‹ Les ruines de l'Abbaye de VillersChapitre 5 sur 45 · II. — CONSEILS PRATIQUES · texte numérisé non relu

II. — CONSEILS PRATIQUES

Si l'on veut retirer d'une excursion aux ruines de l'abbaye de Villers le fruit qu'on est en droit d'en attendre, même en se plaçant, comme nous le faisons ici, en dehors de toute préoccupation architecturale ou artistique, on conçoit qu'il est indispensable de posséder certaines données préalables.

Il importe surtout d'avoir une idée assez nette de la disposition généralement adoptée dans la construction des abbayes cisterciennes et de la destination ordinaire de leurs différents corps de logis, faute de quoi on est exposé à se heurter, presque à chaque pas, à quelque énigme indéchiffrable, véritable tourment pour un visiteur tant soit peu sérieux, et que l'étude comparative qui va suivre a principalement pour but de lui éviter.

Cependant cela ne suffit pas. Il faut encore en outre au moins quatre choses :

i" Savoir distinguer à première vue les principaux styles d'architecture et en déterminer approximativement l'époque, ce qui n'exige que des connaissances architectoniques très sommaires, telles que celles résumées à la fin de cet ouvrage en un chapitre spécial, auquel nous nous bornons à renvoyer les lecteurs. Ils s'y initieront très facilement aux traits caractéristiques propres aux trois principaux genres d'architecture chrétienne (romane, gothique ou ogivale, moderne ou renaissance) ainsi qu'aux diverses nuances présentées par l'art ogival lui-même (lancéolé, rayonnant, flamboyant), etc.

ABBAYE DE \ ILLERS.

2° Connaître la manière de vivre de ceux pour qui ces constructions ont été élevées et leur façon spéciale de se comporter dans chacun des endroits dit réguliers ou claustraux. Cette matière ayant été traité à fond dans nos Fastes de l'Abbaye d'Aulne-la- Riche, du même ordre de Citeaux (notamment pages 26 à 63), nous nous bornerons le plus souvent à y renvoyer nos lecteurs.

3° Posséder quelques données générales sur l'origine, la règle, le but et les grands faits de l'histoire monastique et spécialement de l'ordre cistercien auquel l'abbaye appartenait. Ici encore il nous suffit de renvoyer aux pages 181 à 256 des Fastes de l'Abbaye d'Aulne.

40 Etre suffisamment renseigné sur l'origine des constructions de Villers, leur identification, leur histoire spéciale, ainsi que sur les principaux événements, dont le monastère a été le théâtre, (genèse, splendeurs, revers) pendant son existence plus de six fois séculaire. Ce sera la matière principale de la seconde partie de notre œuvre, actuellement en préparation, ainsi que nous l'avons déjà dit, sous le titre de Fastes de l'Abbaye de Villers.

III. — COMPARAISON DES DISPOSITIONS GÉNÉRALES DE L'ABBAYE DE VILLERS AVEC CELLES DES ABBAYES DE MAREDSOUS. CITEAUX, CLAIRVAUX, LES DUNES, AULNE, ETC. (?)

Pour les raisons exposées ci-dessus, avant de conduire l'excursionniste, comme par la main, au milieu de ce véritable dédale de salles mystérieuses et de restes informes, nous allons d'abord, dans les lignes qui suivent (et qui sont destinées à être lues, autant que possible, avant la visite des ruines), considérer sommairement les dispositions générales des abbayes de Maredsous, Aulne, etc., en y joignant les observations qu'il nous a été permis de faire dans certains autres monastères cisterciens du pays, encore existants et parfois même tout à fait intacts, tels que celui des Dunes à Bruges (à présent séminaire épiscopal), où, comme nous sommes heureux

(1) On peut, sans aucun inconvénient, passer cette étude lors d'une première lecture, surtout si celle-ci se fait dans les Ruines.

de le reconnaître ici, nous avons rencontré l'accueil le plus empressé et la plus grande liberté pour notre étude comparative. Nous pourrions, à priori, en dire autant de la splendide abbaye bénédictine toute moderne, de Maredsous-lez-Dinant, bâtie sur le modèle des anciennes abbayes cisterciennes d'Angleterre du xme siècle. Nous ne saurions engager trop vivement les touristes à la visiter avant de se rendre à Villers et à Aulne. En agissant ainsi, ils seront plus à même de se rendre compte non seulement de ce qui reste de ces dernières, mais aussi de la plupart des parties disparues.

C'est pour ces motifs que nous allons débuter nous-même par l'analyse à vol d'oiseau de la position générale des bâtiments claustraux de la nouvelle abbaye bénédictine de Maredsous, renvo3'ant pour plus amples détails à notre description de ce monastère

Autour d'un vaste préau longé sur ses quatres côtés par un beau cloître se rangent successivement : au nord, la magnifique église abbatiale caractérisée par le chevet plat du chœur et l'absence de transept bien prononcé; à l'est, et partant du chœur: la sacristie (surmontée de cellules de moines au 1e1' étage ainsi qu'au 2e), le chapitre (surmonté du vestiaire au ier étage et du noviciat au second) s'avançant assez fortement en saillie dans le jardin, la salle des moines (surmontée au ier étage de cellules de moines et au second du scholasticat); au sud, la salle des frères convers (surmontée au ier étage de la cellule du prieur et au second de l'infirmerie des frères), séparée de la salle des moines par le petit corridor menant du cloître au jardin, puis divers ateliers de convers (peintres, relieurs, etc.), occupant la place affectée ordinairement à l'ancien chauffoir, le réfectoire (surmonté de la bibliothèque) situé au milieu du côté sud du cloître et s'avançant presqu'en entier dans le jardin, la cuisine et la petite salle à manger des hôtes, dite de Saint-Martin (surmontées de cellules de moines); à l'ouest, les parloirs (surmontés du quartier de l'abbé), puis la loge du frère portier et sa petite librairie-imagerie, le vestibule d'entrée s'ouvrant à l'intérieur du cloître, en face d'une

(i) Une visite à l'abbaye de Maredsous. En vente à l'abbaye et chez M. Vanderpoorten, à Gand, et M. Delvaux, à Namur, au prix de fr. o 5o l'exemplaire.

PRÉLIMINAIRES

petite chapelle qui s'avance dans le . préau, et enfin les salons de réception (surmontés au ier des chambres d'hôtes et au second de l'infirmerie des moines).

Les combles sont occupés au midi, par les cellules des novices, à l'est et à l'ouest, par le dortoir des frères convers.

En dehors des bâtiments claustraux, on remarque la vaste école abbatiale au nord-ouest de l'église, tandis qu'au sud-est s'étend la ferme de l'abbaye et à un jet de pierre, la nouvelle école des Arts et Métiers, tout récemment fondée et presque luxueusement aménagée, par la générosité des moines, qui y entretiennent déjà une vingtaine d'apprentis.

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