comme un cheveu et tranchant comme un sabre , et qu'enfin elle était reçue dans un un lieu de délices , arrosé de fleuves de lait et de miel , embaumé de tous les parfums indiens et arabes , où des vierges toujours chastes , les célestes houris , comblaient de faveurs toujours renaissantes les élus toujours rajeunis.

A ces mots un rire involontaire se traça sur tous les visages, et les divers groupes, raisonnant sur ces articles de crovance , dirent unanimement: « Comment se peut-il que des hommes raisonnables admettent de telles rêveries? INe

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«lir;iit-i)ii pas cufendre un clia])itrc des nulle et imr iiiiils ? I»

Et 1111 Samnvède s'avançant dans l'arène : « Le paratlis de Mahomet , dit-il , me ])araîtrait fort bon ; mais un des moyens de le gagner m'embarrasse : car s'il ne faut ni boire ni manger cntîv Jeux snJeils , ainsi qu'il l'ordonne , comment pratiquer un tel jeûne dans notre pays, où le soleil reste sur l'horizon quatre mois entiers sans se coucher?

« — Cela est impossible » , dirent les docteurs musulmans pour soutenir l'honneur du Prophète; mais cent peuples avant atteste le fait, l'infaillibilité' de Mahomet ne laissa pas que de recevoir une filcheuse atteinte.

a — Il est singulier, dit un Européen , que Dieu ait sans cesse re've'lé tout ce qui se passait dans le ciel , sans jamais nous instruire de ce qui se passe sur la terre !

« — Pour moi, dit un Américain, je trouve une grande difiiculté au pèlerinage; car supposons vingt-cinq ans par génération, et seulement cent millions de miUes sur le globe : chacun étant obligé d'aller à la Mekke une fois dans sa vie, ce sera par an quatre raillions d'hommes en route ; on ne pourra pas revenir dans la même année ; et le nombre devient double , c'est-à-dire de huit millions: où trouver les vivres, la place, l'eau , les vaisseaux pour cette procession solennelle? Il faudrait bien là des miracles.

« — La preuve, dit un théologien catholique,

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que la religion de Alahoraet n'est pas re've'lëe, c'est que la plupart des ide'es qui en font la base existaient long-temps avant elle , et qu'elle n'est qu'un mélange confus des vérite's alte'rëes de notre sainte religion et de celle des juifs, qu'un homme ambitieux a fait servir à ses projets de domination et à ses vues mondaines. Parcourez son livre ; vous n'y verrez que des histoires de la Bible et de l'Evangile , travesties en contes absurdes , et du reste un tissu de déclamations contradictoires et vagues , de pre'ceptes ridicules ou dangereux. Analysez l'esprit de ces pre'ceptes et la conduite de l'Apotre; vous n'y verrez qu'un caractère ruse et audacieux, qui, pour arriver à son but , remue assez habilement , il est vrai , les passions du peuple qu'il veut gouverner. Il parle à des hommes simples et cre'dules, il leur suppose des prodiges; ils sont ignorans et jaloux, il flatte leur vanité' en méprisant la science; ilsont pauvres et avides , il excite leur cupidir. par l'espoir du pillage; il n'a rien à donner d'abord sur la terre , il se cre'e des tre'sors dan^ les cieux; il fait désirer la mort comme un bien suprême'; il menace les lâches de l'enfer ; il promet le paradis aux braves ; il affermit les faibles par l'ojnnion de la fatalité'; en un mot, il produit le dévouement doirt il a besoin, par tous les attraits des sens , par les mobiles de toutes les passions.

« Quel caractère diffèrent dans notre doctrine! et combien son empire, établi sur la contradiction

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