II. — TABLEAU DES TRAITS CARACTÉRISTIQUES PRÉSENTÉS PAR LES
PRINCIPALES FORMES ARCHITECTURALES DU MOYEN-AGE AIDANT A DÉTERMINER LE STYLE ET L'ÉPOQUE DES DIVERSES PARTIES DES RUINES DES ÉGLISES DE VILLERS ET D'AULNE.
Nous croyons rendre service au plus grand nombre de nos lecteurs, en terminant la description des ruines de l'abbaye de Villers par un petit tableau résumant les principaux traits caractéristiques, qui distinguent entre elles les diverses formes de l'architecture religieuse, pendant la seconde moitié du moyen âge. Ce tableau, à l'aide duquel le premier venu pourra le plus souvent déterminer à quel style et à quelle époque appartient telle ou telle partie des ruines, est dressé principalement d'après Y Archéologie chrétienne de M. l'abbé Bourassé, petit ouvrage vulgarisateur, édité chez Maine, à Tours, d'une lecture très facile, exigeant peu de temps, et auquel nous renvoyons pour plus amples détails, surtout en ce qui concerne les formes de l'architecture romane antérieures au xnc siècle ainsi que pour la nomenclature archéologique.
NOTIONS PRATIQUES
Quant aux grands traits distinctifs des trois principaux genres d'architecture religieuse (architecture romane, architecture gothique ou ogivale, architecture moderne ou de Renaissance), tout le monde les connaît plus ou moins et sait, par exemple, que le remplacement du style roman par l'ogival ou gothique, consiste surtout dans la substitution de l'ogive à l'arc plein cintre roman, de même que l'abandon du style ogival pour le style moderne (Renaissance) est principalement caractérisé par le retour à ce même arc plein cintre, mais à la manière romaine ou antique.
Vu les prohibitions sévères de la règle de Cîteaux à l'égard de toute ornementation, il est évident que le lecteur ne doit pas s'attendre à retrouver toutes les formes architecturales suivantes dans les ruines des églises abbatiales de Villers et d'Aulne, mais seulement les plus simples, les autres ne servant que de points de comparaison. Cela dit, nous entrons en matière, en nous astreignant à la plus grande brièveté possible, condition indispensable d'ailleurs à tout vrai tableau synoptique.
1. Plan de l'église. — A. — Style de transition ou romano-ogival du xir* siècle: Forme basilicale régulière (croix latine) comme au xi» siècle, mais avec dimensions ordinairement plus développées. Collatéraux souvent prolongés autour de l'abside circulaire avec chapelles accessoires (1).
B. — Style ogival primaire ouà lancettes du xin" siècle : Le plan est modifié par le prolongement « constant » des collatéraux autour du chœur dans les églises de grandes dimensions Chapelles autour du chœur.
C. — Style ogival secondaire ou rayonnant du xivcsiècle : Agrandissement du chœur. Les chapelles latérales sont, comme à Villers (bas-côté nord) placées le long des bas côtés de la nef. La chapelle abside dédiée à la sainte Vierge est souvent très développée
D. — Style ogival tertiaire ou flamboyant du xve siècle : Le plan ne varie pas jusqu'à la Renaissance, il se conserve comme au xiv" siècle.
2. Colonnes. — A. — Transition. Généralement réunies en faisceau, comme au croisillon des transepts des églises de Villers et de Maredsous. Fût souvent orné de sculptures élégantes.
B. — Ogival primaire. Cylindriques (2) quelquefois cantonnées de quatre colonnettes ou tores majeurs. Colonnettes groupées en faisceaux.
C. — Ogival secondaire. Comme à l'époque primaire. Les colonnettes ont un fût moins développé; groupées et généralement plus maigres qu'au xm* siècle.
D. — Ogival tertiaire. Piliers chargés de moulures prismatiques.
(1) Voir notre plan de l'église de Clairvaux au xn» siècle, page 10. Les églises de Villers et d'Aulne ne présentent pas cette disposition.
(2) Eglises de Villers et d'Aulne .
3. Chapiteaux. — A. (1) Chapiteaux souvent historiés comme au XIe siècle. Les feuillages fantastiques dominent, sauf, bien entendu, chez les Cisterciens.
Bandelettes perlées ; beaucoup d'élégance.
B. — Rarement simples (2), souvent à feuillages roulés en volute, comme à Maredsous, dits vulgairement à crochets.
C. — Ornés de feuilles variées de chêne, de rosier, etc., disposées en guirlandes.
D. — Rarement les chapiteaux existent; les moulures prismatiques se continuent le long des arcades et jusqu'à la clef des voûtes. Quand les chapiteaux existent, ils sont formés de feuillages profondément découpés.
4. Arcades. — A — A plein cintre savamment tracées. — L'arcade à tiers, point ou ogive commence à se montrer (à Villers). C'est le signe de la transition
B. — Toujours en ogive, quelquefois surélevées, accompagnées de moulures toriques.
C. — Moins élancées qu'au xme siècle, dont les impostes et le sommet représentent à peu près les points d'un triangle équilatéral.
D. — Modifiées souvent en ogive, en accolade, ou à contre-courbe. — Elles sont encore spacieuses. — Quelquefois surbaissées.
5. Fenêtres. — A. — A plein cintre (façade primitive et sanctuaire de l'église de Villers) quelquefois en ogive (idem) ornées souvent comme au xie siècle de colonnettes à chapiteaux feuillés.
B. — En ogive plus ou moins étroite (grande nef de Villers) et allongée en forme de fer de lance. — Lancettes géminées, surmontées d'un trèfle, d'un quatre-feuilles, ou d'une rosace (transept de l'église d'Aulne)
C. — En ogive, largement ouvertes, traversées par plusieurs meneaux et surmontées de formes rayonnantes, des trèfles, des quatre-feuilles et des rosaces (chapelles latérales du bas-côté septentrional de la nef à Villers).
D — En ogive très larges, traversées de nombreux meneaux prismatiques et surmontées de formes flamboyantes et fantastiques (transept méridional d'Aulne).
6. Roses. — A. — Commencent à s'annoncer par des ouvertures circulaires ou œils de bœuf divisées par des meneaux (transept et chœur de Villers).
B. — Traversées par des rayons simples, trilobés au point où ils touchent à la circonférence.
C. — Rayons très nombreux. — Formes très élégantes et très compliquées arrondies et rayonnantes.
D. — Meneaux flamboyants, conduits avec beaucoup d'adresse. — Formes pleines de goût et de caprice.
7. Portes. — A. — Tantôt à plein cintre (grande porte de l'église de Villers), tantôt à ogive (grande porte de l'église d'Aulne) et tantôt mixte (porte latérale sud-est de l'église de Villers s'ouvrant sur le cloître) — La voussure est souvent ornée de sculptures nombreuses. On y voit apparaître pour la première fois des statuettes. — Les parois latérales sont garnies de statues de grande dimension, à taille élancée à vêtements brodés et orientaux.
B. — La façade principale présente trois portes (3) : Voussure profonde garnie de
(t) Afin d'éviter toute inutilité, nous ne répétons plus le nom du style architectural, suffisamment indiqué d'ailleurs par l'une des capitales A, B, C, D.
(21 Ils l'étaient à Villers et à Aulne, sauf à certaines colonnettes engagées.
(3) Il semble par les vestiges encore subsistants qu'il en fût ainsi au portail primitif de l'église abbatiale d'Aulne. A celle de Villers au contraire comme nous l'avons dit il n'y avait primitivement qu'une seule porte d'entrée à la façade.
NOTIONS PRATIQUES
statuettes avec dais et pinacles. Parois latérales garnies de grandes statues. — L'ogive de la porte est surmontée d'un fronton triangulaire. — Ouverture principale partagée par un meneau central.
C. — Peu différentes de celles du xme siècle. Le fronton est garni de belles crosses végétales, et souvent découpé à jour. — Le travail devient plus large et plus abondant.
D. — Les portes sont ornées d'une grande quantité de moulures et couronnées de frontons en forme d'accolade. — Gros bouquet de feuilles grimpantes sur les angles des frontons. — Cintres des portes surbaissés. — Panneaux figurés pour la décoration.
8. Voûte. — A. — A plein cintre en berceau ou d'arête (i) en moellons, souvent consolidées par des arceaux croisés (2) ou bien en ogive et construites d'une façon irréprochable
B. — Les voûtes sont d'une construction hardie et légère. — Ossature peu compliquée. — Nervures arrondies, arcs-doubleaux dans les basses nefs. — Clefs ornées