CHAPITRE XXJir. 2.3 I
lions secrètes , des corporations ennemies du reste de la société (88) ;
Que partout ils s'étaient attribua des prérogatives , des immunités , au moyen tlesquelles ils vivaient à l'abri de tous les fardeaux des autres classes ;
Que partout ils n'essuyaient ni les fatigues du laboureur , ni les dangers du militaire , ni les revers du commerçant ;
Que partout ils vivaient célibataires , afin de s'épargner jusqu'aux embarras domestiques ;
Que partout , sous le inanteau de la pauvreté , ils trouvaient le secret d'être riches et de se procurer toutes les j.ouissances ;
Que , sous le nom de j?iendicité, ils percevaient des impôts plus forts que les princes ;
Que , sous celui de dons et offrandes , ils se procuraient des revenus certains et exempts de frais ;
Que , sous celui de recueillement et de dévotion, ils vivaient dans l'oisiveté' et dans la licence;
Qu'ils avaient fait de l'aumône une vertu , afin de vivre tranquillement du travail d'autrui ;
Qu'ils avaient invente' des cére'monies du culte, afin d'attirer sur eux le respect du peuple , en jouant le rôle des dieux dont ils se disaient les interprètes et les médiateurs , pour s'en attribuer toute la puissance ; que , dans ce dessein , selon les lumières ou l'ignorance des peuples , ils s'e'taient faits tour à tour astrologues , tireurs d'horoscopes , devins , magiciens (88), nécromanciens,
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charlatans , médecins , cour^tisans , confesseurs de princes , toujours tendant au but de gouverner pour leur propre avantage ;
Que tantôt ils avaient e'ieve le pouvoir des rois et consacre leurs personnes pour s'attirer leurs faveurs ou participer à leur puissance j
Et qne tantôt ils avaient prêché le meurtre des tyrans (se réservant de spécifier la tyrannie ) , afin de se venger de leurs mépris ou de leur désobéissance ;
Que toujours ils avaient appelé impiété ce qui nuisait à leurs intérêts ; qu'ils résistaient à toute instruction publique , pour exercer le monopole de la science; qu'enfin, en tout temps , en tout lieu, ils avaient trouvé le secret de vivre en paix au milieu de l'anarchie qu'ils causaient ; en sûreté sous le desjDotisme qu'ils favorisaient ; en repos au milieu du travail qu'ils prêchaient ; dans l'abondance au sein de la disette ; et cela , en exerçant le commerce singulier de vendre des paroles et des gestes à des gens crédtdes , qui les paient comme des denrées du plus grand prix (90).
Alors les peuples , saisis de fureur, voulurent mettre en pièces les hommes qui les avaient abusés ; mais le législateur, arrêtant ce mouvement de violence , et s'adressant aux chefs et aux docteurs : « Quoi ! leur dit-il , instituteurs des peuples , est-ce donc ainsi que vous les avez trompés ? »
Et les prêtres troublés répondirent : « O lé-
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gislatour ! nous sommes hommes ; et fes peuples sont si supcrstiUeux ! ils ont eux-mêmes provoque nos erreurs. »
Et les rois dirent : « O législateur ! les peuples sont si seivilcs et si ignorans ! eux-mêmes se sont prosternes devant le joug , qu'à peine nous osions leur montrer. »
Alors le le'gislateur se tournant vers les peuples : « Peuples ! leur dit-il , souvenez-vous de ce que vous venez d'entendre : ce sont deux prnjondes vérUés. Oui , vous-mêmes causez les maux dont vous vous plaignez ; c'est vous qui encouragez les tyrans par une lâche adulation de leur puissance , par un engouement imprudent de leurs fausses bonte's , par l'avilissement dans l'obëissance , par la licence dans la liberté , par l'accueil crédule de toute imposture : sur qui punirez-vous les fautes de votre ignorance et de votre cupidité ? »
Et les peuples interdits demeurèrent dans un morne silence.