Promenade à la chapelle de N.-D. du Montaigu
Après une revue sommaire des autres beautés intérieures de l'édifice sacré, qui attirent et fascinent tous les visiteurs, faisons effort sur nous-mêmes pour nous en arracher et, longeant les nouvelles sacristies ou ancien noviciat, traversons le cimetière des moines de l'extrémité duquel le sanctuaire nous apparaît extérieurement dans sa structure si hardie. Traversant alors le nouveau noviciat ou ancienne infirmerie, engageons-nous entre les deux branches du magnifique escalier de la Bibliothèque, et arrives sous le viaduc du chemin de 1er, prenons à gauche un sentier montueux, par lequel nous rejoignons au bout de quelques pas, un large chemin formant pelouse, qui n'est plus que l'ombre de la magnifique allée reliant autrefois la chapelle de St- Bernard à celle vers laquelle mu. s nous acheminons à présent, et que nous apercevons là bas au point culminant de la colline de la Garenne. Cette chapelle, de forme octogonale, a été bâtie en i6i5 par l'abbé Henrion. On lit au frontispice cette inscription lapidaire, que nous retrouverons dans la cour
« Moi frère Théodore Laurent promet à la très-sainte trinitez au père au fils et au saint esprit pauvreté/ volontaire chasteté perpétuel à vous mon père spirituel et à vos sueccesseurs l'obéissance selon l'institut des hermines prometans de suivre la pratique des frères convers de Villers selon le règlement qui m'a esté donné par par vous mon père spirituel.
ce i5 juille 1731 Fc Théodore Laurent, L'auteur ci-dessus reproduit ensuite le curieux règlement de vie imposé à cet ermite par l'abbé de Villers, mais vu sa longueur, nous ne pouvons l'insérer ici, malgré l'intérêt qu'il présente.
ABBAYK DE VILI.KRS.
d'honneur : « Post tenebras spero lucem », devise de l'abbé Hache qui paraît, en effet, l'avoir réédifiée un siècle plus tard. Tous les dimanches et fêtes un groupe de moines y venaient prier en corps, sous-prieur en tête
Du haut de cette chapelle le spectacle des ruines est féerique A nos pieds, nous apercevons les terrasses du jardin de l'abbé et des hôtes, dans lequel on descendait autrefois par un large perron aujoud'hui muré (A présent, on ne peut plus accéder à ces terrasses sans l'autorisation de l'hôtelier des ruines); à gauche, le vieux Moulin et ses dépendances; devant soi se déploie la masse des bâtiments claustraux; et enfin, à droite, l'église abbatiale. Spectacle vraiment prestigieux, que bien des visiteurs savourent à leur aise, tout en faisant disparaître leurs modestes provisions culinaires. L'endroit est en effet on ne peut mieux choisi. Mais en ce bas monde, tout plaisir si intense, si délicieux qu'il puisse être ne peut durer indéfiniment et l'on finit par redescendre et se retrouver prosaïquement dans le quartier, des hôtes et la Conciergerie.
6. Dépendances extra-muros. — En sortant de l'enclos actuel des Ruines, le visiteur dirige tout naturellement ses premiers pas vers le Portique de la Pharmacie dont les bas-reliefs armoriés entrevus de l'intérieur de la Cour d'Honneur, l'intriguent plus ou moins fortement.
Laissant donc à sa gauche la chapelle toute moderne de St-Bernard, laquelle n'a d'archéologique que son inscription lapidaire dérobée à sa vieille sœur du Robermont, le touriste ne tarde pas à se trouver face à face avec le portique aux allures prétentieuses. Dans le haut, il retrouve en bas-reliefs les armoiries abbatiales, déjà rencontrées dans le cloître avec la devise : Fortiter et suaviter, si chère aux abbés de Villers, dont elle caractérise admirablement le gouvernement paternel.
On pousse ensuite une pointe jusqu'à l'antique Porte de Bruxelles, qui n'est plus que l'ombre d'elle-même, puis, revenant sur ses pas et laissant à sa droite le vieux moulin (Hôtel des Ruines)
(ii " Us ont dans leur clos, dit Dom Guyton. une chapelle de N.-D. de Montaigu, où les dimanches et fêtes, après Vespres, les religieux, sept ou huit, le sousprieur en tête, chantent des litanies, l'antienne Ave Maria par trois fois, et dans les calamités, técheresses, innondations, y vont chanter la messe et obtiennent l'effet de leurs prières » {Op. cit. p. 12).
au delà duquel se montre sur la hauteur l'antique Ferme abbatiale du XVIIe siècle (assez intéressante à visiter), on atteint le viaduc du chemin de fer de Louvain à Charleroi ; celui-ci coupe en deux parties une assez longue construction, ancienne grange, servant principalement au XVIIIe siècle de Remise et d'Ecurie à l'usage de l'abbé et des hôtes. Le rez-de-chaussée y est consacré actuellement en partie à une sorte de Musée provisoire et l'étage sert de bureau à la Direction des Ruines.
En continuant à suivre la route, on passe bientôt sous une porte monumentale, dite Porte de Namur, et peu après, en plein bois, on atteint la Chapelle de N . D. des Affligés, remplie d'ex-voto. Elle est le but d'un célèbre pèlerinage qu'y font les paroisses des environs de Villers, le deuxième lundi de mai, jour où l'on y voit ordinairement réunis plusieurs milliers de pèlerins. C'est du reste en tous temps, mais surtout en plein été. une des plus délicieuses promenades de Villers-la-Ville.
Quant à Y Ermitage extrâ-muros, nous lisons dans le Registre des Frères hennîtes du diocèse de Namur de i 7 10 à 1 j55} p. 14 : « Saint Jean-Baptiste est un hermitage situé dans les bois de « l'abbaye de Villers où il y a une chapelle où on célèbre quelque- « fois la sainte messe (dite) par des Religieux de la dite abbaye qui « portent ce qui est nécessaire, la maison contenant trois petites « chambres en bas et autant en haut. Le frère qui l'occupe est le « nommé frère Jean... »
Ce dernier ermitage, dépendant de l'évèché de Namur, était en dehors de l'enceinte abbatiale et ne peut être confondu avec celui dont parle D, Guyton.
L'ermitage de saint Jean était situé dans un charmant ravin, solitude profonde et délicieuse. Le petit bois où se cachait cette modeste construction est situé sur le territoire de la commune de Tilly, entre le pavé de Villers à Tilly et la ligne du Grand Central, à deux kilomètres de Villers et à un kilomètre du pavé susdit (!).
(O II parait même qu'il y avait deux ermitages à Tilly, l'un situé dans le bois de Strichon. propriété du seigneur de Tilly, l'autre dépendant de l'abbaye de Villers dont il est question ci-dessus. (H. Nimal Chapelles et sculptures dans l'iglise de Villers. Appendice p. 24).
Il n'en reste plus que les caves. Les ronces et les broussailles qui ont envahi tout le terrain rendent même fort difficile la constatation de leur existence, laquelle d'ailleurs ne peut guère présenter d'intérêt.
D'après une tradition encore vivace aujourd'hui dans le pays, les pieux habitants de cette solitude donnaient autrefois l'instruction aux enfants des villages voisins.
7. Curiosités archéologique de l'église paroissiale de Villers. — Dans l'église paroissiale de Villers-la- Ville se trouvent deux pierres tombales d'ermites de Saint-Jean. En voici les inscriptions telles qu'elles ont été relevées à notre intention par l'obligeant pasteur de la paroisse, le révérend abbé Pierson :
Icy repose le corps du Fr. Jean Prennet Domini de l'hermitage de Tilly décédé le 1 1 d'avril 1717 âgé de 40 ans.
Profes. de i3 ans.
Icy repose le corps du R. P. Hubert Wauthy de l'ordre des F. F. Prêcheurs, président de l'hermitage de Tilly, décédé le 19 mars 1743 âgé de 3g ans.
Prof, de 16 ans et prêtre de 14 ans.
Le premier de ces ermites est le même, nous semble-t-il que le frère Jean, de l'ermitage abbatial de St-Jean-Baptiste dont il est question plus haut. Quand au second il est évident que ce ne pouvait être que le titulaire de l'ermitage seigneurial de Tilly, donné par le comte Jean de T'Serclaes, aux Dominicaines de Braihele-Comte. De là la présence de deux tombes de Dominicains (Frères Prêcheurs) dans l'église de Villers
Quant à la principale curiosité archéologique de l'église, provenant, d'après Tarlier, de l'abbaye, c.-à-d. le rétable dit Bethléem, de l'autel latéral de gauche, il faut le voir pour en juger. Il a d'ailleurs été analysé en détail (2).
(1) H. Nimal. Chapelles et sculptures de Villers, p. 25.
(2) J. Tarlier. Bull. Coin. d'Art et Arch. LV.
NOTIONS PRATIQUES