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Les ruines d'Ani

1° Celui levé par M. Abich, en 1844, communiqué alors par lui à l’Académie1), et que j’ai publié, avec l’autorisation de l’auteur, en 1849, sous le N. XXII de l’Atlas accompagnant mon Voyage archéologique dans la Transcaucasie.

Ce Plan, presque orienté N. et S., nous présente la ville arrosée au S. par le cours capricieux de l’Arpa-Tchaï, l’ancien Akhourian, qui reçoit du côté de l’E., mais par sa rive droite, un ruisseau insignifiant; du côté de l’O. , également par sa rive droite, la très sinueuse rivière Aladja - Tchaï, le Rhah des anciens auteurs, descendant du N. E. Entre les deux rivières, dans une direction N. O. — S. E. se voit la double muraille défendant la ville du seul côté ouvert, quoique légèrement raviné, d’après le Plan.

Quant aux deux vallées dont la jonction forme la pointe du triangle où est construite la ville, elles sont tellement tourmentées et hérissées de rochers et de précipices , qu’àpeine en quelques endroits y a-t-on construit des fortifications. La vallée de l’Aladja est couronnée d’un simple mur, au bas duquel, de l’autre côté de la rivière , les roches molasses sont percées de demeures troglody tiques, formant un véritable faubourg. Au côté S. de la ville on remarque également, dans quelques endroits, un simple mur couronnant les pentes de l’Arpa-Tchaï et, cette fois dans l’intérieur du mur, d’autres habitations troglodytiques.

Ainsi disposé dans son triangle, Ani occupe une circonférence d’un peu plus de 5 verstes, où M. Abich a relevé la position de 19 églises et d’une mosquée, d’un palais et de deux ponts, sans compter les tours, les portes fortifiées. S’il y a loin de là à l’exagération orientale des 1001 églises2), dont parle la tradition, l’on peut cependant convenir,

1) Bull. Hist.-Philol. t. II, p. 373.

2) Le chiffre 1001 est un terme vague, pour un nombre inconnu. Abou-’l-Féda, dans sa Géographie, dit que «l’Itil ou Volga se jette dans la mer par 1001 embouchures;» Grigorief, De la position de Séraï (en russe).

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en voyant les beaux dessins de MM. Texier et Kâstner, qu’ici la qualité, vraiment admirable, l’emporte sur la quantité '). .

Quant aux maisons et édifices particuliers, comme nul voyageur ni album n’en fait mention, on peut croire que, hormis les demeures troglodytiques , le reste se composait de ces misérables sakhlis, devenues aujourd’hui des trous dangereux, repaires de reptiles, dont parle le P. Loucas Indjidjan, dans son Arménie moderne, p. 122. V. PI. XXX, le Plan de M. Abich, réduit au quart de l’original.

2° Un second Plan, orienté comme le précédent et dressé par M. Texier, en septembre 1839, est d’une dimension pareille au nôtre, mais sans échelle. 11 forme la PI. 14 de l’Atlas de son Voyage en Arménie, Paris, 1842, 3 vol. in-fo. Les simples murailles couronnant les ravins des deux rivières n’y sont pas relevées; mais le ruisseau qui, au S. E., se jette dans l’Arpa-Tchaï et protège l’accès de l’enceinte, est très bien marqué, ainsi que 31 tours du mur intérieur oriental et 11 tours du double mur. Ici le Plan de M. Abich n’arrive pas à la même précision. Les trois grandes portes de cette muraille, celles au bas de la butte du château, sur l’Aladja-Tchaï et sur l’Arpa-Tchaï, sont tracées comme chez M. Abich. Mais la rivière Aladja est nommée simplement Ani-Tchaï, par oubli, à ce que je crois; car à la manière dont l’auteur parle de l’Aladja, p. 118 de son Voyage, t. I, il m’a semblé que ces deux noms se rapportent au même cours d’eau. M. Khanykof croit que le nom vulgaire d’Alaza, donné à la rivière coulant à l’O. d’Ani, doit être l’abréviation de Al-Azar-Tchaï «rivière des fleurs,» qui répond à la dénomination arménienne Dzaghcotza-Tzor «Vallée du jardin de fleurs.» Quant a celui d’Aladja, M. Texier dit qu’il provient d'un village considérable, que l’on aperçoit dans la vallée.

M. Texier a placé sur son Plan 3 églises, 2 baptistères ou églises octogones , ainsi qu’il les appelle, 1 coupole, 2 monuments, qui sont aussi des églises, 1 mosquée et 1 minaret, outre un édifice, celui des Bains, N° 18 de M. Abich: il est donc moins riche en détails que son prédécesseur, mais il a ajouté au N. O. le village turk de Yéni-Ani «Anile-Neuf,» peut-être celui dont parle le P. Sargis, t. Il, p. 5 de son Voyage dans la Grande- Arménie, et qu’il place au S. de la ville.

Au Plan de M. Texier se rattachent les Planches suivantes de son Atlas: Nu 15 , la porte principale et centrale du double mur; N° 16, les murs du côté de l’O. (sic), ou comme le dit plus exactement la légende des Planches, p. 148, l’angle N. O. de la muraille1 2),

1) Des voyageurs, témoins oculaires, ont raconté au P. Loucas Indjidjiau qu’ils ont vu à Ani les ruines de 40 églises à coupole, construites en marbre, dont on trouve beaucoup sur les rives de l’Akhourian, et lui ont dit que les murs, en partie écroulés, sont percés de portes ayant leur cadre en marbre. De Tune des tours, ajoute-til, on descend par un chemiu souterrain, allant par-dessous l'Akliourian, à l'autre côté de la rivière. Parmi les nombreuses inscriptions, notamment aux tombeaux des rois, ou en trouve eu caractères inconnus, indéchiffrables; Arm. Ane. p. 422. Or on verra en différents endroits de notre description ce qu'il faut entendre par le mot marbre , une espèce de tuf volcanique, tautôt jaune, tantôt noirâtre, tantôt tirant sur le rouge ou sur le vert: If-tb.UJ lapideus. marmorinus; Grand dictionnaire des Mékhitharistes, Ven. 183li. Quant aux inscriptions eu caractères inconnus, il n’en existe pas d'autres renseignements.

2) Sans cette explication, on pourrait bien croire que ce sont les fortifications qui se voient au bas de la

Les Ruines d’Ani. — Description.

là où les bâtiments sont le mieux conservés; N° 17 — 20, la Cathédrale et ses détails; N° 21, 22, 24, l’Eglise près de la rivière; N° 23, une chapelle sépulcrale; N° 25 — 28, une église à Dighouri, à cinq heures de marche d’Ani, vers le S. L’auteur dit, d'après une inscription , que cet édifice est du VIIIe s.; p. 150, au contraire, il la dit terminée en 1242, et postérieure d’un siècle à la cathédrale. Le fait est que deux des quatre inscriptions relevées par le P. Sargis, t. II, p. 30, sont des années 971 et 989, par conséquent antérieures de 41 et 23 ans à l’achèvement de l’église principale d’Ani. Ce sont donc en tout dix grandes et belles Planches, consacrées par M. Texier aux édifices de la capitale des Bagratides arméniens.

Auprès de ces Plans, rédigés par des hommes du métier et riches en indications, ceux dont il me reste à parler paraîtront peu importants. C’est d’abord un Plan relevé et dessiné par le topographe Boutchougin, de moitié moindre que celui de M. Abich, à l’échelle, s’il fallait en croire le titre, d’une verste au pouce anglais, qui donnerait 32 verstes de circonférence à la ville. Mais je crois qu’il y a erreur, et qu’on doit lire: «échelle de 100 sajènes au pouce anglais;» ce qui ferait encore six verstes et demie pour l’enceinte entière. Faute de légende, je dois me restreindre à dire qu’on y voit 19 f indiquant des églises, que toute la double muraille y est omise , et que l’Arpa - Tchaï est seul nommé.

Enfin, parmi les Planches mises à la fin de l’ouvrage de M. Khoudabachef, 06o3pL- Hie ApMeHia, on trouve un Plan de fantaisie de la ville d’Ani, levé sans doute par une main inexpérimentée. Les deux rivières y sont nommées Apiiauaü (AxypcaHt) et Pynefi Æmajia (/l,3arroan), cette dernière dénomination répondant à celle de ^arKouapopn & ujfjljnrjiuXn p donnée à l’Aladja-Tchaï par le P. Sargis Dchalaliants seul; car si M. Kâstner, comme on le verra plus bas, nomme la vallée occidentale d’Ani «Blühendes Thaï» , traduction du mot arménien que je viens de citer, du moins il se garde bien d’appeler ainsi la rivière même. Les murailles de l’E. sont, en outre, tracées ici comme un ruban ondulé, continu, sans ouvertures; le Palais, N° 17 de M. Abich, est nommé 3âivioKT>; une KojioKOJibHba ou clocher est indiquée à la place de la Butte de M. Texier; la Cathédrale s’appelle, on ne sait pas pourquoi, Codopn KameBairb, «Cathédrale de Kachévan;» enfin à la place du N° 29 de M. Abich, on trouve avec juste raison IfepKOB'b en noA3eMHbiMi> xoü,omt> «Eglise avec un chemin souterrain:» ce sont, avec les deux minarets, les seules bonnes indications fournies par ce travail.

Maintenant ce n’est pas une petite difficulté que de découvrir les véritables nom et destination de chacun des édifices religieux ou civils disséminés sur les Plans ou mentionnés dans les descriptions. Dans un lieu abandonné, comme celui-ci, depuis des siècles, mais fréquemment visité par des voyageurs, chaque guide ou cicerone a sans doute son

forteresse, à droite et à gauche, sur le Plan de M. Abich, d’autant plus qu’on aperçoit à droite, dans le lointain, le grand minaret et une grosse ruine. Du reste, sur aucun des dessins de M. Kâstner on ne reconnaît les tours représentées ici par M. Texier.

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système d’appellations et d’explications, et toutes ces variantes ont dû se répéter dans les récits de chaque touriste. M. Texier n’a adopté que des dénominations vagues, pour la plupart, et d’ailleurs il ne donne que quatre Plans détaillés d’édifices , non toutefois tels qu’ils sont aujourd’hui, mais restitués: la Cathédrale, l’Eglise près de la rivière, les églises Grecque et Sépulcrale. M. Abich caractérise pour l’ordinaire les monuments par leur forme extérieure, reproduite sur les beaux dessins de M. Kâstner; enfin le P. Sargis donne des noms propres, qui sont peut-être aussi de fantaisie, mais qui, dans leur entourage d’inscriptions et de détails topographiques, comparés avec le Plan, avec les inscriptions et les noms de M. Abich, d’une part, de l’autre avec les dessins, avec les inscriptions et les noms consignés par M. Kâstner dans son Album, nous permettront probablement d’arriver dans la plupart des cas, à une nomenclature exacte. Les récits de M. Mouravief et ceux de M. Khanykof lèveront encore quelques doutes, et j’espère qu’à la fin la topographie d’Ani se trouvera notablement éclaircie. On peut voir , du reste , l’analyse des voyages exécutés jusqu’à ce jour à Ani à la suite de mon 3° Rapport, p. 121 — 152 , notamment les excursions de MM. Mouravief et Khanykof, racontées en détail par le dernier , dans un travail du plus haut intérêt, rédigé à mon intention en 1849.

Afin de mettre quelque ordre au milieu de matériaux discordant au moins dans la nomenclature, je prendrai pour base, avec le Plan de M. Abich réduit ici au quart, PI. XXX, et qui oft're une excellente base, l’Album de M. Kâstner, tout à la fois pittoresque, topographique et archéologique, et je tâcherai de les ramener aux déterminations du P. Sargis. Si mes appréciations sont exactes, les descriptions données par ces trois autorités devront coïncider, et le tout sera contrôlé par les itinéraires de MM. Mouravief et Khanykof. M. Texier fournira les explications et appréciations artistiques et techniques.

Un mot d’abord, sur l’xâlbum pittoresque. En 1850 un officier russe, doué d’une merveilleuse habileté comme dessinateur, fut chargé par S. A. le prince Vorontsof, sur la proposition de M. Khanykof, de relever les monuments et les belles ruines d’Ani , et de copier avec tout le soin possible les nombreuses inscriptions dont , pour le profit de la science historique et pour l’éternel honneur de la nation arménienne, elles sont abondamment décorées. M. le lieutenant Julius Kâstner passa 44 jours, du 6 août au 17 septembre, à explorer la cité déserte, revenant chaque soir au poste d’Ani, situé à peu de distance, sur le territoire russe. Le résultat de ses travaux, outre le bel Album dont je me propose de faire connaître le contenu, fut une collection d’une cinquantaine d’inscriptions, dont l’ensemble et les principaux faits ont déjà été communiqués par moi au public , dans le Journal Kannas-b de 1853, N° 18 — 21, dans l’ordre chronologique et sans distinction de localités. Depuis, j’en ai examiné spécialement quelques-unes, intéressantes pour la chronologie technique, dans le Bull, de l’Ac. des sciences, I, 399. J’ai reçu durant l’impression de cette Note de très utiles communications des PP. Nersès et Léon Alichan, de St.-Lazare, qui ont confirmé mes aperçus. Les copies de ces inscriptions, mises au net d’après le brouillou de l’artiste, et bientôt l’original lui-même, m’avaient été généreusement livrés grâce à

Les Ruines d'A ni. — Description.

l’obligeance du savant promoteur de cette entreprise. Quant à l’Album lui-même, aujourd’hui entre mes mains, M. Khanykof en a fait hommage au Musée asiatique de l’Académie.

Simple philologue, n’ayant point visité moi -même les ruines d’Ani1), je n’ai ni le droit ni la prétention d’exprimer une opinion de quelque valeur sur la beauté et sur l’exactitude des dessins de M. Kâstner. Toutefois je n’ai rien omis pour connaître à cet égard le jugement de personnes compétentes. L’Album de M. Kâstner ayant été examiné avec soin par des juges sévères, je me suis assuré qu’à l’exception de quelques incorrections, échappées à la fougue du dessinateur et faciles à rectifier, le tout était digne d’être mis sous les yeux d’un public éclairé, et que le caractère de l’architecture locale avait été très bien rendu. D’après ces indications M. l’architecte Grimm, qui a lui-même vu Ani et dessiné beaucoup de ses monuments, presque à la même époque que M. Kâstner, fit une révision rigoureuse de toutes les Planches et marqua celles qu’il serait utile de retoucher. Enfin le Secrétaire perpétuel de notre Académie, qui aime et cultive les arts du dessin et de la peinture, s’intéressa directement par ses conseils aux préliminaires de notre édition et découvrit un jeune artiste, M. I. I. Okerblom, élève de l’Académie des Beaux-arts, qui nous a prêté l’aide de son crayon pour les Planches I, VI, VII, IX, XI, XXVII de notre Atlas; le reste a été livré à la plume de l’excellent lithographe R,. Mellin, qui a déjà si heureusement reproduit plusieurs édifices religieux du Caucase, dans les publications de l’Académie; v. église de Sawané, Bull. Hist.-Phil. t. XIV, p. 161 ; de Djouari-Patiosani et de Manglis, Lettres num. et archéol. du Gén. Bartholomaei, PI. III, IV, et une foule d’inscriptions, disséminées dans nos recueils. M. Kâstner avait trouvé bon, pour animer ses paysages, d’y placer soit des hommes, soit des animaux, soit même une cavalcade entière, N. LVII de son Album. Ces accessoires, inutiles pour notre but, ont été éliminés.

A l’égard des inscriptions arméniennes d’Ani, M. Eug. Boré en avait fait des copies, en 1838, qui se sont perdues; Corresp. et Mém. d’Eugène Boré, t. II, p. 2. Le P. Nersès Nersésian, de S. -Lazare, a visité Ani et copié les inscriptions, en 1847. Je dirai, dans le cours de cet écrit, le profit que j’ai tiré de ses communications. Il faut que ces inscriptions d’Ani soient, en général,' bien dégradées; car ni les copies de M. Kâstner, dessinées par une personne habile, mais qui ne connaissait pas la langue, ni celles du P. Sargis, qui ne peuvent avoir été transcrites que par des Arméniens, ne donnent des résultats entièrement satisfaisants. Le P. Sargis en a réuni jusqu’à cent cinquante dans le t. II de son Voyage dans la Grande-Arménie, p. 5 — 52, dont 42 nommément appartiennent à la ville d’Ani, et le reste aux couvents de Ghochavank, Horhomos et autres localités voisines. Quelques-unes sont complètement inintelligibles, sans qu’aucun soin ait été pris pour les expliquer; d’autres, par suite d’une confusion que l’on dit avoir eu lieu dans ses notes de voyage, ne se rapportent pas aux localités auxquelles elles sont attribuées. Je n’entrerai

1) En février 1848, me trouvant à Edchmiadzin, je reçus de M. von Voïoutski, chef du canton de Sardar- Abad, la proposition de faire le voyage d’Ani; j’ai exposé dans mon 111*=- Kapp., p. 48, les raisons qui, malheureusement, ne me permettaient pas alors un tel emploi de mon temps.

M. Brosse t,

pas ici même dans les détails, qui trouveront place chacun en son lieu, mais on verra, par la discussion des textes, que ceux qui proviennent des deux dernières sources ne permettent pas, trop fréquemment, d'arriver à une intelligence complète. Ce n’est que par divination que l’on peut les restituer et les comprendre, métier souvent dangereux et toujours délicat. Les empreintes obtenues par le procédé de l’estampage, pour une vingtaine de textes, que nous devons à M. Abich, et que j’ai déjà publiés dans mon 3e Rapport, ont l’avantage incontestable de fournir d’excellents matériaux paléographiques, mais font voir que bon nombre de pierres à inscriptions, d’Ani, sont dans un état déplorable. Le procédé Millin est parfait quand les pierres sont bien polies et de petites surfaces, mais peu commode à employer à de grandes hauteurs, sur de vastes parois, comme celles des églises d’Ani; quand les pierres ont été très avariées par le temps, les empreintes deviennent facilement illisibles. Copier à l’oeil n’est pas moins chanceux. J’essaierai pourtant de reproduire quelques pièces d’après les dessins de M. Kàstner, je donnerai aussi des calques fidèles des lettres de quelques-uns des estampages de M. Abich, et, pour le sens, je contrôlerai le tout par la comparaison avec les textes du P. Surgis, qui m’ont puissamment aidé dans le déchiffrement: dans beaucoup de cas, je m’abstiendrai et me contenterai de signaler les choses à l’attention des futurs archéologues.

Voici la marche que je me propose de suivre à cet égard: si je possède plusieurs copies d’une inscription qui ait été publiée par le P. Sargis, j’en donnerai un texte critiqué, avec la traduction. Si je n’ai que la copie de M. Kàstner, sans empreinte de M. Abich, je ferai connaître le texte ou la partie du texte qui m’a paru intelligible; donner le reste, ce serait souvent mettre sous les yeux du lecteur des lettres impossibles, des débris sans aucune valeur quelconque. Enfin si j'ai déjà publié une inscription dans mon Voyage, et que je n'aie pas de renseignements nouveaux, pour la critique du texte et pour la traduction, je me contenterai de renvoyer le lecteur à mes Rapports, en indiquant sommairement les traits principaux du contenu.

Pour achever ce qui concerne l’Album Kàstner, je dois dire qu’il se compose: 1° de 9 Planches pittoresques, à la mine de plomb, et de 4 grandes feuilles d'inscriptions, sous le titre: Environs d’Alexaiulrapol ou Goumri. En voici le détail.

PI. I, 1853. Vue de la ville d’Alexandrapol, consistant en sakhlis à toit plat, pour la plupart; une grande croix dans le milieu.

PI. II, 1852. Quartier arménien d’Alexandrapol; sakhlis1) en pierres, carrées et sans fenêtres, surmontées de darbaz ou coupoles et de guérites abritant l’escalier qui conduit à la terrasse, légèrement bombée. Dans le fond une église arménienne, de construction moderne.

1) Sakhli, en géorgien «maison,» est le mot qui désigne les habitations des Géorgiens, Arméniens et autres peuples de la Transcaucasie, construites d’après le système du pays; creusées, quand il se peut, dans la terre, avec des murs en cailloux roulés, sans fenêtre, avec une seule ouverture dans le toit, plat pour l’ordinaire. Si ce toit porte un dôme rond, on l’appelle «darbaz.»

Les Ruines d’A ni. — Description.

PL III, 1852. Une belle croix, en pierre, à quatre verstes d’Alexandrapol, de caractère arménien.

Un autre dessin de la même croix, exécuté à l’intention de S. E. M. Gille, la nomme '«pierre indiquant la route,» et est accompagnée de la notice suivante, en allemand:

«Ancien indicateur arménien de la route, ou pierre milliaire, comme il s’en trouve fréquemment dans les villages, dans les plaines et sur les chemins. On en rencontre souvent dans des lieux qui ne sont plus habités et sur les routes depuis longtemps abandonnées. Elles sont posées de façon qu’on les aperçoit de l’une à l’autre et garnies de grandes croix sculptées, avec inscription et date. En certains endroits on les a tirées de ruines considérables. C’est ainsi que la croix représentée ici (N. 1) n’est pas loin de l’ancienne ville déserte d’Ani; elle est sur la route entre le couvent de Ghanlidja et la plaine de Goumri, non loin d’Alexandrapol,» qui s’aperçoit dans le fond du dessin.

Là même, sur le dessin N. 2 de l’Album appartenant à M. Gille, on voit l’église de la forteresse et le poste d’ordonnance d’Alexandrapol. Y. PL XXXI du présent Atlas.

PL IV, 1852. Cimetière abandonné, dont la situation n’est pas indiquée. «J’ai trouvé ici, dit le dessinateur, parmi beaucoup de pierres, les lettres ci-jointes (ce sont les lettres arméniennes ‘2iV\' formant la date 714 — 1265), que j’ai transcrites, pour plus de sûreté.»

Des tombes, les unes plates, les autres se dressant au milieu des rochers, ornées de croix, sont dispersées dans un lieu très âpre et sauvage.

PL Y, 1852. Ruine d’église, à cinq verstes d’Alexandrapol.

PL VI, 1852. Grande ruine d’une église, au couvent de Ghanlidja. On voit à gauche, i. e. à l’O., dans le lointain, les trois églises du couvent de même nom. Suit l'inscription V,j ■ • • Chahkhathounof, Descript. d’Edchmiadzin , t. II, p. 272, au nom de Mariam, reine d’Aphkhazie, tout près d’une croix sculptée sur le mur occidental de l’église. Y. l’inscription elle-même dans nos fac-similés, PL XLIII.

PL VII, 1852. Dessin représentant les trois églises de Ghanlidja ou Marmachen, suivi de l’inscription, en 21 très longues lignes, ’f> éujJïuï, m/jU .... Uj iu in p n h m fj , Chahkhath. ib., 273 — 275, tracée auprès d’une autre croix sculptée; puis l’inscription Inrffiî: \\j bu (\ uj^pu.J'u , Chahkhath. p. 271, en 18 très longues lignes.

Le même dessin, beaucoup plus achevé, se trouve dans l’Album de M. Gille, N° 4, et est suivi des pages 5 — 10, contenant un beau dessin de l’inscription ’f> ctmifujiiiilju .... ujujui pnhtuij 9 (Jlli se termine par le mot ’(• déjà mentionnée. Je n’ai pas cru devoir

reproduire ces inscriptions, qui sont très longues, et dont les lettres ne me paraissent pas avoir été facsimilées par le copiste. V. PL XXXII de notre Atlas.

PL VIII, 1852. Autre ruine d’église, à Ghanlidja.

Suivent les épitaphes «d’Apoughamr, fils de Magistros,» sans date; de . . . .Khatoun 791 — 1342, et une autre petite inscription: «En 670 — 1221, moi Matathé, j’ai dressé ....;» rien de plus.

PL IX. Ruine d’église, non loin de la ville abandonnée de Lori.

M. B ROSS ET

M. Gille ayant bien voulu me permettre de faire usage de l’Album dessiné pour lui j’en achève ici la description.

N° 3. Inscription arabe, tracée sur une pierre placée autrefois au-dessus de la porte de la citadelle de Cars. En 1855, lors de la prise de la ville, l’ingénieur en chef M. Paskant, l’a fait transporter à Alexandropol, où l’on peut la voir au 7e bastion, au-dessus de la porte de Kompania. M. Véliaminof, qui se propose d’en rendre compte, m’en a communiqué le sens général: «La citadelle de Cars a été restaurée sous le règne de Sultan- Sélim et sous le gouvernement d’un certain Mahmoud-Pacha. La date, en chronogramme, est l'an 1083 (?) de l’Hégyre, commençant le vendredi 29 avril 1G72 de J.-C.»

N° 11. Monastère de Ghphtchakh, aujourd’hui Harhidjavank. V. la PI. XXXIII de notre Atlas. «Le couvent de Ghphtchakh ou Harhidjavank est sur la pente du mont Alagez, à 25 verstes d’Alexandrapol. Abandonné depuis des centaines d’années, il s’est parfaitement conservé, à l’intérieur comme à l’extérieur, jusqu’en 1828. L’architecte qui l’a construit est enterré au voisinage, sur un rocher qui a été poussé par un tremblement à deux toises du couvent, et y reste isolé avec sa tombe.

«Le climat est très âpre, et les moines du lieu m’ont raconté qu’en hiver il arrive souvent de voir des ours sauvages descendre de la montagne pour s’abreuver ici. A un certain jour de l’année, ce lieu est visité par les habitants de diverses contrées , parce qu’il possède une image de la Mère de Dieu, qui doit avoir été peinte par l’apôtre S. Luc ’). Dans l’église, sur une pierre au-dessus de la porte, on trouve l'inscription suivante.»

N" 12. . Chahkhath. II, 263.

( | tu Jujl. 1 V.J i/L-p s uun. .... ibid.

N° 13. Une sculpture qui est censée représenter le généralissime Zakaré et son frère Ivaué.

N° 14. Vue des murailles de Lori. V. PI. XXXIV de notre Atlas.

«Ancienne citadelle, bâtie par le roi bagratide David Anhogh, en 12501 2), ainsi que je l’ai appris d’un digne prêtre. Elle est à 75 verstes d’Alexandrapol, sur la rivière Kamenka, l’ancienne Débéda ou Berdoudj; elle a une muraille en pierres, épaisse de 2 ou 3 toises, et des tours vers l’E. Au S. elle est encore défendue par un précipice à pic, rejoignant à l’O. la Kamenka, de sorte que dans son temps c’était une excellente défense contre les incursions subites.

«Devant la muraille on voit encore un fossé, comblé à moitié; il y a aussi dans le mur une porte, avec un battant dans son gond. En entrant à l’intérieur, on y voit des habitations arméniennes, une église en ruines et un bain du temps ancien, ainsi que la maison où résidait le maître du fort, consistant en une petite chambre carrée, ornée de 3 petites fenêtres. La vieille femme qui me montrait tout s’appelait Zaroun et remplit la place

1) Cette image, des sept plaies de la Vierge, sera mentionnée plusieurs fois dans la description du couvent de Harhidj, à la fin de cette Notice.

2) David-Sans-Terre ayant régné de 989 à 1046, cette indication doit être rectifiée.

Les Ruines d’Ani. — Description.

d’un maire. Elle m’a raconté qu’en 1828 un paysan qui demeurait dans le bain, et qui travaillait à rendre son logement plus commode, trouva dans une brèche du mur, au-dessus de la porte, un vase en pierre, contenant de 5 à 6 pouds d’objets d’or et d’argent , de bijoux de femme, des bagues1). Ce qui m’a paru le plus important, c’est une pierre à inscription. Au milieu est une croix; sous la croix un fer à cheval, sculpté dans la pierre.»

N° 15. Inscription mentionnée à la fin du N° précédent; la pierre où elle se trouvait, autrefois au-dessus de la porte, a été renversée par un tremblement de terre. Elle forme les 15 courtes lignes suivantes:

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PUS VbT^\A,~ UGnmil b 1J-MK b M\.°TÏA-$IT b • VMM 1;P b Ml%t.SlTrtl'MR ^

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