CHAPITRE XXII. *il
seconds , et les enfans de Moïse consacrèrent la théologie de Zoroastre (^j)-
« Lne analogie fortuite entre deux idées principales favorisa surtout cette coalition, et devint la base d'un dernier système , non moins étonnant dans sa fortune que dans les causes de sa formation.
« Depuis que les Assyriens avaient détruit le royaume de Samarie , des esprits judicieux, préi'oynnt la même destinée pour Jérusalem, n'avaient cessé de Y annoncer, de la prédire; et leurs prédictions avaient toutes eu ce caractère particulier, d'être terminées par des vœux de rétablissement et de régénération , énoncés sous la forme de prophéties ; les hiérophantes , dans leur enthousiasme , avaient peint un roi libérateiir, qui devait rétablir la nation dans son ancienne gloire ; le peuple hébreu dei^ait redevenir un peuple puissant , conquérant , et Jérusalem la capitale d'un empij^e étendu sur tout l'univers.
« Les événemens ayant réalisé la première partie de ces prédictions , la ruine de Jérusalem , le peuple attacha à la seconde une croyance d'autant plus entière, qu'il tomba dans le malheur ; et les Juifs affligés attendirent , avec l'impatience du besoin et du désir, le roi victorieux et libérateur qui devait venir sauver la nation de INIoïse et relever l'empire de David.
« D'autre part , les traditions sacrées et mythologiques des temps antérieurs avaient répandu dans toute l'Asie uu dogme parfaitement ana-
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logue. On n'y parlait que d'un grand ineduUeur, d'un juge final, d'un saiweur futur, qui , roi, dieu conquérant et législateur, devait ramener Vdge d^or sur la terre (^S) , la délivrer de l'empire du mal, et rendre aux hommes le règne du bien , la paix et le bonheur. Ces ide'es occupaient d'autant plus les peuples , qu'ils y trouvaient des consolations de l'état funeste et des maux re'els où les avaient plongés les dévastations successives des conquêtes et des conquérans , et le barbare despotisme de leurs gouvernemens. Cette conformité entre les oracles des nations et ceux des prophètes , excita l'attention des Juifs ; et sans doute les prophètes avaient eu l'art de calquer leurs tableaux sur le style et le génie des livres sacrés employés aux mystères païens : c'était donc en Judée une attente générale que celle du grand enuoyé, du sauueur final , lorsqu'une circonstance singulière vint déterminer l'époque de sa venue.
« Il était écrit dans les livres sacrés des Perses et des Kaldéens , que le monde , composé d'une réuolution totale de douze mille , était partagé en deux révolutions partielles, dont l'une, âge et règne du bien , se terminait au bout de six mille , et l'autre , âge et règne du mal , se terminait au bout de six autres mille.
« Par ces récits , les premiers auteurs avaient entendu la réuolution annuelle du grand orbe céleste, appelé le monde [révolution composée de douze mois ou signes , divisés chacun en î7iillc
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]>cirti€s); et les deux périodes syste'matiques de IVià'er et de l'été , composées chacune également de sir mille. Ces expressions, toutes équivoques, ayant été mal expliquées , et ayant reçu un sens absolu et moral , au lieu de leur sens physique et astrolos[ii/ue , il arriva que le monde annuel fut pris pour un monde séculaire, les mille de temps pour des mille d'années ; et supposant , d'après les faits, que l'on vivait dans Vdge du malheur, on en inféra qu'il devait finir au bout de six mille ans prétendus (76).
« Or , dans les calculs admis par les Juifs , on commençait à compter près de six mille ans depuis la création (fictive) du monde. Cette coïncidence produisit de la fermentation dans les esprits. On ne s'occupa plus que d'une fin prochai/ie ; on interrogea les hiérophantes et leurs livres mystiques, qui en assignèrent divers termes ; on attendit Je réparateur; à force d'en parler , quelqu'un dit l'avoir vu , ou même un individu exalté crut l'être, et se fit des partisans , lesquels , privés de leur chef par un incident vrai sans doute , mais passé obscurément , donnèrent lieu , par leurs récits , à une rumeur graduellement organisée en histoire : sur ce premier canevas établi, toutes les circo?istances des traditions mytholo iniques vinrent bientôt se placer, et il en résulta un système authentique et complet , dont il ne fut plus permis de douter.
« Elles portaient, ces traditions mythologiques: «Que, dans V origine, une femme et un homme
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avaient , par leur chute , introduit dans le mondf le mal et le péché. » ( Suivez la planclie III. )
« Et par là elles indiquaient le fait fliZ/-onom/çue de la Vierge céleste et àeVHomnie bouvier (Bootès) , qui , en se couchant hëliaqueraent à Véquinoxe d'automne , livraient le ciel aux constellations de {'hiver, et semblaient , en tombant sous l'horizon , introduire dans le monde le génie du jnal, ylhrimânes , figure' par la constellation du Serpent (77).
« Elles portaient , ces traditions : « Que la femme a avait entraîné , séduit l'homme. »
« Et , en effet , la Vierge se couchant la première, semble ena^aîner à sa suite le Bouvier.
« Que \at. femme l'avait tenté en lui présentant « des fruits beaux a voir et bons h mander, qui '( donnaient la science du bien et du mal. »
ft Et, en effet, la J^iergeiienl en main une branche de fruits qu'elle semble e'tendre vers le Bouvier; et le rameau , emblème de l'automne , place' dans le tableau de Mithra , sur la frontière de l'hiver et de l'été , semble ouvrir la porte et donner la science , la clef du bien et du inal.
« Elles portaient : «Que ce couple avait été chassé « du jardin céleste , et quun chérubin a épéejlam- « boy ante avaitété placé h laporte pour le garder. »
« Et , en effet , quand la Vierge et le Bouvier tombent sous l'horizon du couchant, Persée monte de l'autre côté ^78; , et , l'épée à la main , ce génie semble les chasser du ciel de l'été , jardin et rè^^ne des fn/ils et des fleurs.
« Elles portaient • « Que de cette Vierge devait
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« natti^ , soj'tir un rejeton , un enfant qui écra- « sej'ait la tête du serpent , et JéH\>rerait le monde « du pèche . »
« Et par là elles flesignaicnt le Solcd, qui , à l'époque du solstice d'hiver, au moment i)recis où les mages des Perses tiraient l'horoscope de la nouvelle année , se trouvait placé dans le sein de la Vierge, en lever hélia que a l'horizon oriental ^ et qui , à ce titre , était figure dans leurs tableaux astrologiques sous la forme d'un enfant allaite par une vierge chaste (79) , et devenait ensuite , à l'effuinoxe du printemps , le Bélier ou VyJgneau , vainqueur de la constellation du Serpent , qui disparaissait des cieux.
« Elles portaient : « Que , dans son enfance , ce « réparateur, de nature divine ou céleste , vivrait « abaissé ^ humble, obscur, indigente) (8o).
« Et cela , parce que le soleil d'hiver est abaissé sous l'horizon , et que cette période première de ses quatre dges ou saisons , est un temps d'obscurité , de disette, àe jeune , de privations.
« Elles portaient : « Que, mis à mort par des « médians , il éisiit ressuscité glorieusement ; qu'il « était remonté des enfers aux cieux , où il re'- « gnerait e'ternellement. »
« Et par là elles retraçaient la vie duSoleil, qui , terminant sa caiiière au solstice d'hiver, lorsque dominaient Typhon etles anges rebelles , semblait être mis à j?iort par eux; mais qui , bientôt après , renaissait , résurgeait dans la voûte des cieux (81) , où il est encore.
« Enfin ces traditions, citant jusqu'à ses noms astrologiques et mystëiieux , disaient qu'il s'appelait tantôt Chris (82) , c'est-à-dire le conservateur ; et voilà ce dont vous , Indiens , avez fait votre dieu Chris-en ou Chris-na ; et vous , chrétiens , Grecs et Occidentaux, votre Chris-tos , fils de Marie: et tantôt, qu'il s'appelait Yês , parla re'union de trois lettres , lesquelles , en valeur numérale , formaient le nombre 608 , l'une des périodes solaii^s (83) ; et voilà , ô Européens ! le nom qui , avec la finale latine , est devenu votre lé-sus ou Jésus , nom ancien et cabalistique attribué au jeune Bacchus , fils clandestin ( nocturne ) de la vierge I\Iinerwe , lequel , dans toute l'histoire de sa vie et même de sa mort, retrace l'histoire du dieu des chrétiens , c'est-à-dire de Vasirv du jour, dont ils sont tous les deux l'emblème. »
A ces mots , un grand murmure s'éleva de la part des groupes chrétiens; mais les musulmans, les lamas , les Indiens les rappelèrent à l'ordre ; et l'orateur achevant son discours :
a Vous savez maintenant , dit-il , comment le reste de ce système se composa dans le chaos et l'anarchie des trois premiers siècles ; comment une foule d'opinions bizarres partagèrent les esprits , et les partagèrent avec un enthousiasme et une opiniâtreté réciproques , parce que , fondées également sur des traditions anciennes , elles étaient également sacrées. Vous savez comment , après trois cents ans , le goui'ernement , s'étant associe à l'une de ces sectes , en fit la religion orthodoxe ,
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c'est-à-tlirc ihuninnntcà l'oxcliision ik'saiilres, lesquelles , parleur inferi«irite, ileviiuent desAtrcsies ; comment et par (piels moyens de violence et de séduction cette religion s'est propagée , accrue , puis divisée et allaiblie ; comment , six cents ans après l'innovation du christianisme , un autre système se forma encore de ses matériaux et de ceux des juifs, et comment Mahomet sut se composer un empire politique et théologique Aus. dépens de ceux de iMo'ise et des vicaires de Jésus....
a Maintenant , si vous résumez l'histoire entière de l'esprit religieux , vous verrez que dans son principe il n'a eu pour auteur que les setisations et les besoins de l'homme ; que Vidée de Dieu n'a eu pour t\^e et modèle que celle des puissances physiques, des étivs matériels agissant en bien ou en mal, c'est-à-dire en impressions de plaisir ou de doiJeur sur Vêtre sentant ; que , dans la formation de tous ces systèmes, cet esprit religieux a toujours suivi la même marche , les mêmes proce'de's; que, dans tous, le dogme n'a cessé de représenter , sous le nom des dieux , les opérations de la nature , les passions des hommes et leurs préjugés ; que ,. dans tous , la morale a eu pour but le désir du bien-être et Vawersion de la douleur ; mais que les peuples et la plupart des législateurs , ignorant les routes qui y conduisaient , se sont fait des idées fausses , et par là même opposées , du vice et de la vertu, du bien et du mal, c'està-dire de ce qui rend l'homme heureux ou malheureux ; que , dans tous , les moyens et les causes